Dom Lombard, abbé de Senones
3. Je ne pense pas qu'il s'agisse de Dom Fréchard dont on signale la présence à Senones avec Dom Marchai en ce moment
Semaine religieuse de Saint-Dié, 1897, p. 704).
4. Lahache, La persécution révol. dans les Vosges {Semaine relig.de Saint-Dié, IBOl, p. 705; 1899, p. 44).
aux spéculations. Non que je veuille les blâmer: beaucoup de ces discussions étaient nécessaires, mais le plus souvent superflues. L'avenir se charg^ea de les régler.
M, de Thumery avait une meilleure conception des réalités. Il précisa par la suite certains points : Les mariages sont soumis directement à Tévêque dans une paroisse schismatique. Dom Marchai est délégué pour les bénir.
Les réconciliations avec l'Eglise surgissent nombreuses. Les conditions sont dures partout. M. de Thumery les envoie à Dom Marchai le 16 juillet: le prêtre jureur est éloigné de Tautel pendant six mois. Il doit réciter tous les jours les sept psaumes de la pénitence, jeûner une fois par semaine pendant six mois. C'est ainsi que fut réconcilié Dom Bailly, placé ensuite à Saales.
Parmi les prêtres rentrés, quelques-uns crurent bon de prêter le serment de liberté-égalité qui leur permettait d'exercer leur ministère sans danger; ils le considéraient comme un acte de simple politique. M. de Lupcourt, grand doyen de Nancy et vicaire général, crut opportun de se soumettre à cette formalité. Condamné sur-le-champ par Mgr de la Fare, il fut tenu à Fécart de l'administration du diocèse '.
En outre, la loi du 11 prairial avait rendu les "églises non aliénées aux ministres des différents cultes, mais on exigeait d'eux une déclaration de soumission aux lois de la République faite aux endroits oij ils voulaient |exercer le culte. Le débat fut encore très vif entre intransigeants et prêtres qui considéraient la formule comme une simple mesure de police. Il s'envenima lorsque la Convention vota la loi du 7 vendé-
1. Martin (Abbé Eug.), La persécution et l'anarchie religieuse en Lorraine, Nancy, Grépin-Leblong, 1903, p. 144.
miaire IV (29 novembre 1795) qui obligeait le prêtre à souscrire devant la municipalité et tenir affiché dans le local où il officiait la déclaration suivante : « Je reconnais que l'universalité des citoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois de la République. »
Mgr de la Fare, si attaché à la dynastie, condamna ses prêtres qui avaient pu le prêter comme coupables d'une lamentable défection. A Toul et à Saint-Dié, Ton fut moins rigoureux sur cette question de principes plutôt politiques que religieux, et la majeure partie du clergé ne fit pas difficulté de se conformer à la loi ^
L'autorité ecclésiastique du diocèse de Besançon partageait les opinions de Tévêque de Nancy. Dom Charles Glavey, ancien prieur de Saint-Mihiel, qui avait déclaré, lors des inventaires, « être toujours attaché de cœur et d'esprit à son corps, et qu'il en observera les statuts et règlements suivant l'énoncé de ses vœux, tant qu'il sera à môme de le faire », était revenu, dès le 21 mars 1791 à Belfort, son pays natal. D'une orthodoxie absolue, il évangélisait en 1795 Danjoutin et correspondait avec l'évêque de Rhosy, alors en Suisse ^. Il lui écrivit précisément pour lui signaler les diflîcultés que rencontraient les prêtres :
Comme religieux, je touchais une pension. Quel a été mon étounement lorsqu'on a exigé de moi l'attestation que je n'avois point rétracté de serment. Mon parti a été de tirerma révérence et de tenirquitte le receveur. Aujourd'hui, pour exercer, l'on est obligé de promettre soumission aux lois de la République sans aucune restriction. Comme la chose n'est pas faisable..., il n'y a pas de missionnaire dans le pays,
1, Martin (Eug.), ouv. cité, p. 137.
2. Claude-Ig-nace Franchet de Rans, évêque de Rhosy, coadjuteurde 13esançon, f 21 février 1810 à 88 ans.
Sauzay, Hist. de laperséc. révof,, VIII, 168,
L'évêque de Rhosy lui accorda les pouvoirs à Danjoutin et à quatre lieues à la ronde (y compris Belfort, par conséquent), mais il ne devait faire aucun acte de soumission sans insérer sur les reg^istres la restriction expresse de la religion et de la justice.
A la fin de la même année, Dom Glavey annonçait avec joie à M. de Villefrançon à Soleure, délégué de Farchevêché de Besançon, les rétractations de deux prêtres ses voisins '.
Organisé de cette façon en missions, le culte catholique se reconstituait méthodiquement surtout dans ces départements frontières où les relations étaient relativement faciles avec les évêques habilant à peu de distance. Le diocèse de Verdun était plus déshérité, Mgr Desnos était mort le 3 septembre 1793. L'archevêque de Trêves, son métropolitain, avait organisé dans cette ville, un consistoire qui administrait le siège vacant. Sa juridiction était si lointaine qu'elle était presque ignorée des prêtres du diocèse, les premiers intéressés.
