‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 75 sur 124 · Arch. Nat., G · texte numérisé non relu

Arch. Nat., G

teuse non plus que Torganisation du parti dans la Congrégation. C'est là rimportant. Ses congratulations à Dom Grappin prouvent bien qu'il n'ig-norait rien des sentiments de ce dernier. La joie qu'il manifeste du triomphe de la vérité, de la bonne cause est explicite. L'étonnement qu'il éprouve de ce que leur ami commun — donc janséniste — ait été métamorphosé montre combien il était persuadé que la Constitution s'adaptait à leurs sentiments jusqu'alors communs. Enfin, depuis longtemps « il désirait une réforme à peu près semblable ».

Je n'aurais pas la cruauté d'insister sur la facilité avec laquelle ces jansénistes acceptèrent la prestation d'un serment imposé par l'autorité civile, alors qu'ils ergotaient interminablement sur le formulaire présenté par l'autorité ecclésiastique. Il est vrai qu'ils suivaient la foule des prêtres assermentés dont le nombre est désormais à peu près établi. Quelques chilîres concernant ces prêtres séculiers aideront à mieux comprendre les résolutions des religieux^.

La Seine-et-Marne, la Marne, la Haute- Marne, comptèrent une forte proportion de prêtres jureurs, ainsi que les Ardennes, les Vosges, le Haut-Rhin, le Doubs et le Jura (51 à 70 °/o) ; la Meuse et la Haute- Saône une très forte proportion (7l à 85 o/o).

Plus considérable fut le nombre des prêtres qui résistèrent dans la Meurthe, la Moselle et surtout le Bas- Rhin où les assermentés ne comptent que pour 0 à 15 °/o. Ces départements qui dépendaient des

1. Ces pourcentages sont donnés par Sagnac, Revue d'histoire moderne, 1906, p. 97-115. Ils sont vérifiés par les différentes études locales.

Mil lard (Le clergé du diocèse de Châlons) indique 371 jureurs sur 502 astreints au serment.

Martin (Abbé) (La révolution en Lorraine), pour le diocèse de Nancy seul, 121 jurent sur 395 astreints au serment.

évêchés de Nancy, Saint-Dié, Besançon étaient beaucoup mieux défendus ou avertis par leurs évêques que les prêtres des diocèses de Toul, Melun, Troyes, Châlons, Reims et en même temps beaucoup moins gallicans et jansénistes qu'en Ghampag-ne. Il en résulta que dans ces derniers diocèses, il y eut moins de places vacantes qu'en Lorraine et en Alsace. Les curés réfractaires, démissionnaires par le fait même, devaient être remplacés. Des élections par le peuple — considérées comme un retour aux mœurs de la primitive église — étaient prévues par la Constitution.

Elles eurent lieu de février à juin ^, suivant les dispositions des districts. Les évêques furent d'abord nommés, puis à intervalles divers, il fut pourvu aux cures. Elles échurent naturellement aux religieux rentrésdans dans le monde et d'autant plus disposés à prêter le serment incriminé que les défaillances des curés étaient plus raj'es.

C'était à ce moment que se fermaient la plupart des abbayes sacrifiées. Les vannistes s'enquièrent de l'existence qui les attendait. C'est partout l'exode. A Nancy, arrivent en mars et en avril, Dom Petitcolas et Dom Léopold Henry de Bouzonville, Dom Voinier de Saint-Avold, Dom Georges Roland et Dom Daime de Lunéville. A Lunéville, d'autres religieux de Saint- Avold et de Longeville. Tous viennent aux nouvelles prendre le vent. Leur curiosité satisfaite sur les décisions des bénédictins éminents, des supérieurs, de leurs amis, leur certitude confirmée, tous repartent, qui dans leur pays natal pour la plupart, qui dans une ville où ils possèdent des relations, oii ils savent trouver bon accueil, peut-être une situation. Ils ont déjà envisagé l'avenir. Les uns comptent manger tranquillement leur traitement à la campagne, les autres se

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