‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 72 sur 124 · S&uzay, La persécution révolutionnaire · texte numérisé non relu

S&uzay, La persécution révolutionnaire

5. Il s'agit évidemment d'un bénédictin du cours de Dom Mouton et Dom Grappin, c'est-à-dire d'un vanniste qui fit profession en même temps qu'eux en 1754 et qui, abandonnant son monastère, était de passage à Luxeuil vers le 27 février 1791 .

foi, comme vous connaissez ce digne ami, il appuie sa façon de penser actuelle sur l'histoire ecclésiastique, sur les SS. Pères, sur Duguet, etc. précisément surlesautorités qui m'ont appris le contraire. Je n'ai point fait de recherches particulières pour prouver l'indispensable obligation où se trouve le clergé de suivre et accepter l'organisation civile que l'autorité souveraine vient de lui tracer. Depuis longtemps, je désirais une réforme à peu près semblable. Quand le plan en a paru dans les rapports de MM. Camus, Martineau, etc. j'ai cru reconnoître ceux que je m'étois tracé d'après mes lectures et j'ai désiré qu'il fut adopté comme conforme à l'Ecriture et à la [tradition la plus pure de l'antiquité, mais j'ai tremblé dès lors pour les maux que l'exécution en occasionneroit à l'Eglise de France, parce que je prévoyois l'usage que les mécontens ne manqueroient pas d'en faire pour s'opposer à la Constitution. Cependant la question me paroissoit si claire, si peu susceptible de difficultés sérieuses que l'idée ne m'étoit pas venue de m'en occuper jusqu'au passage de mes amis. J'ai eu trop d'occupation depuis, soit après nos comptes, soit après différentes autres affaires temporelles qui m'occuperont encore longtemps que je n'ai pas eu le temps d'y penser du moins pour faire les recherches de tout ce que j'ai lu à ce sujet. Je tâcherai de le faire dans la suite. En attendant, je dois vous dire le parti que j'ai pris.

J'étois à Lure, lorsque par provision, on nous a payé le premier trimestre de nos pensions pour 1791, On a exigé préalablement le serment des fonctionnaires jusqu'aux professeurs inclusivement et quant à moi, on a décidé qu'on s'en rapportoit à ce qu'il me plairoit de déclarer sur le dessein où j'étois de continuer ou plustôt de renoncer entièrement(caron avoitprévenu ces Messieursque je n'exerçois pas quoiqu'approuvé) et qu'on ne laisseroit pas de me payer. A mon retour, j'ai cru que ce seroit manquer à la vérité si je gardois le silence, et quoique je fusse décidé à ne pas plus user de pouvoirs que par le passé, j'ai fait le serment il y aura demain quinze jours.

Par malheur, cette cérémonie a eu lieu pendant le séjour que mes amis ont fait ici parce que la municipalité l'a

retardée de huit jours. Ils ont été offensés. Je leur aurois de tout mon cœur évité ce sujet de mécontentement, du moins pour le moment, mais j'avois donné ma parole. J'étois d'ailleurs persuadé qu'il étoit pour moi d'un devoir indispensable de m'expliquer dans les circonstances présentes pour ne pas autoriser un schisme dont nous sommes menacés.

Pourquoi, leur disois-je, ne pas convenir que la nouvelle élection vaut infiniment mieux que l'ancienne manière de pourvoir aux affaires ecclésiastiques

Rien n'a touché ces pauvres émigrans ; nous nous sommes quittés amis, mais divisés sur un article qui leur paroît essentiel au salut, comme ils m'en ont écrit. Mais rien ne m'empêchera de reconnaître l'évêque que la Providence va nous donner et je ne cesse de prier qu'il soit selon le cœur de Dieu ou que, dans sa miséricorde. Il en fasse un homme nouveau au moment de sa consécration, comme il arriva à Saint Germain

Le parti que vous m'offrez est bien de mon goût, cher ami, parce qu'il me réuniroit à vous, surtout après que les affaires actuelles me séparent de mes amis, sans espérance de retour, M. l'abbé pensant comme eux ; mais le séjour d'une grande ville, mais le monde! et le grand monde ! pour un homme qui n'a rien de ce que la société exige et qui ne pourroit apporter qu'un goût physique pour la retraite.

Je n'ai jusqu'ici d'autre projet que de continuer la vie commune dans une de nos huit maisons \ s'il y reste un peu d'ordre ou une velléité de me retirer avec mes sœurs, surtout si la religieuse revient, leur maison isolée dans une campagne m'y invite, je n'y trouverai que les richesses qu'on reprochoit à l'ami de Saint Basile, un jardin et une fontaine. Si nous sommes payés, j'ajouterai des livres à ceux qui y sont déjà. Si les affaires de la nation ne lui permettent pas de fournir à notre entretien, nous y suppléerons par la culture d'une vigne, d'un champ qui ne sont pas éloignés.

Vous ne pouvez pas vous dispenser d'accepter les occa-

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