‹ Les beaux messieurs de Bois-DoréChapitre 10 sur 86 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, JOVELIN.

d’alvimar.

L’autre païen!

J OVE LIN

... Il n’y a aucun danger.

Çà ! tu veux que je te chasse aussi, toi !

JOVELIN

Plaît-il?

GUILLAUME

D’Alvimar...

MARIO, saisissant le nom.

D’Alvimar!

GU IL LAUME.

... Contenez-vous, au nom du ciel!

n’ A LV I MA R.

Eh! n’entendez-vous pas que ce mendiant essaye de m’insulter, comme s’il avait au côté une épée.

JOVEtlN.

Je me figure quelquefois que j’en ai une, c'est vrai. Quoi qu’il en soit, je ne mendie point. Je ne vous ai pas non plus insulté, j'en prends à témoin votre ami. Je vous parle sans peur, mai$ sans insolence. J'accompagne cet enfant que j’ai promis de conduire à Paris. A votre vue, il paraît qu’il a été frappé d’un souvenir, et, par deux fois, il m’a glisse des mains pour courir après vous et vous mieux regarder. Je vous trouve le chassant et le malmenant et tout hors de vous, et je vous dis simplement de ne rien craindre; il n’y a pas autre chose.

n ’ A L V 1 M A R , & Guillaume.

11 s’imagine, en vérité, que je tremble devant eux!

JÜVËLIN.

Oh! je vois ce que vous êtes et je me rappelle ce que noos

sommes : d’humbles pèlerins qui achevons péniblement un long voyage, non en demandant l’aumône, mais en gagnant comme nous pouvons notre pain. L’autre jour, à Lyon, des musiciens que nous avons rencontrés nous ont dit qu’ils étaient attendus dans ce château pour des fêtes qui allaient y avoir Jieu, et ils nous ont demandé de les Y rejoindre; car j’ai quelque connaissance des instruments et des voix, et Mario, mon petit compagnon, chante agréablement. Le hasard a voulu que nous arrivions ici en même temps que vos seigneuries. Nous, à pied, poudreux, harassés, armés en tout d’une mandoline, l'entant exténué de jeûne et de fièvre; — vous deux, bien montés, bien armés, l’épée au côté, en hôtes et en maîtres, et n’ayant qu un mot a dire pour nous faire expulser par les valets. Il est donc bien certain qu il n y a pas l’ombre d’une comparaison possible entre vous gentilshommes et nous... misérables. Mais il est certain aussi, monsieur, que la vue de Mario vous a troublé plus que de raison, et que vous avez paru plus inquiété de son regard innocent qu’il n’a paru intimidé de votre regard furieux.

d’aLVIM A R.

Ah ! c’est trop d’audace ! Allons ! décampez, vagabonds, ou bien. . .

MARIO, effrayé.

J 0 V K LIN, avec calme.

Rassure-toi, mon enfant.

GUI LL A. CME.

D’Alvimar! vous ne voudriez pas maltraiter ces pauvres meurtde-faim.

d’alvim A R.

Qui m’en empêcherait ?

GUILLAUME

Ehl vous-même.

d’ALVIMA R, mettant sa bourse dans la main de Guillaume.

Eli bien, tenez, donnez-leur de l’argent, mais qu’ils s’en aillent! je veux qu’ils s’en aillent! et qu ils ne mettent pas le pied dans la maison où je vais entrer!

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