Cf. p
2. Je ne compte ici que les huit cures régulières dépendant de l'Abbaye: les cures de Senones, Frammont, Moussey, la Petite-Raon, le Puid, Saint-Jean-du-Mont, le vicariat de Chatas, la cure de Plaine. Deux curés, DomPierson et Dom Morel, avaient d'ailleurs été remplacés, et leurs successeurs reconnaissent Maudru.
Quant aux autres cures de la principauté, depuis 1791, bien des changements s'étaient produits et elles avaient été données
des Vosg^es, Maudru, actif constitutionnel, voulut naturellement englober ce clergé dans son Eglise. Il avait encore l'appui des autorités et vint solennellement le 8 juin 1793 à Senones, accompagné — délicate attention— de deux bénédictins: Dom Georges Valentin, qui avait été précisément conventuel à Tabbaye, et Dom François Bailly, tous deux vicaires épiscopaux.
Il confirma Dom Isambart, curé légitime, comme constitutionnel — ce religieux partira marié de Senones en 1794 — et fît sa tournée épiscopale. Il n'y avait personne à Saint-Jean-du-Mont pour le recevoir. A Chatas, Dom Lemaire, vicaire, était parti depuis deux ans, et Dom Claude Bridot, nommé à Rupt par Dom Lombard depuis son arrivée de Bouzonville, le l***^ octobre 1791, était absent le jour de la visite épiscopale. Absence évidemment voulue. Il prévint d'ailleurs le Département que « sa conscience ne lui permet pas de reconnaître Maudru pour évêque ni pour son évêque, et qu'en conséquence il se retirait du ministère qui lui avait été confié par une autorité légitime ». Il n'en prêta pas moins le serment civique ; mais s'il devient en Tan 6 administrateur de Saint-Jeandu-Mont, c'est avec l'approbation des vicaires généraux. Dom Bouclainville, curé de Plaine, hésita d'abord à se soumettre à Maudru. Prié de rester à son poste malgré ses répugnances, il se crut obligé de le promettre aux représentants du peuple. Il proclamera nettement qu'il n'abdiqua pas, se rétractera pour se laver de toute faute et recevra de nouveaux pouvoirs des vicaires généraux de Mgr de la Galaizière pour exercer sous le Directoire.
N'admettent pas davantage l'autorité de Maudru :
pour la plupart à des bénédictins (Celles, Rupt, Haussonville, Saales). Ce sera surtout chez ces prêtres nouveaux séculiers, nommés cependant par l'autorité légitime: Dom Lombard, vicaire généi-al de Saint-Dié, que se produiront les défections.
Dom Jean-Joseph Marchai, administrateur de Saint- Stail; Dom J.-B. Léonard, ancien religieux de Saint- Mansuy, administrateur de Senones en 1795, successeur approuvé de Dom Isambart. 11 avait donné son nom à la tentative infructueuse de conservation de Saint-Evre et était revenu à Senones après la suppression de cette maison de réunion. Il y héberg^eait Dom Mathis qui dut le quitter, « attendu que deux font un rassemblement » .
Dom Placide Pierson, curé de Framont depuis 1774 et démissionnaire comme Dom Germain Merel, curé de Moussey, très âgé et aveug-le, Dom Jacques Gratien, ancien prieur de Sainte-Barbe, qui était venu se réfugiera l'abbaye de Senones (-j- 9 lloréal an VII), font également partie de ces prêtres décidés orthodoxes.
L'on sent fort bien que les partis sont tranchés et les déterminations nettes.
Le clan de Maudru comprend : Dom Valentin, vicaire épiscopal ; Dom Pierre Toussaint, le francmaçon de Metz qui demeure curé du Puid avec 1.200 livres de traitement ; Dom Benoît Pierson, vicaire d'Haussonville ; Dom Granddemange, ensuite marié, qui remplace à la cure de Celles l^om Claude Bridot ; Dom F'orterre, curé de la Pelite-Raon ; Dom Jean-François Léonard, vicaire de Saales ; Dom J.-B. Parisot, remplaçant de Dom Merel.
