Cf. Nouvelles ecclésiastiques, citées plus loin, p
2. Ces Constitutions furent étudiées et fixées au Chapitre général tenu à Montiérender le 1" mai 1768.
Malgré les approbations des Parlements, il y eut quelques modifications aux Chapitres généraux de Montiérender d'avril 1771 et 1774, confirmées par lettres patentes du 14 juillet 1776, enregistrées le 2 août 1776.
Conformément à ces transformations, il y eut deux éditions des Constitutions. La première de 1768, in-12, chez G. Desprez; la deuxième de 177i (xii-390 pp.)i chez le même G. Desprez à Paris, sous le titre: Régula S. P. Benedicti el ConstHutiones Comfregalionis SS. Vitoni el II;jclulpfii. Editio nova.
Sept définiteurs, élus par tous les capitulants, ne fonctionnaient qu'au Chapitre général. C'était à ce Chapitre g-énéral qu'était désigné le Régime. Depuis 1744, il ne se tenait plus que tous les trois ans, d'annuel qu'il était auparavant. Il avait lieu le deuxième dimanche après Pâques, dans Tune des grandes abbayes de rOrdre (Saint-Mihiel, Moyenmoutier, Luxeuil, Saint-Mansuy de Tout) désignée dès le Chapitre précédent. Y assistaient tous les religieux en charge depuis le précédent Chapitre dont les pouvoirs expiraient d'office. Le prieur de chaque monastère s'y rendait avec un moine élu par la communauté appelé conventuel.
Les pouvoirs des supérieurs ne pouvaient être prorogés au delà de six ans. Aucun président général ne demeura en charge plus de trois ans.
Celui-ci était élu par le suffrage de tous les capitulants rassemblés. Tous les autres supérieurs, visiteurs, prieurs, etc., étaient désignés par les sept définiteurs. Ceux-ci agissaient avec un pouvoir discrétionnaire. Ils étaient en définitive les véritables maîtres de la Congrégation, mais la durée fugitive de ce pouvoir en balançait l'importance.
Au Chapitre, étaient arrêtés, les comptes des différents monastères et réglées les diiricultés de personnes ou de détail non prévues par la deuxième partie des Constitutions. On tenait chaque année dans l'intervalle des Chapitres une diète — assemblée composée seulement des supérieurs majeurs — qui traitait les questions urgentes.
Cette organisation était, en somme, plus qu'une application des prescriptions de saint Benoît dans sa règle : Le vœu de stabilité des religieux ne s'appliquait pas à une seule abbaye, mais était élargi à une province. La plupart des moines ne faisait que passer d'un monastère à un autre, bien qu'il ne faille pas exagérer ces déplacements. Le mode d'élection des supérieurs et
le gouvernement lui-même de la Congrégation sont aussi tout spéciaux. A première vue, ces questions pouvaient être considérées comme des nécessités imposées par Tépoque, qui pouvaient se modifier avec le temps et les circonstances, et semblaient n'entamer en rien le principe de Tétat monastique.
Cependant, toute la vie monacale reposait sur ces institutions. 11 serait oiseux de les discuter théoriquement, puisque les résultats sont là qui rendent vaine toute hypothèse. Ils s'accuseront au cours de cette étude, mais dès maintenant, il importe de préciser certaines erreurs de détail quiétayeront les critiques.
Tout d'abord, les Constitutions ne faisaient pas place aux abbés réguliers et aux prieurs titulaires — omission singulière — question délicate qui se rattache à celle non moins brûlante de la vacance obligée des supérieurs que nous retrouverons plus loin.
Dom Joseph de Tlsle traita de la situation des prieurs titulaires dans une Dissertation préliminaire à son Histoire de V Abbaye de Saint-Mihiel ^. Il fait un historique rapide des prieurés, en indique l'origine: petits établissements faits dans les campagnes par les grandes abbayes pour désencombrer le monastère ou surtout surveiller des biens trop éloignés toujours gérés par des religieux. Les inconvénients en étaient déjà graves dès le xiv*^ siècle. Une fois les abbayes passées sous le régime de la commende, les abbés collateurs ne se crurent pas obligés de rétablir des réguliers, ce qui était peut-être préférable pour la vie monastique.
Lorsque les monastères échurent à la Congrégation de Saint- Vanne, les supérieurs réguliers s'efforcèrent de faire rentrer ces bénéfices, en fait, la petite rente
1. 3' l^iscours préliminaire sur les prieurés simples autrement Celles, pp. xxi-xx.\i, dans Histoire de Vabhaye de Saint-Mihiel.
