‹ Les bibliothèques, anciennes et modernes, de LyonChapitre 11 sur 22 · V- Grimardias fut un célèbre collectionneur qui eut une · texte numérisé non relu

V- Grimardias fut un célèbre collectionneur qui eut une

^h bibliothèque, mais qui posséda surtout une fameuse

collection d'armes et armures, dont il fit présent aux

Musées de la ville de Lyon.

Livres, gravures, ivoires, émaux, chinoiseries.

Catalogue de 442 pages. — Vente le 49 mars 4866, par les soins de M. Louis BouUieux, libraire, quai de l'HOpital.

Bibliothèque J.-L. Babet.

Livres curieux dans tous les genres.

Catalogue important de 4 92 pages. — Première vente le 4 4 novembre 4867. — Autre vente le 6 décembre 4867. — Collection précieuse, purement lyonnaise.

Catalogue de 77 pages.

Bibliothèque Louis-Cécile Flacheron.

M. Flacheron (4), architecte, membre de TAcadémie de Lyon, né à Lyon, le 9mai 4774 , est mort le 42mai 4835 ; auteur d'ouvrages sur les aqueducs du Lyonnais , de V Eloge de Philibert Dehrme (Lyon, Barret, 4844), d'une notice sur la pierre de choin de Fay. (Arch. statistiques, Lyon, Barret, in-8.)

Livres de sciences, architecture, livres à figures, estampes.

Vente le 30 mars 4868. — Catalogue de 35 pages.

BibUothèqae Paul Allât.

M. AUutt historien lyonnais, fut auteur de la Vie du

(1) M. Flacheron di^Msa, comme architecte, les salons da Palaisdès-Ans, où cette Compagnie fat autorisée à s installer le 24 juin 1824. Elle avait siégé jusqu'alors au Grand-Collège.

« Voilà donc TAcadémie fixée dans le Palais-des-Arts, qa*elle embrasse tous, dit M. Dumas, dans son histoire de cette sarante corn-

Pire Minestrier et de Recherches sur Symphorien Ghampier. Deux magnifiques volumes grand in-8.

Livres fort rares, français et étrangers, riches en blason, très-riches sur le Lyonnais.

Catalogue de 408 pages. — Vente le 40 février 1868.

Bibliothèque Ramel.

M. Tabbé Ramel était professeur à la Faculté de théologie.

Riche principalement en livres de théologie, philosophie.

Catalogue de 32 pages. — Vente le 4 4 décembre 4 868 .

Bibliothèq[ae Ramband.

M. Rambaud, filsde l'ancien maire de la ville de Lyon, auteur de plusieurs eaux-fortes curieuses, possédait une assez jolie bibliothèque, dans laquelle on remarque au n''454 du Catalogue de sa vente les Œuvres de Brantôme. La Haye, 4740. 45 vol. in-42, en maroquin citron, d'une fraîcheur remarquable, que l'on a vendu 336 francs !

Vente le 22 avril 4869. — Catalogue de 20 pages.

pi^e. Le lieu consacré à ses séances a beaucoup d^ analogie avec l'emplacement qu'occupait TAcadémie d'Athènes. — Cette Académie, a dit X. Barthélémy, n'est éloignée de la ville que de dix stades ; c'est un gnnd emplacement qu'un citoyen, nommé Académus, avait possédé. A l'entrée, est V autel de VÀmour et la statue de ce Dieu ; non loin de là, Platon a fixé sa résidence auprès d'un petit temple qu'il a consacré iQX Muses. » Je cherche en vain dans le palais Saint-Pierre l'autel de tâmour et un nouveau Platon sur la place des Terreaux, et un petit Umple. . .

BibUothèqae Flachat.

M. Flachat, ancien avoué, a été trouvé mort entre deux portes, dans le vestibule de ses appartements. Il avait quatre-vingt-quatre ou quatre-vingt-six ans. Il possédait des livrets bien rares, richement reliés, et une collection de portraits gravés, fort bien conservée. La vente se fît dans son domicile, rue Tramassac, 40, au 3"^'. M. Hardoin fut nommé son exécuteur testamentaire.

Livres fort rares en tous genres, objets d*art, tableaux, avec catalogue de ces tableaux.

Catalogne des livres de 58 pages. — Vente le 4 juillet 4869. — Total général de la vente : 12,300 francs.

Bibliothèqtae Munaret.

M. Munaret, docteur-médecin^ est né à Nantua, en 1 805 ; il est actuellement maire de la ville de Briguais (Rhône), et auteur de plusieurs ouvrages de médecine ; possesseur d'une immense collection de portraits et d'autographes de médecins, morts ou vivants.

Catalogue de livres rares et curieux. — Vente le 22 novembre et les neuf jours suivants, en 1869. — Catalogue composé de 400 pages in-8.

La préface de ce catalogue est assez originale : elle est signée du docteur Munaret; il y assure que depuis un demi-siècle (cinquante ans!), il a lu chaque jour un volume in-8, soit 18,250 volumes. Et il lit toujours.

Cette bibliothèque n'était composée que d'ouvrages de médecine, chirurgie, etc., etc., et d ouvrages facétieux en tous genres.

Bibliothèqae Louis-François Gliastel.

M. Chastel, ancien ma^strat et ancien notaire, fut Tami intime de M. Pericaud.

Livres de droit. Riches ouvrages sur le Lyonnais. Catalogue de 108 pages. — Vente le 8 avril 1869.

Bibliotbèqae de OuilUn d'Avenas.

M. de Guillin d'Âvenas était un célèbre amateur, dont presque tous les ouvrages étaient reliés en beau maroquin ancien. C'est dans sa collection que se trouvaient les Quincamon de saint Jean et de saint Paul, en anciennes éditions, ouvrages fort rares, dont on ne connaît que quatre ou cinq exemplaires ; les Mazures de VIsle-Barbe, exemplaire très-complet, et autres ouvrages rares, tels que : Fodéré, Guichenon, Chorier, Ménestrier, Rubys, La Mure^ Levert. Citons encore : les Fables de La Fontaine, d'Oudry, 4 volumes, grand in-foUo, exemplaire en grand papier, en maroquin rouge, tranche dorée. Vendu 800 francs! etc., etc.

Livres fort rares à gravures et autres, reliés en maroquin. Livres très-rares sur Lyon.

Vente le 4 avril 1870. — Catalogue de 39 p&ges in-8. Cette vente produisit 1 1 ,975 fr. 60 c.

Bibliothèque (anonyme).

Le 21 mars 1 870 et les huit jours suivante, on vendit à Lyon une partie du fonds de librairie de M. Gromier, actuellement libraire à Bourg (Ain). Livres lyonnais.

