‹ Les beaux messieurs de BoisDoré. 2Chapitre 19 sur 22 · LUX · texte numérisé non relu

LUX

Bien que nous ayons fait jusqu'Ici notre possible pour suivre nos personnages dans la vie de noblesse tideotaire que nos renseignements nous permettaient d'étudier un peu, nous voici forcé de franchir sucera un peu de temps, et de chercher les beaux messieurs de Bois- Boré assez loin de leur paisible manoir.

Pétait en 1639, le 1» mars, je crois. Le mont Genevre, couvert de frimas, offrait le spectacle d'une ani-

fentrét. du défilé appelé le Pas de Suse.

C'était l'armée française en marche sur le duc de Sa

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Le roi M le cardinal gravissaient la montagne en d(pit d'un froid rigoureux. On bissait la canon a travers les neiges. Cétall une de ces grandes scènes que I» «aidai francau ■ toujours u si bien Jouer dans le

ne sous Loris SOL m Kbes, comme on t'attribua au génie d'Anniba), et sans employer d'autre artifice que la volante, l'ardeur et la gaieté intrépides.

Dans un de ces sentiers que la neige piétinée creusait parallèlement sur la chemin, doux cavaliers se trouvèrent monter cote a cote l'escarpement de la montagne qui plonge «ers la France.

L'un était un Jeune homme de dix-neuf ans, robes» et d'une souplesse de mouvements agréables I voir son e de guerre de l'époque. Ce jeune

tomme faisant la campagne en vo>

Mario de Bois-Doré, on pense bien que je ne m 'oc cupe pas ici d'un autre, était la plus beau cavalier as l'armée. Le développement de sa force juvénile n'avait rien ùté it l'adorable douceur de se physionomie intelligente et généreuse. Son regard était celui d'un ang*

Une magnifique chevelure bruns, d'un ton doux et

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bouctée naiureltawnl, encadrait largement le visage jusqu'à h naissance du cou at retombait en une grasse mbckn (la cadeoette était plus que jamais de modo) juai/au-desaous de l'épaule. La face était finement ros-éo, mais plutôt pâte 'que vermeille. Une distinction exquise lia type, aidée tout naturellement d'une exquise distinction de manières el d'habillement, était la principal caractère de celle apparition, qui n'appelait point le regard, mais dont le regard avait peine a se détacher quand il l'avait rencontrée.

Telle (ut l'impression du cavalier que le hasard venait déplacer auprès de Mario.

Ce cavalier avait une quarantaine d'années; il était maigre et Même avec daa traits assez réguliers, des terres tort mobiles, un mil perçant el, au total, une expression de rusa tempérée par un penchant sérieux h la réflexion. 11 était costumé d'une façon assez problématique, tout en noir et en courte soutaneUe, comme un prêtre en voyage, mais armé et botté en militaire.

Son cheval sec et agile allongeait le pas tout autant nue l'ardente et généreuse monture de son compagnon.

Les deux cavaliers s'étaient salués eu silence, etMario avait ralenti son cheval pour laisser le pas au voyageur, plus âgé qui roi.

Le voyageur parut sensible à une si scrupuleuse courtoisie, et refusa de dépasser la jeune homme.

— Au fait, monsieur, dit Mario, je crois que nos chevaux vont de même, ce qui prouve la bouté de l'un et de l'autre, car j'ai de la peine h soumettra le mien à ttne allure qui ne laisse pas tous les antres en arrière, at j'ai do donner de l'avance à mes compagnons de route pour ne point arriver avant eux au sommet du pas-

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Utt HKAU<i KKRÏieUIlS

— Ca qui aat défaut ohea voue magnifique bùta est qualité cbea la mienne, répondit lïueonnu. Comuiaja ravage presque Wujonre seul, J'avance sans que personne ait à me reprocher d'épuiser ma moulure, Mais puis-je vous demander, monsieur, oaj'alettl'lionneiir de vous voir! Vutre agréable figure nu m'est point tout à fait nouve-.il>.

Mario regarda attentivement le cavalier et lui dit :

— La dernière fois que j'eus l'honneur do vous voir, c'était a Bourges, Il y a quatre ans, au baptême- de monseigneur le duc d'Enghien.

— Abrs vous êtes, en effet, le Jeune comte de Bols- Doréî

— Oui , monsieur l'abbé Poulain , répondit Mario en portant encore une loin la main à son feutre enipa- MCfcé.

