‹ Les Belges au Canada [microforme]Chapitre 9 sur 20 · XIE · texte numérisé non relu

XIE

Richesses forestières.

Le Canada est sans contredit le pays le plus boisé qui

existe. J'ai voyagé pendant des semaines entières à travers

de vastes forêts, des bois les plus remarquables, qui auraient une immense valeur s'ils se trouvaient en Europe. Ces forêts sont sillonnées de cours d'eau considérables, qui facilitent leur exploitation. Ensuite, de nombreuses voies ferrées sont en construction, à rheure présente, dans différentes parties du pays, pour permettre à l’exploitateur de diriger ses produits vers les marchés étrangers.

L'exploitation des richesses forestières, à l’exception de

celle du sapin, (pin du Canada), a été jusqu'ici complètement

négligée. Pour l'exploitateur intelligent, qui commande à un certain capital, il y a dans ces forêts de véritables fortunes à réaliser. On y trouve entre autres le chène blanc et rouge, le noyer noir et ordinaire, l'érable piqué et ondé, l'orme, le mérisier rouge et blanc, le frêne, etc.

J'ai déposé au Bureau de M° Richard Berns, à Anvers, des échantillo.. des principaux bois qui ont êté admirés à la dernière exposition universelle de Paris, avec le coût, de chaque espèce sur le marché de Montréal, pour ceux qui s'intéressent à cette branche importante du commerce. Les douves et

douvelles pour tonneliers trouveraient un débouché important

en France et en Belgique.

Les vastes chantiers des Provinces de Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse sont renommés pour la beauté et pour la solidité des nombreux navires qu'on y construit. Cette industrie fournit au cultivateur un débouché facile pour les bois de construction dont les terres sont couvertes.

XILE.

Petite Culture.

J'ai été bien surpris de voir qu'en Canada on néglige trop souvent les détails de la culture : l'horticulture et la sylviculture sont peu connues, ct il n’y existe que de rares pépinièristes qui connaissent l'arc de tailler les arbres fruitiers. Chaque cultivateur tient à être propriétaire d’une étendue. si considérable, qu’elle suffirait pour un domaine seigheuriai en Europe. Les fermes sont en moyenne de 50 à 100 hectares ; les plus petites n’ont pas moins de 30 hectires. « À la suite des premiers défrichements, » dit Mr Edw. Barnard, délégué du Gouvernement Canadien, (1) « nos terres étaient tellement riches, qu’elles vroduisirent des récoltes successives de froment, sans aucun intervalle, pendant un grand nombre d'années, notammen! pendant plus d’une généralion. Il est prouvé que ces récoltes, sur un seul labour, donnaient très-souvent 40 et 50 minots de grain par arpent. Cette surabondance de richesses, rendit nos ancêtres négligents et dépensiers. On vivait dans le luxe et on ne faisait aucun cas ni des fumiers ni des règles ordinaires d’une bonne culture. Il y a une vingtaine d'années, les terres, fatiguées par cette spoliation constante, se refusèrent tout-à-coup à la production du froment, Îl fut difficile, de faire comprendre à nos cultivateurs, que c'était le résultat inévitable de leur système de culture, et il reste encore beaucoup à faire sous ce rapport. Ainsi, on estime que les pertes d'engrais de toute sorte, dans notre Province, se montent au moins aux trois quarts de leur production. Il n'y a guère de village où l’on ne pourrait pas acheter tous les engrais des bestiaux, à raison de 30 à 50 centimes la voiture.

(4) Circulaire du 30 Mai 1871.

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On peut dire que partout les purins se perdent presqu'entièrement. Quant aux matières fécales, on paie très-cher pour s'en débarasser, el ce que les rivières v'emportent point, est profondément enfoui. Dans quelques unes de nos villes, cette besogne ne coûte pas moins de cent mille francs par année. Dans la plupart de nos campagnes, la jachère nue et la culture des légumes, pour nettoyer le sol, sont encore presqu'inconnues. Malgré tout cela, même nos petits fermiers viveht encore dans une aisance bien étonnante pour un Européen. J'en conclus qu'un habile cultivateur émigrant, habitué à l'économie, qui connait parfaitement la valeur des engrais, et qui aurait un certain capital, ne serait-ce que mille ou deux Mille francs, ne pourrait pas manquer de se faire dans quelques années, pour lui et sa famille, une position d’aisance qu'il ne pourrait jamais espérer en Europe. Je dois ajouter que toutes les semences du printemps qui réussissent en Belgique, conviennent très-bien à notre Province. »

Il en ressort à {oute évidence que les jardiniers, les maraichers et les petits eullivateurs, qui savent faire rendre au sol tour ce dont il est capable, et qui s'occupent pendant l'hiver comme pendant l'été, trouveront un immense avantage à s’élablir à proximité des villes ef des villages où les matières fécales se perdent; où les cograis de toute espèce abondent,

Commerce et industrie.

Les arts industriels ont fait depuis vingt ans de grands progrès au Canada ; leur développement a été aussi rapide

qu'aux Etats-Unis.

Cela est dû à l'abondance des cours d'eau, qui offrent partout de puissants moteurs économiques.

Les principaux produits industriels du Canada sont :

Tissus de laine.

» » lin.

» » coton.

Lin crû.

Meubles.

Cuirs.

Charpentes et planches de bois scices.

Fer.

Savons.

Chaussures.

Machines à vapeur.

Locomotives.

Artieles en bois de toute sorte.

Outils et instruments d'agricullure.

Navires en bois.