Cf. Faciiim de Dom Hoche sur les relijjieux bénéiiciers eu
qu'ils représentaient, c'est-à-dire d'obtenir de ces abbés conamendataires parfois bien disposés que les prieurés fussent attribués à des religieux de la Cong-régation. C'était assez légitime, car ce revenu provenait bien des menses conventuelles.
Cette méthode n'était pas sans danger. Lorsqu'un moine possédait nominalement un bénéfice^ il pouvait, une fois nanti, le garder à vie, malgré les censures de ses supérieurs, dès lors vaines, ou même dangereuses pour la Congrégation, car le bénéficier pouvait la tracasser de toutes façons.
C'est ce qui arriva pour Dom Basile Bourgeois, pourtant procureur général, visiteur, qui parvint à se procurer le gras prieuré de Saint-Ayoul de Provins en 1752 et le garda jusqu'à sa mort (29 janvier 1763). 11 faut dire à sa décharge que, grâce à lui, la mense prieurale fut réunie à la mense conventuelle en 1761, mais sans doute sur les représentations du régime. Il avait donné sa démission de prieur conventuel en 1758.
Au point de vue spirituel, le religieux émancipé avait évidemment tous les torts, mais si sa conscience oblitérée ne réclamait pas trop impérieusement, il était intangible.
C'est bien ce qu'avait en vue Dom de l'Isle.
La réunion des Prieurés aux abbayes, d'où ils dépendent, procure encore d'autres avantages, c'est qu'elle met un frein à l'ambition et empêche que les religieux cherchent à se procurer des prieurés pour se tirer du cloître et vivre dans l'indépendance. Il est vrai que dans les Congrégations de Saint-Maur et de Saint- Vanne, les prieurs titulaires ne résident pas dans leur bénéfice et qu'ils en laissent le revenu aux maisons d'où ils dépendent.
11 s'en est cependant trouvé et il s'en trouve encore en Lorraine qui ne suivent pas ce bon exemple, mais c*est avec le consentement au moins tacite des supérieurs.
Dom de l'Isle cite alors des brefs des papes Urbain
VIII en 1627 pour la Congrégation de Saint-Maur, Benoît XIII le 5 décembre 1726 qui interdisent aux religieux la résidence dans les prieurés dont ils sont titulaires. Il termine en exhortant ceux-ci à ne pas rechercher avec empressement les prieurés.
L'ambition qu'ils feroient paroître sur ce sujet les rendroit très coupables devant Dieu. ..
Ceux mêmes qui sont légitimement pourvus doivent être si circonspects à régler leur conduite que le titre de bénéficiers ne leur soit pas une occasion de donner atteinte aux promesses qu'ils ont faites ^au Seigneur et qui sont irrévocables.
Dom de l'isle n'est pas absolument rassuré : preuve du danger toujours pressant.
En 1789, beaucoup de religieux de la Congrégation étaient titulaires de bénéfices : Dom Hydulphe Debras était prieur de Flavigny et y résidait. Il se considérait comme un abbé à vie. Dom Louis Lenel d'Ivoiry, prieur de Novy, y résidait également avec Dom Etienne Pierre, ancien titulaire et ancien président général trop âgé, qui lui avait résigné son bénéfice. Dom Nicolas Gridel possédait le prieuré de Saint-Christophe de Vie, d'une valeur de 2.203 livres 10 s. ' . Dom Didelot, prieur de Neufchâteau depuis 1789, y résidait. Dom Nicolas Conscience, abbé de Saint-Airy, possédait Taumônerie de Hautvillers, Dom A. Bourgeois le prieuré de Saint- Remy-sous-Barbuise (dépendance de Hautvillers), Dom Philibert Forestier-Lafaye celui de Bar-sur- Seine (Montiéramey), Dom Nicolas Perrin celui de Saint- Victor de Ranfroissard (N.-D. de Parthe-Montiéramey), Dom Claude Pétré celui de Saint-Légersous-Brienne (Montiérender), Dom A. Lombal celui de Brienne-le-Château (Montiérender), Dom Cassiaux celui
1. Déduction faite de 459 1. 10 s. de charges (Arch. Nat. D, XIX, 41).
de Saint-Thiébaut, Dom Barrey celui de Saint- Venantd'Hirson, Dom Lahausse celui de Flammerécourt, Dom Maugérard celui de Chiny, Dom Millian celui de N.-D. de Frécourt, etc..
