‹ Les beaux messieurs de BoisDoré. 1Chapitre 15 sur 25 · LIS BEAUX MESSIEURS · texte numérisé non relu

LIS BEAUX MESSIEURS

de gages, et, quand elle en vint au caillou d'Alvïmar, elle le lui jeta dans tes Jambes avec dédain.

U en fut si outragé qu'il l'eût peut-être traitée comme Il avait fait du louveteau, s'il eût eu encore l'arme dont flse servait si vile et si bien.

Mais il fit en vain le mouvement involontaire de la saisir, et Lauriane, qui le regardai), s'applaudit do l'avoir désarmé. Il rencontra ses yeux et se hâta de sourire ; puis il essaya de parler d'autre chose, et Bois- Doré demanda à Lucilio un air de muselle pour dissiper le fâcheux effet de cette aventure, tandis que La Flèche, remportant son grand panier sur sa tète, ses instruments magiques sous son bras, et, tirant del'autre

chissait avec empressement la berse et le pont-levis du manoir.

— A présent, tu vas me donner a manger? dit-elle quand ils furent en rase campagne.

— Non, tu as trop mal travaillé 1

— raifaien.

—Tant mieux [

— J'ai faim, je ne peux plus marcher.

— En cage alors l

nia remit dans son panier, malgré elle, et l'emporta en courant.

Les cris de l'infortunée créature se perdirent sans écho i 1 jus la plaine immense.

— Mariai Mariol pleurait sa voix entrecoupée; je veux voir Mario 1 Méchant ! assassin 1 Tu m'avais promis de me faire voir Mario, qui me donnait a manger et qui Jouait avec moi, et sa mère, qui m'empêchait d'être battue I Mercédes ! Mario ! venex me chercher! Tues-le I il me fait mal, il me secoue, il me tue, U ma

fait mourir de faim I Damnation sur lui! mort et sang ei meurtre ! Le fouet, le feu, la roue, l'enfer pour les méchants!

Pendant que le bohémien fuyait dans la direction du nord, le marquis, avec d'Alviuiar et Lucilio, reprenait en sens contraire le chemin de Briantes.

11 lui tardait de faire part à son fidèle A damas de ce qu'il regardait comme une heureuse issue de son entreprise : et, bien qu'il crût devoir à son amour d'étouffer quelques soupira d'inquiétude ou d'impatience, tout bien considéré, il ne se trouvait pas trop contrarié d'avoir sept ans devant lui avant de prendre une nouvelle résolution matrimoniale.

D'Alvimar était de fort méchante humeur, non-seulement à cause des prédictions qui avaient remué sa bile et troublé sa cervelle, mais encore à cause de la tranquillité des adieux que lui avait faits madame de Beuvre, tandis qu'elle avait tendu ses deux petites mains au marquis en lut promettant gaiement sa visite pour le surlendemain.

— Serait-il possible, pensait-il, qu'elle eut accepté les écus de ce vieillard, et que je me visse supplanté par un rival de soixante et dix ansï

Il avait bien envie de questionner, de railler, de se dépiter.

Mais il n'y avait pas moyen d'entamer la conversation avec Bois-Doré sur ce sujet, te marquia avait un air de triomphe discret et mo-

136 E.KS BK*UX MSSS1RUBS

de-lequi le faisait ^doubler de politesse et de prévenance pour son hâte.

D'ÀIviiMT ne put se venger île sa défaite qu'en éclaboussant tant qu'il put maitra Joï.-lin, trottant derrière

le marquis.

A peine arrivé au manoir, comnio l'heure du souper notait pas encore venue, il sortit à pied pour aller conférer avec M. Poulain,

— Eh bien, monsieur, dit, en débottant son maître, le fidèle Adamas, qui, mi su qualité d'homme de chambre, ne quittait presque jamais le manoir de Brlanlea ; faut-il songer au repas des fiançailles?

— Précisément, mon ami, répondit le marquis. Il y faut songer au plus tôt.

— Vrai, monsieur? Eli bien, j'en était sûr, et j'en suis si content que je ne m'en connais plus. Figurcavous, monsieur, que cette haquenée rouge que vous appelez Hellinde, et qui serait mieux nommée "Ksiphone...

— Allons, allons, Adamas, vous avez l'humeur trop peu radotante ! Vous savez que je n'aime point entendre injurier une personne du sexe. Qu'y a-t-il encore entre vous?

— Pardon, mon noble maître; mais il y a que celte fille ténébreuse écoute aux portes, et qu'elle sait la démarche que monsieur a faite aujourd'hui. Ce tantôt, elle ena ri comme une mouette avec la sotte gouvernante du recteur.

— Que savez-vous de cela, Adamas?

— le le sais par magie, monsieur ; mais, enfin, je 13 saisi

— Par magie? Depuis quand vous adonnes-vous ans sciences occultes ?

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

™ Jo le dirai à monsieur ; je n'ai lion de l'aclié pour lui, mais que m:v.\i:iiiv d.ii^ u> -.Lui.- aie raconter comment :l s'y est ::ris p-jur faire c.iiioaitre ses senlii .eu's y l'incomparable dame de ses pensées, et commen! elle a répondu; car je suis sùr que rien d'aussi éloquent ne s'est dit sous lo ciel depuis que le monde est monde, et jr; voii[Ie;:is savoir écrire aussi vite, que maîlie Jovelin,

■kuii- il! coucher sur le papier à mesure que monsieur me le rapportera.

— Bon, Adamas, aucune jwrole nu sortira du ma huuche, scellée p :u - un serment de preux chevalier. J'ai juré de ne point trahir In secret de ma félicite. Tool ce que je peux te dire, mou ami, c'est do te réjouir du présent avec ton maître, et d'espérer avec lui en Ta venir!

