CHAPITRE VII l'année 1790 les inventaires . les premieres suppressions
L'émission des vœux avait été suspendue le 28 octobre 1789. Cette décision n'avait été que le prélude de la destruction totale du monachisme. Le 13 février 1790, parut le décret supprimant les Congrégations. Il paraissait ménager encore les religieux désireux de mener la vie régulière '.
Des décrets des 19 et 20 mars complètent le premier. Ils portaient qu'il serait fait un inventaire général des biens de chaque communauté par les municipalités et que les religieux s'expliqueraient sur leurs intentions de sortir ou de rester.
Il n'était pas possible de résister. L'Assemblée Nationale était à l'apogée de son rayonnement et de sa puissance. Un pouvoir mystique pour ainsi dire émanait d'elle. Il semblait qu'on n'aurait pu enfreindre ses ordres sans sacrilège. On ne songeait même pas à discuter. Il n'y avait qu'à adorer. La Souveraineté du
1. Les articles principaux portent : « La loi constitutionnelle ne reconnaîtra plus de vœux monastiques solennels de Tun ni de l'autre sexe... Tous les religieux existant dans les maisons religieuses pourront en sortir en faisant leur déclaration devant la municipalité du lieu ; il sera pourvu incessamment à leur sort par une pension convenable. Il sera pareillement indiqué des maisons où seront tenus de se retirer ceux qui ne voudront pas profiter de la disposition du présent décret. »
peuple était un dogme absolu et TAuguste A. N. en avait reçu une telle auréole de vénération que ce ne sera qu'après longue et mûre réflexion que les hérésies évidentes de la Constitution civile du clergé seront répudiées par les évêques et les théologiens.
Avant les inventaires, un bouleversement s'opéra dans tout le corps. Chaque religieux, inquiet pour son avenir, intriguait auprès de ses supérieurs pour revenir dans le monastère le plus proche de son pays natal ou bien à l'abbaye où il avait fait profession, l'une et l'autre souvent identiques. A ce moment, l'on s'imaginait sans doute que cela avait quelque importance. Dom Congniasse-Desjardins raconte qu'on avait égalisé à neuf le nombre des moines de chaque couvent. Luimême changea deux fois de destination *. Dom Claude Mabille, de Saint-Pierre-au-Mont, fut envoyé à Vertus ; Dom Laurent Dumay, archiviste de Montiérender, à Montier-la-Celle ; le frère Nahée, conversd'Hautvillers, à Mouzon, etc..
Seuls, les supérieurs nommés par acte officiel au Chapitre de 1789, durent, quel que fût leur désir, demeurer à leur poste d'honneur. La liste des moines devait être fournie dans chaque maison, lors des inventaires. Elle fut encore modifiée. On en trouve plusieurs contresignées par Dom Pierron, visiteur de Champagne, à la date de septembre 1790 (Huiron), établies en même temps que la liste générale fournie au Comité ecclésiastique et que l'on voulait exacte sans doute, soit bien après ceux-ci. C'est un indice qu'il y eut des changements jusqu'à ce moment, changements de pure convenance. De plus, bien des vieillards étaient morts depuis le mois d'août 1789 ^, qui ne figurent plus sur les états ; parmi les
1. Archives de l'Aube, Lv, 1595. Cf. J. Godefroy, Dom Charles Cajot, p. 10.