‹ Les beaux messieurs de Bois-DoréChapitre 36 sur 86 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, MARIO, puis JOVELIN.

LAURIANE, avec joie, et respirant. •

Mario 1 ah ! viens, Mario, je t’attendais !...d’alvimar, bas.

Est-ce que cet enfant va rester?

MARIO

Et il y a encore un second volume plus gros 1 mais, ma foi, j’ai prié Jovelin de l’apporter. Le voilà. (Entre Jovelin portant aussi un gros

volume.)

LAURIANE

Merci, maître Jovelin... Demeurez un instant, je vous prie.

D’ALVIMAR, bas.

Comment! vous ne congédiez pas ces malencontreux ?

LAURIANE, bas.

Leur présence justifiera la vôtre.

ACTH DEUXIÈME.

Souhaitez-vous que je lise, madame ?

LA U RI ANE

Tout à l’heure. Regarde, en attendant, les estampes.

D A I. V I M A R , regardant Jovelin avec insolence.

Au fait, je puis bien vous parler comme s’ils n’étaient pas là ! Qu’ils apprennent ce que je suis, ce ne sera pas un mal !

MARIO, à Jovelin, lui montrant une gravure.

Vois-tu , le méchant Polémas veut ' s’emparer de la pauvre Astrée !

JOVELIN, à demi-voix « Mario.

Écouté ce qu’est monsieur d’Alvimar.

d’alvimar.

Je vous disais donc, Lauriane, qu’une fois votre mari , je serais sûr de nous élever très-vite et très-haut. J’ai l’âme ambitieuse et intrépide, le goût de l’aventure, l’habitude du succès, et les deux forces qui emportent tout de haute lutte : l'audace et le bonheur.

LAURIANE

Ah ! vous m'effrayez plus que vous ne m’éblouissez, monsieur, et les sommets me donnent le vertige.

d’alvimar.

Eh! vous n’auriez qu'à vous laisser conduire ! Les temps sont favorables aux hommes d’énergie; la reine Marie de Médicis est faible, et Concini, tout hardi qu’il est, ne l’est pas plus que moi. Je suis aujourd'hui le protégé du Florentin ; je pourrais bien être demain son égal et après-demain son maître... (a Joveüo.) Cela vous fait sourire, l’homme aux sérénades? Vous arrivez d’Italie; auriez-vous par hasard vu dans quelque fête les grands personnages dont je parle... de l'autre côté de votre estrade ?

JOVELIN

Oui, j’ai vu à Florence ces grands personnages; j’en ai vu même de plus grands.

d’alvimar.

Qui donc?

JO VELIN

J’ai vu Giordano Bruno sur sou bûcher, Campanella pn prispn, et Galiiée à genoux.

DALVIJIAH.

Ah I vous avez connu cos gens-là 1

JOVELIN

Oui, j’ai eu le bonheur d'approcher plusieurs des grands esprits de mon temps. Il y a, dit-on, en Orient certaines pierres sans couleur, mais qui ont le don de s’imprégner des rayons du soleil et d en conserver, après la nuit venue, le lumineux reflet. Je ne suis de même qu'un caillou du chemin, mais j’ai reçu et j’ai gardé la lumière.

D ’ A L V I M A R , ricanant.

Est-ce que ce n'est pas ce Galilée qui a été condamné par l’Inquisition pour avoir osé soutenir... quoi donc déjà?... ah! que la terre tourne et que le soleil est immobile I

C’est lui, c’est ce rebelle, coupable de vérité. Hélas! dans notre aveugle humanité, quiconque prédit est maudit.

d’aivimar.

.Et vous étiez son ami ?

JOVELIN

Il est mon maître.

d’ alvim ar.

Et vous avez partagé ses idées, et qui sait ? ses malheurs ?...

L AU RI ANE

Grand Dieu !

j ove lin.

Je n’aime pas à me vanter, mais puisque vous me le demandez, monsieur, il est vrai qqe j’ai un peu souffert. Je suis un peu — dans ma sphère — ce que vous êtes dans la vôtre : j’ai le goût, de la lutte, l’habitude du péril, et j’ai aimé, j'ai tenté la grande aventure de la science et de la vérité.

L AU RI ANE, avec élan.

Vraiment! ah! quelque chose me l avait dit qu il y avait de la douleur dans notre destinée !...

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Et à moi aussi !

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