LES DEUX COMPAGNONS
Cet énorme cheval et ce tout petit àne, Frères en coups de fouet, en jeûnes, en labeur. Ont pris les mêmes airs d'angoisse et de stupeur, Pensent le même efîrqi dans la nuit de leur crâne.
A force de tirer côte à côte, en souffrant, Ils ont suppléé presque au manque de langage Par des mouvements d'yeux, d'oreilles, et je gage Qu'entre eux braire et hennir est un parler courant
Aussi, lorsqu'en leur pré d'herbe courte et mauvaise, De la sorte, ils ont pu converser bien à l'aise, Alors c'est du délire après l'épanchement.
Pleins de la belle humeur que l'un à l'autre insuffle,
Ils se roulent en chœur, et simultanément
Se relèvent tous deux pour s'embrasser le mufle.