Moireniont, Saint-Mont, Saint-Marcellin, Munster
2. Catal. des mss. de la Biblioth. de Besançon, t. 32, I, Introduction.
Le travail manuel, quoique loin d'être prohibé, avait été tacitement supprimé par la réforme de Dom Didier de la Cour. Ce sont donc avant tout les travaux intellectuels qui occupaient la majeure partie des bénédictins dans rintervalle des offices. Pendant toute la période d'organisation, ils eurent trop à faire avec les travaux apostoliques d'introduction, de consolidation de la réforme pour pouvoir se livrer à des études désintéressées et les extérioriser. Plus tard, il fallut toujours un certain nombre de religieux — en particulier les procureurs dans chaque maison — pour s'occuper des affaires de la Gongrégation, puis des professeurs de théologie, de philosophie ou de rhétorique pour enseigner les novices et enfin lesquelquescurés. Ilnefautdonc pas s'étonner si, dans ce premier siècle de la Congrégation, les labeurs des vannistes ne laissèrent pas des monuments comparables à ceux que produisirent les Mauristes d'ailleurs trois fois plus nombreux.
11 semble qu'il pût y avoir à la source sinon une opposition du régime qui va se retrouver jusqu'en 1776 avec Dom Brihy, du moins un manque d'encouragement, qui tarit les bonnes volontés fortifiées par le concours général chez un Mabillon, un Sainte-Marthe, un Luc d'Achéry.
Plus ascètes que ceux-ci, peut-être les vannistes estimaient-ils vanité de faire éditer leurs œuvres restées dans les cartons.
Le xvni*' siècle modifiera les circonstances et les idées et le nombre des auteurs croît, sans égaler jamais les mauristes, même en y comptant l'exceptionnel Dom Galmet.
Aucun répertoire et aucun travail d'ensemble n'ont été faits qui précisent cette activité intellectuelle^.
1. La bibliographie à l'Appendice fournit sur ce sujet toute une liste douvrages qu'il est impossible de donner ici. .
^euls, Dom Galmet dans sa Bibliothèque Lorraine^ Dom Jean François dans son estimable Bibliothèque les écrivains de VO. S. B., donnent de toute cette période qui va jusqu'au dernier quart du xviii^ siècle quelques matériaux bruts qui permirent ces indications trop sommaires.
Elles étaient indispensables pour fixer les idées avant de sonder le courant qui précède immédiatement la révolution où sont emportés les hommes qui vont la subir et que nous retrouverons.
Les tendances des travaux de la fin du xviii® siècle sont surtout significatives de l'évolution très sensible vers rhistoire et l'abandon des ouvrages théologiques qui avaient fait j-usqu'alors le fond des études à Saint- Vanne.
Dom de risle avait, il est vrai, publié depuis longtemps son Histoire de l abbaye de Saint-Mihiel, et si Dom Brocq, malgré tous ses efforts, ne parvint pas à faire éditer son Histoire de Metz^ Dom Jean François et Dom Tabouillot arrivaient à la terminer en 1789, mais cette évolution se produisit surtout à la fin du xvin*' siècle et sous l'impulsion du garde des sceaux lui-même qui établissait un Cabinet des Chartes^ avec la collaboration de l'historiographe Moreau.
La machine, lente à s'émouvoir, s'ébranlait. Malgré la fin de non-recevoir opposée en 1776 par Dom Brihy, Président général, au Garde des sceaux, celui-ci obtenait de Dom Etienne Pierre, gain de cause et appui officiel de la Congrégation en 1780 pour la recherche des chartes dans les archives locales.
Le même Dom Etienne Pierre écrivait le 1®"" août 1785 à Dom Laurent Dumay, archiviste de Montiérender ^ :
1. Bibliothèque de Chaumont, recueil Jolibois. Cf. Bevne Mabillon, 1908, p. 404-406.
« Mon très Révérend Père,
« Je reçois la lettre g^ratieuse que m'adresse pour vous Mons. le garde des sceaux, je profite avec empressement du voyage d'amitié que fait chez vous le Révérend Père prieur de Saint-Vanne pour assister à la 50*' année de votre R. père prieur, il vous remettra la lettre de son Excellence.
« La Congrégation a jette sur vous les yeux avec la plus grande confiance...