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Les produits fabriqués suffisent à peine pour la consommation du pays ; les industriels à la tête d’un petit capital, trouveror , à l'emplover dans différentes induslries non encore essayées, #t qui réussiraient cependant à merveille.

La valeur des marchandises importées en 1870 s'élève à la somme de 875,000,000 de francs ; celle des exportalions à 369,000,000 de francs.

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Transports économiques.

Le trän&port par chemins à rails en bois, est un système de locomotion emprunté à la Norwège ; il est avantageux à cause de sa construction rapide et économique, et très-usité dans la Province de Québec ; il est d’une utilité incontestable pour mettre les districts éloignés en communication avec les marchés de consommation et d'exportation, tandis qu'il fournit un élément de travail aux populations ouvrières éparses sur leur parcours.

Il y a possibilité de construire des chemins, de moins d'un mètre de largeur, au prix de neuf à dix mille francs la lieue, sur lesquels où peut employer avantageusement des engins à vapeur.

Les chemins de fers en exploitation au Canada, ont 1000 lieues d’étendue ; il y en a d’autres en construction sur 400 lieues de parcours, et des Compagnies se sont formées pour 4000 autres lieues additionnelles.

Le fleuve S. Laurent est naviguable sur une étendue de 800 lieues : différentes rivières viennent s’y jeter et permeltent la navigation sur des distances à peu près égales.

Le nombre des navires entrés de la mer dans les poris de la Province de Québee en 1869 est de 1384, jaugeant 831,993 tonneaux ; le nombre des navires sortis à la mer est de 14553 jaugeant 925,174 tonneaux ; pour les aufres Provinces les données exactes me font défaut.

Colonisation.

En 1868, le Parlement de la Province de Québec a voté une loi autorisant la formation de Sociétés de Colonisation, pour venir en aide aux colons courageux qui s’établissent dans les forêts, pour défricher les terrains octroyés par le Gouvernement.

Trente-cinq de ces sociétés fonctionnent aujourd’hui régulièrement, à la satisfactior des colons, qu. se Pod guidés par l'expérience intelligente d'hommes spéciaux, leur prétant un concours assidu.

Ces pionniers, avant-coureurs des colons plus aisés, sont protégés par des lois toutes spéciales qui leur garantissent la possession de leurs meubles, immeubles, approvisionnements, bétail, voitures et instruments d'agriculture, jusqu'à concurrence d’une certaine somme. (4)

Le Gouvernement a réserve pour les colons 8,500,000 hectares de terrain, qu’il cède à des prix variant de 2 à 6 franes l'hectare, par Jots de 40 à 100 hectares.

‘On peut acheter moins, mais pas plus de 100 hectares ; un père de famille, cependant, peut acquérir des lots en plus pour chacun de ses fils ayant atteint l’âge de dix-huis ans.

Teut acquéreur d’un lot de 400 hectares est ten d’en défricher et d'en cultiver dix dans l'espace de quatre ans et de construire sur sa ferme une maison d'habitation mesurant au moins trois mètres et demi sur sept.

Ces conditions une fois remplies, l'agent du Gouvernement lui délivre gratuitement un titre de propriété qui le constitue propriétaire absolu du terrain. — Dans les autres Provinces les lois sont aussi très-favorables.

(4) L. Hon. J. M. Pope, représente dans la Législature fédérale le comté de Compton (Prov. de Québec), où est élablie la colonie des Zouaves Pontificaux. Ce ministre, distingué par son caractère loyal et éminemment pratique, déploie une activité digne d'éloges, pour assurer aux immigrants les meilleures conditions de sécurité et d'avenir. Gracieusement invité par lui dans son département, à Ottawa, j'ai appris avec bonheur de sa bouche, les mesures qu'il compte prendre pour donner un emploi rémunératif aux émigrants qui ne pourraient exploiter pour leur propre compte dès leur arrivée.

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Culture du lin.

Le lin etle chanvre réussissent supérieurement bien au Canada. Il est vraiment surprenant de les voir cultiver partout avec succès, sans les soins considérés indispensables en Belgique. Ainsi, personne n’y songe à sarcler le lin, et pour- {ant on le récolte fort net et fort beau, et cela, peut être, sur un ferrain qui n’a jamais recu d'engrais. Ce qui fait défaut, ce sont les connaissances nécessaires pour tirer le plus grand parti possible du lin, après qu’il est récolté. Le rouissage à l'eau est inconnu, et nulle part je n'ai trouvé de bons méliers pour le tisser, ni une main habile parmi les rares tisserands.

Pendant la saison d'hiver, qui ne dure pas moins de cinq mois, le colon trouverait dans cette branche une occupation rémunérative ; l'industrie linière lui donnerait sur la population indigène un avantage très-remarquable, vu qu'il trouverait loujours, sur le marché, un prix plus considérable pour ses produits que n’en obtiennent les habitants du pays. La graine de lin se vend très-bien en tonte saison, à un prix élevé, puisque la production est loin de suffire à la fabrication des huiles nécessaires aux différentes industries du pays. Ensuite le tourteau constituerait là, comme ii, une nourriture de première qualité pour le bétail.

Je suis informé que la fabrication des toiles se fera bientôt sur une vaste éehelle dans la Province de Québec ; Mais si une quantité plus grande de lin était cultivée dans le pays, se serait encore là un excellent article pour l'exportation. Le lin roui à l'eau se vend aujourd'hui sur les marchés de la Belgique comme suit :

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Ar qualité . . .frs. 3,00 le kilogramme.

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Le lin roui sur terre :

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