— Je suis heureux de voua retrouver tel que vaut êtes, monsieur le comte, reprit le recteur de Briantes; vous avez grandi en taille, en bonne mine et aussi en mérite, je le vola h vos manières. Mais ne m'appela! point abbé; car, hélasl Je ne le suis point encore, et il est possible que je ne le sois jamais.

— Je le sa» que H. le Prince n'a jamais voulu entendre à votre nomination ; mais je pensais...

— Que j'avais trouve muxu que l'abbaye de Vareones? Oui et non I En attendant un titre quelconque, j'ai réussi a quitter le Berri, et le hasard m'a attaché à la fortune du cardinal par leservicedu père Joseph, auquel Je nie suis dévoué corps et âme. Je puis vous dira, entre noua, que je sois un de ees messagers ; et voilà pourquoi j'ai ■nbonJanL

— Je vous en fais mon compliment, monsieur. Le service du pire Joseph ne peut être qu'un travail de

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Ml 110 la -ii mu! ISS

bon Français, et la fortune da cardinal esl la destin da

Mm io ? dit l'ecclésiastique- avec uu sourire do ,

-Oui, monsieur , sur «on honneur] répondit le Jeune homme mm une franchise qui triomphe des soupçons de l'agent diplomatique, le ne souhaite peint que M- le cardinal sache qu'il a, en mon pera et en moi, deux admirateurs de plus ; Mb faites-nous la grâce de nous croira assez bons Frangera pour vouloir servir de nos corps et de uos âmes, aussi bien que vous , si nous pouvons, la cause du grand ministre et du beau royaume

laia, mais moins en monsieur voire père ! Par esemple, il ee voua envoya point, l'an passé, ou siège de la Rochelle ! Vous étiez encore bien Jeune, je le sais ; mais de plu» Jeunes que vous y étaient, et voua dates ronger votre frein en manquant au glorieux rendea-voua de taule la jeuue noblesse de France.

— Monsieur Poulain, répondit Mario avec quelque sévérité, je vous croyais lié à mon père par la reconnaissance. Tout ce qu'il a pu faire pour vous, il l'a fait, et, si l'abbaye de Vaimnes a été sécularisée au profit de M. le Prince, voua ce pouvez en accuser mon père, lequel a été largement frustré dans cette affaire.

~ Oh 1 je n'en doute point! s'écria M. Poulain ; je m'en rapporte au prince de Oondé pour savoir erabrouiller fe annotes t aussi Je ne m'en prends qu'à lui. Quant k votre p^aat&e^nattàeur la comte, que Je- Vatme et l'estime toujours infiniment. Loin d'avoir h pensée de lui nuire, Je donnerais ma vie pour te savoir rattache, sans arrière-pensée, à h cause ratboiiqoo.

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tU LK9 llBAUJi MSBSIBUHS

— Mon pire, n'a pas eu besoin de sa rallaoher a u cause île son paya, monsieur I C'est vous dire qu'il embrasse chaudement celle du cardinal contre tous In onneoils de la France.

— Voire contre les huguenots?

— Les huguenots ne sont plus, monsieur I Laissons en paix les morte 1

M. Poulain lui encore frappé de U dignité d'exprès, sion ds ce visage si doux. 11 sentit qu'il n'avait pas af. faire à un jeune homme ambiiieiu et frivole comme te au ires.

— Vous aras raison, monsieur, dit-il. Paix a la cendre des iiocliolais, et que Dieu mus entende, afin qu'Us ne revivent point a Uoutauban et ailleurs. Puisque votre père est si bien revenu de son indifférence religieuse, espérons qnll vous permettra, au besoin, de marcher contre les rebelles du Midi.

— Mon père m'a toujours permis et me pennetus toujours de suivre mon inclination ; mais esches, monsieur, qu'elle ne sera jamais de marcher contre les protestante, à moins que je ne voie la monarchie en grand péril. Jamais, par ambition ou par gloriole, je ne tirerai l'épie contre des Français ; jamais Je n'oublierai que cette, cause, Jadis glorieuse, sujourdTwl infortunée, ■ mis Henri IV sur le trône. Vous avez été nourri dans l'esprit de la Ligue, M. Poulain, et aujourd'hui vous le combattes de toutes vos forces. Vousavea été du nul au bien, du faux au vrai ; moi, j'ai vécu et je mourrai danslechemibuù l'on m'a mis: fidélité à mon pari horreur des intrigues avec l'étranger. J'ai mollis de mérite que vous, n'ayant point eu lieu de me convertir; niais Je vous jure que Je ferai de mon mieux, et que, tout en respectant la liberté de ccascioBee chez 1<* an-

très, je tomberai do toute ma força sur las alliés de M. rte Savoie....

