DE BOIS-DORÉ S
Laurlana vit qu'elle avait été trop, loin ; car elle aimait sincèrement sou vieux voisin, et, quand il iw ri Tu plus de ses taquineries, elle n'avait plus envie do rire.
— Hoa, monsieur, dit-elle à son père, permette* a voire fille de vous dire que vous plaisante!. Le marquis e>ail loin d'avoir vingt ans, et son aclion fut d'auiant plus belle.
— Comment ! il n'avait pas vingt ansï s'écria encore de beuvre; serais-je, tout d'un coup, devenu In plus vieux î
— On n'a jamais que l'âge que l'on montre, reprit Lauriane, et il ne faut que regarder le marquis,. .
Elle s'arrêta, n'ayant pas le courage de mentir si résolument pour le consoler; mais l'intention suffit, car Buis-Doré ae contentait de peu.
Il la remercia d'un regard, son front s'éclaircit; de Beuvre se mit a rire, d'Alviinar admira la gentillesse de Lauriane, et l'orage fui détourné.
On causa sans dépit quelques instants encore.
M. de Beuvre invita d'Alvimar à ne pas s'effaroucher de ses boutades et à revenir le surlendemain avec Bois- Doré, qui avait coutume de dinar tous les dimanches à la Motte; puis on vint annoncer que la correcte de U. le marquis était pritc. (Chacun saitqu'avant Louis XIV,
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lequel, en peraunne, eu ordonna autrement, carrossa émit souvent des doux genres, et le plus souvent féminin, d'après l'italien cmitomo.)
Or, la carrosse ou carrocho de M. de Bois-Doré était un vaste et lourd berlingot que traînaient courageusement quatre forts et beaux chevaux percherons, un peu trop gras; car tout était bien nourri, bêtes et gens, an logis du bon M. Sylvain.
Co respectable véhicule, destina a affronter les roules oanowahles et non carrossables, était d'une solidité à toute épreuve, fil, si la souplesse de sou allure laissait quelque chose h désirer, on était du moins assuré de ne s'y pas trop hriscr les os, même en cas du chute , à cause de l'énorme rembourrage de l'intérieur.
il y avait six pouces d'épaisseur de laine et d'étoupe sous la doublure de damas, en sorte qu'on y avait, sinon toutes ses aises, du moins une sorte de sécurité.
C'était, du reste, un beau chariot, tout couvert de cuir, garni de clous dorés qui formaient des bordures d'ornement autour des panneaux. Il y avait, pour descendre et monter, une petite échelle que l'on retirait et plaçait dedans quand on était en route.
Aux quatre coins de cettecitadelIeroulattie.OB remarquait un arsenal composé de pistolets et d'épées, sans oublier la poudre et les balles, si bien qu'au besoin on y pouvait soutenir un siège.
Deux valets à cheval, portant des lorches, ouvraient la marche ; deux autres porte-flambeaux marchaient derrière la voitureavec le domestique de d'Alvimar, tenant son cheval en laisse.
Le jeune page du marquis monta sur la banquette à côté du cocher.
Tout cela passa a grand bruit sous la herse de la Hotte-
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DE B0IS-[10Rft W
■ît'iiilty, ci lo poot-lcvis, en su rckivniit derrière la cavalcade, aux joyeux aboiements de< tIliL'ns île garde qu'on lâchait dans le préau, complota, un vacarme qui fui e iiten il u Jusqu'au hameau de Champillé, à un bon quart île lieue de distance.
D'Alviinar .rut devoir ad rosser à Uois-Uoro quelques louanges sur son beau carrosse, objet de [use et de confort encore peu répandu djn:; lus nampngiics, et qui, .]jwa le pays particulièrement, passait pour eue merveille.
— Je ne m'attendais pas, dit-il, a trouver au fond do Bcrry les aises des grandes villes, et je vois, monsieur le marquis, que vous mené/ ici la vie d'un homme, de qualité.
Bien uo pouvait être plus flatteur pour le marquis que e.et'e. dernière expression. Simp'e -entiliiemme, jl n'ùlnit pas, Une pouvait pas être, malgré son titre, homme île qualité.
Son marquisat était une petite ferme du lieauvoisia qu'il ne possédait même pas.
Dans un jour de fatigue et de danger, Henri IV, arrivant avec lui et une très-petite escorte dans cette ferme, oiL le hasard de la guerre de partisans les avait forcés de faire halte, »> qu'ils trouvèrent déserte et abandonnée , courait grand risque de ne point déjeuner du tout, lorsque M. Sylvain, qui était l'homme de ressources dans ces sortes d'aventures, avait découvert, dans un buisson, quelques volailles oubliées et devenues sauvages. Lo Béarnais s étoit donné le plaisir de cette chasse, et Syl vain s'était chargé de faire cuire à point le gibier.
Ce festin inespéré avait mis le roi de Navarre en belle humeur, et il avait donné la ferme à son bon compagnon, l'érigeant en marquisat, de par son bon plaisir,
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et ce, disait-il, pour avoir empêché no roi d'y mo'irir de Mm.
