‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 91 sur 124 · Arch.Nat., AFiv,l · texte numérisé non relu

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quillité » ; Dom Schwartz s'excuse identiquement de son mariag-e contracté « dans un moment où une grande partie des prêtres emprisonnés dans cette commune (Verdun) n'ont presque point eus pour éviter le danger qui les menaçait d'autres moyens que de transgresser les engagémens sacrés qu'ils avaient pris au pied des autels ».

La confession de Dom Termonia résumera de façon claire la genèse de ces mariages contractés par crainte. Le religieux s'était retiré chez sa sœur à Palizeux, duché de Bouillon :

Bientôt, dit-il, je me suis ennuyé dans l'inaction, j'appris que Wadelaincourt, paroisse considérable à la proximité de Sedan, manquoit de pasteur; on m'en offrit la desserte et je l'acceptai dans la vue de continuer à me rendre, utile. Quelques mois après, je fus nommé curé de cette paroisse par le collège électoral de Sedan et je reçus mes pouvoirs de l'évêque constitutionnel du département des Ardennes.

Je pris possession des deux églises : Wadelaincourt et Fresnois à la grande satisfaction de tous les habitansdeces deux communes et j'ai exercé de même mes fonctions ecclésiastiques jusqu'au moment où, par un arrêté tyrannique, toutes les Églises furent fermées et le culte entièrement aboli. A cette époque, je me suis retiré dans une petite maison à Wadelaincourt où je vivois pour ainsi dire du travail de mes mains. Cette tranquillité apparente ne dura pas longtemps. Un arrêté du Représentant du peuple força tous les curés du département des Ardennes de sortir de leur paroisse ou de se marier. Je ne fis point encore usage de ce dernier moyen. Les Officiers du Génie en résidence à Sedan qui connoissoient mes foibles talens dans leur partie, me firent recevoir adjoint à l'arme du Génie. J'ai rempli les fonctions de mon nouvel état avec l'applaudissement de mes chefs et je croyois avoir évité l'orage de la persécution qui me menaçoit. J'étois à peine attaché à ce corps respectable qu'il parut un projet de décret qui obligeoit tous les cidevant nobles et prêtres à quitter toutes

fonctions civiles et militaires à moins qu'ils ne fussent mariés ou veufs ayant des enfans. Voulant prendre des renseignements sur ce projet terrible pour moi, je crus devoir m'adresser au Représentant La Croix qui me dit d'un ton très impérieux de profiler du peu de temps qui me restait pour me marier et que dans quinze Jours le décret serait rendu.

Dans cette crise cruelle pour me soustraire à la persécution et me procurer la subsistance, je pris la résolution d'épouser une personne honnête et vertueuse. Je n'étois conduit ni par l'esprit révolutionnaire, ni par la passion, je ne cherchois qu'à éviter la persécution et à me procurer du pain 1.

La lettre se suffit à elle-même. La situation était fréquente, c'était celle de Dom Gabriel Villars :

Si je dis quelque bien de ma personne, je reconnois qu'il vient tout de Dieu et le mal tout de moi et des circonstances et du temps. Sorti du cloître après avoir fait consigner dans les registres publics ma ferme volonté d'y rentrer après avoir fermé les yeux à mon père vieux et infirme, je l'ai trouvé fermé après la mort de ce digne père. Nommé professeur au collège de Toul, j'y ai enseigné avec zèle la religion aux enfans et à toute la maison, n'en parlant avec respect dans des tems où on la déchiroit partout. Je me soumis à toutes les loix par principe de conscience. La haine prononcée contre les religieux, surtout les rentes, m'a mis à deux doigts de la mort. La crainte de la déportation, la terreur qui couvroit de deuil les villes et les campagnes, les bruits les plus sinistres répandus partout qu'on égorgeoit ceux qui ne se marieroient pas ou qui n'adopteroient pas un enfant, l'état désolant d'être seul, sans parent, sans aucun moyen suffisant d'existence, sans aucune expérience pour le temporel, tels sont les motifs qui m'ont porté à m'associer d'après les loix à une personne de bonnes mœurs et de probité irréprochable ^.

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