‹ Les BelliniChapitre 11 sur 15 · GIOVANNI BELLINI · texte numérisé non relu

GIOVANNI BELLINI

La vie de celui que la tradition s'est plu à considérer comme le plus jeune des lils Bellini est singulièrement dépourvue d'incidents. Sauf un court séjour à Padoue, elle a pu se passer entièrement à Venise, sans que rien soit venu distraire l'artiste du labeur colossal qu'il accomplit durant soixante-cinq ans d'une inlassable activité.

C'est uniquement dans son art qu'il faut chercher à découvrir la personnalité de Giovanni. Mais ici se présente une sérieuse difficulté. La plupart des tableaux qu'on lui attribue ne sont pas signés et nous ne possédons que cinq ou six dates pour repérer une cinquantaine d œuvres. Il est impossible de songer à discuter ici tout au long des questions d'attributions et de chronologie. Le mieux est de faire état des témoignages de quelques autorités reconnues, telles que R. Fry, L. Venturi et G. Groneau, de se limiter à l'examen des œuvres les plus marquantes et de tracer, à l'aide de celles-ci, l'esquisse de la carrière d'un génie souple et fécond qui parcourut toute la gamme des transitions et des nuances, de l'art primitif à l'art renaissant, de Jacopo Bellini et d'Antonio da Murano à Giorgione et au Titien.

Pour plus de facilité, nous diviserons la vie de Giovanni en quatre périodes : La période de jeunesse (de 1430 (?;

à 1460); elle comprend une série d'œuvres d'une originalité encore indécise, fortement influencées par Mantegna. La période qui s'étend de 1460 à 1480: l'originalité du peintre s'affranchit de linfluence mantegnesque. L'âge mûr, de 1480 à 1500: le génie de Giovani s'épanouit harmonieusement et donne la mesure de ce charme d'une religiosité un peu mondaine qui le distingue des autres artistes de son école. La vieillesse enfin, de 1500 à 1 514. pendant laquelle l'artiste, tout en cédant davantage au courant de la Renaissance, trahit parfois quelque lassitude d'inspiration.

Durant ses premières années d'activité, Giovanni fut, on l'a dit, d'abord l'élève, ensuite (vers 1450) le collaborateur actif de son père. Les deux tils Bellini aidèrent, à cette époque, Jacopo à l'exécution d'un grand nombre de peintures d'histoire, de bannières de procession, de monuments funéraires; mais ils occupaient encore un rang- très subordonné. Sur 23 ducats versés au maître, pour une certaine commande, en 1457, ses fils n'en reçurent que deux.

D'autre part, dès 1453, date du mariage de leur sœur, les Bellini entrent en contact avec Mantegna. Ces rapports durent être plus fréquents encore à l'époque de leur séjour à Padoue (1458-1460), qui coïncide avec l'exécution d'une partie des fresques des Eremitani.

Telles sont les deux influences auxquelles fut soumise la jeunesse du peintre.

C'est un travers commun d'exagérer la deuxième aux

dépens de la première. Les caractéristiques squarcionesques — anatomie noueuse, draperie moulant les formes, rochers stylisés, bas-reliefs antiques., etc.... — sont si aisées à découvrir, dans les premières œuvres de Giovanni, que les ci iliques ont cru pouvoir placer celles-ci, sans plus de réflexion, sous l'égide de Mantegna. Celui-c;, quoique à peu près du môme âge que son beau-frère (il était né en 1430). possédait certainement un génie plus précoce el une technique beaucoup plus développée, mais il ne faut pas oublier qu'il subit lui-même l'influence de Jaeopo qui. de son côté, révèle, dans ses dessins, plus d'un trait soidisant squarcionesque (bas-reliefs antiques, rochers stylisés, etc.). Il y a ainsi une foule de caractères que l'on présente comme purement mantegnesques qui sont, au contraire, proprement bellinesques et dont Giovanni aurait hérité de Jaeopo, môme s'il n'était jamais entré en contact avec l'école de Padoue.

Il faut considérer Mantegna bien plus commeun intermédiaire, un frère aine, que comme un maître, un initiateur. Sans doute, les fresques des Eremitani captivèrent l'imagination ardente du jeune Bellini, mais nous avons relevé toute une série de points de contact entre ces œuvres et les dessins de Jaeopo. On ne pourrait mieux caractériser la situation relative des trois artistes qu'en rappelant l'origine des répliques du Christ au jardin des Olives de Giovanni. (p. 73) et de Mantegna, très judicieusement placées sur le même mur, à la National Galiery. La comparaison est intéressante et suggestive, mais il serait vain de se demander

Cliché Anderson.

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