Millard, Le clergé du diocèse de Chàlons^ 459-49i
3. Godefroy, Les derniers jours de Montier-Ui-€elle, p. 36-37.
nal, Dom Lahausse et de Dom Sommeillier dans la Haute-Marne, du frère Isler dans le Bas-Rhin, de Dom Aubertin à Golmar, des religieux du Doubs sont moins incohérentes de la part de la Révolution. Gesrelig-ieux les supportèrent comme une expiation.
Gomme à Ghâlons, les prêtres de Besançon furent internés à diverses fois. Dom Gérard, enfermé au Séminaire avec les prêtres réfractaires, prouva qu'il avait prêté le serment de liberté-ég-alité et fut élargi, mais pour peu de temps. Il fut emprisonné à nouveau le 17 septembre 1793. Il était accusé de propager les principes de fanatisme, il avait refusé de prêter le serment civique. « Garactère très sombre et tranquille, dit l'accusation, ses opinions politiques n'ont jamais été trop connues, attendu qu'il étoit très concentré dans son domicile. »
Dom Sornet, prieur de Saint- Vincent, reclus chez lui le 5 mars 1793, puis réfugié à Salins, demanda un emploi dans le clergé constitutionnel pour se soustraire à l'arrestation. Les autorités de Besançon déclarèrent le 6 novembre que le fugitif trop connu pour son incivisme n'en serait pas moins réclamé aux autorités du Jura ; son internement ne se termina qu'en novembre 1794.
Si l'on tient compte des mesures tracassières partout instaurées, en particulier de* arrêtés de Mallarmé dirigés uniquement contre les prêtres : celui de germinal an II portant que ceux-ci devront se rendre dans les vingt-quatre heures au chef-lieu de leur district — ceci dans la Moselle — les obligeant dans la Meuse à venir y signer périodiquement une feuille de présence (à Saint-Mihiel par exemple pour les bénédictins des environs) ; enfin l'arrêté éloignant tous les prêtres insermentés et même constitutionnels des communes où ils avaient exercé le culte, l'on peut imaginer la vie toute de soucis et d'angoisses de ces malheureux prêtres qui attendaient journellement le décret ou la loi d'excep-
lion qu'inventait avec un raffinement de cruauté Timag-ination fertile des représentants du peuple, quand ils ne copiaient pas, en renchérissant sur elles, les mesures de leurs collègues.
La foi qui permit les résistances n'était pas ancrée dans le cœur de tous les religieux et beaucoup ne se sauvèrent pas du mariag"e, chute suprême, mariages que je ne puis passer sous silence, malgré la laideur de ces boues et la fange de ces chutes, parce qu'ils indiquent précisément Tétiage des âmes.
Les deux premiers mariages n'eurent pas la peur comme circonstance atténuante, si la peur en est une ; ils soilt les moins excusables, mais ils présentent ce signe commun avec les mariages postérieurs que leurs auteurs avaient tous deux prêté le serment à la Constitution civile, lorsqu'ils songèrent à prendre femme, première chute dont Timportance sera soulignée.
Doip Jeanmougin, le premier prêtre marié du Doubs, fut peut-être le premier des Vannistes. L'appréciation que portait sur lui Dom Royde son confrère, curé constitutionnel de Saint-Ferjeux, le peint suffisamment : <c II a donné constamment, disait-il, des preuves de son patriotisme, il est approuvé par l'évêque pour me seconder dans ma paroisse, il a bâti une maison à Saint- Ferjeux pour se consacrer à l'enseignement de la jeunesse dans les vrais principes de la Révolution française », principes qui le conduisirent droit au mariage, dont les bancs furent publiés le 19 février 1793 et qui fut célébré avec la plus grande pompe sous les auspices de la Société populaire de Besançon *.
Ce mariage dut décider Dom Charles, autre bénédictin de Besançon, qui suivait ses traces peu de temps après et se mariait devant un prêtre de ses amis. Il était professeur au collège, collègue et ami de Dom Grappin
1. Sauzay, oiiv. cit., III, 549 à 551. Arch. Nat., AFiv, 1906.
dont il avait été Télève et l'aide. Il sera plus tard archiviste du Doubs ^ . L'exemple de ces précurseurs dut servir à faire tomber les hésitations, mais la Terreurdétermina le plus grand nombre des chutes. Durant toute Tannée 1794 et au début de 1795, les pressions et la peur, la rupture des cadres et la facilité des tentations entraîneront les timides et les voluptueux. Les confessions, lors du Concordat, de tous ces prêtres tombés éclairent singulièrement les motifs et les circonstances de ces défaillances. La véracité des prêtres enfermés à la citadelle de Verdun est particulièrement sûre.
Dom Nicolas Jacquet, prieur de Saint- Vincent de Metz et visiteur général de la Congrégation, était déjà depuis quelque temps incarcéré dans la Citadelle lorsque le bruit courut que tous les prêtres allaient être conduits à Rochefort et de là à la Guyane. Une religieuse professe de la Congrégation de N.-D. du Refuge de Metz, Anne-Thérèse Louis, imagina pour le soustraire au sort malheureux qui l'attendait de faire afficher à la municipalité de Metz les promesses du mariage qu'elle entendait contracter avec lui. Le bénédictin, instruit des démarches qu'on venait de faire à son insu, eut la faiblesse d'y donner son consentement et se maria civilement ^. Le malheureux religieux expia cruellement par les difficultés sans nombre — uniquement matérielles d'ailleurs — qu'il éprouva pour se séparer de son épouse fictive.
Dom Nicolas Louis, de Flin, qui dut se déterminer d'après les mêmes conseils, contracta, pour sortir de la Citadelle de Verdun, un mariage simulé avec une Annonciade de Saint-Nicolas-du-Port. Quant à Dom Ménétré de Châlons, il avait prêté le serment à la