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LES DERNIERS BENEDICTINS. DEUX PORTRAITS

La stabilité revenae, la hiérarohie relig^ieuse org-anisée, c'est dans le ministère paroissial que se retrouvent la majeure partie des vannistes. Solution évidemment préférable à toutes les autres, elle rem^ettait dans un cadre des hommes qui, ayant été toiute leur vie dirig-és, devaient en éprouver le besoin, et leur procurait, avec les occupations que la pénurie de prêtres rendait multiples et nécessaires, les plus honorables moyens d'existence.

Ils se fondent ;dans une g-risaille que Thistoire de la < Congrégation explique suffisamment. Quand j'aurais -ig-nalé que Dom Basile Urbain construit avec son frère une ég-lisepour le villag'e de LaîtreprèsdeSenones qu'ils n'achevèrent d'ailleurs pas, que Dom François l>illiout, ex-caporal fourrier, puis adjudant de la Garde nationale deT^oyes, trouvera conclusion d:e «es velléités guerrières dans de petites cures du diocèse de Troyes, que Dom Mathis et Dom Willaume meurent tués cha- <;un par un taureau furieux, j'aurais donné un échantillon des renseignements extérieurs qu'il est facile de glaner sur tous, mais qui n'ajoutent rien à l'étude de leur âme.

Il devait leur sembler qu'un siècle est passé et qu'ils sont désormais séparés de leur vie antérieure par cet abîme révolutionnaire qui coupa deux mondes, mais en passant sur eux la Révolution ne modifia pas le

tréfonds de leur être. Elle put en racheter quelquesuns, elle en fit tomber d'autres, l'ensemble subsiste identique. La torpeur antérieure est demeurée, ag'gravée par Tâge, la lassitude, toutes les angoisses passées.

Le besoin de repos est prépondérant, sauf chez les intraitables constitutionnels, qui continuent la bataille port-royaliste avec la même méthode et sur des basesà peine modifiées. Quoique l'influence janséniste se prolonge long-temps encore dans le xix^ siècle, sa descendance retarde déjà prodigieusement dans le mouvement des idées, et je ne la suivrais pas si je ne trouvais — personnage presque invraisemblable — un vanniste en train de la combattre. Cet épisode entrevu grâce à lui d'une lutte religieuse dans une petite ville lorraine, montrera les deux pôles de la Congrégation par-dessus la masse inerte, les possibilités d'action sous TEmpire et les motifs qui pouvaient justifier cette lutte périmée.

Dom Enard, le professeur de sciences au Collège de Metz qui défendit en 1790 l'habit monastique contre la municipalité, avait émigré durant la Révolution, était revenu à Metz en 1802 et après un court passage à Besançon \ fut nommé vicaire à Stenay, sa ville natale^ de Maudru, l'ancien évêque constitutionnel des Vosges. Ce résumé de la vie des deux prêtres sufïit à expliquer les divergences d'opinion qui vont s'affirmer entre eux, accentuées par l'intransigeance de Dom Enard au point de rendre leurs rapports impossibles. Mais laissons

1. Dom J.-B. Enard, né à Stenay le 19 nov. 1749, fit profession àMouzon le !•' septembre 1766. Les détails de la carrière de D. Enard donnés par Lamonreux pour cette période de son existence dans la Bibliographie Michaud (XII-452) ne s'accordent pas avec les lettres irrécusables de Maudru. Je les ai conciliés autant que possible avec celles-ci. Cette incertitude ne change rien à l'ensemble des faits sur lesquels je m'appuie. Cf. les ouvrages du bénédictin à l'appendice bibliographique.

Maudru peindre son vicaire dans ses lettres éplorées à Dom Grappin ' :

Monsieur et cher ami.

Il y a un siècle que je n'ai eu de vos nouvelles. Vous avez cependant eu Toccasion de m'en donner par votre confrère, le trop fameux Dom Enard qui fait icy beaucoup de tapag-e comme partout ailleurs. Ditles moi, je vous prie, ce qu'il est devenu pendant son séjour à Besançon ; s'il est vrai, comme il le débite qu'il y est admiré pour sa diatribe contre M. Cornier ^ d'Issans, professeur de philosophie. Comme elle comprenait à la fois Monsieur l'archevêque et les autorités locales, je suis étonné qu'elle soit restée impunie. Il vient d'en répandre une contre moi qui n'aura sûrement pas le même sort. J'ai été forcé de porter mes plaintes contre sa conduite turl)ulente au Ministre des Cultes. Le maire de la ville de Stenay a l'ordre de le surveiller et la préfecture l'a fait prévenir qu'à la première plainte il serait déporté hors du territoire français. Toutes ces menaces ne l'arrêtent pas

Cet étonnement de Maudru et cette indifférence du bénédictin pour les foudres administratives peignent les deux natures.

Dom Enard, persuadé de la bonté de sa cause, dut redoubler ses attaques, car le Gouvernement finit par donner satisfaction à Maudru, en donnant l'ordre au religieux de partir de Stenay et en le mettant en surveillance dans la résidence qu'il lui avait fixée. Mais l'évêque curé avait affaire à forte partie, car le l^*" juin 1810, il se plaint encore du religieux et le 16 juillet gémit :

Dom Enard remue ciel et terre pour obtenir mainlevée

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