‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 4 sur 124 · Archives nationales D, XIX · texte numérisé non relu

Archives nationales D, XIX

Les relations des religieux avec leurs abbés étaient en général courtoises. La séparation des menses opérée partout avait supprimé les difficultés irritantes qui auraient pu provenir d'une indivision. Les intérêts n'étaient plus liés. Il n'y avait aucune raison de se faire mauvais visage. L'une et l'autre des parties était intéressée à se ménager réciproquement.

en faveur des excellentes intentions, si elles étaient pures de tout alliaj^e ; mais la vie et les idées de ce commendatairesont claires. L'enthousiasme patriotique tombé, il regrette son beau g-este irréfléchi et songe à préserver ses derniers revenus en défendant son abbaye et ses religieux, il ne faut pas chercher plus loin ou plus haut. Si même sa requête eût eu quelque poids, Tabbé de Saint-Non n'en aurait pas profité. Il mourait le 25 novembre 1791.

La demande d'Alphonse-Hubert de Lattier, duc de Bayane, abbé de Hautvillers \ était du même ordre.

Il était né le 30 octobre 1739 à Valence, de Tune des plus anciennes familles de la province. D'abord vicaire général, docteur en Sorbonne, il était depuis 1777 auditeur de rote en cour de Rome, lorsqu'arriva la Révolution. Avec Hautvillers, il possédait deux autres abbayes qui lui rapportaient au total un revenu net de 70.485 livres.

Il faut lire les détails qu'il donne sur les auditeurs de rote. Ils doivent avoir un train de maison considérable :

Ils ne peuvent aller à la Rote qu'avec deux aumôniers dans leur carrosse et quatre domestiques derrière.

L'on conçoit qu'il se soit trouvé aux abois de la suppression des biens ecclésiastiques. L'existence des abbayes lui est indifférente, c'est le revenu qui le préoccupe. Il réclame un traitement qu'il fixe lui-même à 30.000 livres:

Ce n'est qu'à l'aide de la plus rigoureuse économie et (le la frugalité auxquelles il a déjà dû se restreindre qu'il pourrait se soutenir avec un revenu de 30.000 livres, non à la vérité (et il doit le dire) sur un pied proportionné à la grandeur de la Nation au nom de laquelle il a l'honneur de

1. Michaud, Biogr. iiniv., t. III, p. 330. Notice par Artaud, Manceaux, Histoire de i Abbaye d'IInuivillers, Epeniay, 1880, 3 vol. in-8'', t. m.

siéger à la rote, mais conforme aux principes de la plus stricte économie que les circonstances puissent exiger *.

Stendhal dans ses Promenades dans Rome apporte à ces doléances une confirmation piquante et détaillée. Sa largeur de vues le fait abonder dans le sens de l'Auditeur de rote. Il célèbre la « magnificence commode » de M. de Bayanne, « homme d'esprit dont c'est la passion » et l'utilité de ce luxe pour la France. Il s'afflige de ce que u la Révolution a changé tout cela ^ ».

Le pauvre abbé dut se restreindre en effet durant toute la Révolution qu'il passa en Italie, jusqu'à cultiver lui-même la terre dans une petite villa qu'il avait achetée aux environs de Rome. Nommé cardinal le 9 août 1802, il revint en France sous l'Empire après trente ans d'absence, il fut nommé sénateur en 1813, prix de ses services de médiateur entre le pape et Napoléon, et mourut à Paris le 26 août 1818.

La Révolution produisit, sur la vie des autres abbés, de semblables répercussions. Elle fut vraiment dure pour ces commendataires habitués à une vie si large et si commode qu'ils ne pouvaient même pas concevoir une existence différente. Dans l'exil ou en France, ceux même nantis d'assez de fortune personnelle, comme l'abbé de Nettancourt-Vaubecourt '^ qui se fixa dans la

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