A part Dom Debras, dont la situation n'était pas, semble-t-il, très régulière, les autres bénédictins paraissent «n'être que les prête-noms, demandés par Dom de Tlsle ; tous sont âgés, dignitaires dans la Congrégation. Pourtant, au mois de mai 1788 même, Ton remplaça par Dom Didelot, au prieuré de Neufchâteau, malgré ses résistances, le titulaire Dom Bonard ^ qui semblait trop s'y complaire, mais ce point de vue était si bien admis que le décret de TAssemblée Nationale sur les pensions portera que les réguliers bénéficiers de prieurés simples n'auraient droit à aucune allocation supplémentaire ^.
Cette longue énumération certainement incomplète prouve toutefois que la totalisation de tous ces revenus, même minimes, atteignait un chiffre appréciable qui pouvait balancer pour la Congrégation les quelques inconvénients spirituels.
La question des abbayes régulières, plus importante, n'était pas plus simple à résoudre. Les efforts s'étaient exercés pour que les abbayes qui pouvaient être régulières fussent dévolues à des vannistes. Les luttes épiques de Dom Mathieu Petitdidier à Senones et de Dom Belhomme à Saint-Mihiel contre les séculiers sont racontées par des volumes de factums. Elles ne furent pas toujours victorieuses. Cette dernière abbaye et celle de Longeville avaient depuis longtemps perdu leur abbé
1. « A son grand déplaisir, recourut inutilement à la cabale pour rester à son poste » (Mangenot, Les Ecclésiastiques de la Meurthe, martyrs et confesseurs de la foi, Nancy, Pierron-Hozc, 1895, in-8», p. 491), d'après Ghatrian, Journal.
2. Cf. le débat dans Aulard, La Révolution française et les Congrégations, Paris, Cornély, 1903, pp. 132-136, 18 février
régulier lorsque survint la Révolution. Bien que la Cong^ég-alion ne pût qu'être favorable aux abbayes rég^ulières, nombre de difficultés n'en existaient pas moins pour les cinq abbés qui subsistaient en 1789.
Une lettre de Dom Nicolas Conscience ', abbédeSaint- Airy de Verdun, montre bien en quoi elles consistaient alors. Elle est ici à sa place quoique datte du 3 novembre 1789. L'abbé envoie à un de ses cousins une pétition à l'Assemblée Nationale pour obtenir un traitement d'abbé en le priant de l'appuyer. La question n'avait pas encore été tranchée nettement pour les abbés réguliers. Elle le sera en leur faveur. Ce sont les idées exprimées qui importent.
Monsieur et cher Cousin.
Dom Conscience adresse quelques compliments personnels, puis :
Le sort des abbés ne paroît pas encore réglé. Je vous assure que cela m'inquiète et c'est dans le sein de votre amitié que je viens déposer mes peines à ce sujet.
Nous avons une Constitution dans notre Congrégation qui assujettit les abbés du corps à la vacance comme les autres prieurs, c'est-à-dire qu'il dépend du Chapitre général de laisser aux abbés le régime de leurs maisons ou de ne pas le leur accorder. De quatre abbés que nous sommes actuellement dans la Congrégation, il n'y en a qu'un seul '
1. Dom Nicolas Conscience, né à Saint-André, profès de Saint-Vanne le 23 juillet 1742, prieur de Saint- Vanne, 1773-
1774, visiteur et définiteur, obtient l'abbaye de Saint-Airy vacante par la mort de Dom Seguin, par brevet du 1°' octobre
1775. Bulles expédiées en 17 78. Lettres d'attache eu, octobre 1778. Autorisation du Parlement de Metz du 19 décembre 1778. Dévolution du temporel 5 janvier 1779, prend possession le 9, reçoit la bénédiction abbatiale à Mouzon le 2 mai 1779^ •}■ Verdun le 12 mai 1794. Cf. Robinet, Pouillé du diocèse de Verdun, t. r, p. 639.
2. Dom Conscience, par une omission que je ne m'explique pas, oublie l'un de ses confrères, peut-être Dom Aubertin, abbé de Miinstcr, plus distant. L'abbé, qui possédait le régime de sa maison, était Dom Lombard, abbé de Senones.
qui l'ave actuellement et cela par caballe bien caractérisée parce que les prieurs qui composent, le Chapitre général ne veulent point d'abbés dans le régime de la Congrégation. Cela ne touche en rien aux droits des abbés 'sur leur temporel, pas même sur leur juridiction foncière qu'ils tiennent des souverains pontifes en vertu de leurs bulles, cependant ils se trouvent privés de fait du régime de leurs maisons par la fantaisie des membres du Chapitre général . . .