La possession s'était bonite à ce séjour de quelques heures sur le petit fief conquis sans coup férir. Il avait été repris dès le lendemain par le parti contraire ; puis, après la paix, il était retourné en la possession de ses légitimes propriétaires.
Peu importait a Bois-Doré, qui ne tenait point a cette bicoque, mais bien à son titre, et à qui le roi de France confirma plus tard, en riant, la promesse faite par le roi de Navarre. Aucun parchemin ne conféra cette dignité au gentilhomme berrichon ; mais, sous la protection du monarque devenu tout-puissant, le titre fut souffert, et l'obscur campagnard accueilli dans l'intimité dn roi comme marquis de Bois-Doré.
Comme personne ne réclama, la plaisanterie et la tolérance du roi firent, sinon droit, du moins précédent, et on eut beau se moquer du marquisat de M. Sylvain Bouron du Noyer, — car tel était son nom véritable,— il se tint, en dépit des rieurs, pour homme de qualité. Après tout, il méritait mieux ce titre et il le portait plus honorablement que bien d'autres partisans.
D'Alvimar ignorait toutes ces circonstances. U avait fait peu d'attention à ce que lui en avait dit rapidement Guillaume d'Ars. Il ne songeait pas a railler la qualité de son hôte, et notre marquis, accoutumé à être taquiné sur ce point délicat, lui sut un gré tnflni de sa courtoisie.
Pourtant il crut devoir faire le robuste ponr effacer la fâcheuse date du siège de Sancerre.
— J'ai cette carrosse, dit-il, à seules 2m de pouvoir l'offrir aux dames de mon voisinage quand besoin est; car, pour ce qui est de moi, je préfère le cheval. On va plus vite et on fait moins d'embarras.
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— Ainsi, reprit d'Alviinar, vous m'avez traité comme une dame, en faisant venir cette voilure Sans la journée r J'en suis confus, et, si j'avais pensé que vous no craigniez point le frais du soir, ja vous aurais supplie de no rien changer à vos habitudes.
— Moi, j'ai pensé qu'après le voyage que vous venez de faire, vous avez bien assez chevauché pour aujourd'hui et, quant au froid, à vous dire la vrai, je suis un assez grand paresseux, et je me donne bien des douceurs dont ma santé n'a nul besoin.
Bois-Doré voulait concilier la nonchalance des jeunes courtisans avec la vigueur des jeunes campagnards, et il 6la i t quelquefois bien embarrassé d'arranger tout cela.
En somme, il était encore solide, bon cavalier et bien portant, malgré quelques douleurs de rhumatismes qu'il n'avoua jamais, et une légère surdité dont il ne convenait pas, mettant les méprises de son oreille sur lecomptede sa distraction.
— 11 faut, ajoula-t-il, que je vous demande excuse pour l'impolitesse de mon ami de Beuvre. Rien n'esl plus déplacé que ces querelles de religion, lesquelles ne sont plus du tout de mode. Hais vous pardonnerez à l'cntèlement d'un vieillard. Au fond, de Beuvre ne se soucie pas plus que moi de ces subtilités. C'est l'engouement pour le passé qui lui donne de temps en temps la maladie de récriminer contre les morts et d'ennuyer, par là, considérablement les vivants. Je ne vois pas pourquoi la vieillesse est pédante de ses souvenirs, comme si, à tout âge, on n'avait point vu assez de choses et assez de gens pour être autant philosophe que de besoin? Ah l parlezmoi des gens de Paris, mon cher hôte, pOui savoir causer avec délicatesse et modération sur tous objets de controverse! Parlez-moide l'hotel de Rambouillet, par
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exemple ! Vous n'êtes pas sans avoir fréquenté le suiim bleu fArUake ?
D'Alvimar put répondre qu'il était reçu chez la marquise, sans manquer à la vérité. Son esprit etsonsovjir lui avaient ouvert les portes du Parnasse h la mode; mais il n'y avait pas pris pied, son intolérance s'étam dévoilée trop vite daus ce sanuluaire de l'urbanité fran-
D'aillours, il avait peu de goût pour la bergerie littéraire. L'ambition du siècle le rongeait, et la pastorale, qui est un idéal de repos et d'humble loisir, n'était point du tout son fait. Aussi se sentait-il pris de fatigue et de sommeil, lorsque Bois- Doré, enchanté d'avoir a qui parler, ae mit a lui réciter des pages entières de VAitrée.
— Quoi de plus beau, s'écriait-il, que cette lettre de la bergère à son amant :
« Je suis soupçonneuse, je suis jalouse, je suis difficile à gagner et facile a perdre, el plus ayséo à offenser, et très-malaysèa a rapaiser. Il faut que mes volontés soient des destinées, mes opinions des raisons et mes commandements des lois inviolables. >
Voilà du style! et quelle belle peinture d'un caracterel... Kt la suite, monsieur, n'est-ce point toute la sagesse, toute la philosophie et la moralité dont un homme ait besoin? Écoutez ceci, que répond Sylvie à Galalée :
i U ne feut point douter que ce berger ne soit amoureux, étant si honnête homme I *
Comprenez- vous bien, monsieur, la profondeur de cette devise? Au reste, Sylvie l'explique elle-même :
* L'amant ne désire rien tant que d'élre aymé; pour être aymé, ii faut qu'il ce rende aimable, et ce qui rend aimable est cela même qui rend honnête homme. >
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DE BOIS-DOn£ fiJ
— QualT qu'est-ce. i) dire? s'Écria d'Mvimar éveillé m sursaut par lu ilisvouri de la tloele ln^éri', quu l!.-is- |i.,rélui criait aux oreilles pour dominer le bruit du ta r amuse sur le dur pavé dn i 'au demie voie romaine Je La Châtre à Château-Meillaiit.
