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LES APPARTEMENTS DE MARIE-ANTOINETTE. ?C

mourir deux dauphines et deux reines, la chambre où Marie-Antoinette donnera le jour à ses quatre enfants. Au fond de la pièce, à gauche, près de l'alcôve, il y a une petite porte donnant dans un étroit couloir, appelé passage du roi, qui conduit par l'œil- de-bœuf, la chambre de Louis XIV et la salle du conseil, àla chambre àcoucher ' \T .ouisXVI (la même que celle de Louis XV1). C'est par ce couloir que s'enfuira Marie-Antoinette, le matin du 6 octobre i 789, pour échapper à la fureur des assassins.

Les grands appartements de la reine se terminent par le splendide salon de la Paix-; qui donne dans la galerie des Glaces. Trois fois par semaine, la cour se rend, le soir, dans ce salon pour y jouer, jusqu'à neuf heures, au loto ou à d'autres jeux.

Tous les dimanches, la famille royale se réunit pour aller entendre la grand'messe dans la chapelle du château. Les princes se rendent chez le roi, et le cortège ne se met en marche que lorsque la reine, sortant de ses appartements par le salon de la Paix, s'avance dans la galerie des Glaces. « Cette multitude d'officiers, de dames magnifiquement parées, marchant au milieu d'une foule de curieux, dans cette longue pièce, l'un des plus beaux monuments de ce genre qui soient en Europe, forme le :oup d'œil le plus imposant... Marie- Antoinette a

1. Salle iv 12G de la Notice du musée. 1. Salie iv 1 1 | de la Natiee du musée.

sa maison particulière, ses otHciers, ses pages, sa livrée, qui est rouge et argent. .. Quand elle sort de son appartement, au bout de la galerie, pour venir, le dimanche, chercher le roi et aller à la messe, on voit au-dessus de son entourage , s'agiter les plumes de sa coiffure, et, selon l'expression de Fénelon, elle domine de la tète toutes les dames de sa cour, comme un grand chêne, dans une forêt, s'élève au-dessus des arbres qui l'environnent*. »

A la chapelle, les dimanches ordinaires, la famille royale se tient en haut, dans la grande tribune, bordée, sur le devant, d'une balustrade de marbre, sur laquelle on jette un tapis de velours cramoisi à franges d'or. Les jours de grandes fêtes, la cour descend dans le bas de la chapelle par deux escaliers tournants placés de chaque côté de la tribune. On couvre les dalles de tapis magnifiques; on dispose un prie-Dieu et deux fauteuils pour le roi et la reine; les officiers et les dames se placent derrière, suides tabourets et des banquettes; les aumôniers sont de chaque côté du prie-Dieu.

Ces jours-là, une jeune femme récemment présentée quête à la grand'messe. Elle est toujours en grand habit, couverte de tous les diamants de sa famille. A son trouble, à l'inquiétude de manquer une révérence, d'aller à tel prince avant tel autre, se

i. Souvenirs d'un page de la. cour de Louis A 17, par Félix, comte de France d'Hezecques, publiés par M. le comte d'Hezecques, ancien député au Corps législatif, un très-intéressant volume, chez Didier.

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joint encore l'embarras de l'habit de cour, de cet énorme panier, de cette traîne interminable. Aucun cavalier n'escorte la quêteuse, mais quand elle est jolie, quand elle s'acquitte avec grâce et avec dignité de sa mission moitié religieuse, moitié profane, comme on la suit des yeux avec une attention bienveillante !

Après la messe, c'est par la galerie des Glaces et le salon de la Paix que la reine rentre dans ses appartements. La cloison qui sépare le salon de la galerie peut s'enlever en une demi-heure pour que les deux pièces n'en fassent plus qu'une. C'est ce qui arrive quand il y a un grand bal de cour. Marie- Antoinette, radieuse, éblouissante, entre par le salon de la Paix. Ecoutons la baronne d'Oberkirch : « Un des plus beaux coups d'œil que j'ai vus, ditelle dans ses charmants Mémoires, c'est l'entrée de la famille royale au bal, lorsque toute la cour est réunie. Les airs de tète de la reine sont d'une majesté gracieuse qui n'appartient qu'à elle. Le roi a une bonté, une affabilité extrêmes. Madame Elisabeth, tous les princes et les princesses les suivent, ainsi que le service de chacun. C'est magnifique par la quantité et l'éclat des bijoux, par les broderies d'or, par la richesse des étoffes. »

