LA TERREUR
Le serment de liberté-égalité n'avait été qu'une formalité sans grande conséquence, ceci dit en mettant à part les répugnances légitimes des consciences scrupuleuses. La Révolution triomphante exigera des prêtres des concessions inacceptables.
A partir du mois de novembre 1793, tout exercice public de la religion catholique est interdit. Le culte de la Raison est célébré le 10 novembre à Notre-Dame. Le Gouvernement révolutionnaire resplendit des triomphes de Mayence, Valenciennes, Hondschoote, implacable.
L'abdication de Gobel à Paris avait été un trait de lumière. Un décret imposa son acte à tous les prêtres: tous sont tenus de déposer leurs lettres de prêtrise, dernier lien qui les attachait à la religion. L'ordre était applicable immédiatement. Il n'était point admissible au point de vue religieux. Gela n'empêcha rien : à Nancy, le 20 novembre, à la réunion décadaire tenue dans la ci-devant cathédrale, 71 prêtres viennent déposer leurs lettres d'ordination devant la statue de la Liberté ; bientôt les abdications ne se comptent plus. De mars à juin 1794, la plupart des Vannistes vont livrer leurs lettres de prêtrise et jusqu'en décembre abdiquer leurs fonctions sacerdotales. Les apostasies sont innombrables, presque générales dans la Gongrégation de Saint-Vanne. Les religieux de Senones en ont donné l'avant-goût. Beaucoup sont tardives; mais
les bénédictins doivent y passer, surtout dans la Meuse où la rigueur des ordres de Mallarmé terrorisait tout le département.
Les exceptions sont rares. Elles proviennent pour la plupart d'un oubli heureux pour le bénéficiaire ou d'une prudente réserve. Aussi le courag-e est-il grand d'un Dom Gesnué qui refusa d'abdiquer. Son mauvais état de santé, certifié par les médecins, l'empêchait de voyager, et force fut à TAdministation, bien contre son gré, de le mettre sous la surveillance de la municipalité de Cernon où il habitait, dans l'impossibilité de l'inquiéter autrement.
Les autres s'exécutent, la mort dans Tâme ; ils cherchent des faux-fuyants : Dom Duval abdique à Etain ses qualités de prêtre, déclarant que s'il ne remet pas ses lettres d'ordre, c'est qu'elles ont été enlevées par l'ennemi ^ ; Dom Millet assure les avoir perdues depuis longtemps; Dom Gougelet déclare à Arry renoncer aux fonctions ecclésiastiques; il ajoute qu'il ferait la remise de ses lettres de prêtrise, mais qu'en qualité de religieux, il n'en avait point ^. L'équivoque est évidente. Un grand nombre use de ces subterfuges, confondant volontairement les lettres d'ordre avec les certificats de nomination à des cures. Ils purent parfois tromper les bureaux ignorants et esquiver, croyaientils, l'apostasie cependant effective.
Rares pourtant sont les émules de Dom Rossignol, curé de Gelles-sur-Ource, qui fait avec pompe profession d'anticléricalisme :
Attaché de cœur et d'atîection à toutes les loix de la République, ennemi déclaré de tout despotisme reHgieux et politique, il renonce à toutes les fonctions de prêtre, il ne reconnaît d'autres principes que ceux de la liberté et de