— Oui, monsieur, oui, je lu soutiendrais envers et tordre tous! reprit Bois-Doré sans s'apercevoir du /ivsfni(( de son liote; et je me lue à lu ivpéter à ce vieux radoteur, iicc vieil bdréiiquo en matière de sentiments!
— Quiï demanda d'Aivhnar e/farë.
~ le parle de mon voisin de Bouvro, un très-excellent liomine, je vous jure, maïs caifTé du l'idée que la vertu est dans les livres do théologie, qu'il ne lit pas, attendu qu'il ne les comprendrait point; et je lui soutiens, moi, qu'elle est dans les «Livres de poésie, dans les pensées agréables et bienséantes dont un chacun, pour si simple qu'il soit, peut faire son profit. Par exemple, lorsque le jeune Lycidns cède aux folles amours d'Olympe...
Pour le coup, d'Alvïmar se rendormit résolument, et M, rie Bois-Doré déclamait encore lorsque la carrosse ci l'escorte firent retentir le pont-Ievis de Brian tes d'un lirnit égal au bruit qu'elles avaient fait sur celui de la Moite.
Le temps était devenu très-sombre; d'Mvimar ne vit du château que l'intérieur, qui lui parut fort petit, et qui l'était effectivement, eu égard aux grandes dimensions des logements de celte époque.
Aujourd'hui, les salles de ce manoir paraissent encore très-vastes ; mais elles semblaient alors aussi exiguës que possible.
La partie occupée par le marquis, et ruinée par les nanties d'aventuriers en 1594, était de construction toute
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récente. C'était un pavillon carré, flanqué à une tour fort ancienne ut h une autre construction plu» ancienne encore, le tout formant un seul massif d'architecture hétérogène, d'une étroltease élancée et d'un aspect élégant et pittoresque.
— Ne voua effrayez pas trop de la pauvre mine de ma maisonnette, dit le mirante il son note en le précédant sur l'escalier, tandis que son page et sa gouvernante Bellinde les éclairaient; ce n'est qu'un pavillon de chasse et un logis de garçon. SI jamais la fantaisie du mariage me montait a la tote, il me faudrait faire bâtir; mate, jusqu'ici, je n'y ai point encore songé, et j'espère que, garçon vous-même, vous ne trouvères point celte bicoque trop mol commode.
En eftet, 1e logis de garçon était arrangé, tapissé et orné avec un luxe que n'annonçaient pas la petite porte basse Oeuronnée et l'étroit vestibule d'où s'élançait tout à coup te spirale de l'escalier.
11 y avait partout, sur les dalles, de bonnes revéchet de Berry, et, sur les planchers, d'autres tapis plus riches de la manufacture d'Aubusson; enfin, dans le salon et dans te chambre à coucher du maître, des tapis de Perse du plus grand prix.
Les vitres des fenêtres étaient larges et claires, c'està-dire qu'elles formaient des losanges de deux pouces carrés, non teintées, sur lesquelles se détachaient des
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m; 1 taillons armoriés en couleur. I.ea tentures représentant des dames (luettes et charmantes ut do jolis» petits messieurs, qu'a leurs panetières et houlettes il fallait bien reconnaître pour des pastoutallos ot des bornera.
Les noms îles principaus personnages de TAttrë? étaient, d'ailleurs, brodés dansHierho sous leurs pieds, et leurs belles paroles leur sortaient do la bouche, so croisant avec las réponses non moins belles de leurs
On y voyait, sur un panneau du salon do compagnie, rUortani Céladon se précipitant avec une grâce tortillon dans l'onde bleue du Lignou , qui, d'avance , se ridait eu ronds, dans la prévision de sa chute. Derrière lui , l'incomparable Astrée, lâchant la bonde à m pletm, accourait trop tard pour le retenir, bien qu'il eût le pied levé jusque dans la main de la bergère. Au-dessus de ce groupe pathétique, un arbre, plus mouton que les moutons de ces fantastiques prairies, élevait jusqu'au plafond ses branches ouatées et crépelées.
Hais, pour ne pas déchirer le cœur par ce lamentable spectacle du trépas de Céladon, l'artiste l'avait représenté dans le même panneau, et tout de suite, sur l'autre rive du Lignon, pousse 1 de l'eau et couché dans les buissons entre la vie et la mort , mais recueilli par « trois belles nymphes dont les cheveux épars allaient ondoyant sur les épaules, couverts d'une guirlande de diverses perles. Elles avaient les manches de la robe retroussées jusque sur le coude , d'où sortait un linomple délié, qui, froncé, venait finir auprès de la main, 06 deus gros bracelets de perles le tenaient attaché. Chacune avait au côté le carquois rempli de flèches et portait eu la main un arc d'ivoire; leur robe retroussée laissait voir leurs brodequins dorés, jusqu'à mi-iambe. 1
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1» l,K„ ORAUX MliaaiBUR»
Auprès de ces belles, 011 voyait le polit Méril gardant leur chariot en forme de coquille terminée en païasol, et traînée par deux «lie vaux qu'un eut pu aussi bi«; prendra pour des brebis, tant ilsavuieat l'oeil bénin et la tête busquée.
