‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 76 sur 124 · février dans la Meuse, 27 février dans les Vosges · texte numérisé non relu

février dans la Meuse, 27 février dans les Vosges

cramponnent à la ville où ils demeurent, espérant comme les Messins conserver leur poste de professeur, comme quelques religieux à Saint-Mihiel, à Gommercy, continuer à enseigner, mais il n'y a pas de places pour tous et les cures sont tentantes du clergé constitutionnel qui se forme. Pour les moins scrupuleux le pas sera vite franchi. Les tentations étaient grandes: le traitement plus .important, les flatteries des autorités, l'encens parfois enivrant de la foule, l'orgueil de jouer un rôle, la conviction qu'ils agissaient orthodoxement en poussèrent un grand nombre à accepter leur nomination ou à se présenter dans le courant de Tannée pour remplacer des prêtres définitivement rétractés ou secourir, avecTapprobation officielle, les constitutionnels surchargés.

Pour mieux marquer l'importance qu'elles y attachaient et leur joie de posséder un nouveau pasteur si patriote, les municipalités firent souvent de l'installation de leur nouveau curé une cérémonie destinée à étouifer les discordes naissantes et à exalter le nouveau culte.

L'acceptation de Dom Goblet, élu à Châtelraould, précisera les sentiments réciproques de ces nouveaux curés et des municipalités. Elle est adressée au procureur syndic du district de Vitry ^ ,

Messieurs,

Les événements extraordinaires dont la France est depuis deux ans le surprenant théâtre, se succèdent dans un tel ordre et paraissent tellement liés avec tous ceux qui les ont précédés depuis près d'un siècle, que. , . on ne peut s'empêcher de conclure que la cause qui les dirige est la Providence elle-même, cachée sous le voile des causes secondes qui ont entrepris la régénération de la discipline de l'Église et de l'Etat de ce grand Empire. . . Vous repré-

1. Elle est datée de Plichancourt le 13 juin 1791. Millard, Le Clergé du diocèse de Châlons, p. 268-270.

sentez, Messieurs, les augustes assemblées de la primitive Eglise dont les apôtres avaient prescrit le modèle pour les élections de leurs successeurs et des autres ministres de la religion. . .

Vous êtes aussi, Messieurs, les organes de la voix du peuple, qui a mis entre vos mains et ses droits et sa confiance ; vous êtes donc, Messieurs, par conséquent, les respectables échos de la voix de Dieu. . . Vox populi, vox Dei.

Mais, Messieurs, ce qui me frappe d'étonnement et d'admiration, c'est que cette voix si imposante ait daigné se diriger vers moi. . . J'avais cru devoir cacher mon obscurité et mon inaptitude dans un lieu retiré et champêtre pour y admirer de loin les différentes scènes qui frappent aujourd'hui les yeux des observateurs... mais vos regards pénétrants ont percé le voile qui me cachait à vos yeux. . . Vous m'avez fait entendre voire voix pour m'engager à sortir de la retraite et à venir consacrer mes services à la religion et à la société. Je crains... d'être reconnu pour beaucoup trop inférieur à la bonne opinion que vous avez de moi.

...La crainte d'encourir le reproche et le blâme que méritent l'inutilité et l'oisiveté m'oblige à sortir de la retraite où je vivais pour moi-même, afin de me disposer d'après votre invitation à vivre dorénavant pour les autels et pour le salut de mes frères.

En plus de celles-ci, j'ai donné les autres raisons » fort claires qui pouvaient faire agir les religieux, mais comment ne pas remarquer Tinsuffisance de piété et de foi, de doctrine ou de bon sens de ce moine par trop inconscient qui avoue vivre pour lui-même dans la retraite, comme si l'essence même de la religion et de la profession religieuse n'était pas l'altruisme par la charité. A chaque pas, on se heurte à des états d'esprit décourageant toute sympathie pour ces bénédictins.

L'organisation de l'Eglise constitutionnelle s'effectuait : bon nombre de vannistes furent choisis comme vicaires épiscopaux : Dom Ybert dans la Meuse; dans

la Meurthe : Dom Bassi^ny et Dom Maug^enre ; trois dans les Vosges : le fameux janséniste Dom Moug^not qui va collaborer aux mandements de Maudru, Dom Valentin et Dom François-Joseph Bailly ; dans la Moselle : Dom Jean-Pierre Bertrand, ex-professeur au collège de Metz; dans la Haute-Marne : Dom Bertilleville, et enfin dans le Doubs : Dom Grappin, qui occupera dans l'Église constitutionnelle une place de premier plan. Noms d'autant plus intéressants que l'on compte parmi ces religieux qui occupent les postes les plus élevés de ce clergé, des vannistes déjà notables dans la Congrégation. Je ne parle ni de Dom Grappin, ni de Dom Mougenot assez connus par leurs opinions, mais Dom Ybert avait été procureur général à Paris, Dom Bassigny, examinateur au Chapitre de 1771 des Constitutions de 1768 et surtout Dom Maugenre venait d'être définiteur en 1786 et prieur de Saint-Mihiel jusqu'en 1789, malgré l'exclusive prononcée contre lui au Chapitre de 1783 parl'évêquede Toul qui s'était aperçu que « les députés de la province de Lorraine vouloient porter ce jeune religieux (46 ans) pour se ménager par ce moyen de pouvoir parvenir aux places des supérieurs des maisons de Lorraine' ». L'acceptation de ces fonctions par ces moines accuse l'affinité du Régime de Saint- Vanne, sinon avec les idées jansénistes, du moins avec les idées révolutionnaires, en admettant qu'ils fussent convaincus de leur vérité. Elle n'en serait pas moins caractéristique si l'on suppose qu'ils agissaient par ambition, ce que la vie de Dom Maugenre semble ne pas exclure.

Dans les séminaires épiscopaux, Dom Gérard fut nommé par Maudru à celui des Vosges, au mois de mai, et Dom Claude-Joseph Baudot au collège Saint-Claude à Toul. Les 6.000 livres que ce dernier avait emprun-

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