Catalogue de 122 pages in-8°, composé de 1,264 numéros. — Cette vente produisit 5,934 francs.

BUiliotlièqne Gronnet.

M. Gonnet fut professeur de philosophie au Lycée de Lyon.

Collection Ijonnaiae trës-intéreBSBiite.

Catalogrue. — Vente le 31 jauTier (870.

Bibliothâqne P. -A. SoUIbt.

M. Suiffet était un célèbre hhraire lyonnais. (Voir plus haut la note concernant la hibhothëqne Fontaine.)

Théologie, sciences, beaux-arts.

Catalogue de S2 pages. — Vente le 18 novembre 1867 et neuf jours suivants. — ■ Cette vente produisit 13,606 fir.

BUtUothèqae A.-H. Châtelain.

M. Châtelain, habitait Saint-Amour, il était ancien secrétaire h l'école vétérinaire de Lyon.

Tous les livres de feu M. Châtelain portaient sa devise reproduite sur un petit sceau : in dbo sfbs.

Livres sur les arts, dessins, estampes, curiosités, livres rares sur le Lyonnais.

Vente le 30 janvier 1872. — Catalogue de 82 pages. Outre la bibUothëque de U. Châtelain, ce catalogue contient encore, n'en &isant qu'un seul, celle de M. V*** (pseudonyme). C'est particulièrement par la collection de M. V*** que ce catalogue est intéressant, car on y retrouve des ouvrages sur Lyon, des plus rares, tels que Les forces de Lyon, Jean-Baptiste VBtrmUe de Soliers, dit Tristan, in-folio de 55 pages, vendu 190 fr. — La Pétition Clavel, brochure de 24 pages, vendue 21 fr. 85 c. — Us Origùus <trf familles consulaires et L'Essai (fuit A'oftiWoiVe lyonnais :

deux brochures par M. Vital de ValouB, vendues ensemble 56 fr. Puis des Ménestrier^ des Guy-Âllard, des Chorier, e«c*f eic*

Catalogue très-précieux pour un collectionneur lyonnais. — Cette vente produisit 9,632 fr. 75 c.

Bibliothèqae Thlerrlat.

H. Augustin Thierriat» élève de Orognard et de Revoil, peintre, conservateur des Musées de Lyon, professeur de peinture au palais Saint-Pierre, etc. Auteur du livret de la galerie des peintres lyonnais, mourut âgé de 84 ans. Il peignit jusqu'à la fin de sa vie. A sa vente Ton vendit une aquarelle assez remarquable, faite la veille de sa mort.

n est raconté que M. Thierriat sauva les Musées de Lyon, par son énergie, du vandalisme des communards de l'époque, en 1848.

La vente de son cabinet fut divisée en deux parties :

<• — Vente des livres, dessins, estampes, lithographies, autographes, vignettes, etc., le 21 février 1872 et les neufs jours suivants.

Catalogue de 1 06 pages. (Livres sur les arts, les beauxarts, les faïences ; les provinces de France ; sur Lyon, etc.)

2* — Vente des tableaux, objets d*art, aquarelles, antiquités, &ïences, porcelaines, meubles, etc., le 11 mars 1872 et quatre jours suivants.

Bibliothèque de M. J.-B. Rivière, de Momaiid.

M. Jean-Baptiste Rivière, de Mornand (Rhône), membre du Conseil général, était un ancien élève du pensionnat des Chartreux.

Libres rares sur le Lyonnais, manuscrits, armes, bijoux, blasons.

Catalogue de 46 pages. — Vente le 23 avril 1872.

Blbllotb^Oiie TasBlnarL

M. Tassinari existe et demeure place Croix-Pftquet, il tient une maison de fabrications d'étoffes, avantageusement connue sous le nom de Tassinari et Chatel. M. Tassinari a le feu sacré des objets d'art, aussi est-il un grioid connaisseur.

Meubles sculptés anciens, crédences, bahuts, pendules, tableaux, livres, gravures, objets d'arts.

Catalogue de 24 pages. — Vente le 24 avril 4873.

Blbllothèane Hardonln.

M. Hardouin, avoué, ancien patron de Jules Favre, le député, qui fut un de ses jeunes clercs, était un grand collectioimeur qui ne manquait jamais d'assister à toutes les ventes, quelque petites fussent-elles. On était toujours sûr de le trouver au premier rang. La veille de sa mort, il se trouvait encore à une vente de livres qui avait lieu sur le quai de THôpital, lorsque en retournant chez lui, il perdit connaissance sur le quai des Célestins, des personnes le reconnurent, on fut obligé de remporter, lui et le paquet de livres qu'il venait d'acheter. Le lendemain ce digne homme était mort.

Livres, tableaux, estampes, riche collection lyonnaise. — Vente le 9 mars 1 874, a dépassé 30,000 fr. Catalogue de 486 pages.

Le total de la vente des estampes fit fr. 2,462 25

Le total des tableaux 44,4 44 50

Le total général dépassa 30^000 »

Blbllothèvne Abraham Botton.

M. Botton (Abraham), né à Poleymieux (Rhône), fat un antiquaire renommé.

Beaux livres sur Tarchitecture, collections très-belles d'objets d'art.

Vente célèbre qui produisit en tableaux 45,000 &., en livres 18,000 fr., etc. Total général de la vente 4 16,000 fr. — Catalogue de 96 pages. — Vente le 15 avril 4874.

Blbllotlièaae L.-M.-L. BerrtA.

M. Perrin, ingénieur civil. — La partie concernant Lyon, de ce catalogue, occupe 34 pages.

Livres d'architecture, d'ornements, collection précieuse sur Lyon.

Catalogue de 70 pages. — Vente le 1 3 avril et 5 jours suivants (sans date).

Bibliothèque Deriard.

M. Auguste-Antoine Deriard, né à Givors en 1796, mort en 1873, le 12 novembre. Il fat le vingt-sixième en- &nt de sa famille, — ancien droguiste, rue Tupin. Auteur de livres pharmaceutiques et d'articles dans la Revue du Lyonnais, Q a laissé une Biographie lyonnaise m^kuscbitb, composée de 25 volumes grands in-^, et iUustrée de por^ traits lyonnais gravés et d^autographes.

Bienfaitear des pauvres ; il fut appelé en 1 852 à la direction du dépôt d'Albigny . En 1 855, il fut nommé infirmiergénéral de la Société des Hospitaliers- Veilleurs, pour les paroisses des Brotteaux et de la Guillotière, et adjointveilleur pour ces mêmes paroisses.