Le panneau suivant représentait le berger, secouru et soutenu par ces aimables nymphes, et occupe a rendre parla bouche tnule l'eau du Liguon qu'il avait bue; ce qui nu l'empêchait pas de dira, en paruks écrites tout le long de ce vomissement : » Si ja vis, comment est-il possible que la cruauté d'Aslrée ne pie fasse inourirr «
Pendant ce monologue, Sylvie disait à Galatee i « Il y a, en ses façons et ses discuurs, quelque chose de plus généreux que le nom do berger no porte. »
■Et, au-dessus du groupe, Cupidun décochait une flèche plus grosse que lui dans le cœur de Galatée, bien qu'il visai dans son l'paulo, par la faute d'un arbre qui l'empêchait de se bien placer. Mais les traits d'amour sent si subtils I
Que ne dirai-je point du troisième panneau, qui montrait le terrible combat du blond Fdandreovec le Moro terrible, celui-ci qui tenait l'auira embroché do part en part, tandis que, sans se déconcerter, le vaillant berger enfonçait dextrement le bout ferré de sa houlette entre les deux yeux du monstre !
Elduquairien e pauueau, où l'on voyait la belle Mdlandre sous l'armure du chevalier Triste, conduite en présence du cruel Lypandasl
Maïs qlii ne connaît les merveilles le ce ieaupa ys de lapUserie, comme l'appelle un de dos poêles, contrée folle et riante où nos imaginations enfantines ont vu et revû tant de prodiges! -
do son p iume favori, en faisant le tour do son appnrle» ment. Mais c'étaient bien Ips plus absurdes dessins et los plus iiivraiseiublablas couleurs qui ae pussent imaginer, ci riiïii ne pouvait mieux caractériser la mauvais goût qui, en ce temps, marchait, faux et fade, à cité du grand gofit spleudide de Rubans et des allures crânes et vraies do Callot.
Chaque opaque résume ainsi les extrême*; c'est pjuruuoi il ne faut jamais désespérer do celle on l'on vit.
Il faut pourtant rocjimaitra que certaine* phases do l'histoire de l'art sont plus favorisées rpio d'autres, et qu'il en est où lo gont osl si pur et si fécond, que lo sentiment in beau pénètre dans tons les détails de la vie usuelle et dans toutes les conciles Je la société.
Au moment de la pleine renaissance, tout prend un ciractère d'élégante invention, et l'on sont, jusque dans le moindre vestige, que les agitations de la vie sociale in-tA-iA mi:- rv oi l S u -j a l- munt l'essor de l'imagination. Cet instinct descend alors de la région des hautes intelligences jusqu'au pauvre artisan ; depuis le palais jusqu'il la chaumière, rien n'existe plus qui puisse habituer les yeux et l'esprit a la vue du laid ou du trivial.
11 n'en était déjàplus ainsi sous Louis XIII, et les provinciaux de l'endroit préféraient les tapisseries et les meubles tout modernes de M de Bois-Doré aux précieux spécimens du dernier siècle, que les reliras avaient pillés ou brisés dans le manoir de son père, cinquante ans auparavant
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Ouant & lui qui sa croyait artiste, il ne regrettait pas ces antiquailles, et, quand il pouvait harper sur les eho mios quelque barbuuillcnr du passage, H lui faisait dessiner sous ses yeux ce qu'il se permettait naïvement d'appeler ses idées, en fait de meubles et de décorations, lesquelles il faisait exécuter ensuite a grand prix, car il ne reculait devant aucune dépense pour satisfaire g s»s goûts do luxe puéril et bizarre.
Aussi son château était-il remplit de crédences à secret et de eabineis a surprimes ; da ces cabinets merveilleux, sortes de grandes boites à tiroirs, au milieu desquelles un ressort faisait apparaître une miniature de palais enchanté, soutenu de olonnes torses, incrusté de grosses pierreries fausses, et meublé de petits personnages de lapis, d'ivoire ou de jaspe.
D'autres cabinets, tout plaqué^ d'éeailie transparente sur fond rouge et rehaussé de cuivres brillants, ou tout incrustés d'ivoire historiée, contenaient quelque chefd'eauvre de tabletterie, dont l'agencement ingénieux et gros de mystères servait à enfermer les billets doux, les portraits, cheveux, bagues, fleurs et autres reliques d'amour à l'usage des beaux da l'époque. Bois-Doré faisait entendre que ses arcanes d'ébénisterie regorgeaient de trésors de ce genre ; quelques malveillants prétendaient qu'ils étaient vides.
