ACTE TROISIEME
Sans doute.
MARIO
Oh ! excusez-moil si j’osais... si j’osais vous demander...
Parle.
MARIO
Est-ce que vous auriez, dites-moi, de l’écriture de votre frère?
J’ai là toutes ses lettres, mes tristes et douces reliques.
mari o.
Oh! monsieur, je vous en prie, ayez la bonté do m’en faire voir une.
bois-doré.
Volontiers, cher petit, (n va & ia crédence.) Mais ne va pas espérer à ton tour! — Tiens, voici sa dernière lettre, celle qui ne m’a pas laissé de doute. Regarde. •
MARIO regarde, tombe à genoux, et les mains jointes.
Bonté divine!
Qu’as-tu ?
MARIO, se relevant.
Attendez ! (Il s'élance dehors.)
BOIS-DORU, tremblant t'i son tour.
Pauvre enfant! lui aussi, il veut se faire illusion. Mais pour la centième fois, je relis cette date : de Gènes , le 16 e jour de juin, — C’est bien loin des Pyrénées ! C’est bien après le 14 mai !
MARIO, rentre en courant, haletant, un pli à la main.
Tenez, prenez, lisez.
BOIS-DO R É, lisant la suscription.
« A monsieur de Luynes. » Eh bien, c’est la lettre que tu vas porter à Paris?
MARIO
Oui, mais dedans il y en a une autre; une autre que j’ai lue mille fois, que je sais par cœur. Voyez ! voyez !
BOIS- DOUÉ
Ah! qu’ est-ce que c’est? Qu’est-ce donc que ce papier ainsi taché ?
MARIO
Ce sont des taches do son sang !
bois— non k.
Du sang de qui ? — lié! Seigneur! monseigneur Dieu qui ôtes au ciel ! je no suis pas halluciné ! e’est l'écriture, c’est le vrai caractère de mon frère chéri!... Et ce sang!... Mario, où as-tu -pris cela ? D’où vient cette lettre ?
MARI O
On l’a trouvée sur mon père !
Sur ton père !
MARIO
Lisez donc, monsieur! lisez!
Oui, oui, certainement ! je vais lire... Mais je ne vois pas, moi , je ne peux pas... Lis, toi, mon enfant, Iis toi-même..
MARIO
Oui, et suivez avec vos veux, (usant.) « Monsieur et bien cher « frère, n’ayez point égard à la lettre que vous recevrez de moi « après celle-ci, et que je vous ai par avance écrite de Gênes à la «date du seizième jour du mois prochain, en prévision d’une « longue et périlleuse absence, où vous auriez pu être trop in- « quiet par le manque de mes nouvelles... » Voyez-vous! « Au- « jourd’hui, le père de ma femme n’est plus, sa mère nous appelle « à Madrid et nous pardonne, et j’espère pouvoir, d'ici à un mois, « conduire dans vos bras cette bien-aimée femme et mon cher petit « enfant... »
BOIS — DORE, interrompt Mario, le prend dans ses bras, et le couvre silencieusement de baisers et de larmes.
Continue.
MARIO
11 n’y a plus que quelques mots. « ...La mère a déjà rompu « pour nous avec le comte Sciarra, ce fils de son premier mariage