En 1856, lorsque riaondatioQ détruisit le mobilier des Petites-Sœurs des Pauvres, à la Vilette ; il se chargea de le renouveler à ses frais.

M. Mulsant, bibliothécaire de la ville de Lyon, prépare sa biographie. — Sa grande collection de livres lyonnais a été acheté par un libraire.

Bibliothèque BeaajoUn

Vicaire général de Lyon.

M. l'abbé Beaujolin possédait une grande bibUothèque dont il a fait cadeau à la maison des Chartreux, à Lyon.

Bibliothèque de Mgr de Bonald.

Mgr de Bonald, avait une très-riche bibliothèque, mais dans son testament il a légué à la maison des Chartreux, tous les livres qui ne se trouvaient pas déjà dans la leur. Puis le Grand-Séminaire en a eu sa part. Ses parents eurent quelques volumes. Enfin le reste fut vendu à M. Auguste Brun, libraire à Lyon.

Jusqu'à présent, je n*ai parlé que des bibliothèques particulières, qui se sont formées à Lyon, successivement, depuis le commencement de ce siècle, mais que des exigences de fortune ou de fisimille ont dû fisiire disperser ensuite. J'en ai cité beaucoup, et j'en ai omis aussi un grand nombre, à cause de la place restreinte dont je puis disposer dans cette Revue, et parce que je n'ai pu, non plus, les connaître toutes. J'arrive maintenant à la série de celles qui subsistent encore et que, malheureu-

sèment peut-être, un jour, le commissaire-prisenr jettera à tous les vents. . . comme il en a dispersé déjà tant d'autres et de si belles, depuis soixante-quinze ans. L'étranger viendra encore en prendre sa bonne part, et que nous restera-t^il de tant de trésors ?

Je commencerai par les bibliothèques de nos maisons religieuses actuelles, dont quelques-unes sont déjà trèsbelles, quoique de fondation relativement récente. Je n'ai pas besoin, non plus, de dire de quelle utilité elles sont pour le savant, pour Thomme d'étude, pour lequel elles s'ouvrent avec un si gracieux empressement, ni le soin jaloux qu'on prend d'augmenter sans cesse leurs richesses. L'une d'elles cependant a déjà sombré dans le naufrage du i septembre 1870, alors que, pour satisfaire tant de tristes rancunes, on a osé porter une main sacrilège sur tant de nos communautés religieuses, en violation des droits les plus sacrés de la propriété et de la liberté individuelle. Je veux parler de la bibliothèque des Pères Cannes.

n y a peu de jours encore, je contemplais ses épaves, ces volumes dépareillés, salis, lacérés..., et avec quelle tristesse je regardais aussi les traces des odieuses dévastations commises dans toute la maison ! Les envahisseurs y ont violé jusqu'aux tombes des religieux, et sans respect pour la mort que respectent même les sauvages de rOcéanie, ils en ont dispersé tous les ossements ! ! !

Bibliothèque des Chartreux

Presque à Textrémité méridionale du plateau de la Croix-Rousse, se dresse, au milieu de vastes et beaux ombrages, le dôme de l'église d'une ancienne et grande communauté religieuse. A la fin du dernier siècle, d'ans-

tères reclus vivaient dans le silence des cloîtres de cette maison, protégée par nos rois, et à laquelle l'un d'eux avait imposé le nom de Chartreuse du Lys du Saint- Esprit. Autour de cette église, sont groupés des bfttiments d'un sévère aspect, et, vers le coteau oriental» s'élève aussi, au milieu des arbres et des fleurs, un autre monument religieux, aux formes sveltes et aériennes, la chapelle, en style du xm* siècle, d'un important établissement religieux.

Mais il y a près de trois siècles, non loin de ces lieux consacrés plus tard à la méditation et à la prière , et aujourd'hui au culte des lettres et des sciences, se montrait , fière et menaçante , une vaste citadelle, dite de SaifU-Sébastien. Déjà, en 1512, Louis XII avait exigé par un édit donné à Blois, le dernier jour de iuin, que tout le plateau de la Croix-Rousse serait enceint par une ligne de fortifications allant de la Saône au Rhône. Cet édit royal disait entre autres :

« Comme notre ville et cité de Lyon est assise et située « en pays limitrophe et Tune des principales villes, clefs « et boulevards de nostre royaume, joignant et faisant « frontière de la Bresse, Savoie et autres pays étrangers, f( et, par ce, d'autant plus requise et sujette d'estre fc entretenue en bonne sûreté, défense et fortifications « mesmement du coté du dit pays de Bresse et Savoie, « auquel il n'y a ni murailles, portaux, boulevards, ni « forteresse de sûreté et défense, pour ces causes et cnAtres « amsidérations à ce mouvant, voulons que la d. clôture « soit &ite et parfaite. »

Trois mille ouvriers furent employés à sa construction, tant le roi avait hftte de voir terminer les travaux de cette

forteresse, mais sa durée ne fat pas longue. En 1584, par une nuit obscure, les Iiabitants, qui voyaient avec dépit cette vaste citadelle comme une menace constante pour leurs franchises, s'en emparèrent par surprise. Le roi, trop fiùble, n'osa pas exiger la restitution de la place, n consentit même à sa démolition, « en recevant, dit-il, en pur don^ pour le service et la nécessité de ses affaires, « quarante mille écus d'or. » La citadelle fut aussitôt rasée, elle n'avait duré que vingt ans.

Lorsque Henri III vint à Lyon , en août 1584, il y reçut les hommages des notabihtés des provinces voisines. Une députation des religieux de la Grande-Chartreuse de Grenoble eut aussi Thonneur de se présenter devant lui. Sur la demande de ces pieux solitaires, le roi décida qu'une maison de leur ordre serait établie à Lyon, et il voulut qu'elle prît le nom de Chartreuse du Lys du Saint- Esprit j en commémoration de Tordre du Saint-Esprit, qu'U avait fondé en 4578. L'historien lyonnais Glapasson dit « que l'ancienne citadelle de Lyon ayant été démolie « en 1584, le roi Henri III en donna l'emplacement, qui « était d'une grande étendue et dans la plus belle situaa tion, aux PP. Chartreux, qui y font leur église et leur « couvent. » M. Passeron, dans sa Notice sur les Chartreux, croit que le roi fut moins généreux et chargea seulement M. de Mandelot, alors gouverneur de Lyon, de chercher un emplacement propre à la construction d'une chartreuse. Il indiqua aux Pères , députés de la Grande-Chartreuse de Grenoble, le vaste terrain appelé la Giroflée, et ces religieux en firent l'acquisition. Disposant d'une surface de terrain de plus de cent vingt bicherées lyonnaises, ils décidèrent alors la construction d*un de ces vastes monastères comme ils en avaient déjà édifié tant d*autres dans toute la chrétienté,

et dont on contemple encore, avec une respectueuse admiration, ce que la main du temps et des hommes a oublié de renverser. Outre l'église, commencée d'abord dans de minimes proportions, ils élevèrent deux clottres, l'un d'une dimension assez ordinaire, touchant à l'église rnSme, et un second construit sur la plus vaste échelle, poisqae l'un de ses grands côtés ne mesurait pas moins de 90 mètres. Suivant l'usage de l'Ordre, dans le centre des cours de ces deux cloîtres, se dressait une croix de pierre, et chaque religieux se creusait, dans ces cours, de ses propres mains, la tombe dans laquelle il devait dormir du sommeil dernier au pied du signe vénéré de la Rédemption.

