‹ Les Belges dans l'Afrique centrale; voyages, aventures et découvertes d'après les documents et journaux des explorateursChapitre 23 sur 46 · COMME LES RIVES, LES ILES SONT COUVERTES D UNE VEGETATION LUXURIANTE · texte numérisé non relu

COMME LES RIVES, LES ILES SONT COUVERTES D UNE VEGETATION LUXURIANTE

avec le titre de monanga, chef de village; le plus influent monanya gouvernait le district avec le titre de monanga-momené, grand chef ou roi.

Matamwiké, monanga-momené de l'Iboko, que nos lecteurs connaissent amplement et dont nous ne pouvons, à moins de nous répéter, refaire le portrait et physique et moral étonna Van Gelé par son port imposant et majestueux, lorsque son ami Coquilhat le lui présenta.

Matamwiké était coiffé d'une sorte de tiare en peau de léopard, dont la queue lui pendait sur le dos; une pièce d'étoffe en fibres de palmier hyphœnelui entourait les hanches; il marchait en s'appuyant gravement sur un bâton haut de trois mètres.

« Ce grand personnage fait tout grandement, dit Coquilhat à son ami Van Gelé; vous allez voir comme il sait boire. »

Effectivement, au cours de sa visite à la station, le monanga-momené d'ibûko ingurgita, sans en paraître incommodé le moins du monde, douze litres de pombé.

L'appétit de ce roi cannibale ne le cédait en rien a sa soif intarissable; les récoltes de ses jardins, les volatiles de sa basse-cour, les brebis et les chèvres de son étable n'eussent point suffi à calmer les réclamations incessantes de son estomac pendant une année. Par bonheur ce chef reconnu des' districts bangala pouvait prélever en denrées alimentaires des impôts proportionnellement aux importantes transactions commerciales de ses vassaux.

Mais d'impérieux devoirs réclamaient la présence de la flottille en amont de l'Iboko, sur les bords de l'Arouhouimi et à la station d'Ouana-Rousari; Van Gelé dut à regret et précipitamment interrompre sa première visite d'inspection et d'étude au pays des Bangala.

Des caravaniers indigènes, amplifiant ou plutôt dénaturant des faits qui s'étaient passés dans les parages des Stanley-Falls, prétendaient que des bandes d'Arabes fanatiques avaient envahi les territoires du haut Congo, capturé des convois d'ivoire appartenant aux mundelés, attaqué les postes de l'Association, pillé et incendié les maisons des blancs dans l'île d'Ouana- Rousari. Bref, ii fallait s'attendre, d'après ces rumeurs alarmantes, a voir sous peu les rives du grand fleuve plus désolées que jamais par les chasseurs d'hommes.

Malgré toute sa perspicacité, le lieutenant Van Gelé ne pouvait ai'iiver à reconstituer, d'après les récits contradictoires des natifs, l'ensemble des évonements du haut Congo; il résolut de gagner à toute vapeur le pays que l'on annonçait comme envahi, sans négliger toutefois de tenter chez les Basoko des démarches tendant à obtenir la mise en liberté du voyageur

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italien Casati, que l'on avait tout lieu de croire retenu prisonnier par les riverains du Népoko.

En décembre 1884, la flottille était à quelques centaines de mètres en aval de la première cataracte des Stanlej'-Falls. Van Gl-Ic s'était a peine arrêté à l'embouchure de l'Arouhouimi pour palabrer avec les déccmvirs basoko, qui déclarèrent ne point connaître l'explorateur Casât;.

A la station des Falls, \\'ester et Amelot racontèrent exactement ce qui s'était passé.

Un certain nombre d'esclaves néi^res, armés de fusils a tir rapide et guidés par des sous-chefs arabes obéissant au puissant Tippo-Tip,gouverneui" de NN'angwé, avaient en effet détruit plusieurs villages indigènes non encore rangés sous le protectorat de i'.Association, mais, malgré leur supériorité numérique, ils n'avaient même pas songé à attaquer le poste de l'Arouhouimi occupé pnr trois soldats haoussas, et la station défendue par ^Vester et vingt soldats zanzibarites.

Les bandes de Tippo-Tip étaient, d'après les rapports, campées dans une île du fleuve située en amo it d Ouana-Ftouspri.

Van Gelé résolut d'aller au bivouac des Arabes; il fit préalablement annoncer sa visite au fameux Ilamed-ben-Mohammed, alLis Tippo-Tip, alias Mtipoula. Mais celui-ci, désireux de prouver sa courtoisie, devança la politesse de l'agent de l'Association et se présenta à la station des Falls, en compagnie de ses sous-chefs et sous la protection de vingt-cinq guerriers armés de fusils à piston.