Convenez, mon cher cousin, qu'il seroit malheureux pour moi de n'être pas mieux traité que les autres, après avoir passé près de 50 ans dans mon corps, après y avoir rendu toujours des services importants, y avoir enseigné la philosophie et la théologie pendant 24 ans, y avoir été procureur général du corps à Paris pendant 8 ans, y avoir été prieur plusieurs fois dans les plus grandes maisons, y avoir été visiteur de la Congrégation pendant 3 ans, enfin y étant encore abbé depuis 15 ans. Il seroit un peu dur de me voir dans la même classe que ceux qui n'ont rien fait, ou qui ne font que de naître, à cent francs près de ces derniers. Cependant, il est fort probable que j'en seroi réduit là si vous ne daignez veiller à mes intérêts.
Enfin dans le mémoire officiel joint à CQtte lettre, Tabbé de Saint-Airy ajoute cet argument :
Si Dom Conscience s'est contenté de prendre sur ses revenus ce qui étoit absolument nécessaire à ses petits besoins ; si, pénétré de l'esprit de son état il en à librement et volontairement abandonné le restant à ses confrères, l'honnêteté de sa conduite seroit-elle un crime ou une renonciation de ses droits aux yeux de l'Auguste Assemblée Nationale? Dom Conscience ne le croit pas.
Il obtiendra sa pension de 6.000 livres, si vite réduite à rien par les assignats, et en jouira jusqu'à sa mort survenue le 12 mai 1794 à Verdun.
Dès maintenant, aussi bien pour Dom Conscience que pour l'abbé de Hautvillers, le point de vue per-
sonnel prime tout et le Bénédictin comme l'anditeur du rote tient à profiter du régime de faveur que son titre lui valait. Il était certes fort méritant de faire caisse commune avec ses religieux alors que Dom Maillard thésaurisait ses opulents revenus de Moyenmoutier, mais enfin le moine, une fois abbé, était sacrifié au point de vue monastique. 11 n'était plus qu'un commendataire, religieux, je l'accorde. Ce titre seul suffit à faire son procès.
L'infime minorité (5 religieux sur 620) de ces bénéficiers, en regard du reste de la Congrégation, ne constitue pas une raison de tenir le fait pour insignifiant, car cette conception est étroitement liée avec celle de la forme du régime qui est capitale. Cette étude développera cette erreur foncière. Dès maintenant se constate la source de désordre : la position privilégiée des abbés réguliers nourrissait les jalousies et les rancunes signalées par Dom Conscience, justifiait les critiques des meilleurs religieux et jetait la suspicion sur la valeur même des Constitutions.
Cette suspicion ne se bornait pas aux abbés réguliers. De l'ensemble des articles se dégage une impression de défiance continue de tout et de tous, la crainte de l'empiétement par les moines delà moindre attribution.
Des précautions infinies régissent la tenue du Chapitre général et la nomination des supérieurs. Toutes les mesures tendent à diluer les influences, à se défendre de toutes les faiblesses humaines. Il n'est pas Fait crédit à l'esprit de charité, pas même à l'Esprit-Saint. Tout se tient. Toute la vie de la Congrégation est subordonnée à la forme du régime. Cette absence de tête fut néfaste. Pas d'autorité régulière stable, pas d'esprit de suite. Le moteur qui s'imposait pour Saint-Benoît; l'abbé ou le prieur inamovible a disparu.
C'est le grand vice, non pas de la réforme de Dom
Didier de la Cour, mais des règles introduites par ses successeurs qui codiiièrent la nouvelle réglementation. Par esprit d'humilité, très sincère alors, pour ne pas exposer la Gongrég-ation au hasard d'être dirig-ée pendant une période assez longue par un incapable, on imposa ces secousses perpétuelles qu'occasionnaient les élections. Bien mieux, l'on considérait la continuité comme dangereuse, puisque les prieurs ne pouvaient rester en charg-e que durant six ans, au bout desquels ils devaient oblig-atoirement rentrer dans le rang. Le président général n'était au tond qu'un fantoche sans autorité, comme va le prouver l'attitude deDom Etienne Pierre dans la question de l'abstinence en 1783, au regard de l'apostolat fructueux de certains présidents généraux de la Congrégation de Saint-Maur, maintenus en place par de sages chapitres. Cette différence foncière entre le gouvernement des deux Corps n'est peut-être pas une cause étrangère de la gloire de l'un et de l'obscurité de l'autre. Enfin, les prieurs sûrs de ne pas demeurer en place s'employaient à ne pas déplaire à leurs supérieurs futurs. Ce n'étaient que concessions mutuelles, indulgence réciproque, qui sapaient l'observance et la règle.