En outre, ils élevèrent de spacieux b&timents destinés à l'habitation des moines, à celle de l'abbé et aux dépendances de la communauté. Vers le milieu du xviii* siècle, on fonda la Maison-Carrée, habitée aujourd'hui par les missionnaires diocésains. Elle servit d'hôtellerie aux religieux venant pour afihires à Lyon ou qui y stationnaient, en se rendant au chapitre de l'Ordre ; c'est pour ce motif que ce bâtiment avût été construit aux frais des autres Chartreuses de France.

Les arts furent appelés aussi à décorer et à orner la nouvelle Chartreuse. Saint Bruno, moins exclusif que saint Bernard, avait permis, dans sa règle, pourtant bien austère, que la maison du Seigneur, dans ses communautés, ne fût pas, comme les églises cisterciennes, un froid sépulcre, aux murailles nues et sombres. Le petit cloître h côté de l'église, suivant l'histoire de Clapasson, à qui j'emprunte encore ces détails , « fut peint en concur- •• rence et avec beaucoup de succès par Peri«r(1), l'oncle.

P Pfrier 00 Perrifr (Frtnrijs;. n? à Sûnl-lean-de-Losne,

« et par Le Blanc (1), qui y ont représenté, en diffé- « renta tableaux, la vie de saint Bruno, fondateur de « Tordre des Chartreux ; » mais la Révolution, en traversant ce clottre, a nécessairement détruit ces peintures ;

ses murs sont recouverts aujourd'hui d'une froide et monotone couche de chaux. Dom Joseph Marchand, premier supérieur de la maison, présida à ces constructions. Mais les premier plans avaient été dressés d'une manière trop mesquine. Peu après, on les fit dans de plus vastes proportions. En 4590, le Consulat permit aux religieux d*extraire des pierres de la partie du rocher où Vauban construisit plus tard la poudrière démolie il y a quelques années, et que les braves soldats du 66* régiment défendirent, avec tant de courage, pendant la douloureuse insurrection de 4831.

Les nouveaux travaux furent repris en 1590, sous la direction de dom Guillaume Shelsoom , ancien évêque de Domblan, en Ecosse, puis de Vaison, dans le comtat Ve~ naissin, et alors chef de l'Ordre des Chartreux ; mais en 4 663, les religieux mécontents de leur église élevée dans des proportions trop exiguës^ décidèrent d*en construire une autre : on n'avait, du reste, élevé encore que Tabside. En 4663 on commença la nef et les chapelles latérales, encore rien ne fut-il achevé ; les travaux étaient successivement repris et abandonnés. L'almanach de Lyon

vers 1590, mort à Paris, vers 1650. Â peine sorti de Tenfance, il vint à Lyon, où il exécuta pour les Ghartreox divers tableaux. (Lyotm. dign. de mém.^ p. 223.)

(4) Le Blanc (Horace), peintre de la ville de Lyon, élève du chevalier Lanfranc, auteur d'un grand nombre de tableaux. Il eut pour successeur Panthot, qui fut, à son tour, remplacé par Thomas Blanchet. (Idem, p. 38.)

de 4 745, dit mdine « qae depuis dix ans seulement on a « commencé de travailler à cette église, — qu'elle est « aujourd'hui presque achevée et que le chœur des reliu gîeux auquel on a &it des réparations considérables est en (( état. » Les annuaires suivants répètent la même phrase ; enfin celui de 4751 donne Tédifice comme achevé. Quoique cette église soit l'œuvre de plusieurs architectes, elle présente un assez beau spécimen de Tarchitecture maniérée du XVIII® siècle. Commencée en 1590, comme je l'ai déjà dit plus haut, elle demeura inachevée pendant de longues années. De La Monce fut chargé ensuite de continuer sa construction ; il s'efforça, dit Clapasson, « de réparer « autant qu'il put l'irrégularité des proportions dé Tédi- « fice ; il retrancha les traverses de la croisée, en manière ti de panier, pour leur donner plus de grâce et diminuer i( leur trop grande étendue ; mais, lorsqu'il arriva à la « construction du dôme, voyant qu'on n adoptait pas « ses plans, il se retira. » Soufflet dontie succès grandissait alors et qui devait attacher son nom aux dômes du Grand- Hôtel-Dieu de Lyon et de Sainte-Geneviève de Paris, fut chargé de l'élévation de celui des Chartreux. Il réussit dans son œuvre jusqu'au jour où une tempête des plus violentes enleva et brisa toutes les charpentes de la toiture ; le dôme résista cependant à Touragan et Soufflet eut la satisfaction de l'achever, sans que sa solidité, longftemps douteuse, ait été menacée un seul instant.

Ce grand artiste fournit aussi les dessins des décorations, en plâtre, de l'intérieur de l'église.

Servandoni qui s'est illustré dans la construction de l'église Saint-Sulpice, à Paris, passe pour être Tauteur du splendide maître-autel aux marbres les plus rares^ et de son monumeiital baldaquin.

Boudard sculpta les deux groupes d'anges qu'on voyait

entre les colonnes de ce baldaquin.

Le chœur de Téglise, élevé pour une nombreuse communauté religieuse, ne le céda en rien à la beauté du reste du monument. Ses boiseries en chêne sculpté sont du meilleur goût; elles n'ont éprouvé que quelques avaries dans quelques bas-reliefs des stalles et sur les fleurs de lis qui entraient dans sa décoration, en souvenir du nom que Henri III avait donné à la maison. Les vandales de 1 793 ont oublié aussi de briser les deux statues de saint Jean-Baptiste et de saint Bruno, œuvres de Jacques Sarrasin qui ornent encore aujourd'hui les deux côtés du chœur (1).

