Nouv. ecclés
réunis à son sujet, une diète de Tordre obligea Dom Moug-enot « à signer une renonciation des postes honorables qu'il occupait dans son corps ».
Le bénédictin avait été invité par un des évêques à fournir un exposé de ses théories dans une Profession de foi ou Exposition de ses sentimens théologiques^ à laquelle un religieux de la Congrégation, inspiré par le régime et peut-être même un des supérieurs majeurs, si l'on en croit une attaque violente de Dom Mougenot, répliqua par un Ecrit contre la Profession de foi. Finalement ce dernier fit imprimer une Apologie pour présenter une défense étudiée contre toutes les accusations '.
Cette apologie qui doit être le dernier ouvrage édité de Dom Mougenot, livre le religieux, quoi qu'il en ait, et démontre clairement son jansénisme, malgré ses affirmations réitérées d'orthodoxie. Sa défense théologique ne comprend même qu'une petite partie du volume. Une importante préface attaque son contradicteur exactement de la même façon que Dom de l'Isle.
Cette fois, c'est Dom Mougenot qui se plaint que <( le frère se soit armé contre son frère » (p. 32). 11 emploie successivement l'ironie (p. 35), l'indignation et attaque à son tour : « Oui, mon R. P., je le pense et je le dis : votre corps de doctrine est précisément le squelette du molinisme » (p. 129).
Mais il faut lire les aménités que Dom Mougenot adresse à son contradicteur : calomnies, mensonges, étonnantes bévues d'un auteur si neuf, si étranger à son sujet (p. 32-35-36), mauvaise foi (p. 110, etc.).
1. Apologie pour Dom Mougenôl contre un libelle anonyme, dressé en forme d Exposition de doctrine, ou Réponse à un religieux de la Congri'galion de S. Vanne sur son écrit contre la Profession de foi et VExposition des sentimens Ihéologiques de Dom Mougenot. A Lausanne, chez les frères Grasset, 1773. 1 vol. in-S" de 166 pp. (Bibliothèqui; municipale de Commercy.)
Il ne faut retenir qu'un passage sur renseignement de la Cong-régation, mais vraiment capital par cette curieuse théorie toute moderne de V enseignement vivant et par ce qu'il nous révèle des opinions du bénédictin sur le Régime et les Chapitres :
Je conviens, M. R. P., qu'il est très facile de s'appercevoir que nous différons en doctrine sur plusieurs points. Que vous soyiez autant d'accord avec la Congrégation que vous vous en flattez, c'est à elle à en juger. Mais fussiezvous Supérieur, même Supérieur Majeur, vous êtes Un téméraire d'oser donner votre Ecrit comme l'Exposition de la doctrine du Corps. Ni Visiteurs, ni Président, ni Diète, ni Définitoire ne sont en qualité pour donner cette Déclaration. N'est-il pas possible que le Régime, la Diète, le Défîuitoire même soient tellement composés, que malgré le mérite personnel de chacun des membres, aucun cependant n'auroit enseigné la Théologie? Ils ne sauraient donc, touchant la Doctrine de la Congrégation que ce fait particulier; savoir, qu'on leur a enseigné tels sentimens, à l'un en Champagne, à l'autre en Comté, à celui-ci en Lorraine. Mais quand tous auraient exercé l'office de Professeur, leur témoignage seroit encore insuffisant pour attester la doctrine commune. On n'en peut donner une exposition constante que d'après l'avis et la Déclaration des maîtres tant anciens que nouveaux et exerçans. Ils font chez nous l'enseignement vivant : par leur canal, la doctrine passe aux disciples, qui la transmettent à ceux dont l'instruction leur est ensuite confiée. Combien donc votre conduite n'estelle pas digne de blâme et de repréhension, d'avoir osé emprunter la voix du Corps, d'avoir osé parler en son nom ?
Dom Mougenot reprend ses attaques contre Tournély. Il renvoie même au Tournély convaincu en désavouant presque la violence qu'il mit dans ses attaques : « Malgré les torts du réfutateur trop ardent, il y a du bon dans la réfutation de votre auteur favori » (p. 71). Ces atténuations, qui ne retirent d'ailleurs rien, pouvaient toutefois lui servir dans sa défense. Il était
accusé, il cherche à. pallier les chefs d'accusation, sans se départir de ses doctrines. Il revendique enfin avec orgueil sa qualité de professeur « membre d'un Corps dans lequel j'ai un nombre de disciples qui eux-mêmes en ont encore un plus g-rand » (p. 38).
Que dura sa disgrâce, si même ce fut une disgrâce, ce que je ne crois pas. On donna satisfaction apparente aux évêques en se contentant de l'empêcher de professer, car en 1781 il est nommé censeur, avec deux de ses confrères, d'un ouvrage de Dom Aubry, et en 1789, il venait d'être nommé administrateur du prieuré de Rosières, ce qui le replaçait au rang des membres du Chapitre. Il vivait dans son prieuré avec deux religieux. Ses nombreux disciples étaient sans doute arrivés au pouvoir. Il est tout naturel de le retrouver en 1791 au premier rang du clergé constitutionnel des Vosges, vicaire épiscopal comme son confrère Dom Grappin le sera dans le Doubs et inspirateur des lettres pastorales de l'évêque Maudru. 11 abdiquera la prêtrise en 1793, mais ne livrera pas ses lettres d'ordre « ne sachant ce qu'elles sont devenues * ». Il vint mourir à Trémont (Meuse), le 27 janvier 1797 (8 pluviôse an V).
Ce bénédictin, qui semble avoir hérité de Dom Thierry de Viaixnes la passion et le manque de mesure, est certes exceptionnel. Pourtant, le fait seul de son importance à Saint-Vanne, les circonstances qui entourent les quelques semonces qu'il eut à recevoir de ses supérieurs, accusent les soutiens qu'il possédait dans la Congrégation même, prouvent l'existence d'un parti qui l'encadrait, non que ce parti fût prépondérant — ce qui semble caractériser le plus sûrement la Congrégation, c'est la tiédeur et il reste à savoir si cette tiédeur même n'était pas une conséquence du jansénisme — mais il n'était pas négligeable. Les opi-