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LE RAT D'EAU

Le rat d'eau, s'éveillant au tapage des geais, Reparaît sur le bord; il est d'un noir sans tache;

Deux petites perles de jais Sont ses deux yeux mutins éclairant sa moustache.

Il rampe un instant, se recueille,

Et puis recommence au hasard, A terre, sur la branche, entre l'herbe et la feuille,

Son glissotement de lézard.

Pas de zigzags qu'il ne décrive

Autour de l'arbre, au bord des eaux.

Preste, il descend par les roseaux,

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Et remonte par la sous-rive.

L'aigu de son museau, le prenant de sa griffe,

Ses tassements souples, adroits.

Font qu'il passe à son gré par des fourrés étroits, Où son poil s'aplatit, s'accroche et s'ébouriffe.

Partout il veut s'insinuer,

Si furtif, si court daps ses pauses

Qu'il a vraiment l'air de jouer

A cache-cache avec les choses.

Mais fatiguée enfin et se croyant bien seule, La bête, entre deux joncs, va se mettre à songer, Quand la loutre apparaît, flottante sans nager. Puis plonge et ressort vite un barbeau dans la gueule.

Très chipotière à sa façon, L'ogresse avec lenteur décharné son poisson. Mange la chair et part en laissant tête et queue. Mais le rat d'eau l'a vue et de ces restes là

Lui, pas fier, se fait un bon plat

Dès le soir, sous la lune bleue.

Au vieux grenier cuisant D'où le chat est absent, Le soir d'été descend Languissant.

Par son chaume en haillons

Dardant de beaux rayons,

Vaporeux tourbillons

Vermillons.

Le grenier dévasté Saigne sa pauvreté, De la rouge clarté Tout teinté

Puis, par degrés, gris, vert.

Blanc, de moins en moins'clair, Son jour meurt et dans l'air Brun se perd.

L'homme ronfle en ses draps, Alors sortent les rats.

Aussi fins scélérats Que peu gras.

Grisâtres, bruns et roux.

Moustachus peu ou prou.

Ils font près de leurs trous Des froufrous.

Guetteurs astucieux, Museau malicieux, Petits pieds, petits yeux Anxieux,

Queue énorme et d'un rond, Et d'un chauve et d'un long !

Par ce temps lourd de plomb Tous ils vont

Glissant, rampant, par saut.

En lézard, en oiseau,

En serpent, en crapaud; C'est qu'il faut.

Puisqu'en train de ronger On peut les déranger.

Veiller, toujours songer Au danger.

Quittant le plancher mûr, Ils courent sur les murs, Les soliveaux obscurs Jamais sûrs,

Chacun se demandant :

Qu'y a-t-il là dedans, Du fer ? soyons prudents Pour nos dents.

Le bois serait plus mou, Mais on en prend dégoût, En grignoter ce bout.

C'est beaucoup.

Tant de jeûnes subis

Les rendent décrépits,

Ils mangent accroupis

Des habits,

Puis de méchant papier Si vide à leur gésier Ne cessant de veiller, D'épier.

Mais enfin déroidis, Ils reprennent hardis Tous leurs instincts maudits De bandits.

Parmi fagots tortus Et poussiéreux fétus, Assez leurs cris pointus Se sont tus.

Maintenant, tout de bon.

Piaulent ces vagabonds Qui dansent, font des bonds Furibonds.

Cela grouille, s'ébat, Ici sur un vieux bât.

Là sur un vieux grabat Fait sabbat.

L'araignée avec soin Remonte de son coin Reste en haut leur témoin De très loin.

Ils roulent des poinçons.

Ils traînent des tessons.

Et tout à coup, ils sont Des frissons,

Des éclairs sans éclat.

De petits démons plats, En quête çà et là D'un gala.

Ce vacarme qui meurt Et renaît plus frappeur Emplissant la torpeur De rumeur.

Il a je ne sais quoi D'humain lourd, maladroit.

De furtif et de froid.

Et l'on croit

Aux bruits se promenant De voleur tâtonnant, De fous, de revenant, Ricanant.

Mais derrière ce fil Qui pourrit par trop vil.

Comment eux, si subtils, Se fait-il

Qu'ils n'aient pas encor vu Dans leur trotte-menu Ce mets quasi charnu Si connu

Du cuir de cordonnier Et même de sellier, Des brides, des souliers Presque entiers.

Attablés les voilà Plantant la dent et la Griffe, prenant du plat.

.Jusque là !

Tout à s'épanouir, A bien se réjouir, Ils ne veulent plus fuir Du bon cuir.

A peine se mouvant, Ils digèrent devant, D'un regard triomphant Le couvant.

Puis, fiers comme pachas, Ils font des entrechats En n'ayant plus déjà Peur du chat.

Ils ont raison, leur nuit S'écoule sans ennui, Et la lune reluit Aujourd'hui,

Magique en son quartier, Faisant du vieux grenier Le gîte singulier D'un sorcier.

LE CHAT

Égoïste ombrageux de tout soji corps qui vibre, De tout l'instinct si froid qui lui sert de raison, Il vous hante et vous fuit, n'est dans votre maison Qu'un démon familier, lunatiquement libre.

11 vous paye en magique, en luxe, en poésie, Sans jamais abdiquer ses sauvages besoins. Son acceptation de vous et de vos soins ? Gourmandise, intérêt, rapace fantaisie.

Sous sa peau de velours qui recèle du feu

Et communique aux doigts des frissons q^ui les grisent,

Il promène élastique, à la fois spectre et dieu,

Un fluide dont l'air et l'objet s'électrisent.

Sa vue inspire l'art, solennise l'étude. Et l'ermite s'oublie à le considérer.

D'autant plus fascinant qu'il a pour l'encadrer La vétusté, le deuil, l'ombre et la solitude.

Son mouvement trahit la Fée ouïe Génie,

Et sa torpeur vous semble un sommeil enchante.

Partout il est la grâce, il est l'étrangeté,

Le charme, l'inconnu, le faste et l'harmonie.

Qu'importe ! on lui pardonne astuce et malfaisance, Puisque dans nos logis ce fier prestigieux Dégage de l'énigme et du passé très vieux, Met du surnaturel par sa seule présence.

LE CHAT

Il incarne en beauté le mystère sournois, De l'onde ayant Terrant, Tonduleux, l'indolence; De la femme, les nerfs, le regard, le minois, Avec l'éclair du geste et le pas du silence.

Des ténèbres, sa chère atmosphère, où reluit Son œil, fixe carreau de sa pensée obscure. Il semble rapporter le secret qu'il figure, Rentre au jour avec les allures de la nuit,

Et tandis qu'à ses cris d'amour, jusqu'en votre ame Hurle, grince et gémit toute l'horreur du drame. Son miaulement d'ennui vous caresse le cœur.

Et berceur plus sorcier, avec plus de longueur, Le songe file en vous sa quenouille de gaze. Quand le ronron félin vient en rythmer l'extase.

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