Plusieurs peintres distingués fournirent aussi de leurs compositions pour la décoration du monastère.

La Trémolière, de Paris, est l'auteur d'une Ascension et d'une Assomption, splendidement encadrées, que l'on admire encore aux deux côtés du maître-autel. Perrier a peint une Agonie du Sauveur, un Crucifix dans l'ancien chapitre , une Scène dans le réfectoire , et Vignon fut chargé de la fourniture de plusieurs bons tableaux.

(1) Un souvenir cher à la religion se rattache à cette église. En 18a0, M. le cardinal de Bonald y réunit un concile provincial dont les actes et les décisions ont été publiés par ses ordres, dans un livre intitulé c Goncilium provinciœ Lugdunensis. Lugdunum, apud Pelagaud, 185L » Parmi les nombreux décrets du Concile, nous ayons lu avec le plus grand intérêt celui qui traite des études des clercs. Le vœu des Pères du Concile a trouvé un commencement d'exécution dans TEcole des hautes-études qui fonctionne aux Chartreux depuis 1860 , avec de véritables succès. Mgr Thibaudier, élevé récemment à répiscopat pour remplir les pouvoirs d'auxiliaire dans le diocèse, en était le supérieur et M. TAbbé Botton la dirige encore. Elle ne pouvait être en de meilleures mains.

Lorsque l'édifice fîit achevé, le cardinal de Marqaemont, archevêque de Lyon, procéda à sa bénédiction.

Je ne décrirai pas le reste du monastère : il était simple, sans ornementation et dans le style lourd et froid des xviT et xvni*^ siècles. Le grand cloître même n'avieiit aucun caractère ; c*était un immense déambulatoire remarquable seulement par ses dimensions, et ne ressemblait en rien aux cloîtres de Saint-Trophime, d'Âix, de Toulouse, élevés à ces grandes époques où Tart chrétien, s'inspirant d'une foi vive, couvrait ces solitudes des sculptures les plus variées et toujours symboliques, et les remplissait de statues que Fart grec pouvait répudier, mais dans lesquelles se retrouvait tout entier le génie sublime et tout spiritualiste du christianisme. Toutefois, si je m'en rapporte encore à Clapasson, qui a vu la Chartreuse de Lyon, il y avait dans son cloître deux bas-reliefs de Sarrasin, représentant, l'un, « de petits anges qui se jouent, et, l'autre, u un saint Jean-B. couché ».

Le monastère était à peine terminé, lorsque vint à sonner l'heure fatale de la Révolution. . . Les Etats généraux appelés par le malheureux roi Louis XVI, pour l'aider à sauver la France du naufrage qui la menaçait , n'avaient demandé, en fiiit de réformes religieuses, que la suppression des Ordres mendiants : mais la Révolution qui ne se contenta pas de cette réforme, demanda davantage ; elle convoita les biens de tout le clergé et ne recula pas devant l'odieuse mesure de leur confiscation ; procédé ordinaire de toutes les révolutions qui foulent toujours aux pieds les droits les plus légitimes.

Dom PioUat était alors le procureur de la Communauté. Pour obéir à la loi de 4790, il dut faire à la municipalité la déclaration des biens que possédait sa maison, il déclara :

1*» Une église neuve,

V Un grand cloître et bâtiments contigus,

3^ La grande hôtellerie, plusieurs autres bfttiments disséminés dans Fenclos,

4» Le petit château dTon, aujourdliui maison des sœurs de SaintrJoseph, avec un jardin, Tenclos complanté de vignes, le tout d^une superficie de 123 bicherées lyonnaises.

Le personnel du monastère, au moment de sa dispersion, se composait de 49 personnes, dont 46 pères, un frère convers, 8 frères donnés, 4 frères oblats et 20 domestiques. Le revenu de la maison était de 62,696 livres, mais défifiJcation friite de ses charges, il se réduisait à 32,000 livres.

Après la fermeture du monastère, on en fit 49 lots, le h^"" et le 2* {nwMon carrée et cloître^ avec dépendances,) furent adjugés aux sieurs Perret et Sicard. Ne furent pas compris dans la vente Véglise dont, heureusement, l'Etat fit un magasin à fourrages, ce qui la sauva, et quelques constructions adjointes, entre autres le petit cloître. Les autres lots ont passé successivement dans plusieurs mains. On voit encore aujourd'hui, comme lambeaux de l'ancien enclos de la Chartreuse, le champ de manœuvres, le massif de maisons qui est en fiice de Téglise, les établissements des sœurs de Saint-Joseph, des sœurs du Sacré-Cœur, de Thospice de la Providence de Saint-Bruno, des frères de l'Instruction chrétienne, etc.... Les cloîtres, les cellules, qui, en 181 6, subsistaient presque dans leur premier état, ont subi, depuis, diverses démolitions ou transformations. Toutefois, les traces du grand cloître sont encore reconnaissables dans les trois côtés d'un quadrilatère dont l'œU retrouve les lignes au milieu des maisons qui composent le quartier appelé : « Impasse du cloître des Chartreux )> .

Tout ce qui restait de Tancien monastère eût été détruit

indubitablement, si, en 4 803, le cardinal Fesch (1 ) pourvu alors par son puissant neveu, soldat couronné, de l'archevêché de Lyon, n'eût eu Theureuse pensée de consacrer à un établissement religieux ce qui restait encore debout de rancienne Chartreuse. Il songeait, à ce moment à établir à Lyon une société de prêtres qui, grâce à de fortes études, seraient à même de conserver intact le dépôt des sciences ecclésiastiques et qui, par de solides prédications, ramèneraient à la foi une multitude d'esprits égarés. Les orages qui avaient passé sur la France avaient tout renversé. Secondé par l'empereur dans ce louable projet, il installa, en 1803, une petite communauté formée par lui, dans les bâtiments que l'Etat n'avait pas encore vendus, et y joignit un jardin avoisinant. En <808, il acquit encore du sieur Perret la Maison carrée, avec ses terrasses, ses cours et ses clos, mais vit refuser ses offres en ce qui concernait le grand cloître. Toutefois, un décret lancé comme la foudre, du palais de Schœnbrunn, le 26 novembre 1809, en supprimant toutes les maisons des missions relevées en France, brisa toutes les espérances du cardinal qui dut