A certaines heures, Marie-Antoinette aime l'éclat, le luxe, la splendeur de la royauté. Plus souvent elle préfère la simplicité, le calme. La plus grande partie de la journée elle quitte les fastueux appartements que nous venons de décrire pour s'en-

fermer dans les petit -s pièces modestes, étroites, mal éclairées l, qui sont contiguës à la salle désignée sous le nom d'antichambre du roi, ainsi qu'à l'œilde-bœuf. Ces pièces, qu'on nomme les petits appartements de la reine, sont au nombre de quatre : le salon, la bibliothèque verte, la bibliothèque blanche, et l'antichambre ou, pour mieux dire, le couloir qui communique avec la chambre à coucher de Marie- Antoinette. Elles donnent sur une cour très-obscure, et c'est à peine si une bourgeoise voudrait s'en contenter. Tel est pourtant l'asile où la souveraine aime à fuir les pompes et les soucis de la grandeur. C'est là qu'elle lit, qu'elle écrit, qu'elle médite, qu'elle fait de la musique; là qu'elle oublie pour un instant cette vie de fastueuse étiquette et de continuel apparat, où l'âme ne peut s'écouter vivre...

En parcourant les appartements de Marie-Antoinette, on se prend à regretter que la reconstruction du passé ne soit pas plus complète encore. Les bureaux de la direction politique du ministère des affaires étrangères n'occupent plus, comme dans la fatale année 1871, ces pièces remplies d'une poésie intime qui pénètre et charme le cœur ; mais les salles restent dégarnies, quand il serait si facile de leur rendre, en les meublant, la physionomie du xviii11 siècle. L'Etat conserve inutilement au gardemeuble et ailleurs de véritables trésors qui, enfouis comme dans des cachettes, sont en ce moment

1. Ces pièces figurent sous le n° ir: dans la Notice du musée.

perdus pour L'art, et dont la place toute naturelle serait dans la partie du château de Versailles dont on a eu le bon sens de ne pas faire un musée. Les appartements de Louis XIV (salle des gardes, antichambre, œil-de-bœuf, chambre à coucher, salle du conseil, galerie des Glaces, salons de la Guerre, d'Apollon, de Mercure, de Mars, de Diane, de Vénus et d'Hercule) ; — les appartenante de Louis XV et Louis XVI (chambre à coucher, salon des Pendules, cabinet des Chasses, salle à manger et dépendances) ; — les appartements de la reine (salle des gardes , salle du grand couvert, salon, chambre à coucher, salon de la Paix et petits appartements) ont heureusement échappé à la manie d'anachronismes et de confusion qui a tant défiguré le séjour des trois derniers souverains de l'ancien régime.

Il est à regretter que les chambres occupées par Louis XV et Louis XVI aient été affectées au président de l'Assemblée nationale, puis au président du Sénat. Mais il y a lieu de penser que cette destination est provisoire. Ce qui nous paraîtrait désirable, ce serait de réunir en trois groupes distincts les meubles des trois styles, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Examinez, dans l'hôtel de M. Léopold Double, à Paris, comment on s'y prend pour reconstituer un salon du xvme siècle, rappelezvous ce qu'on avait fait du petit Trianon, en 1867, et vous trouverez le moyen de créer un nouveau Versailles, une sorte de musée de Cluny du xvne et

xviiie siècle. Pourquoi, par exemple, mettre, comme on l'a fait, dans les vitrines des petits appartements de la reine, plusieurs ouvrages relatifs à la guerre de Crimée ? Ces livres seraient à leur place dans toutes les bibliothèques de France, excepté dans celle-là, où ne devraient figurer que des ouvrages du temps de Marie-Antoinette. C'est déjà bien assez d'avoir dénaturé l'appartement de Mme de Maintenon en le remplissant de tableaux qui n'ont d'autres sujets que les batailles des guerres de la Révolution française. Les gloires de la République et de l'empire n'ont rien à faire avec Louis XIV, avec Louis XV, avec Louis XVI, avec Marie-Thérèse, avec Marie Leczinska, avec Marie- Antoinette. La statue de Napoléon Ier ne serait pas plus à sa place sur le Pont-Neuf que celle de Louis XIV sur le sommet de la colonne Vendôme. Il faut laisser aux monuments leur cachet, leur légende. Nous sommes beaucoup trop disposés, en France, à faire table rase du passé. Ce qui nous manque, c'est la tradition. Nous n'en sommes pas encore arrivés à ce culte minutieux des souvenirs qui est si nécessaire à l'artiste, au littérateur et à l'historien. Nous nous contenrons trop facilement de l'à-peu-près. Nous nous laissons égarer par les abstractions, par les généralités, et voulant faire de la synthèse, avant d'avoir fait de l'analyse, nous oublions que la vraie histoire n'est autre chose qu'une résurrection.