J'insiste sur ces listes fastidieuses de noms dont le grand nombre ramassé dans ce petit centre, montre en définitive comment les bénédictins prirent parti et combien peu restèrent indifférents, attitude déjà constatée et qui peut s'étendre à une bonne partie de la Congrégation.
L'invasion par la Révolution de la principauté de Salm effraya lés bénédictins qui n'avaient pas le désir de devenir constitutionnels et qui savaient par les
affaires de France les gag^es demandés aux prêtres. Dom Lombard dut partir dans la direction de Trêves pour rejoindre Tévêque de Saint-Dié, tandis que Dom Fréchard et Dom Willaume passaient en Suisse. Ces nouveaux émigrés allaient retrouver les vannistes déjà sortis de F^rance.
Les premiers émigrés s'étaient expatriés pour ne pas prêter le serment de liberté-égalité, qu'ils considéraient comme contraire aux obligations que leur foi leur imposait.
Deux courants s'étaient établis : l'un, composé de bénédictins de Lorraine, se dirigea vers le Luxembourg, Trêves et le duché des Deux-Ponts; l'autre, de ceux de P'ranche-Gomté et de la haute Lorraine sur la Suisse. Les premiers départs dataient de septembre, octobre 179*2. La plupart des bénédictins qui sortent de France proviennent des maisons de réunion et prouvent par des actes l'esprit qui y régnait et l'orthodoxie absolue où ils voulaient se maintenir. Dom Ghevanne qui, lors desdifficultés éprouvées pour conserver Saint- Evre, écrivait le 23 juin 1791 : « Je ne veux quitter la maison de Saint-Evre que quand je verrai qu'elle ne peut absolument se completter », s'était ensuite retiré à l'abbaye Sainte-Marie de Pont-à-Mousson. Il accompagnait Dom Dominique Lallemant. Ils en partirent tous deux vers octobre 1792 pour le duché des Deux- Ponts. Le dernier alla se fixer à Trêves, tandis que Dom Chevanne partait pour Augsbourg et Munich. Dom Balon, qui avait continué la vie régulière à Novy, Dom Jean Gassiaux à Saint-Pierre-au-Mont, Dom Carit à Saint- Vanne, prirent la direction de Trêves, ce dernier avec Mgr Desnos, dès l'abandon de Verdun par les coalisés, et avec Dom Pierre Richard.
Ils furent suivis de toute une troupe de bénédictins de Metz : Dom Marionnels, qui mourra probablement à Echternach le 18 février 1791; Dom Sébastien Millet, de
Saint-Arnould ; Dom Georges Didier et Dom Léopold Robert, de Saint-Avold. Ces deux derniers passèrent à Sairit-Wendel, puis allèrent se fixer à Echternach. C'est entre ces deux villes une allée et venue perpétuelle de vannistes qui cherchent un asile, des ressources, vont voir s'ils ne trouveraient autre part qu'où ils demeurent un refuge plus souhaitable. Un petit groupe s'abrite à Himmerod, bourgade minuscule aux portes de Trêves, tandis que plusieurs logent dans la ville : Dom Enard y retrouve les deux frères NicoUe , Léopold-Maximin et Jean-François. Les colonies se font et se défont. Ils changent de domicile au hasard des guerres, des circonstances : Dom Evrard Ghauveau, de Saint-Vanne, avait dû partir du côté de Trêves avec Dom Garit. On le retrouve à Dresde où il passa cinq ans, de 1797 à 1802, et d'où il demandera à rentrer en France.
Le deuxième courant, dirigé vers la Suisse, est moins abondant. Le passage de Dom Willaume et de Dom Fréchard est enregistré sur le « Catalogue des prêtres passés à l'abbaye princière de Mury du 18 mars 1793 au 19 mars 1794 ».