L'on avait cependant bien vu, dès les débuts de la réforme, les inconvénients de la Constitution. Je ne puis retracer les débats de 1630 à ce sujet. Les partisans de la vacance des supérieurs l'emportèrent. Les vices de ce régime presque parlementaire, fût-ce à deux ou trois degrés, fût-ce dans une société tendant à la perfection et choisie, mais bientôt atteinte par les fermentations du jansénisme, apparaîtront plus nets à mesure que nous pénétrerons l'existence de la Congrégation.
Ce qui pouvait être admissible au début du xvn^ siècle, lors de l'introduction de la réforme et de la ferveur première alors infusée, devient néfaste au cours
(lu temps et lorsque la composition et le recrutement des relig"ieux se modifient. Cette composition et ce recrutement des vannistes ne sont pas négligeables. Ils permettent de donner une idée du milieu qu'ils composaient.
L'ordre de Saint-Benoît est aristocratique par nature. Aux beaux temps de la réforme et pendant le xvii'' siècle, il ne manqua point de novices d'excellentes familles qui voyaient dans le cloître un idéal élevé à servir. 11 semble bien que le niveau social baissait dans cette Congrégation depuis le début du xvm** siècle.
Les actes de baptême des vannistes précisent leur recrutement en 1789. La noblesse n'est à peu près pas représentée. Les cadets, fussent-ils de la plus petite noblesse, pouvaient prétendre à mieux, croyaient-ils, qu'à revêtir la robe bénédictine. Aussi cette classe ne figure pour ainsi dire pas. Je trouve un d'Hennezel de la Rochère, originaire de Laon, Guerittotde Courcelles, de Bœuf de Chambarat (de Droyes, Haute-Marne), Isaac Pain Duperron, Marguerie-Monfort, Lenel d'Ivoiry, et c'est tout. La haute bourgeoisie ne fournit pas un contingentplus considérable. La petite bourgeoisie constitue à elle seule l'élément principal. Fournisseurs des abbayes qui s'empressaient d'y caser un de leurs fils — calcul tout naturel — marchands (cordonniers, passementiers, merciers, boulangers), petits fonctionnaires (greffiers, avocats au Parlement, recteurs d'école), et quelques laboureurs ou villageois, tels sont les parents des religieux. L'on peut objecter que, pris dès leur premier âge par des bénédictins déjà policés et instruits, les novices pouvaient s'élever intellectuellement et moralement, quand même leur niveau social n'aurait pas été supérieur. Ce fut le cas pour un Dom Calmet, fils de cultivateurs, mais qui s'était trouvé dans un milieu où. la médiocrité n'était pas la règle et dont l'intelligence aidée par les idées et l'éducation naturelles d honnêtes
hommes s'était épanouie pour en faire un relig-ieux complet. Les conditions n'étaient plus les mêmes au milieu du xviii^ siècle. La moyenne s'abaisse au fur et à mesure que le siècle s'achève. Elle est faible en 1789. Je crains que ces hérédités trop marchandes n'aient été pour beaucoup dans les défaillances que la Révolution occasionna, que ces vocations trop sollicitées par une vie relativement facile, un placement commode, malgré une religiosité assez grande, mais peu profonde, de convenance plus que de conviction, ne furent pas trempées paT un attrait complet.
Pouvait-on penser <|ue c'était un signe d'élévation du niveau social? Je ne le crois pas. L'élite ne trouve plus dafts ]te raonach.sm^e la voie et l'idéat Tnerveilleïix de vie prafonde auxque'ls ii conduit. La noblesse et 4a îiatrte bourgeoisie moiTïs chrétiennes laissent ces places comme un pis aller aux fils de marchands et ceux-ci sVn emparent.
Je ne Tnets pas en dofute la solidité de leur religion ou de leur foi. Pourtant, un recrutement moins sommaire aurait décelé une ferveur plus grande, pl'us d'hé- Toifsme puisque il eut consacré un renoncement an lieu d'un gain à la fois social et presque matériel, et aurait préservé beaucoup de religieux par une éducation thëologique et générale plus affinée de chutes que le manque de doctrine et de soutien «ocial rendait presque inévitables.
La majorité du clergé doit provenir de rélite.