(1) Fesch (Joseph), cardinal archevêque de Lyon, né à Âjaccio, en 1763, mort en 1839, était oncle maternel de Napoléon I*'. Archevêque de Lyon en 1802, cardinal en 1803, il fut envoyé comme ambassadeur à la Cour de Rome. En 1805, il fut élevé aux dignités de grand-aumônier de l'Empire , de comte et de sénateur. Il refusa l'archevêché de Paris et ne craignit pas, dans le Concile tenu à Paris, en 1810, de s'opposer aux volontés de Napoléon à l'égard de Pie VII. Tombé en disgrâce^ il se retira dans son diocèse où il resta jusqu'en 1814. Après l'abdication de l'empereur, il alla vivre à Rome où il passa ses derniers jours dans l'étude des lettres et des arts, sans vouloir jamais consentir à se démettre de qon arehevêché. Il avait formé une riche collection de Ubleaux et en légua 1,200 à la ville d'Ajaccio. (DicL miiv, de Bouille t.)

aussi se soumettre à Timpérieuse volonté de son neveu. En attendant l'heure favorable de reprendre, en sousKBUvre, et sur un plan plus vaste, sa première fondation, le cardinal Fesch disposa, pour son usage personnel, l'immeuble qu'il avait acheté. Il vint même Thabiter en 18H ; ce fut jusqu'au moment de son exil son séjour favori. Né en Italie, il y retrouvait jusqu'à un certain point, l'image de la mère-patrie, — au loin, de vastes horizons, les coteaux verdoyants des bords du Rhône, ceux de Fourvière avec leurs terrasses, leurs monastères, leurs tours et leurs flèches, — et à ses pieds, assise entre ces deux rivières, notre grande ville, dont alors surtout l'aspect était tout méridional.

En 1813, le cardinal joignit encore à sa propriété la maison Nivet avec ses dépendances. Cette maison, qui a été englobée, depuis, dans les bâtiments actuels de T/nstUuiion des Chartreux , servait primitivement au logement des Frères servants et des domestiques. Le réfectoire actuel était un cellier ; les pressoirs étaient encore debout au moment de Tacquisition.

Enfin le dernier achat fait par le cardinal comprit les cellules qui sont à droite et à gauche d'un passage qui conduit de l'impasse du cloître à l'église.

L'année 1814 vit la chute de l'empire. Le cardinal Fesch, comme membre de la famiUe impériale déchue, dut prendre aussi le chemin douloureux de l'exil sur la terre étrangère. Il quitta son diocèse non sans regrets, car il avait pu lui faire déjà beaucoup de bien et il s'était voué avec un admirable dévouement à ses intérêts et à son bonheur. Parti de Lyon, le 27 avril 1814, il arrivait le 10 mai à Lorette et le 12 à Rome. De là, sa première et sa plus vive pensée sembla, en se reportant vers son ancien diocèse, s'arrêter plus spécialement sur l'œuvre qu'il avait tant à cœur de fonder.

Malgré son éloignement, il travailla, sans cesse, à la réalisation de ses plus chers désirs, et fit don au diocèse de Lyon de cette vaste et belle propriété qu'il avait restaurée et embellie par des plantations qui ont doté d'ombrages ses magnifiques terrasses. Une ordonnance royale, du 3 août 4825, autorisa cette donation, avec clause spéciale d'une destination obligatoire , corroborée encore par une clause du testament du généreux cardinal. M. Bochard, son ancien vicaire général, vint de Rome, porteur de ses inspirations et de ses ordres, et bientôt l'Institution fondée par le cardinal put s'installer aux Chartreux. Elle se composait de MM. de La Croix, directeur du Grand-Séminaire, Mioland, devenu plus tard supérieur de la maison, puis évoque d'Amiens et archevêque de Toulouse, de M. Chevallon, préfet d'études au Petit- Séminaire de TArgentière, Furnion, curé de Cerdon, Barricand, directeur du Petit-Séminaire de l'Argentière, et de M. Ballet, simple sous-diacre.

Le premier nom donné aux Missionnaires de Lyon a été celui de Société de la Croix de Jésus ; le nom que porte aujourd'hui leur congrégation, en tant que canoniquement constituée par l'autorité archiépiscopale, est celiii de Société des Prêtres de Saint^Irénée,

Je ne dirai pas ici les immenses services rendus à la religion et aux sciences théologiques par les savants prêtres de cette utile association, ni les noms de tous les hommes éminents par leur savoir et leurs vertus qui l'ont dirigée tour à tour depuis sa fondation. Aujourd'hui elle a pour supérieur M. Tabbé Desgeorge. Qui ne connaît sa science et la distinction avec laquelle il gouverne la Société, digne continuateur de M. Mioland enlevé à cette

Société par Tépiacopat et dont il a été le Bavant biogra* phe?(<)

Mais des jours mauvais ne tardent pas à se lever pour l'Institution ; en i 834 , les événements politiques viennent troubler la silencieuse retraite des missionnaires, â la suite de la sanglante émeute de novembre 1 831 , le génie militaire dut occuper leur maison qui devint une caserne, et ils se virent obligés de chercher un asile dans une habitation voisine mise généreusement à ^ur disposition. Mais, en 1832, ils purent se rapprocher de leur ancienne maison ; à côté d'elle se trouvait une assez pauvre demeure composée d'un grenier et d'un rez-de-chaussée. Autrefois, elle avait servi de cellier aux PP. Chartreux ; plus tard, elle était devenue la maison des religieuses de Sainte-Elisabeth, puis elle avait été réunie à la propriété des Missionnaires. Aujourd'hui, elle est enclavée dans le vaste et beau collège connu sous le nom i' Instituiian des Chartreux, et dont je parlerai plus loin. C'est là que M. Mioland ramena ses séminaristes et plusieurs de ses Missionnaires; mais, deux ans après, en avril 1834, une nouvelle et terrible émeute ensanglante encore nos rues, pendant six jours, et la maison des Missionnaires est conservée encore comme caserne jusqu'en 1837. La troupe Tévacue alors et elle fut rendue à ses propriétaires. M. Mioland put installer alors le cours de théologie et le

(1) Vie de M'' Mioland, archevêque de Toulouse, évêque d'Amiens et premier supérieur des Missionnaires de Lyon, par M. Tabbé Desgeorge, supérieur de la même Société, 3* édition, Lyon, Josserand 1873, 519 pages. M. l'abbé Desgeorge voudra bien me pardonner d'avoir fait, pour cette notice, de nombreux emprunts à -son excellent ouvrage.

pensionnat dans la petite maison dont j'ai déjà parlé (t). Ce fut pour le pensionnat sa première transformation. Commencé en 1825 par M. le curé de Saint^Bruno, M. Pousset, qui n'avait eu en vue, d'abord, qu'une école cléricale, il avait grandi dans l'ombre et demandé alors de Tespace. Un peu plus tard, le nombre des élèves augmentant, il &llut lui abandonner la maison tout entière, et placer ailleurs le cours de théologie ; et enfin, les nouvelles constructions devenant insuffisantes devant les demandes

