Vabbé Grégoire jugé par lui-même
Cf. Lettre de Dom Toussaint, ex-curé du Puid et d'IIurbache,
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Enard pouvait donner libre cours à son humeur bataillease. Se« protecteurs de 1810 ne l'oubliaient pas. Il est nommé aumômerde la iChambre des députés, poste dans lequel il mourra en 18'29.
Il contintte ses polémiques par une critique en 395!pages de l'ouvrage de l'abbé de Pradt sur les Quatre Concordats * qui doit être un de ses derniers ouvrages.
« Aristocrate de 1789, resté fidèle à Dieu et au roi^ homme monarchique », il se refuse u à envelopper la vérité de précautions oratoires, de formules adoucissantes 2 » et doune li!)re cours à son dégoût pour toutesles œuvres de la Révolution, toutes les erreurs qu'il découvre dans le libéralisme brouillon de l'abbé de Pradt. Malgré la crudité des termes, la violence des expressions, l'on ne peut contester la lucidité de ce monarchiste et parfois la justesse de ses raisonnements.
Je ne puis relever qu'un passage qui intéresse direc-* tement la Congrégation de Saint- Vanne. L'abbé de Pradt avait attaqué les bénédictins avec l'Ancien Régime. Le religieux se borna pour toute défense à dire qu'on étudiait la philosophie et la théologie dans l'ordre
le f.-. maçon et le fidèle de Maudru, à son ami Dom Grappin. Elle est datée de Bouxières-aux-Bois le 18 juille't 1814.
« . . . Je fus mercredy dernier dîner chez M. Orelle que je n'avais pas vu depuis près de six ans, il me charj^ea de vous renouveler ses sentimens de respect et de reconnaissance, je lui dis que j'avois vu un diatribe bien virulent contre le sénateur Grégoire, il me dit qu'il croioit que c'étoit le petit Enard qui en étoit l'auteur, et il me donna la réponse du sénateua" Grégoire aux libcllistes et ses réllexions sur la Constitution do l'an 1814, que je porterois demain à notre curé cantonal (Gharmes-sur-Moselle), qui conserve 'toujours pour vous ses sentimens les plus respectueux, je vois avec plaisir que le sénateur Grégoire est toujours aibi constans. »
1, Sur l'abbé de Pradl, cf. Bibliographie -MichiLud, XXXH'. 278-282.
2. Le f/rand travail de M. l'abbé de Pradt sur les quatre concordats^ p. 4.
de Saint-Benoit, prit texte des Mauristes célèbres et ne trouva pas autre chose pour glorifier sa Congrégation, que de mettre en avant Dom Galmet et Dom Geillier^ Il passe, il glisse, alors qu'on eût attendu une apologie en forme chez ce moine contempteur de la Révolution. Rien n'est plus écrasant pour Saint- Vanne que cette timide défense.
Je ne saurais blâmer Fœuvre à Stenay de ce royaliste éberlué. 11 débarrassa cette petite ville d'un prêtre assez suspect. Je voudrais que les moyens employés n'eussent pas dépassé les limites permises. L'activité, la combativité du religieux semblent l'avoir mis en lumière et purent le faire choisir comme interprète de l'orthodoxie. La courbe de sa vie, ses relations possibles avec l'action catholique du temps mériteraient d'être suivies, d'autant que l'on découvre chez lui des tendances ultramontaines. Ce rejeton inattendu de Saint- Vanne que sa rareté rend supportable , nous a donné sur sa congrégation de nouvelles clartés qu'il serait intéressant d'approfondir. Partout il travailla de toute son âme. Aimons cette passion, malgré sesexcès, comme un fruit presque unique sur la branche bénédictine devenue inféconde.
Et cependant près de 160 vannistes survivent en 1817. Quelle force n'eussenl-ils pas représentée, unis encore par le respect vivace du sceau indélébile dont les avait marqués la profession suivant la règle de Saint- Benoît, lien que la persécution aurait dû leur faire renouer plus puissant que jamais, comme on le vit en d'autres temps, tandis qu'ils acceptent inertes leur anéantissement !
Ecrasés par le despotisme du gouvernement impérial qui avait comprimé toute velléité d'indépendance, qui s'était effarouché des œuvres scolaires cependant bien anodines qu'avaient créées Dom Lombal à Stenay
1. Le (jrand travail de M. lahhé de Pradl sur les quatre con^ cordais, pp. 228, 229.
et Dom François Dernier à Iré-les-Prés \ les curés restent confinés dans Thorizon clos de leur jardin. Beaucoup l'avaient souhaitée cette vie à la Rousseau dans la simple nature, parmi d'honnêtes paysans. Ils sont contraints à réaliser cet idéal timide. Savamment réduits à l'impuissance d'ag"ir par le traitement de misère du petit clergé qui était leur partage et ruinait leur prestige, ils ont à peine lutté, ayant épuisé sous l'antipathie et le plus souvent l'indifférence leurs énergies et leurs désirs. ïls purent s'émouvoir comme Dom Enard aux accents du Génie du christianisme^ superficiel et brillant ouvrage, qui fournissait à la France la dose de religion qu'elle pouvait seulement supporter. Mais ce romantisme, qui représentait le catholicisme en opposition avec le classicisme prolongé de Voltaire, ne contenait qu'une apologétique bien faible. Il évolua rapidement et laissa déborder ce qu'il contient en réalité, l'individualisme et les principes de 89. S'il servit la religion c'est par erreur d'interprétation et grâce à l'inconscience des esprits.
La tourmente qui avait emporté ce quart de siècle dans son tourbillon avait malaxé les âmes, insufflé l'esprit d'insubordination. La Révolution, école de désordre, avait fait son œuvre. L'anticléricalisme qui se trouvait au fond de tous les dogmes nouveaux, sous tous les droits proclamés, apparaissait à la surface.
La jeunesse des écoles, ardente et attentive à tous les mouvements qui préparent l'avenir auquel elle devra collaborer, était mal disposée pour la religion. La dissolution des mœurs, signalée par Flavigny en 1799, l'indifférence des maîtres y contribuaient.
La Restauration survint alors qui prolongea pardessus l'Empire la renaissance du sentiment religieux amplifiée par le Génie. Les classes dirigeantes