‹ Les Belges dans l'Afrique centrale; voyages, aventures et découvertes d'après les documents et journaux des explorateursChapitre 30 sur 46 · NE CHASSE AU LIOM DANS LA VALLEE DE L OGOUE · texte numérisé non relu

NE CHASSE AU LIOM DANS LA VALLEE DE L OGOUE

Un revirement complet s'opéra dans l'assistance en faveur du mundelé. Hanssens envoya quérir dans sa valise une fiole d'ammoniaque, qu'il passa ù différentes ixprises sous le nez du moribond. L'effet en fut merveilleux. L'auguste ivrogne respira bruyamment, ouvrit les yeux, se souleva a demi, arrêta sur le visage pâle de son sauveur un regard étonné et balbutia quelques paroles sans suite ; puis il reprit successivement son aplomb et demanda au blanc s'il venait du village construit par les enfants de Boula IVlatari sur les bords du Congo.

Hanssens répondit que iManyanga était le but de son voyage et il ajouta

qu'il se félicitait d'avoir pu, en passant, rendre service à un chef indigène que ses administrés paraissaient beaucoup aimer.

Sur les instances de ce notable buveur, il lui remit le flacon d'ammoniaque et obtint en échange un guide indigène chargé de le conduire directement à Manyanga-Station.

Pendant le trajet, Hanssens prit plaisir à faire causer son cicérone, esclave originaire de la vallée de l'Ogoué et qui professait une singulière doctrine. A l'entendre, le capitaine avait eu bien tort de ressusciter le chef noir ivremort. Lorsque le blanc avait opéré sa guérison miraculeuse, l'ivrogne essa)'ait, disait-il, ses premiers pas sur le pont immense qui mène de la terreau paradis. Pour franchir cette passerelle il faut marcher mille ans, et l'on risque parfois d'en tomber, car elle est aussi étroite que le tranchant d'un couteau.

Ce fameux paradis est pavé de délices, d'éternelles félicités; des déesses enivrantes sont la récompense de ceux qui ont l'heur d'y pénétrer. Lesyeux de ces beautés ravissantes ne sont autres que les étoiles qui brillent pendant les nuits sereines, etc., etc.

Ce guide à imagination féconde diminua les ennuis du trajet assez long qui sépare le dernier village babouenndé rencontré de la station de Manyanga. S'acquittant de sa tâche avec fidélité et intelligence, il laissa sans encombre Hanssens et sa caravane au pied de la colline de Manyanga, le 20 mai 1885.

Épuisé de fatigue, mais plein de vie et de santé, le capitaine rentrait après quatie mois de marche, d'exploration et de découverte, dans le poste commandé par Nilis, au moment même où le bruit de sa mort frappait stupeur la garnison de Manyanga-Nord.

Page 1