Dinago, Histoire de Vabbaye de Senones
Laurent, Dom Fréchard, les deux frères Léonard et Dom Claude Willaunie \
La petite congrégation, formée vraisemblablement vers 1802, ne dut pas durer longtemps. Dès 1804 Dom Claude Willaume s'est retiré à Vadonvilie. Dom Léonard meurt à Senones en 1803. Tout au plus put-elle vivoter jusqu en 1810. A cette date. Napoléon qui n'admettait pas la reconstitution des Congrégations et ne voyait même pas la nécessité des maisons de retraite l)Our les moines vieillis dans la vie commune, interdit formellement celles qui s'étaient réformées. C'était une nouvelle suppression. Dom Lombard s'éteindra à Saint-Jean-du-Mont le 11 janvier 1815.
Ces mesures draconiennes supprimèrent toutes velléités autres, s'il y en eut, que j'ignore ^. Seul Dom Fréchard, au soir de sa vie, mais en ne s'appuyant que sur des éléments jeunes et non sur ses anciens con-
1. Les deux autres religieux seraient peut-être Dom Didelot et Dom Lallemand (?)
2. L'on ne connaît de tentatives de reconstitution de la Conf,^régation de Saint-Maur qu'en 1814-1817, lors de la Restauralion, tentatives auxquelles collaborèrent Dom Verneuil, ancien ])rieur de Saint-Denis, et Dom Marquet, et qui aboutirent à la création d'un établissement à Senlis pour les enfants des Chevaliers de Saint-Louis. Cet essai de réunion de quelques mauristcs ne semble pas avoir beaucoup survécu à Dom Marquet, nommé principal, mort à Senlis le 12 octobre 1817. Le collège ensuite dirige par Dom Groult d'Arcy fut transféré en 1821 à A'^augirard.
Les diflicultcs rencontrées par les mauristes semblent donc avoir été insurmontables. A plus forte raison, les vannistes, jnoins nombreux et moins pourvus de ressources, ne pouvaientils aboutir. {Ami de la HelUjion, n" 56, 82, 113, 229-235 de novembre 1814 à novembre 1816. — Dictionnaire des ordres religieux de ï Encyclopédie Migne, par l'abbé Badiche, t. II, col. 916-917).
Je suis redevable de ces références sur Saint-Maur à l'obligeance du H. P. Dom A. Dubourg. O. S, B.
frères, essaiera de réaliser ce rêve impossible qui le poursuivit pendant toute son existence.
Autour des principales abbayes, centres naturels de la Congrégation : Metz, Châlons, Verdun, Nancy, Senones, Luxeuil, Besançon, beaucoup de bénédictins se trouvaient éparpillés. Il était tout naturel qu'ils résidassent dans des lieux où ils avaient passé leur vie, possédaient quelques relations, n'étaient pas complètement déracinés. Ils formaient dans les anciennes provinces vannistes de petits noyaux qui se recomposaient pour quelques instants. Ainsi, Dom J.-B. Léonard meurt à Senones, le 3 janvier 1803, assisté de son frère Dom Joseph Léonard, de Dom Aug-. Rousseau, ancien prieur de Luxeuil, et de Dom Laurent.
Ces rapports ne sont plus motivés que par des liens de souvenir, très puissants et très doux, mais sans chaîne el sans obligations. La mise à jour des matricules de la Congrégation à Verdun, Saint-Dié, Nancy (en particulier celle de Dom Pierson, ancien abbé de Saint-Léopold) jusque vers 1805-1807 prouve les relations encore vivantes entre les vannistes d'une même région. C'est la fin extrême et ceux qui les entretiennent sont déjà d'un certain âge. Beaucoup de bénédictins, isolés dans leurs cures, ne peuvent plus garder le contact avec leurs confrères ; les plus jeunes qui avaient moins de liens et de souvenirs ont délaissé leurs amitiés trop courtes, Dom Grappin gardera fort lard ses relations, grâce à sa longévité, sa notoriété, ses opinions marquées qui le font chef d'un parti. Il vivra si longtemps qu'il arrivera à leur survivre, c'est une exception.
Ces associations fugitives 'n'ont rapproché que pour un instant les membres de ce corps dissocié. Il ne reste qu'à dénombrer les isolés, professeurs, précepteurs ou vannistes nantis de situations diverses, avant d'aborder pour linir la majeure partie des bénédictins entrés dans
le ministère paroissial, dont le tableau d'ensemble fournira quelques traits supplémentaires au jugement lin al suii? la Congrégation.
Au. début de la Révolution, Dom Nicolas Marion était parti pour l'Amérique ; Dom Pierson, aumônier de l'expédition formée pour aller à la recherche de La Pérouse, faillit y mourir d'une fièvre maligne dm- Il au 19 sept. 92, et je perds sa trace ^ Dom George, jeune profèsqui avait choisi la vie privée, parti comme aumônier à l'armée, devient volontaire, prend tous ses grades et finit capitaine retraité à Darney ; mais ces existences aventureuses sont la suite d'exceptionnelles décisions que l'exaltation de l'époque fit surgir. Le reste mena une vie plus terne.
La pléiade des historiens est réduite, la plupart sont morts. On ne trouve plus que quelques noms : Dom Collette devient chanoine de Metz, Dom Arnould mourra à Troyes en 1804, prêtre habitué à Saint-Pantaléon, et à Verdun en 1807 ce curieiaix type- d« Dom Cajot, consolé, je le voudrai;?, de sa vie manquée. Dom Fleurant, le naturaliste Fabre avant la lettre, vit obscurément, éloigné dm ministère par le goujvern:ement. Dom Probst, qui fouillait les archives de Bouxières-aux-Dames en 1789, après avoir été tour à tour curé constitutionnel de Schlestadt, arrêté^ jugé à Paris et acquitté, agent national du district de Benfeld,. serait mort vers 1800' dans une grande misère^. Naturellement, plusieurs sont curés : Dom Grossart» curé de Gigny-aux-Bois, puis de Planrupt, Dom Nachin, curé de Vandrillers, Dom Tailly parcourt les cures de la Meuse, sans en trouver à sa convenance et sans donner suite à son ouvra^ge sur les eaux de Plombières.
1. La Billardière, Voyngeà îa recherche de La Pérovse, T, 299.