SI
'S images dont il est naturellement
^and, il les considère avec plus
dans les livres d'histoire et de
monuments dont il a la
nx, leurs constructeurs
démolisseurs. Cette
toujours ouvert,
sa mémoire, et ce
.mms et sans leflfbrt du
on instruction et à la for-
i art vrai dans ses plus belles
i^urait donc assez louer M. Tabbé
^position, n la complétera encore par
oonnes caries murales^ dont la vue perma-
. ibue aussi si bien à renseignement de la géo-
e que nous connaissons si peu.
\ Bibliothèque des PP. Jésuites.
Les religieux de cet ordre ne sont pas nouveaux à Lyon. — En décrivant la Bibliothèque du Lycée, j*ai pu raconter, déjà, tous les services qu'ils surent rendre aux arts et aux sciences, dans notre ville, avant 1789.
Nous les avons vus donner à notre grand collège de la Trinité, qu'ils ont édifié, eux-mêmes, sur les plans d'un des membres les plus distingués de leur société, Martellange, une splendeur qu'on n'a jamais pu égaler, depuis lors; nous les avons vus fonder aussi, et souvent enrichir de leurs propres œuvres, la riche bibliothèque qu'on admire aujourd'hui dans ce vaste et g^rand vaisseau qui restera comme Tun des plus beaux monuments d'architecture du xvii« siècle. Enfin, j'ai raconté leur double expulsion de
ce grand étabUssement, à deux époques diverses, quand des ministres circonvenus et obsédés par les ennemis que leur avait suscités leur influence et leurs richesses, signèrent des ordres d exil, mais bientôt ensuite rapportés.
Cet ordre, nous Tavons dit aussi, possédait à Lyon, outre le Grand Collège et le Petit Collège^ d'autres grands établissements. C^était, entre autres, la Maison de Saint- Joseph, située dans la rue Saint-Joseph, fondée par le P. de Canillac, qui y consacra toute sa fortune personnelle, en 1619, et comblée par les Uberalltésde Louis XIII et du cardinal de Richelieu.
Divers particuliers avaient voulu aussi contribuer à la fondation de cette maison. Pierre de Clapisson, président des trésoriers de France, et Marguerite d'Ulin, sa femme (1), firent bâtir son église. Les plus célèbres peintres et artistes furent chargés de sa décoration ; on y voyait des toiles d'un élève de Muiien, du vieux Palnie, de François le Blanc ^ de Sarrabat^ des autels construits par Ferdi-nand Delamonce, des boiseries, des retables en marbre, avec des colonnes, et des tabernacles du plus grand style, que la Révolution, bien entendu, a lacérés, brûlés ou saccagés.
Les PP. Jésuites rentrèrent à Lyon, seulement, en 1832. Ils y occupèrent, d'abord, une maison louée, rue du PuitsdAinay, n** 3; ils la quittèrent, le 12 août 1834, pour
^1) Descript, de Lyon, par André Clapasson, p. 23.
Marguerite d'Ulin fonda aassi en 1645 le monastère de Sainte-Elisabeth, avec le concours des deux filles du baron de Vaux. Son église renfermait un retable de bois doré de très-bon goût dessiné par Jacques Stella, et plusieurs grands tableaux de ce même artiste lyonnais. La sacristie était l'une des plus riches de la ville en argenterie et en ornements (idem, p. 17).
aller en habiter une autre dont ils avaient fait Tacquisition, rue Sala, 14 (1). Jusqu'alors, il n'avaient pu penser à former une bibliothèque qu'ils n'auraient su où placer, faute d'espace suffisant. Quoique leur nouveau domicile ne fût pas très-grand pour une communauté d'une quinzaine de personnes, ils ménagèrent, cependant, un local assez vaste pour recevoir, au moins, les ouvrages les plus indispensables à une réunion d'ecclésiastiques, en attendant l'occasion d'y en ajouter d'autres.