La vie de Dom Gaspard Marchai résume la situation. Ce religieux avait renoncé à la vie commune et quitté l'abbaye de Saint-Mihiel où il habitait comme jeune religieux, en février 1791, pour rentrer dans sa famille à Praye. Attiré bientôt par une vie plus active, poussé par le besoin de se suffire, il prêta le serment constitutionnel pour desservir Boucquemont, puis revint peu de temps après à Saint-Mihiel comme vicaire. En règle vis-à-vis de toutes les lois civiles, il reprit tranquillement en 1795 l'exercice interrompu de son ministère. De très bonne foi, il s'imaginait pouvoir se passer de toute autorisation de l'Ordinaire. Les efforts des missionnaires, les discussions religieuses, des avis autorisés le firent réfléchir. Il partit à Nancy pour s'enquérir
1. Ingold (A.-M.-P. , Grégoire et V Église constiliitionnelle d'Alsace. Paris, Picard, 1894, p. ii.
auprès de M. de Lupcourt, récemment rentré, de la conduite à tenir. Il semble bien que celui-ci, très large d'idées, Tait rassuré et engagé 'à continuer sans plus son ministère paroissial. Mieux informé par la suite, le grand doyen conseilla au religieux inquiet de ses conseils faciles de se rendre à Trêves. Dom Marchai en revint absous et muni des pouvoirs pour la paroisse de Saint-Mihiel. Il s'abstint quelque temps des fonctions du culte, sans doute pour accomplir la pénitence imposée. Il rebaptisa des enfants, fît refaire les premières communions, publia son absolution. 11 reconquit aussitôt la confiance des catholiques ' qui assistèrent ostensiblement à ses offices, désertés par eux auparavant.
Après le coup d'J^^tat de fructidor, la municipalité de Saint-Mihiel, qui savait à quoi s'en tenir, mais qui avait la main forcée par des dénonciations, procéda à l'interrogatoire du bénédictin, quoique à contre-cœur et avec la ferme volonté de lui être favorable. Un premier interrogatoire fut trouvé insuffisant par le Département et fut renvoyé avec ordre de le compléter. Il n'y avait pas à tergiverser. Le religieux avait préparé sa réponse, il avoue clairement sa réconciliation, mais sur la question capitale et fort embarrassante de la rétractation, il répond en normand, comme à plusieurs autres questions insidieuses, « qu'en ce qui regarde les serments, déclarations et soumissions voulues et maintenues par le Gouvernement de la République française, purenientc'iviis et politiques, il n'a rien rétracté ». Gela exceptait évidemment les matières religieuses. Un casuiste aurait eu beau jeu. Dom Marchai ne mentait
1. Et ces catholiques étaient naturellement les personnes « bien pensantes » delà ville, les ci-devants, comme les appelle le procès-verbal d'interrogatoire, les seuls qui fussent informés des conditions d'orthodoxie des prêtres et qui y tinssent. Mauvaise note pour Dom Marchai.
pas. Le subterfu«^e n'était ni très beau, ni très courag-eux, il n'était pas tout à fait condamnable.
A cette nouvelle, le vicaire général ^ nommé par le consistoire pousse les hauts cris, censure comme retombé dans le schisme Dom Marchai — celui-ci avait avait aussi prêté le serment de haine à la royauté — et le destitue. Le religieux, cette fois, ne se soumit pas. Il rejeta les censures qu'il estimait exagérées et, un peu avant le Concordat, s'adressa directement au cardinal Gaprara pour justifier sa conduite et se faire approuver dans ses fonctions. Il allègue que Tanarchie de lÉglise Favait oblig-é à ag-ir comme il Pavait fait. Sa requête devait être destinée moins à apaiser ses scrupules qu'à obtenir de rester à Saint-Mihiel. Le cardinal ne dut pas répondre au religieux, car la question allait être tranchée pour l'ensemble de la France, mais Dom Marchai fut nommé canoniquement vicaire à Saint-Mihiel où il finit sa vie ^.
Dom Bergnier, approuvé à Villecloye, Dom Lombalà Consenvoye, Dom Dauxert à Commercy, participaient à l'organisation régulière du diocèse, organisée tant bien que mal, quand la persécution viendra encore une fois tout détruire. 'M
Parallèlement, le clergé constitutionnel s'était re-1 formé autour de ses évêques revenus à la lumière et à l'activité. Partout, il y avait eu des prêtres constitutionnels, la plupart reprirent leur poste d'autant plus aisément que leur titre officiel rendait leur situation beaucoup plus licite aux yeux de la foule toujours res-
1. Ce devait être M. Dordolot d'Epreville, à Bruxelles en 1794, dont l'intransigeance d'émigré en sûreté, d'ailleurs en contradiction avec le consistoire de Trêves qui admettait la légitimité des serments de Liberté-Égalité et de soumission aux lois de la République, causait ainsi une anarchie dont les prêtres étaient victimes. Cillant, Pouillé. Introduction.