‹ Les beaux messieurs de Bois-DoréChapitre 69 sur 86 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

au-dessus de mes forces; je ne veux pas, je ne dois pas, je ne peux pas vous perdre; je viens chercher une promesse qui me rassure et qui vous lie, un mot, rien qu’un mot, mais qui soit comme un serment. J’attends ce mot, Lauriane, je l’attends.

LAVRIANE, tremblante et d'une voit brisée.

Laissez!... voilà que je rassemble mes idées! et je n’ai en effet qu’un mot à vous dire : Sortez!

d’alvima b.

Soit, je sortirai, Lauriane; je sortirai sans être vu. Mais quand vous m’aurez dit le oui que je réclame.

LAURIANE

Non, avant toute chose, sortez... Sortez! oh! je vous en prie!

d’ AL VI MA R.

Enfin, ce matin, tout à l’heure, qui allez-vous choisir? Ce n'est pas, je suppose, ce vieillard, qui d’ailleurs s’est exclu lui-môme?

LAURIANE

Les minutes passent, monsieur...

D’ AL VI MAR

Vous n'allez pas non plus sans doute pour la seconde fois épouser un enfant?

LAURIANE

Les minutes passent, et vous ne partez pas!

Reste Guillaume et Lucenav; mais sont-ils faits pour vous, madame? et maintenant que votre àme fière et haute a entrevu sa vraie destinée, est-ce que vous pourriez dire à l’un d’eux que vous l’aimez?

LAURIANE, sans conscience de ce qu’elle dit

Oh ! non !

d’alvimar.

Vous voyez!

•laur iane.

Mais vous voyez aussi que vous restez encore!

8? LES BEAUX MESS1EUBS DE BOfS-DOR É.

1)’ ALVIMAI*.

Je reste tant que vous n’aurez pas parlé.

L A U R I A N E , s'asseyant, résolue.

Et tant que vous restez, je me tais.

D A L V I M A R , «près un silence, et s’irritant.

Mais vous êtes pourtant à la dernière limite du dernier délai I Dans quelques heures, il va falloir que vous vous engagiez; sinon, vous manquez à votre serment, vous vous ruinez, vous privez de tout bien-être la vieillesse de votre père! Et si vous n'aimez ni Guillaume ni Lucenay, c’est donc moi que vous choisirez?

LAVRIAMË.

Oh! mais je n’ai pas dit que je vous aimais, vous!

d’ALVIMAR, sombre.

Alors qui aimez-vous donc, madame?

LAUKIANE, avec indignation.

Qui j’aime?

DALVIMAR.

Tenez, je vais aller jusqu’au fond de ma pensée... et de la vôtre. Il y a un homme, qui dans ces derniers jours s’est placé, je ne sais comment, entre vous et moi, un insolent. que votre père a chassé tantôt de cette maison, mais qui, même absent, me force encore peut-être à ce que j’ose tenter en ce moment, un insensé dont je crois bien maintenant être le maître, mais qui jusqu’ici avait su se dérober à moi sous le nom de Jovelin, un nom de manant!

LA l! RI ANE.

Qu’en savez-vous?

d’alvimar.

Ah! je souhaite pour lui que ce ne soit pas un nom de gentilhomme! Je souhaite pour lui, — après vous avoir appris hier qu’il vous aime, — ne pas vous apprendre. aujourd’hui que vous l’aimez!

LAUR1ANE

Vous allez m’apprendre du moins à ftire la différence entre le dévouement qui s’immole et l’audace qui s’impose. Celui dont

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