‹ Les beaux jours de Marie-AntoinetteChapitre 34 sur 37 · LA MORT DE MARIE-THERESE. 35 I · texte numérisé non relu

LA MORT DE MARIE-THERESE. 35 I

s'en ressentiront que trop. Nous nous ressentons déjà d'un despotisme qui n'agit que selon ses convenances, sans principes et avec force. Si on lui laisse gagner du terrain, quelle perspective pour ceux qui nous remplaceront! » (Lettre du 17 mai 1778.)

Comme elle a ie pressentiment de sa fin prochaine, l'impératrice, avant de mourir, veut frapper Timagination de sa fille. Elle met dans l'expression de sa pensée une énergie suprême. La femme politique et la mère parlent avec la même ardeur. Son idée fixe, c'est raffermissement de l'alliance entre la France et l'Autriche ; c'est, comme elle le dit, l'extermination, l'écrasement des anciens préjugés qui divisaient les deux États. « Ma chère fille, ditelle dans une lettre du 20 août 1778, il ne s'agit plus de jalousie entre nos deux monarchies, il s'agit de se soutenir, si étroitement liés qu'aucun ne puisse espérer de nous pouvoir séparer. Nous serons culbutés l'un après l'autre, si nous ne prévenons pas par notre fermeté le renversement total. »

Les fatigues et les émotions du pouvoir avaient détruit la santé de l'impératrice. La mélancolie s'était emparée de cette âme si ardente, de cet esprit si actif, de cette volonté si forte. Au milieu de ses succès et de sa gloire, la grande souveraine, qui excitait à un si haut degré l'admiration de toute l'Europe, se plaignait douloureusement de la destinée. Cette femme si énergique était souvent en larmes. « Vous avez cela de bon, écrivait-elle à

Marie-Antoinette, que vous pouvez bien pleurer, et c'est ce qui m'a toujours soulagée dans ma vie désastreuse. » Comme tous les souverains qui ont régné longtemps, et qui ont, par conséquent, reconnu les tristesses et l'inanité des choses d'ici-bas, elle était prise, à la fin de sa carrière, d'une sorte de découragement.

Cette disposition de son âme se retrouvait dans une lettre qu'elle adressait à Marie-Antoinette le 3 novembre 1780 (la reine avait eu vingt-cinq ans la veille) : « Madame ma chère fille, j'étais hier toute la journée plus en France qu'en Autriche, et j'ai récapitulé tout cet heureux temps d'alors, qui est bien passé. Le souvenir seul en console ; je suis bien contente que votre petite, que vous dites si douce, se rétablisse... J'aurais souhaité, comme vous, que l'hiver eût mis fin aux voyages de l'empereur ; mais il est tout occupé de se rendre aux Pays- Bas au commencement de mars et de rester tout l'été dehors. Cela augmente tous les ans, et cela augmente mes peines et mes inquiétudes, et à mon âge j'aurais besoin de secours et de consolation, et je perds tout ce que j'aime, l'un après l'autre ; j'en suis tout accablée. »

Cette lettre devait terminer la correspondance de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette. Quinze jours après l'avoir écrite, l'impératrice voulut, suivant son habitude, visiter le tombeau de son mari. Une des cordes qui maintenaient son fauteuil se rompit au moment où on la déposait dans le ca-

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