— Alors, monsieur, c'est couda, et...?

Adamas fut interrompu par tin petit grattement de chat ii la porte.

— Ah ! fit-il après avoir été regarder, c'est l'eufanV. qui voudrait vous offrir le bonsoir. — Va-t'en, mon petit ami; monseigneur ta verra plus lard, il est occupé.

~ Oui, oui, Adamas, qu'il revienne! 11 est bien question d'enfant; Je ne sais quelles idées de paternité m'avaient passé Mer par la tête 1 Cela est du dernier bourgeois! Nonl non! je ne suis plus ce viens garçon qui voulait se marier bien vite, pour faire une fin. Je suis un jeune homme, Adamas, oui, un jeune amoureux, un iileiid :i, sur ma i>. ,: .!i.:-U. tei: (l re aient eondaïuv.é il prouver sa consfan.ee par des épreuves, à soupirer et a taire . des vers, en un mot , à attendri!, dans l;;s tourments et les délices de l'espoir, le boa plaisir de ma souveraine. :

— Si je corn prends hiç:i, reprit Adamas, celte divinité jalouse se méfie un peu du i'iiuiuaui volage de mon

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

las m braox rniBSisuna

raallro, al elle esiga qu'il renonce 6 toute gâtante aven-

— Oui, oui, n'est coin, Adnmas, ea doit être cota l Un mu dode-flancolc'est Wcn In punition do ma Ml» tonneau ; ma» ja saurai «' M*> ■wqw* ■» *"*«*■■■ ftegardu donc a la porte, on gratte encore !

— Quel ! «H! Adamns sérieusement a Mario, on entrebâillant un peu la porte, c'est eucoro vous, mon lutin! Ke cous ni-jo pas dit d'attendret

— J'ai attendu, ri-p™"" 1 Mwto aïaB Bfl ïoi,£ 3oftae 01 caressante jusque dans l'ospifietaffe; WW m'nvcï dit: . Va-fen, et reviens. » J'ai été on bout de l'autre chambre, ul mo voila revenu.

— il mt drûlatl dit le marquis; loisse-le entrer — Bonjour, mon polit ami; or ça, viens me baiser, et puis loue tranquillement avec Flcurîal. J'aiàparler d'affaires sérieuses avec le bon M. Adamas. Voyons, Adawas, c'est spràs-deraain que Je traite mou incomparable voisine. Il ï faut songer ; c'est un potit dîner sans façons, quatorze services tout au plus.

— On les aura, monsieur; voulez-vous que j'appelle lemaltre-queuxï

— Non je n'aime point a ordonner, et si propres que soient les gens de cuisine, ils sentent toujours la cuisine. Aide-moi à imaginer...

— Qu'est-ce que c'est donc que ce couteaiHa 7 dit très-vivement Mario, que le marquis, débonnaire et passablement distrait, tenait entre ses jambes et laissait fouiller dans ses poches.

— Rien, rien, dit le marquis en cherchant a reprendre le gage que Lauriane lui avait donné. Rends-moi ça, mon petit ami ; les enfants ne touchent point à ça. Ça' mord, vois-tu I Rends-le doue I

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

-Oui, oui, le voiJll dit Mario; niais j'ai bien vtieu qu'il y avait dessus, et Je sais l.iun a qui j| eat.

— Tu nu sala ee que ut dis!

— Si fait, Jja dis qu'il est m monsieur espagnol quj vous appelât ViNnr^al. Il vuu* |'a donc doniul ?

— Voyons, quu maruwtes-tu la! Tu ruves!

— Non, bon nwisiourl J'ai bien vu la devisa qui est sur la lama ; n'est ou uspaîjnol al jo la commis Jifen ; ma infrni Merc&lfis a un poignard tout pardi uii il y a la naiVuta devise.

— Ëtquo sliinlfla catto devise?

— Jesm Ukx. — S. A.

— Kl que signifie S. A.Ï

— Ça doit fltru Ion premières lettres du nom do celui a qui est le poignard. C'est comme cala qu'on les place, ïi jour, près du iiumdie.

— Joie sais bleu; mais pourquoi dis-tu que es poignard vient du monsieur espagnol quis'appelleVillaronl?

L'enfant ne répondit pas ut parut embarrasse.

Il n'était plus sous l'œil vigilant et défiant do la Morisqua. 11 avait parlé plus qu'il no devait, et il se rappelait trop tard ses recommandations.

— Mon Heu, monsieur, dit Adamas, les enfants parlent quelquefois pour parler, et sans savoir ce qu'ils disent. Parlons donc, nous autres, de là chose importante. Votre garde, le père Andocbe, a apporté aujourd'hui un chapelet de raies qui sont d'un gras...

— Oui, oui, lu as raison, mon ami ; parlons du dîner. Pouriwt.je ne sais... Je me demande comment elle avait, en la padiS de rajupe, ce poignard espagnol.

— Oui. monsieur?

— Elle, parbleu ! De quelle autre personne pourraisje parler désormais?

1W I.J-.S UB.1UÏ MERBIRUIIS

~ O'i juste; pardon, iimnsii'itrt l'argus du poilîiiiiivl. Jo croyais ipi 'eu i lti'l uïlail un ifciii do il. il» Vilfcuval, un qu'il vous l'avait pn'W; !»w do ïi,*) du lui, li-s driiv tMtnv! S. A. soin sur s.-s aulivarmtt*. ipii *'»tfurt biîlH*, 1 1 ipio j'ai TOiinirqu<'i , s rai matin pondant que ko» valet lea mûrissait.

Page 1