» que ce sort aujourd'hui Isa alliés de

- Dites do M. de Ruhan ! M. de Boban aoieve par la lo tuer son parti, voila pourquoi la vous ai dit : Fait

-Allons, dit MDcH du pire Joseph, je vols que,

— Vous allez le voir en personne, monsieur, n gara mutant de vous saluer, n marche an mnt, et, dans un quart d'heure, nous serons près de lui.

- Que me dltes-vousî M. de Bois-Doré, a soUante-

— Non, mon enfant, répondit l'ex-Hguear devenu, par la force des choses, continuateur et admirateur politique du Blâmais ; maïs Jb trouve qu'il s'y prend lard l

— Que voulez- vous, monsieur] il ne voulait pas marcher tout seul : il attendait l'exemple du roi de

— Alloua, s'écria H. Poulain en souriant, vous aval réponse a tout I D me tarde de saluer Ut belle vieillesse du marquis I Mai3 0 est impossible de trotter id Veuille] encore, me donner des nouvelles d'un homme a qui je doh la vie : maître Lucilio Giovellino, autrement dit

taudetlllaé hum amie, et, i eux deux, île nous rem

de gouverner notre maison et nus biens en noire ah-

— Voira meilleure amie... Parles-vous oeMercéilèi, libella Morisquaî l'aurais cru que voua lui préfériez avec d'autres seouments, U est vrai, une «raie put Jaune et plus belle encore.

— Parlex-vous de madame de Beuvre? reprit Mark avec une trtUKhlae qui «usait ressortir la curiosité imiiraarrta do M. Poulain; il m'est facile it vous répondra comme je répondrais & toute la terre. Cest lit, en effet, une personne que j'ai aimée avec ardeur dans mon Balance et que je résisterai toute ma vie; mais son amilii pour moi est fort tranquille, et vous pouves tnrnterroger sur son compte sans aucun détour.

— N'eswlle point mariée encore ?

— Je n'en sais rien, monsieur. En voyage depuis quelques mois, noue n'avons guère de nouvelles de nu

M. Poulain examina Mario h ta dérobée. U avait ta «aime d'un cœur brisé, mais non raffaissement d'u» arne épuisée.

— lgnoraz-vons, dit le recteur, que H. de Beum était but la Qotte anglaise devant La Rochelle r

— la sais qu'il y fut tué, et que Latrriane ne dépend plus que d'elle-même.

— Elle était en Poitou lorsque le duc de la Tré mouille, après l'abandon des Anglais, alla abjurer l'hétesie an camp du roi.

— Elis ne Fy suivit pas, monsieur! dit vivement Mario. EQe demanda à partager la captivité de l'héroïque -vjchesae de Boban, qui refusait de se soumettra, et, n'ayant pu obtenir cette grâce, elle s'apprêtait à te . venir en Berri quand noua avoua quitté notre iMOvin»

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— la savais tout cela, dit M. poulain, qui paraissait etra, en effet, an courant de toutes choses.

— s vous ne le savlei pas, reprit Mario, je ne regrette pus de vous ravoir dit. Vous ne voudrloi'pas donner au prince de Condé un nouveau preUwio pour confisquer les biens de madame de Beuvreî

— Non, certes 1 dit l'ex-recteur en riant tout à Eut Minante avec une sorte de bonhomie. Voua raisonnez bien, et l'on peut, sans trop do danger, être aussi sincire que vous l'êtes, quand on connaît son monde. Mats avea toute confiance en moi, qui ai ouvertement rompu ■« tes jésuites, à mes risques et périls !

Il était, quelques moments après , en présence du marquis de Bois-Doré, et l'enirevuB fut, de part et d'autre, fort civile, presque amicale.

