‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 118 sur 124 · Arch. NaL, F'9, 1213, A · texte numérisé non relu

Arch. NaL, F'9, 1213, A

Pourtant, parmi les quelques vannistes survivants qui menèrent depuis le nouveau siècle une vie active et agissante, purent exercer une influence, deux religieux surgissent. Ces deux figures significatives, quoiqu'elles se détachent si nettes sur l'ombre de leurs confrères ne doivent pas être considérées comme des portraits généraux. Elles n'en expriment pas moins deux symboles.

L'un, le fameux Dom Grappin dont les traits se sont peu à peu dessinés par ses alentours, mérite d'être peint directement, l'autre Dom Fréchard, peu connu, présente un visage rude et peu amène, anguleux et sévère, taillé d'un bloc rigide, terme abrupt, mais rayonnant au bout de la route bénédictine. Leurs deux existences donnent la mesure et l'épilogue de la Congrégation, en un sens la mesure de la Révolution ellemême dont les résultats s'accusent de plus en plus, sens de la décomposition et du découragement des âmes chez Dom Grappin, qui s'était adapté si parfaitement .au reniement de la religion qu'il avait professée, sens de la reconstruction chez Dom Préchard qui avait retrouvé les sources de sa Congrégation, les eaux vives de la sainteté d'un Dom Didier de la Cour, et de la rénovation mystique du xvii'^ siècle, dans la pureté de doctrine, dans la discipline et l'ordre, et dans la charité.

Pierre-Philippe Grappin naquit le 1*^^ février 1738 à Ainvelle-les-Contlans, d'une famille de bonne bourgeoisie. Il fit profession à l'abbaye de Luxeuil le 28 juillet 1754 sous le nom discret d'Hermenegilde. Il avait 16 ans K

Les trois lieues qui séparaient l'abbaye de son pays

1. Sur Dom Grappin, voir Bibliographie universelle de Michaud.

natal suffisent à expliquer cette précoce vocation, aig"uillée par la proximité et le prestige du puissant monastère et peut-être les intérêts de sa famille. Sa jeunesse lui permit de pousser ses études à loisir; elles étaient avant tout théologiques, comme il convient à un religieux. Le précieux témoignage de Dom Mougenot a révélé les tendances de l'enseignement de la Congrégation à ce milieu du xvin® siècle. Ce professeur se targue d'être l'un des maîtres les plus écoutés, un de ceux qui en formaient l'esprit vivant — et tout janséniste. Dom Grappin dut sucer cette doctrine à chaque page de son cours de philosophie et de théologie.

Il ne pourra échapper à cette atmosphère, lorsqu'après avoir reçu la prêtrise, il va commencer, sous la direction de Dom Berthod, qui sortait alors (1760) de l'obscurité, l'étude de l'histoire et de la diplomatique» Le jansénisme de Dom Berthod a été nié. Ses relations avec Pacciaudi, théatin, bibliothécaire du duc de Parme, le prouvent surabondamment. Celui-ci lui demande le 23 novembre 1765 les trois petits volumes de réfutation du système orthodoxe Tournély sur la grâce, faits par un des confrères de Dom Berthod i.

C'est un système qui n'a pas le sens commun et qui voulant cimenter les différentes opinions ne fait que les embrouiller.

Et le 11 janvier 1766, il s'empresse de répondre au bénédictin :

Je vous remercie d'avance de la réfutation de Tournély. Je ne connais pas l'évêque de Metz, mais les deux autres crosses et mitres de Toulet de Verdun, je les ai beaucoup vus à la cour du roi Stanislas.* L'un est un génie borné, l'autre, M. de Nicolay, se donne tout l'air d'un littérateur.

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