Cette occasion ne tarda pas à se produire. M. l'abbé Marduely ancien vicaire de Saint-Nizier, et depuis curé de Saint-Boch, & Paris, bibliophile très-intelligent et trèsérudit, avait profité des facilités qu'avaient les amateurs, au sortir de la Révolution, de former de riches collections avec les débris des bibliothèques monastiques ou d'autres.
n avait ainsi composé une bibliothèque de dix 6u douze mille volumes, où presque toutes les branches des connais-
(2) Cette me fut caverte par la famille Sala de Montjustiny en 1504, sur une partie du ténement du Plat qui lui appartenait; elle prit, en 1617» le nom de Sainte-Marie, à cause des religieuses de la Visitation qui vinrent y fonder leur monastère. Le Consulat lui a restitué, le 14 février 1743, son nom primitif. [Dict. des rues de Lyon, par Bréghot du Lut, p. 41.) La maison des Dames de la Visitation portait le nom de Sainte-Marie'de'Bellecour; elle fut fondée par Marie Trunel, veave de Jacques d'Âuxerre, lieutenant général au bailliage de Forêt, qui fit venir d'Annecy des religieuses du nouvel institut que saint François de Sales venait d'établir ; ces Dames furent d'abord logées à la c6te Saint-Sébastien, sur la demande et avec le concours du cardinal de Marquemont, archevêque de Lyon, ami de saint François de Sales. L'église de cette maison possédait des ornements dus au sculpteur Lamoureux, à l'architecte Ferdinand Delamonce, et un tableau de Thomas Blanchet. Saint François de Sales mourut dans cette maison le 38 décembre 1622. (Clapasson, p. 22.)
sances humaines étaient représentées par des ouvrages fondamentaux. La numismatique^ le blason, la théologiey V histoire ecclésiastique, les histoires de villes et de provinceSy étaient les parties de cette bibliothèque les plus riches et les plus soignées.
M. l'abbé Marduel était un amateur complet. Il avait ajouté à sa bibliothèque des missels et autres livres d'église manuscriis des x*, xi«, xii« et xni« siècles, et un certain nombre àHncunables généralement bien conservés. De plus, M. Marduel avait aussi commencé à recueillir un des plus beaux médailliers que puissent avoir des particuliers. Plusieurs milliers de médailles en or et en argent grecques, romaines et françaises, formaient des séries à peu près complètes. Cette collection était accompagnée de plusieurs milliers de médailles en bronze, relatives à l'histoire de France, d'un grand nombre de magnifiques médaillons, d'un module plus ou moins grand, et enfin d'une belle collection d'objets d'art très-curieux.
Ce fut en 4836 que M. Fabbé Marduel se décida à vendre, à la fois, et sa bibliothèque^ et son médaillier et son musée^ dans des conditions qui lui en promettaient la conservation intégrale. Nous verrons plus loin quelle amère déception ce savant et vénérable ecclésiastique aurait éprouvée, si Dieu lui eût donné des jours assez longs pour assister, en 1870, aux profanations sacrilèges, aux actes de cruelle barbarie et aux pillages commis dans la maison des PP. Jésuites par les êtres immondes qui s'en emparèrent alors M. l'abbé Marduel les céda donc ensemble ,
à un prix modéré, aux PP. Jésuites.
Ces religieux, quoique logés à Tétroit, s'arrangèrent pour faire de la place à ces trésors. Par des séparations en bois et en briques, les chambres du second étage de leur maison furent doublées; plusieurs Pères s'y réfugièrent,
et l'on consacra à ces collections les trois plus grandes pièces du premier étage : deux à la bibliothèque, aux manuscrits et aux incunables, et la troisième au médaillier et au musée.
L'année suivante, on acheta un terrain attenant à Thabitation, sur lequel ou commença à faire de nouvelles constructions. Outre une chapelle domestique et des chambres, on y ménagea \me salle bien éclairée, assez vaste pour recevoir la bibliothèque Marduel et les nombreux ouvrages qu'on y avait déjà ajoutés.