LXS

Le marquis n'avait point besoin du ban et de i'tfrrière-baa pour lever une petite troupe de volontatees. Ses meilleurs hommes, certains d'ailleurs d'être bien jj récompenses, l'avaient suivi avec enthousiasme.

V intrépide Ari standre se U iaaii une joie person nel lo de rosser MM. les Espagnols, qu'il haïssait par le souvenir de Souche; le Adèle ArUmas montait, a l'arriôroearde, une douce hequenée, et portail eu croup* le» î

parfuma et les fors 6 papillotas do son maître, pas ii.

Sauf un peu de frisure a os qui lui restait dochevas sur la nuque, et quelques eaux de senteur pour soi agrément particulier, le marquis était désormais aussi simple qu'on l'avait vu naguère éblouiasanU Plus dt perruque, plus de fard, presque plue de deate-'Ies, dt cannetllles, broderies et larges gâtera ; un grand pourpoint de drap carmélite a manches ouvertes, le liantde-chausees pareil, tombant au-dessous du genou, des bottée serrées autour de la Jambe avec le manchette de linge uni retombant but le retroussis, on large rabat sans broderie, et sur le tout une vaste et eoUde caps fourrée, tel était le costume du beau tnents^iir Bois- Doré.

Cette métamorphose s'expliquera Ici en peu de mob.

Mark» avait eu un duel pour corriger un impertinent qui s'était moqué, en sa présence, du masqua de plâtre, des cheveux noirs et des mille rosettes du marquis. Mario avait fort maltraité cet hommes ce fut sa premiers affaira l mais Bois-Doré, informé après coup de l'aventure, oe voulut pas exposer son 61s à reçu m mencer. Il supprima un jour, tout à coup et sans avertir personne, son teint et sa perruque, sous prétexte que M. de Richelieu avait raison de proscrire le luxe, et qu'a Malt donner le bon exemple. Ainsi résigné à paraître rieur et laid, il se présenta héroïquement à aa famille. Hais, à aa grande surprise, tout le monde poussa une exclamation do plaisir, et la Morisque M dit naïvement :

— Ah I que vous «tes bien, mon maître I Je vous croyais beaucoup plus vieux que vous ne l'êtes I

La vérité est que, sous non masque, le marquât s'était fort bien* conservé, et qu'il était extraordinaire™!)!

me ac-is-noai BBS beau pour son grand Age. U ne ccnnaissail pas, il ne devait jamais connaître les infirmités. Il avait encore us tenta ; son grand front chauve «tait sillonné de baltes rides bien tracées, aucun pli de malice ni de haine ; sa moustache et aa royale, blanches comme neige, se dessinaient sur son teint jaune-brun, et son grand ail vil et riant envoyait encore de doux éclairs a travers le buisson de ses longs sourcils effarouchés.

Il ae tenait toujours droit comme un peuplier, et roide 1 l'avenant! mate il ne se cachait plus d'enfoncer son maigre genou dans la puissante main d'Ariataodre, pour enfourcher son cheval. Une fois en selle, il était ferme

U reçut dès lors tant de compliments non équivoques sur sa belle vieillesse, qu'il changea tout son système de coquetterie : au heu, de cacher son *ge, il l'augmenta, se donnant quatre-vingts ans, quoiqu'il n'en eût que sobtante-seife , et se plaisant a émerveiller ses jeunes compagnons tfarma» par te récit des vieilles guerres, longtemps ensevelies dans les archives de sa mémoire.

Le 9 mars, c'est-à-dire le surlendemain de la rencontre dea beaux messieurs de Bois-Doré avec M. Poulain, Tarant-garde royale, forte de dix ou douze mule hommes d'élite, campait à Chaumont, dernier village de la frontière. Les volontaires, n'ayant guère de matériel, de campement, passèrent la nuit comme Us purent dans le village.

Le marquis se mit tranquillement dans te premier lit venu, et s'endormit en homme rompu au métier de la guerre, sachant mettre à profit les heures de repos, dormir une heure quand 1 n'avait qo/une heure, et douze, par provision, quand il n'avait rien de mieux à foire.

Mario, vivement excité par l'impatience de se battre.

ni LE* BBAir* MtsaïKBna

<ll la veillée avec plusieurs Jeunes gens, volontaire»

comina lut, avec lesquels il avait fait connaissance en

Cotait dans une assea misérable auberge, dont la salle bossa eiait encombrée a ne s'y pouvoir retourner, et remplie de la famée du tabac à ne s'y pua reconnaître.

