‹ Les bêtises vraiesChapitre 2 sur 16 · PREMIER BEAU-PÈRE · texte numérisé non relu

PREMIER BEAU-PÈRE

LE PCHITT

Elle était brune.

Un ange de dix-huit ans... qui n'avait que le tort de s'appeler Aglaée.

Tous les accords avaient été faits entre les parents. Je « nous » voyais déjà entre deux draps et je tirais mes plans en conséquence, car, encore cinq jours, et j'entrais dans la terre promise.

Et, pourtant, voici trente années écoulées depuis cette époque et je n'ai pas épousé Aglaée.

Pourquoi?

C'était à la campagne, chez mon père, par un soir de lourde chaleur humide. Nos parents jouaient au wisth.

Elle se tenait un peu à l'écart de la table de jeu, brodant un de ces je ne sais quoi qui durent des siècles à terminer et qui, le jour où ils sont achevés, n'ont plus qu'à être jetés au fumier tant ils sont noirs de crasse.

Je la vois encore, courbée sur son travail et, de temps en temps, levant ses doux regards sur moi qui, assis devant elle, la dévorais des yeux.

A cause de la chaleur étouffante, on avait laissé portes et croisées ouvertes et, par sa position, ma fiancée se trouvait entre deux airs.

Tout à coup, ses yeux se fermèrent à demi, son nez se crispa et sa bouchese contracta en... fond de poule. Puis elle renversa en arrière sa tête qu'elle ramena brusquement en avant et elle lâcha un formidable PCHITT ! ! !

MES TROIS BEAUX-PÈRIilS 11

Oui, un Pchiit... mais hélas ! trois fois hélas ! un Pchitt qui... comment vous dirais-je cela?... un Pchitt qui était... chargé.

C'est-à-dire que de son nez si gracieux, il partit un... une... disons une sous-préfecture qui alla se coller sur une des cartes que mon futur beau-père tenait en éventail.

A la vue de l'envoi qui lui arrivait sur son valet de carreau, le beau-père tourna brusquement la tête de notre côté.

La rougeur de sa fille lui apprit la vérité.

Mais il lui fallait avant tout sauver l'honneur de son drapeau.

Alors, ses yeux s'attachèrent sur moi tout furibonds et avec une voix aussi pleine de colère que de mauvaise foi, il me cria :

— Saligaud !

Et, le lendemain, il écrivit à mes parents que jamais sa fille n'appartiendrait à un malpropre de ma sorte.

12 LES BKTISES VRAIES

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