« La Congrégation malheureusement n'est pas assez connue pour ses travaux littéraires, on veut l'essayer. Il est de notre honneur de nous y présenter avec zèle, sans intérest et sans exiger la plus petite distinction ce qui ne se trouve que trop commun parmi nous. »
La lettre est suggestive. Le « malheureusement » n'implique-t-il pas que l'on cherchait dans les travaux historiques une arme contre la haine et les suppressions possibles que l'on sentait poindre? C'est d'ailleurs le sens le plus favorable qu'il faille donner à cette orientation de la vie monastique. Enfin, cette fois, l'essor était donné, des fouilles s'effectuaient partout qui profitaient à Moreau, mais dont les bénédictins auraient certainement cherché à tirer personnellement parti.
La plupart des religieux désignés pour effectuer ces travaux se mettaient à l'œuvre avec une ardeur de néophytes passionnés. En Lorraine, Dom Sébastien Etienne, Gerrin, de Puibusque, Probst, Solver, Colloz, Tabouillot sont désignés pour explorer les archives. En Champagne, Dom Pierre, François Dumay, Barthélémy, Bourgeois, Peuchot, Brincourt. En Franche- Comté, Dom Maurice Roux, Grappin, Etienne, Charles,^ Mouton ; parmi ces religieux, plusieurs vannistes de premier plan qui avaient déjà montré leurs aptitudes à ces études.
D'ailleurs, en Franche-Comté, où l'Académie de
[Besançon, dont firent partie Dom Berthod,et plus tard le fameux Dom Grappin, excitait par ses concours Témulation des érudits locaux, les bénédictins récoltaient toutes les couronnes offertes. Depuis 1756 où Dom Jourdain eut un mémoire couronné. Ton voit apparaître presque tous les ans les noms de Dom Berthod, Ferron, Guérin, prieur de Rosières en 1768, Mouton, curé de Saint-Sauveur à Luxeuil ; de Dom Sornet, prédicateur et auteur d'études sur la Franche- Comté ; Dom Porro, algébriste novateur; Dom Couderet, auteur d'une Histoire de Vesoul^ Dom Sterque, bibliothécaire de Saint-Vincent.
De même, le centre Messin était aussi vivant et actif, le Temple des Messins valait à Dom Bernardin Pierron les honneurs de l'impression. Nous avons sig'nalé Dom Tabouillot et ses collaborateurs de VHistoire de Metz ; Dom Rémi Desmonts, Dom Claude Fleurand, Dom Colloz, Dom Collette, chacun dans sa sphère exerçaient leur activité. Dom Saignelonge à Saint- Germain des Prés, faisait son apprentissage d'érudit.
Là encore, Ton ne voit que la surface, nous allons pénétrer plus intimement la vie de la Congrégation, l'action du monde sur elle, celle du jansénisme en particulier. Ces recherches nous feront toucher d'autres œuvres, celles-ci tout à fait particulières et qui nous feront pénétrer au fond des âmes. S'il ne faut pas attacher trop d'importance aux élucubrations de Dom Aubry ^ qui épanchait son âme nuageuse dans VAmi philosophe et politique dès 1776 et jusqu'à sa mort philosophaillait sans trêve, non plus qu'à l'ouvrage
1. Dom Benoît (Jean-Baptiste) Aubry, ne à Deyvillers, profès de Moyenmoutier le 7 octobre 1753, prieur du Breuil en 1789, f t octobre 1809 à Commercy.
Cf. Psaume (Et.), Eloge de D. Aubry, Commercy, Denis. Picot, Mémoires, V, 136, et les ouvrages du bénédictin à l'appendice.
badin et prétentieux de Dom Tailly sur les Bains de Plombières ^ les ouvrag^es de Dom Moug-enot et des deux Cajot ont une signification plus importante qui motive assez le jug-ement d'un bénédictin moderne devant lequel je m'efface : sur les rapports trop fréquents des vannistes avec le monde, fût-ce le monde savant du xvin*' siècle ^.
1. Dom Pierre-Antoine Tailly, né le 11 sept. 1745 Fliray, profès de Saint-Mihiel le 20 août 1766, meurt curé de Lahaymeix le 23 décembre 1823 après l'avoir été successivement de Brasseitte, Badonvillers, Loupmont, Fresnes-au-Mont-Courouvre. Son ouvrage est intitulé : Lettres vosgiennes ou lettres écrites de Plombières par M. le chevalier de *, gentilhomme breton k Madame la marquise de *, en Bretagne^ Liège, Bassompierrc (Neufchâteau), 1789.
2. Sur cette période de l'activité littéraire des vannistes : Dom E. Didier-Laurent, Correspondance des bénédictins de Lorraine arec Moreau, historiographe de France (Mém. de la Soc. d'Arch. Lorr., 1 896) ^ Charmes, Le Comité des Travaux hist., Paris, Impr. Nat., 1886, in-4°.