Malgré toutes les aberrations de sa magnificence, Bois-Doré avait lait de son polit manoir un nid luxueux, chaud et brillant, qui lui avait coûté plus qu'il ne valait, mais que l'on aimerait bien â retrouver intact an fond d'un de ces petits châteaux du pays, aujourd'hui délaissés, délabrés, tombant en ruine ou convertis en métairies.
Il y en aurait oour trois iuurs à examiner tous ces
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uotis «menât que l'on «lAsigne à présent «mis 1c nom nouveau de bibelots, et qui seraient mieux nommés bn- Ivlois. Noire époque, curieuse et chercheuse, a, du reste, le droit de donner le nom qu'il lui plult a un B='nre d'ei ploration qui lui est tout spécial, el noua acceptons da grand cœur le verbe hibeioter, bien qu'il no toit encore qu'à l'usage des adeptes.
l'ourlant, nous no bibeloleroas pas ici l'intéres-^it mobilier do BriaiUaa, ce sérail trop long, el nous dirons M:\iliiniBntquo M. d'AIvimareûtpu sa croire dans la bouliipie d'un revendeur, tant la profusion do colifichets entassés sur les dressoirs, sur les cheminées, ou montant en pyramides sur les tablas, contrastait avec l'austère nudité des palais espagnols où il avait passé ses Jeunes années.
Au milieu de toutes ces faïences et verroteries, flacons, flambeaux, buires, lustres, vases, sans rompier les aiguières, coupes ou drageoirs d'or, d'argent, d'am-
: bre ou d'agate ; les sièges cloutés, frangés et lampassés iln toute forme et de toutes dimensions ; les bancs etarmoires de chêne sculpté, a grands fermoirs do fer découpés sur fond da drap éoarlate ; les rideaux de satin brochés d'or a petits et grands bouquets, garnis de lambrequins galonnés d'or fin, etc., etc., il y avait certainement de beaux ouvrages J 'art el de charmants objets d'industrie contemporaine mêlés à beaucoup d'afilquels puérils et de recherches incommodes. En somme, l'effet général était chatoyant el agréable, bien que tnui cela ffit trop entassé et que l'on n'osât y remuer, dans la crainte de briser quelque chose.
Quand d'AlvLmar cul eïprimé sa surprise de trouver fa palais de la fée Babiole au fond des humbles vallons
: du Iterry, et que Bois-Doré lui eut compiajsamaicnt
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Ju lsi nuMix «k»h*ub*
mantrû les principales richesses de son appartement, la gouvernante Bellinde. qui allnit et venait en donnant des ordres d'une voix claire et retentissant», annonça tout Iras n son maître que le souper était prêt, tandis que le page ouvrait les perles mules grandes en criant la formule d'usago et qua l'horloge du chaînait sonnait sept heures avec carillon de musique à la mode des Flandres, B'Alvimar, qui n'avait jamais pu s'habituer a l'abondance des mut-; en France, [ut surpris de voir la lable cuuverte, non-seulement de pièces d'orfèvrerie et de flambeaux chargés du fleurs de cristal de toutes couleurs, mais d'une quantité de plats comme s'il se fut agi de traiter une douzaine de personnes de bon appétit.
— Eh 1 ce n'est point ta un souper, lui dît Bois-Doré, a qui il reprochait de le traiter comme un gourmand : ce n'est qu'un petit ambigu aux flambeaux. Faites un effort, et, si mon maître qutux ne s'est point enivré aujourd'hui en mon absence, vous verrez que le drôle sait réveiller ] 'appétit paresseux.
D'Alviiuar su laissa faire et reconnut que l'appétit lui venait malgré lui.
Jamais il n'avait, à la table des grands seigneurs de sa nation, goûté d'une chère aussi exquise, et, dans les plus riches hôtels de Paris, il n'en avait point rencontré de meilleure. Ce n'étaient que petits plats Uns, convenablement relevés, très-savamment compliqués à la mode du temps ; cailles grasses farcies, bisques d'écrevisses, pâtisseries légeies, crèmes parfumées de plusieurs sortes dans des croûtes de massepain, biscuits au safran, an girofle, vins fins de France, parmi lesquels le ïin vieni d'Issoudun pouvait rivaliser avec les meilleurs clos de Bourgogne, et vins de dessert les plus chauds de Gièceel d'Espagne.
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I! y en cul pour deux lieures à yuftter un peu de tout, M. ilo Rois-DoriS parlant cave Bt cuisine en maître coneoinuié, Cl mademoiselle Beliinde dirigeant les valctl nsx "nu science et une liabileté incomparables.
Ls jeun.' rage joua du teorhe fort agréa Mentent ponçant les deux premiers sorvices ; mais, ;i l'apparition du troisième, un nouveau personnage se présenta et causi a d'nfrùnw quelque malaise, sans qu'il eut pu dire pourquoi.
Cétait un homme d'une quarantaine d'années, que la marquis salua du nom de mnîtro Joveliti, et qui, sans dire une parole, s'assit sur un chaise de cuir doré dans un angle de la salle, de manière à ne pas gêner le service des valets. Il portait un petit sac de serge rouge qu'il posa sur ses genoux, et il se mit à regarder las convives d'un air doux et souriant.
