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Taine, Lancien régime et la Révolution, I

Fontaines en Franche-Gomlé », qui avait abandonné son prieuré, en même temps qu'il réclame son traitement qui tardait à venir, la signale avec indignation dès le 30 août 1790, de Luxeuil où il était venu s'établir. Le petit tableau qu'il trace de la vie provinciale montre les deux camps qui se forment et les deux France qui vont se heurter.

Monseigneur,

Le besoin m'inspire la liberté de vous ravir un de ces moments précieux que vous consacrés si glorieusement au bien public.

Conformément aux décisions de l'auguste A. N., j'ai déclaré franchement et sans aucun détour que mon intention étoit, vu la suppression de mon ordre, d'en quitter la maison et l'habit ; ce que j'ai fait depuis trois mois ; démarche qui n'eut pas peu contribué à fixer la Constitution dans l'esprit de cette classe nombreuse de citoyens auxquels il faut principalement parler par des faits, si elle eut été suivie de tousceux qui se proposent bien de prendre le même parti. Mais l'aristocratie a mis tout en œuvre pour rendre odieuse et cette démarche et ceux qui l'ont fait. Sans exposer ici tout ce que j'ai eu à souffrir en particulier je vous dirai, Monseigneur, que Ion se sers du besoin où nous met le retard du traitement fixé par l'auguste A. N. pour nous tourner en ridicule et pourinspirer des défiances à ceux qui sont sortis et à ceux qui vivent encore dans les cloîtres. Eh, Monseigneur, une démarche autorisée par d'augustes décrets nousfera-t-elle moins regarder par l'auguste A. N. comme les enfants de la patrie que les religieux qui n'ont encore donné de déclarations de leur intention de rester ou de sortir; elle a pourvu, cette auguste A. N., à leur subsistance, les autorisant à percevoir les revenus de l'année et à se retenir les montants de leurs pensions. La haute sagesse qui a dicté tous ces décrets ne luy ferat-elle rien faire pour les besoins pressants de ceux qui ont marqué plus de confiance en ses décisions ? Les laisserat-elle plus longtemps en proye aux libelles, aux sarcasmes

de l'aristocratie et au discrédit où les mettent les bruits répandus sur l'incertitude de leur traitement? Oui, Monseigneur, j'ose vous assurer que le premier payement fait à ceux qui sont sortis, contribuera plus que tout autre moyen à faire évacuer les cloîtres et à fixer la Constitution dans l'esprit des peuples, dans les cantons infectés des maximes et des faux-bruits répandus par les ennemis de la Patrie ^

Les vannistes qui étaient décidés à ne quitter le cloître que lorsqu'on commencerait le paiement des pensions n'avaient pas eu tort, et Dom Pouthier s'était trop pressé, car ces embarras ne feront qu'empirer. Les paiements seront des plus irrég-uliers et le Directoire delà Meuse demande instamment au 17 juin 1791 des fonds pour payer les fonctionnaires ecclésiastiques dont les demandes justifiées s'accumulaient^. Il insiste sur le mauvais effet que ces retards produisent sur le public.

La pénurie était telle que l'administration en était réduite pour trouver des ressources à employer les moyens les plus mesquins. Un déficit se découvrit parfois dans les règlements définitifs des comptes de certains monastères. Après avoir soulevé maintes difficultés avant de tomber d'accord, elle retint sur son traitement à chaque religieux du monastère incriminé sa quotepart de la somme réclamée. C'est ainsi que Dom Derone se trouva débiteur de 335 1. 8 s. 7 d. après l'apurement des comptes de Saint-Evre, Quant aux religieux de Moyenmoutier, ils ne parvinrent pas à se faire payer avant le commencement de 1792, à cause de la succession litigieuse de Dom Maillard. Enfin, elle réclama à chaque religieux une part de la contribution patriotique à laquelle les communautés avaient généreuse-

1. Lettre adressée au Président de l'Assemblée Nationale. Arch. Nat., D, XIX, 25.

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