‹ Les Belges dans l'Afrique centrale; voyages, aventures et découvertes d'après les documents et journaux des explorateursChapitre 8 sur 46 · TAMBOUR DE GUERRE · texte numérisé non relu

TAMBOUR DE GUERRE

Le lendemain, elle croisait un essaim de petites barques indigènes d'où sortaient des gémissements, des plaintes incessantes.

Stanley redoutait un conflit, mais sa crainte ne fut pas de longue durée, car l'innombrable tlottille indigène passa prés des vapeurs sans tenter aucune démonstration belliqueuse.

On croyait voir une cité flottante et entendre les clameurs désespérées d'une population surprise par l'inondation ou l'incendie.

Plus l(Mn, de chaque côtj du fleuve, des monceaux de cendres noires marquaient l'emplacement de nombreux villages.

Les districts tour à tour côtoyés dans la journée du 26 avaient été récemment dévastés: les villages n'étaient plus que décombres fumants; les plantations, les palmiers et lesbananiersétaientroussisparlesflammes; les populations ruinées, désarmées, en proie à la plus vive désolation, se pressaient sur les bords du fleuve, s'entassaient dans des milliers de pirogues étroites et s'apprêtaient à fuir vers les contrées d'aval. On assistait à l'exode de tout un peuple.

Les explorateurs ne tardèrent pas à connaître la cause de cette lamentable migration. Ils avaient passé à terre la nuit du 26 au 27 novembre, non loin des villages d'Vombourri. presque en face de la rivière Loubiranzi, affluent de gauche.

A l'aube du 27, le campement de l'expédition était enveloppé par un brouillard insolite dû à l'incendie des villages, des landes et des forêts des environs. 'Vers huit heures, les nuages de fumée s'évanouirent dans l'espace, et les équipages regagnèrent avec armes et bagages les embarcations a vapeur.

La flottille s'éloigna de ces sombres parages et apprit, quelques heures plus tard, sur la rive droite, non loin des villages habités par les peuplades .Mawumbé, ce qui avait amené la ruine et la dépopulation des districis côtoyés au cours des journées précédentes.

Les bandes d'Abed-ben-Selim, les Arabes chasseurs d'hommes venus de Nyangwé, campaient sur les bords du Congo. Ces bandits aux fez écarlates, auxburnous d'une blancheur immaculée, s'étaient abattus, le mousquet d'une main et la torche de i'autre, sur le pays des Basoko.

Comme naguère à Taborah, à Oudjidji, à Nyangwé, Stanley fut le bienvenu parmi les brigands, commerçants de bois d'ébène.

Abcd-ben-Selim lit visiter aux explorateurs ses tentes et les riciiesses qu'elles contenaient : plus de quinze cents créatures humaines, vieillards, hommes, enfants et femmes, attachés à des chaînes, étroitement gar-

rottcs et destines à former CCS bandes d'esclaves, marchandise avidement recherchée sur les marchés de la côte orientale de l'Alrique.

Tandis que les Zanzibarites de l'expédition échangeaient des poignées de main et des accolades avec les bandits parlant la langue du pa\-s natal. Stanlej' et Roger écoutaient, le cœur plein d'amertume et de rage devant leur impuissance à délivrer les misérables victimes, les récits effrontés d'Abed, cet incurable suppôt de la traite.

Avec une loquacité doublée d'une pantomime cynique et de regards

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