‹ Les belles poupéesChapitre 12 sur 17 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

toire de l'humanité. L'avez-vous remarqué? il n'est pas une beauté professionnelle qui ne dise couramment : Mon député! pour exprimer que sa condition implique virtuellement la possession d'un député. Il est vrai que beaucoup de femmes honnêtes disent, d'une manière analogue : Notre député, faisant ainsi entrer dans la communauté le législateur éclectique et séduisant qui sait toujours se créer quelques loisirs, dans les intervalles des travaux parlementaires. Mais qui l'emportera, de celle qui dit, tout bonnement : Mon, ou de celle qui dit: Notre? Vivrons-nous, au bout du compte, sous le règne de Portia ou sous celui de Phryné? Et à qui devrons-nous finalement obéir? Est-ce aux femmes honnêtes ou à celles — qui le sont moins?

— En cette affaire, dis -je, poser la question...

— N'est pas du tout la résoudre, reprit Chanderlos. Et, pour parler seulement de Paris et des Parisiennes depuis les premières années de ce siècle, l'Histoire des mœurs a eu, grâce à nos femmes de tous les états, plus de péripéties qu'une Iliadel En 1830, les hommes politiques, comme de Marsay et Rastignac, les poètes, les grands artistes, les êtres beaux comme Lucien de Rubempré, les dessinateurs

comme Gavarni et Bixiou, ceux enfin qui faisaient l'opinion et décrétaient l'idéal, vivaient clans le monde et non pas, comme cela eut lieu plus lard, dans les cabarets et sur des bateaux de fleurs. Ils aimaient des femmes honnêtes, coiffées en bandeaux lisses , quelquefois maigres, mais volontairement poétiques, et dont l'esprit était trop cultivé pour qu'elles pussent être raisonnablement comparées à des grues. Comme la poésie et la littérature célébraient alors les Anges, les bien-aimées devaient toujours être angéliques, dans la mesure du possible ; aussi les femmes honnêtes tenaient-elles résolument la corde! Notez ce point d'histoire, si décidément constaté par les Devéria et par les Gavarni de la première manière; pour avoir un peu de succès, les filles, dans ce temps-là, devaient se modeler sur les femmes honnêtes, et il ne fut pas rare de voir des demoiselles de sac et de corde vêtues d'une robe simple, coiffées d'un chapeau de peluche blanche, et tournant vers l'azur du ciel des regards séraphiques. Ainsi les femmes de foyer, entourées d'assez vilains meubles moyen âge à ogives, étaient victorieuses par elles-mêmes et par leurs ennemis ; car, en se réduisant aies singer, les marchandes de baisers n'avaient-elles pas consenti à une évidente abdication?

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