Arch. nationales, D, XIX, 19, Vosges
2. Il faut noter que le 4 avril 1790, peu de temps après la mort de Dom Maillard, ils eurent soin d'envoyer au curé de Raon, leur confrère, un sac de 50 louis pour ses incendiés (Ghatrian).
Suivent les indications sur les personnes à interroger « d'abord, frère Jacob, administrateur de Salkerich (ferme de la mense abbatiale), M. Salmon, de Raon, MM. Haxo de Lunéville et Salmon de St-Diez qui ont fait le change des louis, les gens de Fabbaye et surtout les frères convers, le souprieur, le procureur, le père maître, le père curé. » Je ne sais si les bénédictins furent inquiétés. Je ne saurais les blâmer. Il était trop naturel que ces pauvres religieux eussent gardé une fortune qui, somme toute, leur appartenait — en admettant que les évaluations fussent exactes. Je ne jugerais pas ce cas de conscience, pas plus que je ne m'étonnerais si la plupart ne poussèrent pas rhéroïsme jusqu'à entretenir un bien dont ils allaient être dépouillés.
Ce n'est pas seulement à Moyenmoutier que les moines emportèrent un petit pécule. A Saint-Airy, l'accusation reproduite plus haut était fondée: Dom Golloz, prieur, est fouillé, lors de son arrestation, le 14 brumaire an II, et trouvé porteur de 2.640 livres en or (100 pièces de 24 1. et 5 de 48 1.). Dom Gallois, du même monastère, fait des acquisitions à Mouzon, où il avait élu domicile, lors de la vente des meubles de l'abbaye, mais à vrai dire, modestes.
A Vadonville, Dom Didelot se fait construire en 1790 une maison qu'il vendit en 1807 à M. de Neyon '. Il avait utilisé sans doute les revenus de son prieuré de Neufchâteau.
La déclaration d'un religieux demandant au Concordat dispense de son vœu de pauvreté est d'ailleurs probante : Dom J.-B. Piot, de Saint-Urbain, déclare le 28 septembre 1806 qu'il a fait « depuis la sortie de sa maison l'acquisition d'une maison avec l'argent qu'il a reçu de ses supérieurs ^ ». Les bénédictins de Saint-
1. Collection de feu M. l'abbé Cillant à qui je dois communication de cet acte de vente.