Ils y figurent avec six autres vannistes et un convers. Dom Etienne Mourot et Dom Joly s'y rendirent de compagnie; Dom Villars qui avait habité la maison de réunion de Saint-Evre s'y trouve au début de 1794, ainsi que Dom François Roussel'. Les revenus de Mury
1. Les trois autres émigrés sont : frère Romain Mercier, convers de Luxeuil; Dom Henri Donat, de Saint-Nicolas; Dom Zibelin, de Bouzonviile.
La copie de ce Catalogue des émigrés et prêtres déportés du Royaume de France pour la foi de J.-Ch. qui sont passés à Vabbaye Princière de Mury depuis le 18 mars 1793, qui est couserve dans les archives de l'abbaye de Gries (Tyrol), m'a été communiquée par Dom A. Dubourg, 0. S. B,,à l'obligeance duquel je dois en outre les noms de la plupart de ceux de la région de Trêves. La liste sur laquelle ceux-ci figurent n'a
ne pouvaient pas entretenir tous ces émigrés. L'abbaye devait être seulement un but connu, où ils ne devaient rester que quelques jours, le temps de s'orienter. Comme dans le pays de Trêves, ils durent errer souvent à l'aventure, aussi bien pour fuir devant les armées de la République que pour trouver du pain.
A part Dom Lombard, dont la qualité d'abbé et de vicaire général de Saint-Dié, outre les subsides qu'il put emporter, rendirent la vie possible, et qui cependant parcourut successivement les abbayes de Saint- Biaise, d'Einsilden, les autres vannistes, malgré les collectes faites pour les prêtres français émigrés, durent mener une existence étroite et fort pénible. Aussi, beaucoup tentèrent, lors de l'accalmie de 1795, de rentrer en France; quelques-uns y réussirent, bien que les lois contre les émigrés ne fussent pas rapportées, tels Dom Bridot et Dom Willaume, mais la nouvelle persécution du Directoire les reconduisit à Baie, bien heureux qu'on ne les envoyât pas sur Rochefort comme il arriva à I^om Joly ou qu'on ne les emprisonnât comme Dom Fréchard.
Ainsi, la majeure partie de la trentaine de vannistes émigrés était partie dès avant la Terreur, pour préserver leur foi. Il y a peu de fugitifs exceptionnels, comme Dom Lombal qui s'enfuit en 1793 du domicile paternel où des gendarmes venaient l'arrêter, ou d'émigrés tardifs, à la suite des persécutions de 1797, comme Dom Marchai, constitutionnel rétracté, qui évangélisait sous la
pas d'indication de sources, mais proviendrait de M. Victor Pierre. II faut l'accepter comme véridique, car elle se contrôle avec mes propres notes et avec l'article du D"" Lager: Franzœsische migranten in Trier (dans Jahrbuhr des Gesellschaft fur Lothringische Geschichte, 1911), qui ne donne d'ailleurs que quatre noms, les deux frères NicoUe, Dom Lallemand et Dom Georges Didier.
Dom Balon dut mourir à Trêves en 1795-J799 (Matricules de Saint-Dié et Verdun).
direction deM. Thumery, délégué de Tévêque de Saint- Dié, la principauté de Salm ; il ne rentrera qu'en 1801, lorsque tout danger sera définitivement écarté. Les autres religieux ne purent pas regagner plus facilement la FVance, malgré leur désir.
Dom Evrard Ghauveau qui voulait revenir de Dresde à Lunéville en 1802, après dix ans d'exil, n'est autorisé à rentrer qu'en se soumettant aux dispositions du senatus-consulte du 6 floréal an X, c'est-à-dire en faisant une nouvelle promesse de fidélité au gouvernement. Le bénédictin s'exécuta àMayence le 2 juin 1802 ^ . Ces formalités valurent pour les autres.
Chacun de ces trente-deux émigrés était parti, poussé par son désir de fuir la Révolution, ses nécessités personnelles, son attachement à l'orthodoxie. Il n'y eut pas davantage d'indication d'ensemble donnée par les Supérieurs, — dont la plupart n'émigrèrent pas — que pour les autres décisions prises par les vannistes. On ne saurait d'ailleurs leur en faire grief à ce moment de désorganisation où la Terreur s'approche.