SCÈNE IV
MONSIEUR et MADAME CANICHON , ensuite JEAN LEBLANC ,t RISETTE.
CANICHON, se promenant toujours avec ses botte» sou* le bras.
Où a-t-elle fourré ce maudit âne?
MADAME CAK1CH0N.
Est-ce que vous voulez lui faire porter vos bottes?
CANICHON.
Mes bottes?... Ah! ces bottes-là... non, je les porterai moimême à la cérémonie ; ça me donnera un petit air cayalcadour... Mais cette Risette, ce Jean Leblanc, où sont-ils?... (Appelant.) Jean Leblanc! Risette!
MADAME CANICHON.
Ah ! tenez, vous m’impatientez avec vo* cris, (eu» sort à
droit*.)
CANICHON, seul.
Ah! je vous impatiente... Risette! Jean Leblanc!
JEAN LEBLANC, paraissant au fond.
Qui qui m'appelle?...
RISETTE, le suivant, et bas.
Veux-tu te taire! (iis entrent par le fond.)
CANICHON, A Risette.
Ah ! te Vlà, toi? (Montrant Jean Leblanc.) Qu'est-CC que C’est qU6
ce grand nigaud-là?
JEAN LEBLANC
Nigaud?
RISETTE
C’ nigaud-là, c’est mon cousin, not’ maître, un cousin d’Asnières...
JEAN LEBLANC
Oui, c’est ça, âne hier...
CANICHON.
Je me fiche pas mal de ton cousin; ce n’est pas lui que je te demande, cest mon âne, c’est Jean Leblanc.
JEAN LEBLANC
Mais, me voilà, que je suis prêt à...
RISETTE, lui donnant nn coup do poing.
Veux-tu te taire... (a caniebon.) J’ vas vous dire, not’ maître,
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c’est un grand malheur I... Hier, quand on s'est mis à tirer des pétarades au sujet de la noce, Jean Leblanc, qu’aime pas ça...
JEAN LEBLANC
Ah! non !
RISETTE, aprè» lai avoir donné une bourrade.
Il s’a mis à s'ensauver comme si qu’il avait le vertigo...
CANICHON.
Ensauvé?...
RISETTE
Du côté de la rivière, oùsqu’il est tombé, et qu’il s’est neyê...
Neyé!... mon âne!... neyé!
RISETTE
Alors, j’ m’ai dit comme ça que peut-être ben que ça vous ferait plaisir de prendre mon cousin à sa place...
CANICHON.
Comment, malheureuse! tu perds mon âne, et tu as le toupet de me présenter celui-là à la place?
JEAN LEBLANC
Ah! mais, que j’ le vaux bien, s’il vous plaît... Savez-vous
(Faisant le moulinet avec son bras.) que (lUaild 011 s’avise de me
mécaniser, je rue, moi... (il rue.) Ah! mais... Et pour ce qui est de la force des reins, si seulement vous voulez monter sur mon dos, avec vot’ épouse, que je me fais fort de vous porter à Mémorency, l’un portant 1 autre, entendez-vous?... et pendant z’une heure encore.
CANICHON.
Tes trop fort et trop malin pour moi, passe ton chemin, mon bonhomme... Quant à toi. Risette, je te chasse.
RISETTE
Ah ! par exemple 1
JEAN LEBLANC
Ali! mais, non!... Chasser Risette!... ah! que non pas!... ou bien prenez-y garde... je sais un tas de choses sur vot’ compte... moi, qui vous parle...
CANICHON.
Toi ?...
Oui, moi... Vous souvenez-vous d’un jour oùsque j’étais en train de paître?...
CANICHON.
Toit... (RUeite bourre un coup de poioç à Jean Leblanc.)
AtlTE lt
Non, vot’ âne...
du voisin Pierre...
jean Leblanc.
Que vous m'aviez conduit dans le champ
CANICHON.
Toi?...
JEAN LEBLANC
Non, vot’ âne... même que vous m’avez attaché au pied d’un arbre...
Toi?...
JEAN LEBLANC
Mais non, vot’ âne...
CANICHON.
Oh! quelle patience !
JEAN LEBLANC
Voyez-vous, monsieur, on ne se méfié pas assez des ânes.
Ain : Comme il n'est pas possible!
Marianne, la femme à Pierre,
Qui vous avait su plaire,
Pour le repas de ses lapins, Venait cueillir de la fougère;
Et. sans pitié pour un confrère.
Trompé déjà par d'autr’s voisins, Vous avez embrassé Marianne,
A c’ que m’a dit vot’ àue.
Vous avez embrassé Marianne!
V’ià c’ que m’a dit vot’ âne.
CANICHON.
Comment, gredin, tu oses me dire...
MADAME CANICHON , renlrant.
Eh ben, l’avez-vous trouvé, enfin?...
CANICHON, * part.
Oli ! ma femme!... (îuut.) Oui, oui, chère v’ià le successeur de Jean Leblanc.
DISETTE
amie, le
v’ià.
C’est mon cousin, change.
bourgeoise, et vous ne perdrez pas au
MADAME CANICHON.
tin homme pour remplacer un âne, je n’entends pas ça; nous avons déjà ben assez d’ bêtes parmi nos garçons de terme.