(1) Après la doulonrease révolution du 4 septembre 1870, le Pensionnat des Chartreux fut occupé, pendant quelque temps, par des corps de mobiles qu'on plaçait alors de préférence dans des établissements religieux, pour la satisfaction des haines de nos libres-penseurs.... On sait les affreux dégâts Commis, sans répression, par ces corps indisciplinés, au Grand-Séminaire de Lyon où ils violèrent toutes les tombes, brisèrent les statues et volèrent jusqu'aux serrures des portes, dans la maison des PP. Jésuites, dans celles des Carmes et enfin chez les Frères de la Doctrine chrétienne» etc., etc. Mais la ville de Lyon sait aussi les millions qu'elle a dû payer pour réparation des indignes spoliations commises sous les yeux de Tautoriié

qui laissait faire Singulière façon des agents de la République

pour habituer les honnêtes gens à cette forme de gouvernement !î! Ils violent toutes les lois, à plaisir, blessent les consciences dans ce qu'elles ont de plus cher, et s'étonnent ensuite de la répulsion unanime et si juste qu'ils excitent.

Quoique tous les penisonnaires fussent restés aux Chartreux, après la révolution du 4 septembre, deux fois le citoyen Challemel-Lacour envoya l'ordre de faire évacuer la maison. En octobre il voulut y oaserner 3.000 hommes, et en novembre, malgré la présence de tant de nombreux enfants, il eut l'odieuse pensée d'y établir une cartou-

^^^^^ comme s'il nVût pu trouver un local plus convenable en

dehors de la ville. Alors aussi il plaça une cartouchière dans le pensionnat religieux des Minimes, et Ton sait les énormes dégâts qae cette insUlIaUon causa dans ce bel éublissement. U ville a payé plus de 6(X),(XH) francs d'indemnités

qui se multipliaient de la part des familles, vint le moment où des constructions plus spacieuses et mieux en rapport avec l'importance de ce bel établissement lui donnèrent Taspect exceptionnel qu'il présente aujourd'hui. Ces divers travaux furent exécutés en 1847 et en 1860. Jusqu'à ce dernier moment le pensionnat avait occupé le bâtiment de l'ancienne cellule du R. P. Prieur de l'ancienne Chartreuse. Cette cellule avait été occupée par les Scturs de VAdùraiion perpétuelle^ plus connue sous le nom de Sacré CcBur des Chartreux.Getbe congrégation, qui a pris une grande extension, a aujourdliui un pensionnat de 1 50 élèves et occupe une majeure partie de l'ancien clos et cloître des Chartreux. Elle a eu pour fondateur M. l'abbé Fumion, missionnaire des Chartreux. Les religieuses en se retirant de cett« ancienne cellule la laissèrent à la Société des Chartreux qui y installèrent une école normale de professeurs, prenant les grades universitaires pour enseigner dans les établissements ecclésiastiques. Fondée seulement en 1871 , cette école a obtenu déjà de vrais succès. M. Pousset, premier supéripur du pensionnat, a eu pour successeur, M. l'abbé Besson, mort aumônier de la prison de Saint-Joseph. Le troisième, et qui gère aujourd'hui ce célèbre pensionnat, est M. l'abbé Hyvrier, nommé le 9 février 1836. Ce digne ecclésiastique est un des anciens élèves du cours de théologie institué par Mgr Mioland et qui devaient, un jour, rendre à l'Église d'importants services; c'étaient, outre M. Hyvrier, l'abbé Bérod, rédacteur distingué des annales de la Propagation de la Foiy pendant plus de vingt ans, l'abbé Gorand, deux fois supérieur du séminaire de Verrières, puis curé de Saint-Bruno, l'abbé Pagnon, vicaire général de M. le 'Cardinal de Bonald et de M. Ginoulhiac, l'abbé Plantier, l'énergique et savant évêque de Nimes, mort depuis peu.

En 1836, M. Hjrvrier, en prenant possession du pensionnat, n'y trouva que 45 élèves internes, demi-pensionnaires et externes. En le transportant, le 24 juin 4 836, dans le local qu'il occupe aujourd'hui, M. Hyvrier sut lui donner annuellement une plus grande extension, et en 1849, rétablissement, de 80 élèves arrivait & 150. — Depuis lors, le nombre des enfants n'est jamais demeuré stationnaire. Chaque année aussi, cet ecclésiastique a su donner également aux bâtiments du pensionnat le développement que demandait l'accroissement continu des élèves. On ne saurait assez louer la haute intelligence qui a présidé, jusque dans les moindres détails, à ces divers travaux. Tout y a été prévu et exécuté de la façon la plus remarquable. Les dortoirs, le réfectoire, les classes, les salles de jeux, la salle des douches, les piscines, le gymnase, les salles de physique et de chimie, les cabinets d'histoire naturelle, tout indique dans cette maison une entente supérieure des besoins des enfants au point de vue hygiénique comme à celui des fortes études, besoins si mal compris dans d'autres établissements où l'on emprisonne les enfants dans des cours sans air, sans soleil, où r enfant déjà triste de sa claustration ne peut que s'étioler et végéter. Tandis que, avec quelle satisfaction ne voit-on pas les joues roses et firatches des pensionnaires des Chartreux ! Comme ils jouent gais et allègres dans les enclos de la maison si pleins de beaux ombrages, de verdure et de fleurs dont les douces senteurs embaument Tair et réjouissent l'enfant. Il peut se croire encore à la maison paternelle, dans le jardin et dans les champs où se sont passées ses premières années et dont le souvenir lui est toujours si cher.

Et, dans cette maison modèle, comme on comprend bien aussi que Véducaiian de l'enfant doit être aussi soignée

qae son instrueiUm ; que les bonnes manières données par les parents, avec une si juste sollicitude, ne doivent pas être négligées et se perdre devant les exigences des études. Au pensionnat des Chartreux, le professeur et le surveillant des élèves sont des amis qu'on respecte et qu on aime.

Une direction si supérieure a déjà valu, avec la reconnaissance des parents et des enfants, à M. l'abbé Hyvrier, la juste distinction de chevalier de la Légion d'honneur. Plasieurs fois le gouvernement a songé à Télever à Tépiscopat. Son extrême modestie lui a fait refuser toutes les avances flatteuses de TEtat, et il veut se consacrer, jusqu'au bout, à Tœuvre si importante qu'il dirige depuis 38 années, avec un si rare mérite.