L'important personnage, qui se donne à Nyangwé le titre de représentant du sultan de Zanzibar, est déjà connu de ceux de nos lecteurs qui ont lu les relations des voyages en Afrique des illustres explorateurs Livingstone, Cameron et Stanley. Le lieutenant Vain Gelé a complète les renseignements fournis sur Tippo-Tip par les voyageurs anglais, en communiquant à la presse belge le récit de ses entrevues avec cet aimable chef de bandits.

Tippo-Tip, de taille moyenne et d'un embonpoint assez prononcé, pai'aît être âgé de quarante-cinq ans, sa barbe courte et ses cheveux ras sont grisonnants.

Sa tenue est très soignée; il porte la chemise blanche des Zanzibarites et un long pardessus à larges manches de couleur grise a\-ec galons d'argent; sur la tète, une calotte en fer-blanc brodé d'or; pour ceinture, un diotilé, étoffe de soie de Surate, garnie à Zanzibar d'une bordure de fil d'or et d'une Irange encadrant harmonieusement un fond zébré de rouge, de jaune et de vert. Pour prouver aux mundelés son entière confiance,

P Maes li;di:eMr Bruxelles.

Imp A iler rens» Bruxelles

Chef Guerrier

Côte Occidentale duLac Tangaiiika

il ne portait aucune arme, mais son secrétaire avait une dague ornée d'un merveilleux filigrane d'argent et tenait en main un revolver au canon damassé.

L'entrevue fut des plus courtoises. Van Gelé invita Tippo-Tip à dîner, et accepta de lui une invitation semblable pour le lendemain.

Contrairement à ce qu'avait fait le chef noir, le lieutenant belge se rendit chez lui sans armes, accompagné seulement de MM. Wester, Gleerup et Van den Plas, et de quatre serviteurs zanzibarites. Ce procédé, qui dénotait de la part des Européens une confiance entière dans leur hôte, produisit sur ce dernier, une impression favorable qu'il ne chercha pas à dissimuler.

La bande de Tippo-Tip se composait de trois cents hommes environ.

ss^

INDIGENES DU MANÏE.MA.

esclaves nègres pour la plupart, originaires du Roua, du Manyéma, de l'Ounyamouési ; le plus grand nombre avaient des fusils à tir rapide ; d'autres étaient armés de lances et de boucliers de dimensions formidables. Cinquante d'entre eux, les plus vigoureux, âgés de vingt à vingt-cinq ans, élevés par Tippo-Tip, lui formaient une garde d'honneur imposante; ses femmes, au nombre de vingt, représentaient tous les types féminins de l'Afrique orientale; elles avaient été achetées avec de l'ivoire, des fusils, de l'étoffe ou des perles sur les divers marchés du Zanzibar et du Tanga^ nîka.

Le dîner eut lieu sous la véranda d'un tembé en construction, sur des nattes d'alfa; la vaisselle était en ruolz.

La conversation ne se ralentit pas un seul instant. Tippo-Tip est un beau parleur, et, sans être fort instruit, il a vécu longtemps au contact

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de Cameron et de Stanley; il possède quelques notions de politique générale et de géographie.

Les événements qui se sont succédé en Europe semblaient l'intéresser particulièrement; il s'occupait surtout de la situation respective des Anglais, des Allemands, des Français, des Italiens et des Belges, et ses nombreuses questions au sujet de ces nationalités diverses dénotaient un esprit élevé.

Son intention était de parcourir l'Europe, de rendre visite au roi des Belges, de faire le voyage de Constantinople, et de rentrer en Afrique après avoir accompli un pèlerinage à la Mecque.

D'autre part, il donnait à ^''an Gelé l'assurance formelle de respecter les propriétés de l'Association internationale. Si ses lieutenants avaient détruit quelques bourgades nègres sur les bords du Congo, c'était en contrevenant à ses ordres, et parce que les natifs avaient refusé de leur vendre des vivres. Au surplus, afin de donner une preuve éclatante de sa bonne foi, il allait immédiatement rappeler tous ses sous-chefs dans le Manyéma, et il s'engageait à faire respecter par ses guerriers, non seulement les agents et les serviteurs de TAssociation, mais encore la vie et les propriétés des indigènes habitant les territoires où flottait le pavillon bleu et or.

Enfin il témoignait le désir d'entamer avec les natifs riverains du haut Congo des relations commerciales régulières, et il priait Van Gelé d'intervenir auprès des populations pour les rassurer sur les dispositions des Arabes et pour les décider à commercer avec eux.