Sa figure était belle, quoique vulgaire quant aux traits. Il avait le nez gros et la bouche grande, le menton fuyant et le front tus.
Malgré ces défauts, il était impossible à un honnête homme de te regarder sans intérêt; et, pour peu eue l'on fit attention à sa belle chevelure noire trës-négligée, mais fine el naturellement bouclée, k ses magnifiques dents blanches, que montrait un sourire triste mais franc, enfin à ses yeux noirs d'une si vive intelligence et
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75 les îh« HBssuaaa
d'une bonté si sympathique, que sa figure jauiw enéloil toul éclairée, on so sentait comme obligé de l'aimer er même de le respecter.
11 était hbillé comme un petit bourgeois, mais fort proprement, tout on drap gris-bleu, avec des bas du laine; la casaque longue boulonnée, un grand col rabattu tout uni et coupé carrément sur la poitrine, les manches ouvertes à la manière flamande et un grand feutre «uw plumes,
M. de Bus-Doré, après avoir demandé fort poliment comment il ao portait et donné l'ordre do lui servir ua verre de vin de Chypre qu'd refusa de la main, hb lui parla plus et s'occupa exclusivement de son bote.
Ainsi le voulait ta bienséance d'alors, un liomme de qualité ne devant pas témoigner beaucoup d'égards à un inférieur, sous peine de faire injure à ses égaux.
Hais d'Alvimar remarqua très-bien que leurs yeux so rencontraient fréquemment et qu'ils échangeaient, a chaque parole prononcée par le marquis, un sourire de bonne intelligence, comme si celui-ci eût voulu associer cet inconnj à toutes ses pensées, soit pour obtenir son approbation, soit pour le distraire de quelque secrète souffrance.
Certes, dans tout cela il n y avait pas de quoi alarmer M. Sciarra, Mais peut-être n'était-il pas très-bien avec sa conscience; car cette belle et honnête physionomie, loin de lui être agréable, le jeta dans un grand trouble et dans de soudaines méfiances,
Pouriant le marquis ne dit pas un mot et ne fit pas la moindre question qui eussent rapport aux motifs de la fuite de l'Espagnol au fond du Berry. Il ne parla que de lui-même, et, en cela, il fit preuve de savoir-vivre, car M. d'Atvùnar n'avait encore paru disposé a aucune con-
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fidenco, et son Mite trouvait moyen do lui faire la conv.Miinn sans l'interroger en quoi que ce fût.
— Vous me trouvai bien logé, hion meublé, bien servi, lui disait-il ; tout cela est vrai. Voila déjà plusieurs an* nées (il n'en disait pas le compte) que je me suis retiré du inonde pour me reposer un peu et me refaire de» fatigues de la guerre, en attendant les événements. Je mus confesse que, depuis la mort du grand roi Henri, je n'aime plus ni ta cour ni la ville. Je ne suis pas un grand pleurard et je prends le temps comme il vient; pourtant j'ai eu trois grands chagrins dans ma vie : le premier, c'est quand je perdis ma mia-e; le second, quand je perdis mon jeune frère ; le troisième, quand je permis mon grand et bon roi. Et il y a cela de particulier dans mon histoire, que ces trois chères personnes périrent de mort violente. Mon roi assassiné, ma mère par une chute de cheval, et mon frère... Mais ce sont là des histoires trop tristes, et je ne veux point, pour la première nuit que vous passez sous mon toit, vous conter des choses malplaisantes à la veillée. Je vous dirai seulement ce qui m'a jeté dans la paresse et dans la casanerie. Quand j'eus vu expirer mon roi Henri, je me consultai ainsi i Tu as perdu tout ce que lu aimais, tu n'as plus que toimême à perdre ; or donc, si tu jie veux que ton tour vienne bientôt, tu feras aussi bien de fuir ces pays de trouble el «'intrigue, et d'aller soigner ta pauvre personne affligée et lassée, dans ton pays natal. Vous avieï donc raison de me croire aussi heureux que possible, puisque j'ai pu prendre le parti qui me convenait el me préserver de toute contrariété; mais voua auriez tort de penserqn'il ne me manqua rien; car, si je ne désire aucune chose, je ne puis pas dire que je ne regrette personne. Mais c'est assez vous régaler de mes peines, et
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71 LES BEAUX MESSIEURS Kj
je ne suis pas de ceux qui s'en nourrissent, sans vouloir 9 s'nu consoler ou s'en distraire. Vous plaît-il entendre, 1 tout en gofitant a ces gelées au cédrat, un musicien plus @ habile que le petit page de tout» l'heure? écoutez cela 0 aussi, voua, mon bel ami.ajoula-t-ils'aaj-essantflu page; cela ne vous fera point de mal.
Il avait, en parlant à d'Alvimar, envoyé a celui qu'il appelait maître Joveliu un de ces regards affectueux qui rosseuililaient à de3 piièrcs plus qu'à des ordres.
L'fwmnie aux habits gris déboutonna h manche large qui couvrait une manche plus étroite couleur de rouille et la rejeta derrière son épaule ; puis il tira de son sac une de ces petites cornemuses a bourdon court et historié, que l'on appelait alors seurddines, et qui étaient employées dans la musique de chambre.
