‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 58 sur 124 · Archives nationales, D, XIX · texte numérisé non relu

Archives nationales, D, XIX

absolument se passer, que ventes anticipées et à moitié perte de toutes leurs denrées pour se faire de l'argent comptant. Au moins, est-ce là la conduite que j'ai la douleur de voir que l'on tient dans la maison que j'habite et que je scais à n'en pouvoir douter que l'on imite dans le plus grand nombre des autres maisons...

Cependant, on supprime les maisons ou on ne les supprime pas. Si on les supprime, l'argent qui sera provenu de la vente de ces meubles étant entre les mains des supérieurs et administrateurs du temporel, je ne scais s'ils seront bien scrupuleux pour le verser à part égale entre les mains de leurs confrères [voilà la grande crainte de Boni Louis!) Si on ne les supprime point, l'argent sera également dissipé et il faudra encore rançonner le pauvre particulier et le priver d'une partie de son nécessaire pour remonter la maison en meubles. Oh ! l'heureuse circonstance pour MM. les procureurs des maisons religieuses.

La question des biens à part, je ne crois pas qu'il soit besoin de commenter cette lettre pour retrouver, à travers les sentiments de Dom Louis, un aspect de la Congrégation. Il faut l'enregistrer en passant. Les faits eux-mêmes seraient assez sûrement confirmés par une lettre du maire de Bar-sur-Seine, datée du 28 février 1790 :

Les religieux de Montiéramey se sont transportés hier soir samedi à Ville sur Arce où ils ont un très beau vendangeoir. Ils y ont vendu tous les meubles qui y étaient placés, mesmes les ustensiles nécessaires à la manipulation des vins, ils ont poussé leurs soins oeconomiques jusqu'à arracher les plaques des foyers, les mains des cheminées, les mangeoires, les solives des sinots, les chaatiers des caves, quoique le tout tint à fer et à clou et qu'il ait fallu faire fracture pour arracher ces objets.

Il y a eu procès-verbal dressé qui a été signé par deux religieux chargés du pouvoir de la communauté.

« Lesrelligieux de Mores ont usé de la même précaution. Ainsi vous voyez que ces Messieurs ne laissent rien à con-

server aux municipalités. J'ai cru devoir vous instruire de ces circonstances pour scavoir ce qu'il y a à faire»... De même, pour façonner les vignes, cultiver les terres, u ces Messieurs n'entendent plus y donner leurs soins, ni veiller à la culture, il seroit cependant bien intéressant de ne pas les laisser en friche. ^ »

La découverte, sig-nalée au moment de la grande peur, des dépôts faits à Javernant par le prieur de Montier-la-Celle pour mettre à Tabri les objets précieux de Tabbaye, participe de cette défiance.

La délation devient plus meurtrière à mesure que le temps s'écoule. Un membre delà municipalité de Verdun accuse les bénédictins de Saint- Vanne et de Saint- Airy et les prémontrés de Saint-Paul, qui « possédant

entr'eux un revenu au delà de 120.000 livres n'ont

rien déclaré en denier comptant de leur inventaire » :

Je dénonce à l'illustre Assemblée qu'il est de notoriété publique qu'au mépris de ses respectables décrets qui défendent de rien vendre ou détourner de leur mobilier, argent ou autres effets précieux, les relligieux ci-dessus désignés ont vendu ou détourné la meilleure partie de leurs meubles, chevaux, bestiaux, meubles précieux, argenterie... enfin... que les infidélités suivant le calcul le plus modéré font tort à la nation de plus de 120.000 livres 2.

Le directoire du district à qui l'affaire fut transmise, « partageant avec l'administration du district les sentiments d'indignation qu'excite la scandaleuse dilapidation des religieux des trois monastères qui a enlevé

au Trésor national le prix d'un mobilier immense dont il ne reste plus rien » autorise le procureur syndic à poursuivre toute personne qui y aurait p'àrticipé. Les religieux ne paraissent pas avoir été individuellement inquiétés, mais le Directoire décida comme punition

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