‹ Les beaux messieurs de Bois-DoréChapitre 4 sur 86 · AC^E PREMIER · texte numérisé non relu

AC^E PREMIER

GUILBKRT.

Soyez tranquille! j’attends un jeune musicien que j’ai rencontré aux fêtes de monsieur le duc, à Lyon, et qui vous fera connaître des cantates et des mélodies à la manière italienne, d’une beauté tout à fait nouvelle. Ohl c’est un vrai maître celui-là! et, quand il arrivera, je lui cède le bâton de mesure. Monsieur le marquis sera content de nous.

A DAMAS

Et vous serez contents de monsieur le marquis, (sort Guiiben. — Tirant un calepin.) Reste à régler les logements. (Appelant.) Clindor ! Eh bien, est-il sourd? Clindor!

CLINDOR, qui ochève un bouquet.

Ah ! excusez, parrain; c’est que je ne suis pas encore fait à mon nouveau nom.

AD A MAS

Un nom de YAslrée ! comme le mien, comme tous les noms de chez nous. Tu aimais mieux t’appeler Jean Fachot peut-être?

CLINDOR

Que non dà! on n’est pas si simple! Clindor! un nom où il y a de l’or dedans! un nom reluisant comme ce beau château 1 — Ohl que je vous remercie, parrain, de m’avoir fait venir auprès de vous : il me semble que j’entre en maison dans un conte de fée !

ADAM AS

C’est bon! Ta mère m’afTirinè què tu es un garçon honnête, rangé, discret.

CLINDOR

Je n’ai qu’un seul défaut, parrain !

AD AM à s.

Un seul ! peste ! et lequel ?

CLINDOR

Parrain, je suis curieux. Vous fn’aurez discret, oui, mais curieux comme un pivert ! D’ailleurs, qu’est-ce que ça fait? ïci, j’en aurai de reste à voir et à savoir I On en conte assez sur le château, sur le maître, qui çst bon, et bienfaisant, et riche, oh! riche à s’en ennuyer I et avèc qui vous cherchez, parrain, le secret de l’eau... comment l’appèlez-vous?... enfin do l'èau qui rajeunit.

A DAM AS

Où. as-tu pris ces sorneltes? Il est bien vrai que monseigneur est excellent, et qu'il est richissime. Mais s’il s’ennuie, c'est parce qu’il est seul au monde, et qu’il pleure encore son frère, le jeune monsieur Florimond, le comte de Bois-Doré.

CLINDOR

Oui, celui qui a été assassiné, avec sa femme et son fils, par des bandits, on n’a jamais su ni où ni quand?

ADAM A 8

Alors comment aurait-on pu savoir que c’étaitjpar des bandits? Le jeune comte a, depuis sept ans, disparu avec sa femme et son enfant; mais dans quelle embûche, dans quel naufrage, par quel accident de sa vie errante? aucun indice ne l’a jamais découvert : voilà la vérité. — Quant à l’eau de Jouvence...

CLINDOR

Ah! c’est ça, de Jouvence!

A DAM AS, avec colère, marchant sur Clindor qui recule.

Monsieur le marquis n’en a pas besoin, benêt ! par la raison que monsieur le marquis est jeune, jeune par la vigueur du corps non moins que par la chaleur du cœur, aussi jeune et plus jeune, entends-tu, que n’importe quel jeune homme!

CLINDOR

Ne vous fâchez point, parrain! Mais alors pourquoi l’attifer d’une perruque noire et lui peinturlurer les joues?

A D A M A S , avec embarras.

Pourquoi? pourquoi?... Eh! précisément parce que certaines fausses apparences pouvant tromper les yeux sur sa jeunesse, il est juste qu’un peu d’art vienne réparer les mensonges de la nature.

CLINDOR

Ah ! c’est autre chose !

A DAMAS

A présent, écoute, je vais te donner une grande marque de confiance. Je te réserve, à toi, la garde et le service du pavillon qu’habitera, seule avec ses femmes, madame Lauriane de Beuvre.

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