Cet instrument, aussi doux et voilé que les musettes de nos ménétriers sont aujourd'hui bruyantes et criardes, était fort à la mode, et maître Jovelin n'eut pas plus tôt préludé, qu'il s'empara non-seulement do l'attention, mais de l'aine de ses auditeurs ; car il Jouait supérieurement de cette sourdeline et la faisait chanter comme nue voix humaine.
D'Alvimar était connaisseur, et la belle musique avait jur lui cette puissance de la porter a une tristesse moins «mère que de coutume. 11 se livra d'autant plus volontiers ï cette espèce do soulagement, qu'il se sentit tranquillisé en reconnaissant dans ce personnage silencieux et attentif, qu'il avait pris d'abord pour une- manière d'espion doucereux, un artiste hahile et inuffensif.
Quant au marquis, il aimait l'art et l'artiste, et «écoutait toujours son maître sourdetinier avec une religieuse
D'Alvimar exprima gracieusement son admiration
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DE BOis-ooaÉ 73 Apres quoi, le souper étant fini, a demanda 'a pcruiiaeion do su retirer.
Lu marquis sa leva aussitôt, lit si-ne à maître J iv. lin de l'attendre, au page de prendre un flambeau, i?t vjulut conduire lui-même son Jiùie il l'appartement qui lui était préparé; après quoi, il revint se mettre îi u\hk; ola suit chapeau, ce qui, a celle époque, était rigne quu
l'usage établi plus tard; se lit servir une sorte de punch qu'où appelait ulairttUi, Jtn'lai'.p <h' vin blanc, de mi.'l. de musc, de safran et de girolle, et invita maître Jovclh à s'asseoir vis-a-vis de lui, à la place que d'Atvimar venail do quitter,
— Or ça, messire Cliridor, dit le marquis en souriaM avec bonliomie au jeune gar;un, qu'il avait, suivant sou usage, alFoblé d'un nom lire de ÏAslrée, vous pouve; aller souper avec la Eelunde. Dites-lui d'avoir soin de vous.ettious laissez. — Attendez, fit-il au moment oii le page allait se retirer, voilà une manibre de marcher dont je me suis promis, tout ce jourd'liuy, de vous reprendre. J'ai remarqué, mon bel ami, que vous endossiez dia façons que vous eroyea peut-être militaires, mais qui ne août que vilaines. N'oubliez donc pas que, si vous o'ct. a noble, vous êtes en passe de le devenir, et qu'un gentil bourgeois au service d'un homme de qualité est sur le chemin d'acquérir un petit fief et d'en prendre le nom. Mais de quoi vous servira que je vous aide à décrasser votre naissance, si vous travaillez a encrasser vos manières? Songezà faire le gentilhomme, monsieur, et non point te paysan. Or donc, ayez de L'aisance, évertuezvous a poser les pieds tout entiers par terre en marchant, et non h entamer ie pas par le talon, pour finir sur l'or* teil; ce qui fait ressembler votre allure et le bruit de voa
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70 LES BEAUX ItiaSIBURS
souliers h l'amble d'uu cheval de meunier. Sur ce, allés ea paix, mangez bien et dormez mieux, ou sinon, gare aux êtrivières!
La petit Oindor, dont le nom vëriiable était Jean Fa;hot (son père était apothicaire à Sainl-Amand), reçut la mercuriale de son maitre et seigneur avec grand respï)t, salua et s'en alla sur la pointe des pieds comme un danseur, afin de biei montrer qu'il ûé posait pas les talons les premiers, puisqu'il ne les posait plus du tout.
La vieux domestique, qui restait toujours le dernier, étant allé souper aussi, lo marquis dit à son sourdoïnier :
— Eh bien donc, mon grand ami, otewnoi aussi ce grand feutre et mangea-moi, sans crainte des valets, une bonne tranche de ce pâté et une autre de ce jambon, comme vous faites tous les soirs quand nous sommes tile à tète.
Maitre Jovelin bégaya quelques sons inarticulés en signe deremerciement, et se mil a manger, tandis que le marquis sirotait lentement sa clairette, moins par gourmandise que par politesse pour lui tenir compagnie ; car il est bon de dire que, si ce vieillard avait beaucoup do ridicules, il n'arait pas un ieutvice.
Puis, pendant que le pauvre muet mangeait, le bon châtelain lui lit, à lui tout seul, la conversation, ce qui était pour le musicien une grande douceur, car personne autre ne prenait cette peine de parler à un homme qui ne pouvait pas répondre; on s'était habitué à le traiter comme un sourd-muet, en ce sens que, le sachant incapable de redire ce qu'il entendait, on ne se gênait pas pour meuiir ou médire à ses oreilles. Le marquis seul l'entretenait avec beaucoup da déférence pour son noble
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nBB«:s-DO«l 77 «'.icttro, pouf ses t;ra m ic.-i cïiiiNii.-saiices et jviiir ses i.iaffifurs, dont voici la courte histoire :
Lucilb Giovellino, natif lie Florence, était un ami et un disciple de l'illustre et infortune Giordano Bruno. Nourri des hautes sciences et des vasles bides de son maître, ii avait, en outre, une grande aptitude pnuv les braïuï-arls, la poésie et les langues. AinwMe, éliirjik'iit et persuasif, il avait propage avec succès les doctrines hardies de la pluralité des mandes.
le jour où Giordano mourut dans les flammes avec (a tranquillité d'un martyr, Giovellino avait été banni de
!'(\iN;< à perpétuité.