Tandis que l'armée régulière était muette et sabre commo une communauté de moines austères, les corps de volontaires étaient Joyeux et bruyants. On buvait, on riait, on chantait des couplets libres, on disait des vers erotiques ou burlesque*; an parlait politique « galanterie; on se disputait et on s'embrassait.

Mario, assis sous le manteau de la cheminée, rêvait au milieu du vacarme.

Près de lui se tenait Ciindor, devenu assez résolu, mais intimidé de se trouver ainsi en pleine noblesse. 11 ne su mêlait point aux bruyantes conversations; mais il grillait d'en avoir le courage, tandis que Mario se laissait bercer dans ses rêveries par ce tumulte, qui ne le tentait pas et qui ne le gênait pas non plus.

Toula coup Mario vil entrer nue créature fort bizarre.

C'était une petite fillette maigre et noire, parée d'un costume iTicnmpréhensible : cinq ou efi jupes de couleurs voyantes, étagées les unes sur les antres; un corps tout brillant de galons et de paillettes, une quantité de plumes bariolées dans ses cheveux crépus et frisottés, une masse de rangs de colliers et de chaînes d'or <* d'ar&jnt; le* bracelets, des bagues, des verroteries jusque sur ses souliers.

Cette étrange figure n'avait j»a d'âge. C'était un enfant précoce, ou aao jeune fille fatiguée. Elle étart.fbB petite, laide quand die voulait sourire et parler comme

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LES BiXIlt HKS3IBÏI1S

Le succès do Pilaf sur ces esprits troublés ne ca Mario qu'uae plus vive répulsion, et II allait se n

qu'elle commençait h débiter en thèse générale, e attendant que quelqu'un lui demandât le secret de son avenir.

— Parle, parle. Jeune sibylle 1 lui criait-on de toutes

nous demain le pas de S usa?

— Oui, si vous étiez tons en étal de grâce, répond* elle avec dédain ; mais comme 11 n'en est point un seul

. ici qui ne soit couvert d'une lèpre de péchés mortes), J'ai grand'peur pour vos belles peaux blanches I

— Attende], dit quelqu'un, nous avons ici un jouvencel deux et chsste, un ange du ciel, Mario de Bots-Doré! Qu'il commence l'épreuve et interroge la devineresse.

— Maria de Bois-Dard! s'écria Pilsr, dont les veut étincelants devinrent livides et ternes. 11 est ici f ai doncT ou donc! Montres-fe-moi !

— Allons, Bois-Doré, s'écrla-t-on de tous cotés, u caches pas votre figure, et montres vos deux mains.

Mario sortit de son nota et se montra aux deux bohémiennes, dont l'une s'élança pour saisir sa main, at

quant k toi, Pilsr, ajoula-t-B en retirant sa main, qu'eue semblait vouloir porter à ses lèvres, regarda me* ligna, cela suffit.

- Mario do Bois-Dorél s'écria Pilir subitement n* tée, je les connais da reste, les lignes de ta main fatale! Je les al asses étudiées autrefois. Je n'ai Jamais dit ton

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ni Boia-noaf 178 lavant les épaules. Elle dépend de ton caprice, de H haine ou d« ta folie.

— Eh bien, fato-en l'épreuve t reprit Pila? de plus en plus outrée, et, ai tu no crofct pas il ma science, ne

ito, tu dormiras, couché sur le dos, au revers d'un fossé; nuis tu lum beau avoir les yens tout néants, tu ne 1er ras plus h lumière des étoiles .

-C'est qu'il y aura des nuages au ciel, répondit Maria sans se troubler.

— Non, la temps sera clair; mais tu seras mort! dit la sibylle en essayant de set cheveux son front baigné de sueur fruide. Assez 1 que Ton ne m'interroge plus! Je dirais des choses trop dures a tous ceux qui sont ici t

— Tu révoqueras tes paroles, méchante diablesse! e'&ria le Jeune homme, qui avait procure 1 a Mario cette agréable prodiction. Mes amis, ne la laissez pas sortir t Cas détestables sorcières nous mènent à la mort par le

qui sauve. ForçoBfria de ravaler ses paroles et d'avouer qu'elle les a dites par méchanceté, - Pinuy souple comme une vipère, s était déjà glissée

après elle. La BelEnde s'enfuyait par une autre porte.