Le lieutenant promit de seconder dans cette voie le célèbre traitant, susceptible de devenir en quelque sorte un trait d'union entre les agents du haut Congo et ceux de la côte orientale. Il obtint de Tippo-Tip l'envoi d'une caravane vers la région méridionale du Soudan égyptien, chargée de faire parvenir une lettre à l'explorateur Casati, de le délivrer au besoin, de prévenir les voyagcui-s blancs bloqués dans le Soudan des événements qui venaient de se passer à Khartoum et de les invitera se rabattre vers le Congo, où des secours leur permettraient de regagner l'Europe.

Le gouverneur de Nyangwé, le noir traitant d'esclaves, promit de faire tous ses efforts pour sauver ceux qui se dévouaient à la découverte et à la civilisation du continent noir.

Au cours de cette longue entrevue, les quatre serviteurs zanzibarites de Van Gelé avaient retrouvé des amis et des compatriotes parmi les soldats de Tippo-Tip ; néanmoins pas un de ces fidèles agents n'hésita à reprendre avec les mundelés le chemin de la station des Falls.

Le lendemain de cette entrevue, au moment où l'expédition s'apprêtait à quitter Ouana-Rousari, laissant la garde de ce poste aux deux officiers suJdois Wcster et Gleerup, le lieutenant ^';m Gelé revit Tippo-Tip venu

CMEI'- BAKOUMOU (STANLEY-IAU.S).

pour saluer encore une fois son hôte de la veille et pour lui renouveler ses promesses d'alliance.

Tippo-Tip visita les steamers et s'intéressa beaucoup au fonctionnement des machines; puis il serra la main des blancs, débarqua et salua leur

départ en agitant sa coiffure au-dessus de sa tête: il demeura pensif sur la rive du fleuve jusqu'au moment où la flottille se déroba à sa vue derrière un îlot.

Le gouverneur de Nyangwé dîna avec les officiers suédois, et s'entretint du voyage que venait d'entreprendre l'intrépide marcheur Amelot.

On se rappelle que cet intrépide agent, soucieux de servir la cause de son Roi. avait prolongé son séjour en Afrique et offert spontanément au capitaine Hanssens, de remplir l'emploi de second, vacant au poste des Palis, jusqu'au retour des steamers. La flottille était revenue, mais Amelot avait demandé à ne point profiter de cette voie pour retourner en Europe, et il avait obtenu de rentrer dans sa patrie par Nyangwé et Zanzibar.

Van Gelé s'était vainement opposé à l'exécution de ce projet aventureux. Le trajet était faisable, mais hérissé de dangers; entre les Palis et le Tanganîka, sur un parcours de deux cents lieues, la route était à peine tracée, le drapeau bleu n'avait été hissé nulle part. Mais une expédition belge, sous les ordres du lieutenant Becker, expédition dont Ad. Burdo a décrit les préparatifs dans le premier volume de ce livre, devait, à l'heure actuelle, être en route pour Nyangwé: Amelot pouvait la rencontrer, fournir à ses compatriotes des renseignements précis sur ses découvertes et rendre de nouveaux services à l'œuvre civilisatrice de l'Afrique centrale.

En outre, le pionnier belge nourrissait le généreux espoir de traverser, lui aussi, de part en part le noir continent et d'ajouter son nom à la liste courte et glorieuse sur laquelle figurent Livingstone, Cameron, Stanley, SerpaPinto, Magyar, Giraud, Wissmann, Ivens, Capello et le missionnaire écossais Arnot.

Ces traversées africaines ne sont pas inspirées par une stérile vanité; elles ont pour objectif un grand intérêt scientifique, économique et social le désir de combler peu à peu les immenses lacunes qui existent sur la carte du continent noir.

Le voyage transcontinental de Livingstone en 1856, a révèle au monde savant l'existence des États du Muata Yamvo, du Cazembi, de la région des lacs Moéro et Bangwelo, sources de la Loualaba, branche initiale du Congo, et la position exacte des sources du Zambéze.

Plus tard, en 1873, Cameron, parti de Zanzibar, arriva, après deux ans de marche à travers des districts inexplorés, à Benguela (côte occidentale.)

De 1876 il 1879, eurent lieu la célèbre exploi'ation de Stanley aux lacs Victoria et Tanganika et sa descente aventureuse du Congo, depuis Nyangwé jusqu'à Banana.

En 1S78, le major portugais Serpa Pinto partit de Bihé, se dirigea vers

le Zambèze et les lac sales de l'Afrique méridionale, traversa le Transvaal et arriva à Durban.

De iSSo à 1882 le lieutenant allemand Wissmann, dont nous avons signalé le voyage sur le Kassaï, exécutait la cinquième traversée de l'Afrique par Malangé, Moukengi, Nyangwé et la route vers Zanzibar.

L'enseigne de vaisseau Giraud, de la marine française, et le docteur allemand Reichard venaient à peine de faire connaître le tracé de la route directe de JVyangwé à Zanzibar, qu'Amelot s'engageait résolument dans cette voie.

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