Cela s'était passé à Borne deux ans avant l'époque de noire récit.
Sous la main des tourmenteurs, Giovellino n'avait pas voulu accepter la solidarité de tous les principes de Giordano. Tout en chérissant son mallre, il avait rejeté certaines de ses erreurs, et comme on n'avait pu le convaincre que de la moitié de son hérésie, on ne lui avait appliqué que la moitié de son supplice : on lui avait coupé la langue.
Ruiné, banni, brisé par les tortures, Giovellino était venu en Franee, où il sonnait sa douce cornemuse de porte en porte, pour un morceau de pain, lorsque, ia Providence l'ayant amené à celle du marquis, il avait été par lui recueilli, soigné, guéri, nourri, et, ce qui valait encore mieux, chéri et apprécié. II lui avait raconté par écrit ses infortunes.
Bois-Doré n'était ni savant ni philosophe ; il s'était d'abord intéressé à un homme poursuivi, comme il i'avait cté longtemps lui-même, par l'intolérance catholique. Cependant il n'efitpaaaimé un sectaire farouche, violent, contiite bon nombre de huguenots non moins persécu-
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73 M» BE.IU* MKÏSIKUIIS j
loury, on ce temps-là, que leurs adversaires. ]l savait va- ), guumnit le* blasphèmes imp-'.tés a Giardnno Bruno; il , sa (il expliquer svs dogmes. Giavelliuo écrivait nvecra- i. phliié, et «vue cette clarté élégante que let grand* es- , prila commençaient à ne pas dédaigner, voulant initier le vulgaire moine a ces hautes questions que Galilée poursuivait déjà dans le domaine de la science pure.
Le marquis so plut d cette causerie par écrit, qui résumait avec sobriété, et sans les <ligressious de la parole, les points essentiels. Peu a pou, 11 s'enthousiasma et se passionna pour ces définitions nouvelles qui venaient le reposer et le débarrasser des assommantes controverses. 11 voulut lire l'exposé des idées de Glerdano et même celles de son prédécesseur Vanini, Lucilio sut les mettre à sa portée, en lui signalant les endroits faibles ou (aux, pour ['smoners-vec lui au* seules conclusions que l'intelligence humaine proclame aujourd'hui avec certitude : la création infinie comme le Créateur, les astres infinis peuplant l'espace infini, non pour servir de luminaire et de divertissement à notre petite planète, mais de foj'ers et d'aliments à la vie universelle.
Cela éta t bien facile a comprendre, et les hommes l'avaient compris dès la première lueur de génie qui s'était manifestée dan* l'humanité, liais les doctrines de l'Église du moyen ige avaient rapetissé Dieu et le ciel a la taille de notre petit monde, et le marquis crut rêver en apprenant que l'existence du véritable univers (chose, disait-il, qull s'élait toujours iianginé») n'était pas une chimère de poète.
Il n'eut pas de cesse qu'il ne se fût precure un télescope, et il s'attendait, le brave homme, tant il avait la tête montée, à voir distinctement les habitants do la lune. Il lui fallut en rabattre ; mais il passait toutes ses
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DR MIS-DOHÏ 70
cnirérs h so faire expliquer 1rs mouvements îles astres cl l'admirable mécanisme céleste dont Galilée, quelques années plus tard, devait fitra condamné il abjurer I7n ! rvîir, torturé, à genoux, et la torcha au poing.
SI
— Eh bien, s'écria le marquis pendant que son ami mangeait en se luttant par discrétion, bien que Huila aimable et civil l'engageât à prendre son temps : qn'avcîvc-ua fait aujourd'hui, mon redoutable «avant? Oui, je tous entends, de belles pages d'écriture, N'en perdes pas une ligue, au moins! ce sont paroles d'or (In qui passeront à la postérité; car ces temps d'obscurcissement s en iront aux oublieras du passé I Cependant caehei toujours bien vos feuillets dans la crédenee à secret que j'ai fait mettre en votre chambre, quand vous n'écrivez pas dans la mienne.
Le muet fit signe qu'il avait écrit dans le cabinet du marquis, et que ses feuillets étaient dans un certain coffre d'ébène, où le marquis les assemblait. Il se faisait entendre de son hôte, par gestes, avec une grande facilité.
— C'est encore mieux, reprit Bois-Doré; la, ils sont encore plus en sûreté, puisque aucune femme n'y entre jamais. Ce n'est pas que je me méfie de Bellinde ; mais je la trouve trop dévote depuis ce nouveau reoieur que nionscigneurdeBourgesuousaenvoyé, et qui ne vaut pas, je le crains, notre vieil ami l'ancien curé, celui que nous tenions de l'ancien archevêque, messire Jean de Beaunu,
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