Utes dont je voua raconterai l'histoire dans un autre moment. Je n'ai aucun souci de la pii diction; je suis payé pour savoir ce que vaut celte belle science !

On pressa Mario de questions.

- Demain, répondit-il, «près la bataille, après ma prétendue mon! En ce moment psi mette-moi d'aller ™ si mon pere est bien gardé de ses gens; car je sais

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174 HS BKHDX MBSSIRUHS

Funa de ces femmes, tomes les deux peut-être, fi

On fit cette ronde «ne soin. Elle semblait fort inutil», le camp régulier ayant des sentinelles et des estradiot»

montra. On s'assura qu'elles y étaient, et Mario ne jugea pas nectaire do les y faire surveiller. 11 lui suffisait * bien garder celle où reposait son père.

La nuit ae passa fort tranquillement; trop tranquillement an gré de l'impatiente jeunesse, qui espérait en éveillée par le signal du combat. Il n'en lut rien. Le prince de Piémont, beau-frère de Lotos JUII; était vem négocier avec Richelieu de là part dn duc de Savoie, et les pourparlers suspendaient tes hostilités, en grand mécontentement de l'année française.

La Journée dn lendemain se passa donc dans un* fiévreuse attente, et la prédiction de la bohémienne, ainsi avortée, ne préoccupa plus les amis de Mario.

Les deux vagabondes avaient plié bagage et traversé tes avant-gardes pour s'en aller en France exercer leur industrie nomade. II n'y avait pas à craindre qu'on las

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j>r bois-dohA m

K la veillée âi 4 mars, Mario fui dona gommé do raconter les aventures de la grosse Bellinda et da la petite pilar 11 )o fil avec une clarté et une simplicité qui attireront sur lui l'attention de tous ceux qui se Irouvaîent là. Sa modestie l'avait empêché jusqu'alors de se faire remarquer : son intéressante histoire et la manière à ta fois touchante, naturelle et enjouée dont H ta résuma, tirent oublier à ses compagnons charmés le Jeu et

n pouvait, certes, raconter toute sa vie; mais un indéfinissable sentiment de réserva craintive lui fit tain jusqu'au nom de Lauriane.

Il était plus de minuit quand on se sépara. Chaque groupe regagna la gîte plus ou moins détestable dont il s'était assuré, et Mario, suivi de Clindor, se trouvait seul lia porte du sien, lorsqu'une ombre indécise, pelotonnée sur le seuil, ae leva et vint à lui

C'était Pflar.

— Marie, lui dit-elle, n'aie pas peur de moi. Je qé fsi jamais bit de mal, et je n'ai pas de raisons d'en vouloir i ton vieux père. Je n'épouse pas la haine de la BeUinde contra vous.

— Bellinda hait donc toujours mon pèrt.7 dit Mario. Ella a donc oublié qu'il l's empêchée d'être pendue comme le capitaine Macabre?

—Oui, BeUinde avait oublié cela, ou peut-être a»

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S10 IBS BB4UX HïSSIEURS

Va-t-elle pas bu ; mais il n'est plus terr.ps de te lui apprendre, et à prisant elle ne liai* plus personne.

— Que veux-tu dire?

— Que J'ai fait d'elle ce qu'elle voulait faire do tous.

— Quoi douer Parlai

— Non, c'est inutile, Mario, tu ne m'en aimerais pu davantage ; car tu me hais, Je le sais.

- - le ne hais personne, répondit Mario ; Je hais b mal, et les méchants instincts me font horreur. Tu u conservé les tiens, malheureuse fille! Je l'ai bien va hier, lorsque tn U faisais une joie folle de me troubler l'âme. Tu n'y réussiras jamais, sache-le, et laisse-mal tranquille ; le mieux pour loi est que je t'oublie.

