GIOVANNI BELLINI. — MADONE
(Musée Brera, à Milan.)
il déploiera, dans ces compositions, tout le charme, toute la grâce, toute la richesse technique dont il dispose.
C'est de ce conflit entre deux esprits, entre deux tendances opposées que jaillirent les créations les plus célèhres du maître — ses Madones trônant, entourées de saints — et ses œuvres les plus précieuses — ses allégories chrétiennes.
Le retable de Pesaro peut être considéré comme la première esquisse des grandes pale de Giovanni. Le polyptyque vivarinesque fait place à une composition d'ensemble. ta 'Vierge, tenant sur ses genoux l'Enfant Jésus, est assise sur un trône élevé, au fond d'une abside du style renaissance particulier à Venise (dit des Lombardi), sous une demi-coupole de mosaïques. Entre les pilastres de Tavantplan, figurés par le cadre, et les pilastres del'arrière-plan, qui soutiennent la coupole, sont groupés une certain nombre de saints. Sur les marches du trône, sont assis des anges musiciens.
Ce dernier trait n'a pas été mis suffisamment en relief. C'est par leur charme musical que les retables de San Giobbe (p. 113), des Frari et de San Pietro Martire (Murano) (1) acquièrent ce recueillement poétique que Ton confond volontiers avec l'atmosphère mystique. Le type delà Vierge s'est désormais fixé sur un modèle. C'est une jeune mère vénitienne, comme on en rencontre encore aujourd'hui, une jeune mère de seize à vingt ans, jouissant du
(1) Sans mentionner la célèbre pala de Saint- Jean-et-Paul, la première en date, détruite par un incendie en 1867.
léger embonpoint que procure à l'Italienne une maternité précoce. C'est une belle femme, comme les saints sont de beaux hommes nettement individualisés, comme les anges sont de beaux enfants. Ce n'est plus la divinité que glorifient exclusivement ces œuvres, mais une humanité saine, austère et souriante. L'enfant lève en vain les yeux vers le ciel, saint François montre en vain ses stigmates (San Giobbe), le mystère n'est plus là. Et dix ans se passeront pourtant encore avant que Gentile conte les miracles de la Sainte-Croix!
Dans la Vierge de Murano (1488), la sainte Conversation est encore plus intime. La scène se passe sur une haute terrasse, devant un admirable paysage de bois et de collines. Tous les personnages sont bien de ce monde. Le doge est plus qu'un donateur; il occupe le centre du tableau et l'Enfant et la Vierge se tournent vers lui pour le bénir. Aux Frari, on croit, à première vue, retrouver un triptyque vivarinesque. En fait, les pilastres du cadre intérieur sont en relief au lieu d'être peints. L'atmosphère reste la même, mais la minutie d'exécution et la richesse du coloris donnent à cette œuvre un éclat incomparable. Durer n'a pas dédaigné de s'en inspirer dans ses Apôtres de Munich.
Nous savons, par les copies elles répliques qui sont parvenues jusqu'à nous, que Giovanni exécuta, vers celle époque, quelques tableaux d'autel de moindres dimensions, dont les personnages étaient représentés en demi-figure : Présentation auTemple, Circoncision, Mise au Tombeau. Les seules œuvres de ce genre qui nous restent sont la