‹ Les Belges illustresChapitre 3 sur 18 · I.ES BEI.GKS IIJ.lSrRES S · texte numérisé non relu

I.ES BEI.GKS IIJ.lSrRES S

propre^ dont la vie du médecin ne présente malheureusement que trop d'exemples^ empoisonnèrent et finirent par interrompre violemment une carrière où il pouvait encore être si utile à la science. On raconte que le fils de Philippe II, Finfortuné Don Juan , prince des Asturies . mort plus tard victime de lodieuse jalousie de son père, était tombé dans un état de compression cérébrale, d'où Vésale proposa de le retirer en faisant 1 ouverture du crâne. L'opération, faite contre l'avis des autres médecins, réussit parfaitement. C'en fut assez pour exciter la haine des docteurs espagnols contre un homme que l'orgueil national leur faisait regarder, en sa qualité d'étranger, comme un usurpateur de leurs droits. Bientôt, ajoute-t-on, ils auraient trouvé une occasion d'assouvir leur basse vengeance : Vésale aurait eu le malheur d'ouvrir le corps d'un gentilhomme espagnol qui n'avait pas cessé de vivre, et accusé, par les parents de la victime, tout à la fois d'homicide devant les juges civils et d'impiété devant le tribunal de Finquisition, il aurait été condamné à la peine capitale, condamnation que Philippe II aurait commuée en un voyage expiatoire à la terre sainte.

Avant d'admettre des faits de nature, soit à porter atteinte à la réputation de notre compatriote, dans la supposition qu ils fussent vrais , soit à couvrir d opprobre les médecins espagnols, dans l'hypothèse où ils seraient calomnieux^ nous avons du examiner attentivement s'ils étaient appuyés de preuves suffisantes.

Il est à remarquer que les témoignages sont loin de s'accorder sur ce point. Selon une première version, c'est un Espagnol de haute qualité qui a été victime de l'imprudence de Vésale; une seconde dit. au contraire, que ce fut une dame. Ambroise

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Paré qui écrivait en 1562^ c'est-à-dire à lépoque où Taccident est censé avoir eu lieu, en parle dans ce dernier sens. Mais indépendamment de la différence que présentent ces deux versions, est-il probable qu'un homme aussi profondément instruit que Tanatomiste belge, se soit exposé à ouvrir un cadavre, immédiatement après la cessation des phénomènes de Texistence, lorsqu'il pouvait y avoir encore des présomptions de vie? Quant à la condamnation, aucun auteur contemporain nen parle, et cependant c'était un événement trop extraordinaire pour être passé sous silence; Charles Des L'Escluse (Clusius), le célèbre botaniste, étant arrivé à Madrid le jour même où Vésale en partit pour se rendre en Palestine, aurait dû apprendre la cause de ce départ. Cependant à la réception du volume de l'histoire de De Thou, où il est question de la mort de notre anatomiste, il s'empressa d'écrire à l'historien français, pour lui signaler quelques erreurs où il était tombé, quant aux motifs du voyage de Vésale; il lui disait dans sa lettre que celui-ci ne restant que malgré lui en Espagne, était tombé dans une maladie dont il ne guérit que difficilement, et à la suite de laquelle il demanda avec instance au roi la permission de se retirer de son service, afin de remplir un vœu qu'il avait fait d'aller à la terre sainte ; que non-seulement il obtint cette permission, mais qu'on lui donna toutes les facilités possibles pour accomplir son voyage, ce J'ai appris, ajoute De L'Escluse, toutes ces particularités de Ch. Tisnacq, chef du conseil des Pays-Bas à Madrid. »

Les auteurs espagnols se taisent également sur le fait de la condamnation de Vésale: aussi pensons-nous qu'il faut la

reléguer parmi ces inventions par lesquelles on cherche à dramatiser les moindres circonstances de la vie des grands hommes. Toutefois nous ne pouvons admettre que Vésale se soit décide' à entreprendre le voyage de la terre sainte, si peVilleux à cette e'poque, sans de graves motifs. Le fait de l'autopsie écarte', faut-il admettre, avec Swertius, qu'il voulut se soustraire par son de'part aux chagrins que lui causait l'humeur tracassiére de sa femme, ou , avec Jean Mentel, qu'il fut pousse' par l'espoir de s'enrichir? Le plus grand nombre des historiens se bornent à dire qu'il quitta l'Espagne pour accomplir un vœu religieux. Or, si l'on y réfle'chit bien, on trouvera que selon toute vraisemblance ce ne fut qu'un prétexte qu'il imagina pour s'éloigner de Madrid. Nous venons de dire que De L'Escluse parle d'une maladie dont Fésale guérit difficilement; en lisant avec attention les derniers écrits du grand anatomiste, on verra que cette maladie n'était autre chose que le découragement et la tristesse qui lavaient saisi au milieu de la cour de Philippe IL En effet, indépendamment des persécutions dont il était l'objet de la part de ses confrères, il éprouvait des chagrins plus cuisants. Depuis qu il avait quitté la carrière, l'impulsion qu'il avait donnée à l'anatomie s'était considérablement accrue; G. Fallopia, un de ses élèves les plus distingués, venait de publier ses Ohser^ valions anatomiques^ espèce de répertoire ou d'examen critique de tout ce qui avait été fait jusque-là dans la science. Tout en exposant ses propres découvertes, Fallopia signalait avec le plus grand respect les erreurs et les omissions qu'on pouvait reprocher à son illustre maître.

