CHAPITRE XIIl
l'accalmie (24 FÉVRIER 1795-5 SEPTEMBRE 1797) LA PERSÉCUTION DU DIRECTOIRE
La chute de Robespierre le 9 thermidor (27 juillet 1794) n'interrompit pas instantanément la Terreur, et si les prisons s'entr'ouvrirentà Paris, la province retardataire et timorée attendit l'arriv.ée des idées libératrices.
L'abolition des lois révolutionnaires en juillet et en août permit aux proscrits d'espérer entin revoir la France. Plusieurs années d'attente vaine, ponctuée d'espoirs et de décourag^ement, avaient été un rude calvaire, temps de vie végétative et impuissante, et sans but autre que la perspective de revenir dans la terre natale, soutï'rances de tous les instants chargées de toutes les misères matérielles. Cet espoir fut cruellement trompé. Si près du port, les émigrés ne pourront encore aborder, retenus les uns par la barrière d'un serment, les autres par les lois non rapportées sur l'émigration. Quelques-uns cependant ne purent se tenir de rentrer; Dom Bridot, Dom Roussel, Dom Gérin^, Dom Joly réapparurent un beau jour. Ils paieront durement cette hardiesse deux ans après.
En France, la situation s'améliorait véritablement. En décembre, le jugement et l'exécution des principaux terroristes, suivis en janvier de la fermeture du club des jacobins, firent entrevoir la fin du cauchemar.
La Belgique était conquise. Jourdaii occupait les deux rives du Rhin, Favenir était radieux pour la patrie, les angoisses françaisespouvaient se calmer et laisser place aux individuelles.
Les deux églises se retrouvaient opposées : l'une conservait ses prêtres et ses cadres, l'autre complètement désorganisée n'avait plus ni traitement, ni existence officielle. Toutes deux n'en avaient pas moins besoin de se reformer ; tandis que Grégoire et Saurine, gallicans et constitutionnels irréductibles, entreprenaient de reconstituer une église nationale, de leur côté les évêques émigrés ne restaient pas inactifs et, en attendant un règlement officiel de la question religieuse, paraient au plus pressé en réorganisant le culte.
M. de Thumery, chanoine de Saint-Dié, avait ouvert des oratoires. dans des maisons particulières dès avril 1795. Il avait reçu les pouvoirs de vicaire général de Mgr de la Galaizière qui les étendit même un peu plus tard. Il avait réconcilié Dom Remy Marchai, bénédictin de Flavigny, ancien vicaire constitutionnel de Senones, avec lequel il entretint une correspondance suivie, et qu'il avait nommé curé de Senones. 11 calme les scrupules qui troublaient le bénédictin :
Soyez tranquille. Monsieur et cher confrère, surlaréconcilialion qui vous a rendu au saint Ministère de la paroisse de Senones et les voisines, vous ne devez avoir aucun doute sur la légitimité de votre mission, je ne me suis pas attribué des pouvoirs que je n'avais pas. Une assemblée composée des personnes les plus instruites des matières canoniques à Nancy, choisie parmi los ecclésiastiques et les laïques, auxquels j'ai exposé l'état de la paroisse de Senones, les droits d'exemption dont elle jouissait, ainsi que ceux de son abbé, ont jugé qu'en son absence, je devais me charger du gouvernement de cette église et pourvoira sa desserte jusqu'à ce que son supérieur légitime puisse y pourvoir lui-même...
D'api.ès cola, envoyé par moi, vous l'étiez légitimement. J'ajoute aux pouvoirs que je vous di envoyés ceux de votre respectable prélat qui m'autorise à vous envoyer en son nom. Je ne cloute pas que, muni de cette lettre, tous les iidèles catholiques de nos cantons ne vous regardent comme leur pasteur provisoire et ne vous accordent le respect et la confiance qu'ils vous doivent à ce titre. Kecommandez, je vous prie, à Dom Bouclainville de ma part de continuer ses fonctions de la paroisse qu'il dessort •, quand M. l'Abbé - lui donneroit des conseils contraires, ce que je ne crois pas. Il n'est plus soumis à sa juridiction. Etant dans une paroisse du diocèse, il est entièrement dépendant de l'ordinaire qui lui enjoint de ne pas abandonner le poste qui lui est confié.
Laisse/ tous deux crier un confrère qui doime dans des principes outrés et qui a trompé M. l'Abbé par des expositions fausses •\..
Je suis avec une affection chrétiennement fraternelle votre serviteur
Thumery '%
La lettre est datée de Saint-Dié, le 12 janvier 1797. La question est larg^ement et nettement tranchée. Quels espoirs existaient encore dans l'avenir, et dans l'avenir de l'ordre bénédictin, (pour que Dom Lombard maintînt dans un tel bouleversement les privilèges de son abbaye « nullius », et trouvât un conseil dans l'ordre même qui fit preuve de semblable intransigeance pour les formes du droit canon, alors que l'existence de l'Eglise était en jeu? Les questions de principe surgissent à chaque pas de l'histoire religieuse de la Révolution. Le Concordat fournira une mine inépuisable