LA MORT DE MARIE-THERKSE
veau. « Vous le voyez, dit-elle à ses porteurs, effrayés de l'accident qui avait fa'lli arriver; vous le voyez, ceci m'annonce que je ne devrais pas quitter cet endroit. » Le jour suivant, elle fut prise d'une toux d'asthme, qui s'aggrava promptement. Dans la journée du 24 novembre, elle voulut, bien que très-agitée, recevoir sa fille Marie-Christine, et l'époux de cette princesse, le duc Albert de Saxe- Teschen, qui revenaient tous deux de Presbourg. Le médecin Storck avait déclaré le matin que l'état de l'auguste malade devenait inquiétant. Comme il lui avait promis de ne jamais lui cacher la vérité, il l'engagea, vers le soir, à faire prévenir son confesseur, ce qu'elle fit, tout en disant autour d'elle qu'elle ne croyait pas au péril imminent, et que ce n'était qu'une mesure de précaution. Elle reçut les sacrements, le 26 novembre, dans l'après-midi.
Agenouillée sur un prie-Dieu, elle portait un long voile de deuil, comme le vendredi saint. Après la communion, elle se reposa un peu, puis, vers six heures du soir, elle réunit autour d'elle ceux de ses enfants qui étaient alors à Vienne : l'empereur Joseph II; l'archiduc Maximilien, prince-électeur de Cologne ; l'archiduchesse Marie-Anne ; Marie- Christine, duchesse de Saxe-Teschen ; et Marie- Elisabeth, abbesse d'Innsbruck. Elle causa avec une gaieté qui étonna sa famille. Sa respiration paraissait un peu plus libre ; mais cela ne dura pas, et bientôt les étouffements reprirent. Pendant la nuit du 26 au 27, elle ne put même rester sur sa
chaise longue, et dut se mettre sur un fauteuil. L'archiduchesse Marie-Anne (alors âgée d- quarante-deux ans — celte princesse, abbesse d'un couvent de Prague, était l'aînée des enfants de Marie-Thérèse) a laissé un récit de l'agonie de sa mère, et ce précieux document, conservé au couvent de Sainte-Ursule, à Klagenfurt, permet de suivre toutes les phases d'une mort vraiment grandiose.
La femme qui avait triomphé de tant de périls trouvait, pour lutter avec l'agonie, des forces et des ressources inusitées. Elle n'avait que le souffle, et pourtant elle gouvernait encore. Le 28, après s'être fait administrer l'extrème-onction, elle fit ranger ses enfants et son gendre, le duc de Saxe- Teschen, autour de son fauteuil, et leur parla pendant vingt minutes d'une vo'x claire et intelligible. « Tout ce que je possède en ce monde, dit elle à Joseph il, vous appartient de droit; je n'ai pas à en disposer. Mes enfants seuls sont à moi. Je vous les confia; servez-leur de père. Je mourrai tranquille, si vous me promettez d'avoir toujours soin d'eux. » La mourante pleurait. Son fils voulut répondre, mais il ne put que sangloter. Se jetant aux genoux de sa mère, il reçut sa bénédiction et lui baisa la main. »< A l'avenir, reprit : Marie-Thérèse, en s'adressent àses autres enfants, regardez l'empereur comme votre maître; obéissez-lui, aimez-le sincèrement, afin qu'il ait sujet de vous donner ses soins, son amitié, son amour. » Elle bénit ensuite ceux de ses enfants qui n'étaient point à son lit de mort; Léo-