Cet ouvrage rappela à Vésale des souvenirs à la fois doux et

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pëuibles. 11 le reporta à cette époque pleine de gloire, où il ne connaissait d'autre maître que la science, d autre ambition que ses progrès, à cette époque où lltaiie entière venait applaudir à ses leçons. Quelle différence maintenant : une cour sombre et superstitieuse, de basses intrigues, aucun moyen de se tenir au courant de la science qull avait créée, et le chagrin de se voir dépasser par ses élèves ! Cependant combien il eût désiré pouvoir reprendre ses études favorites ! «J'espère, dit-il en envoyant à Fallopia son mémoire en réponse aux Observations^ de ce dernier, si quelque jour je trouve l'occasion de faire de nouvelles dissections, occasion qui me manque entièrement ici, où je n'ai même pu me procurer une tête osseuse ; j espère repasser la structure de Thomme en entier, et revoir tout mon livre. »

Vésale attachait à cette apologie de son anatomie une grande importance. Il en confia le manuscrit à Paul Tiepolo, ambassadeur de la république de Venise auprès du roi d'Espagne, pour qu il le remît à G. Fallopia, en passant par Padoue. Mais retenu par la guerre, Tiepolo ne put quitter l'Espagne que l'année suivante, en 1562, et à son arrivée à Venise, ayant appris la mort de Fallopia, il garda le mémoire sans le faire connaître.

Cet incident jeta de la tristesse dans l'esprit de Vésale, et dès ce moment se réveilla plus fort que jamais son désir de revoir ritalie, ce foyer actif du génie, comme il l'appelle lui-même, ingmiorum vera altrix^ et d'y défendre sa réputation, compromise par les écrits de Fallopia. Un seul moyen lui restait de quitter l'Espagne, c'était de prétexter un vœu religieux. Ainsi s'explique la facilité avec laquelle Philippe II, qui tenait cependant à lui. le laissa partir pour son dangereux voyage.

Il n'est donc pas nécessaire de recourir à la fable de la condamnation, que le fameux publiciste Hubert Languet répandit le premier en Europe, en haine des Espagnols et de Finquisition, et à laquelle Boerhaave et Albinus, qui lont admise dans la biographie qu'ils nous ont laissée de Fanatomiste belge, ont également donné du crédit.

Toutes ses dispositions faites, Vésale quitta donc Madrid et se rendit à Venise, où, profitant d'une occasion que lui offrit J. Malatesta de Remini, général delà république, il s'embarqua pour l'île de Chypre, afin de se rendre de là à Jérusalem. Arrivé au terme de son voyage, il reçut du sénat vénitien l'offre de la chaire d'anatomie, devenue vacante à l'université de Padoue. par 4a mort de Fallopia. On comprend qu'il accepta avec empressement. Il allait donc retourner en Italie, oii, plus favorablement placé qu'en Espagne, et âgé de 58 ans seulement, il aurait pu de nouveau se livrer à la science. Il quitte Jérusalem et s'embarque pour Venise ; mais poussé par les vents contraires, le vaisseau qui le portait fit naufrage, sur les côtes de File de Zanthe. Malade et dénué de tout secours, Vésale mourut misérablement à la suite de cette catastrophe, le 2 octobre iS64. Un orfèvre, qui le reconnut, lui fit donner la sépulture dans une chapelle dédiée à la Vierge, et y plaça rinscription suivante ' :

A^DRE.C VESALII BRVXELLBIVSIS TL'MLM.s

QGI OBIIT IDIBDS 0CT0BR18

ANPIO 1564

CTATIS VKRO SDA OUIIfQVAGESIMO OCTA\U

QL'ITN UIEROSOLIMIS REDIISSET.

' r/îlc de. ZaïiUie est située dans la mer Ionienne, vis-à-vis du f^ulfe de Lépanli*, à

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VESA LE. «3

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