‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 119 sur 124 · Bibliottièque de Besançon, ms · texte numérisé non relu

Bibliottièque de Besançon, ms

J'ai causé avec ces prélats sur les affaires du temps. Ils sont trop dévoués au Roy de Pologne et à la Reyne sa fille pournêtre pas les partisans déclarés des jésuites. Je ne suis pas étonné des tracasseries que l'auteur des réfutations a essuyées.

Ces deux lettres suffisent à indiquer la diffusion et rinfluence des ouvrages de Dom Mougenot sur quoi je n'avais pas insisté. L'on sent de plus la puissance et les ramifications des relations jansénistes. Il n'y a rien d'étrange à ce que Dom Berthod, bibliothécaire de Saint-Vincent de Besançon, connut ce confrère. Celui-ci vient de dire qu'il fut reçu à la cour du roi de Pologne. Un bénédictin Lorrain put le mettre en relations avec Dom Berthod, mais pour qu'ils se fussent reconnus sur le terrain religeux, il fallait que la trame fût bien tissée et les relations de la secte organisées de façon admirable, sans compter l'anonymat de Dom Mougenot déjà percé par le théatin. Les opinions de Dom Berthod ne sont plus douteuses, son correspondant se livre entièrement à un ami qui partage sa façon de penser et auquel il ne cache rien. Il était indispensable de démontrer quelles influences purent s'exercer sur Dom Grappin à ces heures premières de formation où elles sont ineffaçables.

Deux ans plus tard, Dom Grappin publia une Lettre à l'auteur de V Examen philosophique de la Règle de Saint-Benoît, son premier ouvrage, semblet-il. Le pamphlet de Dom Gajot ne valait certes pas la peine d'une remarque et son outrance par trop choquante était trop facilement criticable, mais la réfutation de Dom Grappin put le faire bien noter du Uégime et de ses supérieurs immédiats.

C'était là se détourner un peu de sa voie et des leçons de Dom Berthod. L'émulation causée chez les bénédictins par les travaux de Dom Calmet, Dom Ceillier, la pente naturelle de son esprit et de ses idées le rame-

lièrent aux travaux historiques. Il va y travailler activement, menant une intéressante vie d'érudit, aig-uillonné et guidé précisément par FAcadémie de Besan- •çon qui stimulait par ses concours l'ardeur de tous les érudits locaux.

Les chartriers de Luxeuil et de Faverney lui fournissent d'abondants matériaux que l)om Goquelin, abbé de Faverney, lui demande d'exploiter en même temps qu'il lui confie le classement de la bibliothèque de son abbaye. A partir de 1768, commence une période de travail et de production vraiment remarquables.

Dès 1770, il donne à l'Académie de Besançon une histoire de chacune des abbayes de Luxeuil et de Faverney, aboutissement de ses recherches dans les archives. La seconde seule fut imprimée en 1771. Puis, se suc- <;èdent sans interruption un Abrégé de Vhisioire du Comté de Bourgogne (1773), des Recherches sur les monnaies , poids et mesures usitées au Comté de Bourgogne^ présentées à l'Académie en 1774, mises au pointet éditées en 1782, une Histoire de l'origine des droits de la main-morte (pour l'Académie en 1778), éditée en 1779.

Après dix ans de travail, sa production cesse tout <l'un coup: il avait obtenu tout le fruit de ses labeurs. Les nombreux prix qu'il venait de remporter avaient ^uffi quelque temps à satisfaire le bénédictin qui en recevait une consécration d'érudition que sa Congrég-ation mal organisée ne pouvait lui assurer ; mais il Gîtait trop intelligent pour ne pas sentir la vanité de -ces victoires d'écolier, et il entrevit bientôt la possi- .bilité d'accorder les prix, bien préférable à celle d'en recevoir. Il va faire le siège de la florissante Académie et se créer dans ce but les plus nombreuses et les plus honorifiques relations. 11 ne lui convenait plus de <:onserver cette attitude de suppliant.

A celle raison dé Fabandoii relatif âm l'histoiire par Dom Grappin, il est de toute justice d'ajouter que le bTénédictin, lancé dans les affaires de la Congrégation, avançant en âge, ne trouve plus le temps de s'occuper de eeS' travaux. Déjà', il était prieur cl principal dui>coUèg"e de Saint-Ferjeux *. Son habileté était supérieure pour évoluer parmi les miille chausses-trappes (le radininistration et ;des chapitres, sachant demeurer assez obscur et assez humble pouir n'être pas jaliousé, assez brillant et assez capable pour être désigné pour les emplois ag-réablesqui pouvaient chatouiller sa vanité et faciliter son existence.

Sa besogne historique va se borner à peu de chose. Gharg-é ^de terminer le dépouillement des archives à Besançon après le départ de Dom Berthod pour Bruxelles en 1784, il ne s'en soucie plus que d'assez loin, se fait adjoindre un jeune bénédictin, Dom Ful- -;ence Charles, qud^ copie les mémoires de Granvelle 1787), mais Dom Grappin reste toujours en nom. (Test lui qui promet à Berlin en 1789 un mémoire sur la composition des États de F'ranche-Comté. Non qu'il s'en désintéresse, mais son érudition est devenue un moyen plutôt qu'un but, c'est le tremplin de sa correspondance.

Celle-ci prend un développement considérable que témoignent les g'ros volumes qui en restent -. Le bénédictin étend de plus en plus ses relations avec les académiciens de Nancy et de' Metz et avec tous les beaux esprits de F'ranche-Comté. Les lettres de Dom Grappin sont plus rares que celles qui lui furent adressées et qu'il conserva soigneusement, celles qu'il envoya à Crrandidier subsistent ^. Son esprit vif, spirituel, qui

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