Outre les constructions élevées au pensionnat, M. Hyvrier a bftti aussi une chapelle (1 ) à Tusage de la maison.

(1) Le 30 juillet 1860, M. le cardinal de Bonald a posé la première pierre de cette chapelle qui a été consacrée le 11 juin 1864 par M. le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux.

La pensée élevée qui domine dans renseignement si complet donné dans la pension des Chartreux, se révèle aussi dans les nombreux discours prononcés dans diverses solennités de la maison. Je voudrais pouvoir analyser ici les conseils et les enseignements si sages, si remarquables que renferment ces discours qui ont été livrés à l'impression et qu'on ne saurait assez lire; mais la place me manque et je me borne, à regret, à une froide nomenclature des principaux. Discours prononcés par Tabbô Hyvrier, supérieur.

1852 De rfisprit chrétien dans renseignement des lettres.

1853 De la part à faire aux Lettres et aux Sciences dans TEnseigno-

ment

1854 De la Discipline dans l'Éducation.

1855 De la Piété dans TÉducation.

1856 De l'Etude.

1857 De la part de la famille dans l'éducation publique.

Des ficueils du jeune homme à son entrée dans le monde.

M. Desjardiu eu est l'architecte et nos meilleurs artistes lyonnais se sont chargés en grande partie de sa décoration. Les sculptures sont de M. Clauses, les statues de M Fabisch, les peintures murales de MM. Sublet et Tyr; les stalles et boiseries de M. Bernard. M. Denuelle, de Paris, a exécuté les peintures décoratives; MM. Stenel et Coffetier ont peint les vitraux, et l'orgue sort des ateliers de M. Merklin. On ne pouvait faire choix de meilleurs artistes; aussi, on peut dire que c'est une œuvre réussie — il est vrai que le modèle est sans égal — la Sainte Chapelle de Paris. De même que dans ce dernier

1858 Premier écueil : L'esprit d'indépendance.

1859 Second ôcueil : L'isolement de la Famille.

1860 De la Mission du jeune homme dans le monde.

1861 Dos bonnes manières dans l'Éducation.

1862 De l'Education du corps.

1 863 Du Bien parler dans l'Éducation.

1861 Des Devoirs du jeune homme après sa sortie du collège, par M. Ysbbé Thibaudier, professeur de philosophie et directeur des études, ai^ourd'hui ôvèque auxiliaire de Lyon.

IS65 Des Etudes classiques par le même.

1866 Des vacances par M. l'abbé Botton professeur et directeur aujourd'hui directeur de la maison des hautes études.

1867 Du Collège français par M. Thibaudier.

1868 De la part à faire aux langues vivantes dans l'éducation libérale.

par M. l'abbé Mellier. professeur de rhéthorique.

1869 Du devoir d'aflSrmer son éducation par M. l'abbé Gonindard pro-

fesseur de seconde.

1870 Durélo et de l'iufluencedes études scientifiques dans l'éducation.

1871 Des devoirs du jeune homme dan:» la France actuelle . par

M. l'abbé Déchelette. professeur de seconde. 187i Causes et conséquences de l'oubli du respect, par M. l'abbé

Gonindard. directeur de l'établissement 1S73 De la lecture. Discours prononcés par M. l'abbé Mellier. pro-

fe:?SiMirde philosophie.

1874 D*^s Hmitu^ de ooUt\ffe. y&r M. l'abbé Gonindard. directeur à rôtablis^menl.

monument, il y a dans celui des Chartreux une trèsbelle crypte où ont lieu les répétitions des chants religieux si bien exécutés par les élèves dans de certaines solennités.

Enfin, il me reste à parler des bibliothèques de la maison. Les Missionnaires, de même que le pensionnat, ont tenu à se former de belles collections de livres, et leur choix a été heureux. La bibliothèque des Missionnaires occupe une vaste salle, au rez-de-chaussée de la maison carrée. Elle se compose d'environ 20,000 volumes. Destinée exclusivement à des hommes voués aux graves études de la théologie, on y rencontre, nécessairement, tout ce qui a été écrit, dans tous les siècles, suif cette importante spécialité. Toutefois, à côté de la théologie, se trouvent de nombreux et de meilleurs livres d'histoire, d*archéologie, de numismatique; la littérature n'en est pas exclue, ni les beaux-arts non plus. Toutes les connaissances humaines ont leurs représentants; et les éditions, en général, sont des plus belles ; celles du xvii* siècle y sont nombreuses.

Quelques raretés se rencontrent aussi dans cette précieuse collection; on y admire, entre autres, un petit missel romain de 1481, un bréviaire de 1498 (Lyon),4es sermons de Maillart (Lyon , môme * date) , une bible et quelques autres livres du milieu du xvi*' siècle.

Cette bibliothèque a été fondée par M. Mioland, le premier supérieur de la maison, et augmentée successivement par des dons importants de S. E. le cardinal de Bônald, de M^"* Mioland, de M. Tabbé Carrand, ancien préfet apostolique de la Martinique, de M. l'abbé Beaujolin, ancien vicaire général de Lyon, de M. labbé Marduel, missionnaire, et autres.

Le Pensionnat a aussi sa bibliothèque, mais elle est

moins nombreuse que la première. Elle se compose seulement de 4,750 volumes, savoir :

Littérature classique (ancienne et

moderne) 700 volumes.

Histoire 4 .000 —

Beaux-arts • 250 —

Littérature critique 400 —

Théologie, patrologie, histoire ecclésiastique, hagiographie 1 . 300 —

Histoire naturelle 300 —

Mémoires 300 —

Mélanges 400 —

Total. •. 4.750 —

Cette bibliothèque à l'usage des maîtres et des élèves et choisie avec un soin religieux, occupe une vaste salle du Pensionnat. Elle a été commencée en 4836 par M. l'abbé Hy vrier , et , chaque année elle s'accroît par de nouvelles acquisitions.

Dernièrement encore, M. l'abbé Hyvrier y a joint la belle collection de livres formée par M. Tabbé Johbois, le savant curé de Trévoux, décédé depuis peu.

Cette collection, remarquable surtout par les nombreux ouvrages d'histoire et de géographie qu'elle renferme, se compose d^environ 15,000 volumes. Elle a été répartie entre les deux établissements des Chartreux.

Les corridors de la maison sont remplis de vues de monuments de toutes les époques. Ce ne sont' pas des raretés, mais cette exposition permanente, placée, sans cesse, sous les yeux des enfants, est du plus heureux effet. Pour eux, c'est une mnémotechnie de tous les jours et de tous les instants. L'enfant curieux regarde d'abord

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