Arch. dép. de la Moselle, L
Tégalité, d'autres maximes que celles dune saine philosophie, d'autre évangile que celui de l'humanité et de la fraternité, en outre il va s'honorer du titre de père de famille et partager avec une compagne républicaine la pension qui lui est accordée comme ci-devant bénédictin, pension qui fait toute sa richesse.
Il me paraît inutile de commenter ces déclarations, même amalgamées à ces principes fumeux.
Dom Lequeux, curé de Bayonville, se payait moins de mots. Sa pensée est à peu près nette, sinon complète. Il cesse « toutes fonctions de prêtrise parce qu'il a rhonneur d'être citoyen français et qu'il désire son entière liberté pour se conduire en bon républicain ^ ».
La peur, rarement la conviction, contribuaient largement à accélérer ces abdications que l'accoutumance ne rendait plus écœurantes. Tous ces religieux tiennent à se soustraire aux persécutions dont ils avaient eu des visions constantes sous les yeux, qui, surtout depuis le début de 1793, empiraient sans cesse et leur annonçaient des souffrances que leur foi timide appréhendait.
Aussi, ces mesures d'abominable contrainte vontelles produire leurs fruits naturels : les résistances et les persécutions, les consentements et les chutes qui suivirent.
Dès les premiers mois de 1793, les prêtres soupçonnés d'incivisme avaient été internés. Toutes les prisons des anciens centres de la Congrégation : Nancy, Verdun, Epinal, Troyes, Besançon recèlent des bénédictins, mais la crise atteignit son point culminant en Lorraine d'où proviennent tous les Vannistes qui payèrent de leur vie leurs fautes et celles de leur pays, alors que la persécution du Directoire touchera plutôt ceux de Franche- Comté. C'est cette région, privilégiée parles souffrances de ses prêtres, qui mérite d'être parcourue et sondée,
1. Poulet, Histoire de Thiaucourl, Extr. des Annales de l'Est.
c'est elle qui donnera l'essentiel de cette première persécution.
Les arrestations avaient commencé dans la Meurthe, vers le début d'avril 1793. La visite successive des prisons de Nancy fournira le bilan des Vannistes frappés. Celle des Tiercelins renfermait Dom Debras, Dom Drouot et Dom Richard. L'ancien président général de la Gong^rég-ation avait été interné parmi les premiers le 17 avril ; il devait être fort suspect, car une demande des administrateurs de Nancy à ceux de Verdun fournit les motifs de son arrestation : « A-t-il exercé le prétendu office de grand vicaire du traître Desnos, votre ci-devant évêque, au mois de septembre dernier, dans ces temps désastreux où les bons citoyens de cette ville gémissaient sous l'oppression de l'aristocratie et des hordes étrangères ^ ? » Une telle présomption, même non vérifiée, pouvait coûter la vie. Dom Debras put se défendre — peut-être comme Dom Poirot — et échapper à la dénonciation et au Tribunal Révolutionnaire ; il restera en prison jusqu'en 1795 et ses biens seront seulement confisqués ^. Ses deux compagnons ne virent pas l'aurore de salut. Dom Drouot qui avait mené la vie régulière à Pont-à-Mousson, preuve évidente de son mépris pour les lois libératrices, dut expier ce crime. Incapable de supporter le régime de la prison, il s'éteignit le 5 avril 1794. Dom Richard, plus jeune, va mourir déporté.
Dom Gallet et Dom Joseph-Vincent Georges étaient détenus aux Cordeliers. L'ancien procureur général à Nancy avait été d'abord mis en surveillance comme Dom Debras, puis comme lui, avait été arrêté et ses biens avaient été confisqués. Son confrère, ancien bénédictin de Flavigny, avait été écroué le 6 octobre comme
1. Archives de la ville de Verdun. Carton S et Archiv. dép. de Meurthe-et-Moselle, L, 158 et L, 473.