Arch. Nat., AFiv
lique et qu'il a toujours conservé Tunion avec le Saint- Siège, il s'adresse avec confiance à Votre Eminence et la prie de vouloir bien confirmer son mariag-e et le renvoyer par devant son .ordinaire pour y recevoir la bénédictioa nuptiale et ferez justice.
Le Cardinal répondit à cette étrang-e missive :
La charité de Jésus-Christ, qui suivant l'expression de l'Apôtre Saint-Paul est patiente et bénigne, m'engage à ne vous pas dissimuler la vive douleur que j'ai (é)prouvé en lisant votre supplique. Religieux et prêtre, vous avez eu le malheur d'abandonner votre état et d'oublier les promesses solennelles que vous aviez faites à Dieu. Il s'agit maintenant d'expier vos fautes et de réparer vos torts et vous, avancez des erreurs contraires à la doctrine de l'Eglise et vous accusez de faiblesse les fidèles qui auraient pu avoir été scandalisés de votre conduite. Ce langage vous
paroit-il propre d'un vrai pénitent? Persuadé que vous
voulez mettre ordre à votre conscience, je vous adresse une instruction qui vous indiquera les règles à suivre pour vous rendre digne de participer à l'indulgence extrême du Souverain pontife.
Mieux averti, le bénédictin écrivait le 13 floréal :
Je recours à vous avec confiance, bien revenu des principes renfermés dans ma première lettre, principes qui m'avaient été malicieusement imprimés et que je rétracte,, vous assurant qu'aujourd'hui j'agis de bonne foi.
Dom Charles, archiviste du Doubs, expose brièvement les faits :
Soumis,aux lois de la Constitution civile du Clergé de France, eii' présence de Bernard Drouin, alors professeur ainsi que l'exposant au collège de Besançon, il reçut la | bénédiction nuptiale d'un prêtre ami à Besançon *. *
Il réclame son absolution comme une formalité J. Arch. Nat.,AFiv, 1907.
administrative. Le Cardinal exigea une supplique en forme avec repentir.
Il est vraiment curieux de constater à quel point la Révolution et la Constitution civile du clergé avaient faussé les idées au point de vue catholique. Nombreux sont les constitutionnels comme Dom Jeanmougin et Dom Charles, et non pas seulement ceux du diocèse de Besançon, qui s'imaginent remplir seulement une formalité que la condescendance du Gouvernement accorde aux demandes du pape. Le Cardinal insiste sur l'indulgence extraordinaire du Saint-Siège. Il apporte d'ailleurs un tact parfait à toutes ces négociations et sait en quelques mots mesurés redresser les erreurs constantes.
Dom Streicher alléguait que « sa profession religieuse ne portait aucune mention du vœu de chasteté ».
Il est inutile, dit le Cardinal, que je remarque la futilité de l'observation que vous avez faite sur la forme de la profession religieuse dont on se sert dans l'O. S, B. Tout le monde sait et vous ne pouvés pas ignorer que les mots « obedentiam secundum Regulam » renferment les trois vœux solennels et que cela a été maintes fois déclaré parle Saint-Siège. Il est plus sage à la place de chercher des prétextes vains et inutiles que vous avouiez sincèrement vos fautes et que vous n'omettiez aucun moyen pour mettre ordre à votre conscience.
Même réponse avait été faite à Dom Dédet à Montiérender : Tout était prêt pour le mariage de celui-ci, mais l'évêque de Dijon, M. Raymond, ancien constitutionnel, s'y opposait formellement par un bizarre retour de scrupules. Le Cardinal passa outre et donna les pouvoirs au curé du canton de Monliérender.
Cette opposition têtue et acharnée des constitutionnels aux décisions de l'autorité ecclésiastique, quelque soit le sens dans lequel celle-ci s'exerce, est pour le
moins sing^ulière. L'évêque de Ghambéry qui s'occupait de rarchevêché de Lyon en attendant qu'il fût pourvu de son titulaire, écrivait le 14 août 1802 :
Malgré mes travaux continuels et tous les efforts de ma sollicitude, je n'ai pu jusqu'ici terminer l'organisation du diocèse de Lyon, j'ai été surtout arrêté par l'obstination des prêtres constitutionnels, qui abusant des marques de la protection du gouvernement, ont formé une ligue pour me résister dans les Conférences particulières que j'ai eues avec eux en se montrant opiniâtrement attachés aux erreurs delà Constitution civile du clergé et en méprisant l'absolution à recevoir des censures. Je n'ai pas exigé d'eux d'autres formules que celle de la déclaration convenue et j'ai usé à leur égard de tous les moyens de douceur et de persuasion L
Le surplus des quarante religieux mariés fut absous sans autres difficultés. Les scrupules, le respect humain avaient retardé plus d'une demande. Ainsi, Dom Bergnier, à Metz, sollicitait son absolution le 9 juillet 1806 seulement ^. « Il attendait le retour de sa santé pour donner une preuve publique de sa foi et de son humble soumission à l'Eglise, voyant aujourd'hui qu'il est prêt de sa fin, il a recours à vos bontés », dit le vicaire général Lingois qui la transmettait. La lettre d'absolution partait de Paris le 17 juillet, jour même de sa mort ^.
Le mariage fictif de Dom Jacquet lui causa les pires désagréments. Dévoré de scrupules et de honte, l'ancien visiteur dut, sans doute par suite de retard dans les correspondances, écrire plusieurs fois au Cardinal.
1. Arch. Nat., AFiv, 1906. Cf. Latreille, La petite église de Lyon, Lyon, Lardanchet, 1911, iii-18, p. 64. L'évcque nommé à Ghambéry était Mgr de Mérinville.