— écoute, Mario, s'écria Pflar pariant à deml-haia, d'une voU étranglée. Ce n'est pas ainsi qu'il me tant traiter! Vrai, il ne le faut pas, ai tu aimes quelqu'un art U terre I car, moi, je t'aime et je t'ai toujours aimé. Oui, dès le temps où nous étions aussi pauvres l'un une l'autre, dormant sur les mêmes bruyères et mendiant sur le même pavé, j'étais amoureuse de toi Je suis net ainsi, je ne me souviens pas d'un jour de ma vie où la passion de l'amour ou de la haine ne m'ait pas dévores, je n'ai pas eu a" enfance, moi ! Je sois née de la flamme, et J'y mourrai, une vraie flammèche de bûcher I Qu'importer Je vaux mieux ainsi pour toi quota Lauriaoe, qui t'a toujours méprisé et qui n'aime jamais que ast vieux parpaillots... heureusement pour ellel (M, heureusement, je b> dis! car je saie votre vie il tous dem. je suis retournée deua fois dans votre pays, a, un jour,

. j'ai passé tout près de loi sans que ht m'aies reconnue- Tu m'a Jeté jm petite pièce d'argent. Mena, la voici à mon «ou, cachée aoua mes colliers comme ce que j'ai a» phaa pétieux ta monde ; Je M perata et j'y et écrit m

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di noia-noas 27T cma avec une pointe. C'eat won talisman. Quand je ne tarai plus, Je montrai!

-Allons, allons, dit Mario, assez de folios! Que reux-tu maintenant? Pourquoi es-tu revenue ici au péril le (a vie, et pourquoi m'atteadafe-U a toile porter tends-mot cette pièce de monnaie, et prends, pour les penser, ces pièces d'or dont tu peux avoir besoin.

— Gante ion or, Mario : je n'en ai pas besoin, mol; Il veux ganter et Je garderai langage, bien que tu roupies de savoir ton nom écrit sur ma poitrine, le suis noue ici pour le raconter mon histoire, il faut que tu Mandée.

— Dis-la donc vite : la nuit est très-froide et j'ai KanroaiL

— Je ne veux la dire qu'à toi, et Ion page nous écoute. Viens avec mol hors des murailles.

— Non; mon page dort contre la porte. Parle ici et Mte-Wi, ou je te quitte.

— Écoute-moi donc, j'aurai vite tout dit Tu sais que ma pare a été pendu et ma mire brûlée I

— Oui, je me souviens que tu me te disais souvenu après!

— Après T La Flèche m'a élevée pour me faire souffrir. C'eat loi qui me rompait les oa pour ma rendre plus souple, et qui me portait dans une cage pour me rendre naïade et furieuse. Il mn montrait comrat une bêle

— Mais tu t'es affreusement vengée de lui ï

— Oui, je l'ai étouffé avec du sable, des cailloux et de » terre, comme il criait: - .Au secours I j'ai anaTI j'ai rit? Buvait un bras qui remuait encore et donl II voulait rfétouffcr aussi Mais, su péril de ma vie, Je lui si fait rentrer dans h gorge ce quH gardait de la sienne, (te

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178 I,f * PK*OX MESSIEURS

lui devate-]e pas cela? N'était-ce pas mon droit M'oio reuasiûî peut-être sauvé, voua autres, et il voua eti payas 'comme Bellinde, qui, sans moi, e&t réussi hi trt voua empoisonner ton, toi, ton père « tes valets, afli, iisaiMUo, de justifier la prédiction que je t'avais m devant témoins, et da garder ma rmominée de devi»

— Etalera, loi, tnl'aadoncf...

— Je lui devais cela aussi, a eUel Ecoute, tcm mon Mstoirel Après m'être vengée deLa Flèche, je m* taia cachée dans le pavillon du Jardin. Je l'avais vu en colère, contre moi, et j'attendais que cela fut passa. Jt croyais que tn me chercherais, que tu t'inquiéta rai i de moi et que tu me garderais dans ton château pour m'oraer. Mais, vers le soir, lu es venu là avec ta Lauriant, et ta lin as dit que lu voulais eire son mari. Elle s'a» raillée de toi; elle te trouvait trop jeune; a présent, c'est elle qui est trop vieille, Dieu merci] Et puis ta M W dit que tu me haïssais, et j'ai bien entendu tant! Alors j'ai fait tomber une pierre sur elle pour la tuer, et Je me suis bien cachée. Hais vous avez cru que b pierre était tombée toute seule, et vous m'avez laissée IL