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Nous venons de jeter un 'coup d'oeil sur les appartements de Marie - Antoinette. Examinons maintenant le cérémonial.

Une reine, d'après les lois de l'étiquette, ressemblait beaucoup à une captive. Elle ne pouvait jamais être seule avec elle-même, et des regards anxieux suivaient chacun de ses pas. « Le plus vulgaire incident d'une existence auguste exigeait un concours de figurants presque aussi savamment dressés qu'un chœur d'opéra. La seule maison civile du roi comptait, dit M. Raudot1, quatorze cents officiers, et celle de la reine en comptait quatre cent-cinquante, tous possesseurs de charges, fastueuses ou ridicules, achetées à haut prix, tous enflés de l'honneur de vivre à. la cour, et d'autant

i. M. Raudot. La France avant 178g.

plus jaloux de leur prérogative et du bout de rôle qui leur était assigné, qu'ils sentaient mieux combien l'importance personnelle de chacun des acteurs s'é\ anouissait dans la grandeur du spectacle. De là des empiétements fréquents, une éternelle dispute sur la borne précise qui séparait les droits limitrophes; de là un froissement de vanités furieuses, une âpre émulation de tous ces inutiles à se tirer de leur pompeux néant, à courir après un air d'importance et un semblant d'utilité, à se donner à eux-mêmes l'illusion flatteuse d'être ou de paraître quelque chose1. »

L'habillement de la reine était un chef-d'œuvre d'étiquette; tout y était réglé. « La dame d'honneur et la dame d'atours, toutes deux, si elles s'y trouvaient ensemble, aidées de la première femme et de deux femmes ordinaires, faisaient le service principal; mais il y avait entre elles des distinctions. La dame d'atours passait le jupon, présentait la robe. La dame d'honneur versait l'eau pour laver les mains et passait la chemise. Lorsqu'une princesse de la famille royale se trouvait à l'habillement, la dame d'honneur lui cédait cette dernière fonction, mais ne la cédait pas directement aux princesses du sang; dans ce cas, la dame d'honneur remettait la chemise à la première femme, qui la présentait à la princesse du sang. Chacune

i. M. Charles Aubertin. L'Esprit public au tlxiW siècle.

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de ces dames observait scrupuleusement ces usages comme tenant à des droits '. »

A force d'être entourés de serviteurs et de servantes, le roi et la reine finissaient quelquefois par n'être point servis du tout. « Un jour d'hiver, raconte Mme Campan, il arriva que la reine, déjà toute déshabillée, était au moment de passer sa chemise : je la tenais toute dépliée -, la dame d'honneur entre, se hâte d'Ôter ses gants et prend la chemise. On gratte à la porte, on ouvre : c'est M""' la duchesse d'Orléans ; ses gants sont ôtés -, elle s'avance pour prendre la chemise ; mais la dame d'honneur ne doit pas la lui présenter; elle me la rend, je la donne à la princesse ; on gratte de nouveau : c'est Madame, comtesse de Provence. La duchesse d'Orléans lui présente la chemise. La reine tenait ses bras croisés sur sa poitrine, et paraissait avoir froid.

« Madame voit son attitude pénible, se contente de jeter son mouchoir, garde ses gants, et, en passant la chemise, décoiffe la reine, qui se met à rire pour déguiser son impatience, mais, après avoir dit plusieurs fois entre ses dents : « C'est odieux ! Quelle importunité ! »

Toute espèce de service était qualifiée d'honneur. L'expression rendre les honneurs du service signifiait la présentation du service à une charge d'un grade supérieur. Supposons, par exemple, la reine

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