> J'y ai passé la nuit, mourant de faim et de froid. J'étais furieuse ; cela me soutenait Je voua mandisni tous les deux, je me maudissais moi-mémo pour l'avoir déplu. le voulais me laisser mourir; mais je n'en ai pu eu le courage, et, ne voulant pins rien de toi quej» croyais haïr, j'ai été à Brllbault chercher l'argent de Sanche, que La Flèche m'avait fait voler, deux ou mil mois auparavant, dans la maison de la CaiOe-BotuSe,

• Dana ce temps-là je ne savais paa le prit de h> gant, et, par haine de La Flèche, J'avais tout rendu! SsucFm, qui l'avait si bien caché qu'il pouvait gour*

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us bois- Dont 379 eut les bohémiens avec des promesses et quelques écus le temps on temps, liais, moi, je savais ou il l'avait enfoui, son trésor, et 11 en rostaft beaucoup; du moins, Beaucoup pour mol qui avais besoin de si peu. l'en fis plusieurs parts et je les cachai en divers endroils.

■ Je m'étais mis dans la têts que je pouvais vivre aille, sans dépendra de personne, et aller libre par toute la terra, enfant que j'étais! Mais Je m'ennuyai Heatot, «, rencontrant la Boutade, qui se sauvait du pays, toute rasée et dans un état misérable, je lui contai p> J'avais de petits trésors cachés, tout en me gardant de H dire Jamais où ils étaient! Obi pour le savoir, elle n'a flattée, tourmentée, grisée et questionnée Jusque

non secret; c'est pourquoi elle s'est ûite ma mère et au servante, me caressant toujours et me trahissant..

. Ohl oui! elle m'a odieusement trahie! Elle m'a rendue, elle m'a livrée, lorsquej'étais encore uneenlant; «quand, plus tard, j'ai compris et senti ma honte, j'ai Juré que Je me vengerais quand je n'aurais plus besoin fdle.

» A cette heure, les corbeauise repaissant de sa chairl et c'est bien fiût, mon Dieu I

— Tu es une malheureuse et horrible fille 1 dit Maria. ! Et, à présent, as-tu Soit

— A présent, je veux que tu m'aimes, Bario,ou je me vengerai de la Lauiiane, que tu aimes toujours, je le saisi puisque tout a l'heure, dans l'auberge, tu n'as pas voulu parler d'eue aux messieurs qui étaient la. Oh t j'y étais iossi, mol, cachée dans le grenier, d'où j'entendais tout ht mal que tu as dit de mol.

— Puisque tu as tout enlandu, eommant ea-lu asso» Hic pour me demander de t'aimwT

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— Je ne suis pas bile ! On passa de la haine à l'a. muur,Je le sais par moi-même. On déteste M on «dort ea mjme"naps. D'ailleurs, tu as avoué quai avais maùtenant de beaux yeux, de» bras Uns atone sorts v*bmt diabolique. C'est comme cola qnatu diaali dans l'auberei tout a l'heure. Et beaucoup de oes gentilshommes gf* vaisnt ouort, ta veille, ne quoi avoir d'antres jupes je taffetas st d'autres pendants d'oreilles, parce que, UUa ou belle, je leur avais tourne" ta taie. Mais, mol, je a» veux rien d'eux, et rien de toi. J - » encore de l'argon cache eu Berrj, et j'irai quand je voudrai. Prends-y garde, Karfo I ta Laoriane me répand de toi. Prends-mai

— Puisque tu le confesses si bien do tes mauvais dsssoins, dit Mario, je t'arrête...

Il allait saisir la bohémienne, décidé a la livrer à k Justice du camp; mais U ne retint d'elle que son écharp»: plus diaphane et plus rapide que les nuées chassées pu le vent, elle s'était échappée.

H la poursuivit, et 11 l'eût atteinte, car lui aussi savait courir î mate il avait a peine tourné r ingle de la rue, qus le son éclatant das trompettes lui annjn ça le boute-selle; c'était le signal du départ pour la bataille.

Mario oublia les toiles menaces qui l'avaient ému, et courut rejoindre son pera, qui se levait i la bâte.

A la pointe de jour, tout te monde était eu marche.

• Le pas de Suse est un défilé qiri, aux un quart il \ lieue de long, n'a paa toujours Vingt pas de large et qu'obstruent, ça et la, des roches éboulées. Les tergiversations % prince du Piémont n'avaient en d'autres fins que de retarder pendant quelques jours la marche de notre armée. L'ennemi avait mis ie temps à prott pour so fortifier.

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