Depuis lors, cette bibliothèque s'accrut rapidement, soit par des acquisitions partielles, soit par l'achat de bibliothèques particulières, soit par celles que léguaient à la maison quelques nouveaux membres de la Compagnie, soit enfin par le don de quelques généreux bienfaiteurs. Elle avait atteint le chiffre d'environ 50,000 volumes, lorsqu'on 4867 elle fut transférée dans la salle qu'elle occupe aujourd'hui, rue Sainte-Hélène, 42. On y compte actuellement environ 56,000 volumes, dont les deux tiers concernent la théologie et Y ascétisme, V histoire , tant sacrée que profane j la littériUure classique et la littérature française et étrangère.
Depuis sa première formation, cette belle bibUothèque a eu successivement pour conservateurs les Pères Bilaire, Ferrand, Gauft, Pral^ Jouve, Périé, de La Chau, de Renéville et Bresard. ^
En même temps que les PP. Jésuites construisaient leur nouvelle maison, ils y édifièrent aussi une splendide église sur les dessins de M. Pailioux, architecte ; ce monument, dans le style du xii* siècle, forme trois nefs et un vaisseau long de 60 mètres, large de 25 mètres, et de 25 mètres de haut sous voûte. Ses beaux vitraux ont été dessinés et peints par M. Miciol, et la chaire à prêcher est l'œuvre d'un artiste italien.
La bibliothèque est formée d'une seule salle d'une longueur de 60 mètres, large de 25 mètres, haute de 42 mètres, divisée en cinq travées, ce qui donne un plus grand nombre de surfaces. Tout autour règne un balcon supporté par des consoles, et on j arrive par un escalier double placé à chacune des deux extrémités de cette belle galerie qui est éclairée par six grandes fenêtres donnant sur la rue Sainte-Hélène.
Les trois salles du médaillier, du musée d'antiques et du musée artistique sont situées au premier étage, et occupent un local long de 30 mètres, large de 6 mètres, haut de 5 mètres, et sont aménagées de la façon la plus heureuse. Ce musée renferme, non-seulement les objets d'art achetés en 4835 de M. Tabbé Marduel, mais encore d'autres, non moins précieux, acquis successivement ou offerts en don.
Dans la collection Marduel on remarquait, entre autres, une quantité de statuettes antiques égyptiennes, grecques, romaines et gauloises en bois, en marbre, en bronze et cd terre cuite.
Une nombreuse collection de céramique ancienne et de lampes sépulcrales ou autres.
Une grande urne cinéraire en verre trouvée dans un tombeau romain.
Une riche collection de grands médaillons du xvi* siècle signés par les Warin et les Dupré; plus tard, on y a ajouté, par exemple, plusieurs ivoires et émaux très-précieux du moyen-âge, comme un Christ d'un mètre de hauteur, une Vierge avec l'Enfant-Jésûs de 60 centimètres, un dyptique du xv* siècle, une crosse en ivoire.
Un bénitier émail de Limoges d'une facture et d'une conservation admirables.
Une main de Justice en cuivre doré, ayant servi à Louis XIL
Enfin, et surtout un grand tableau de près de deux mètres de haut, renfermant une sorte de retable de prie- Dieu en ivoire, ayant appartenu au roi Charles Vm.
Le môme musée renfermait, ayant 4870, le beau médaillier acheté de M. Marduel, et augmenté, depuis sa mort, par des acquisitions faites à diverses reprises. Dans cette riche collection figuraient principalement :
4® Une série de près de deux cents médailles en or des empereurs romains et byzantins ;
2® Une série de médailles, dites consulaires, en argent ;
3^ La série complète des impériales en argent, de Jules César à Théodose ;
4® Une série de médailles d'or, d'argent et de billon, concernant Tlflstoire de France ;
5® Et, de plus, trois séries, l'une de médailles pontificales, l'autre, de médailles françaises, et la dernière, de médailles étrangères et modernes ;
6^ Une série fort nombreuse de médailles romaines en grand, moyen et petit bronze.
Ce médaillier était contenu dans cinq meubles ou armoires fermant à clef, et rangées autour de la seconde salle^ où se trouve aussi une bibliothèque spéciale de livres modernes sur les beaux-arts, les antiquités et la numismatique.
Comme on le voit, la maison des PP. Jésuites était à peine achevée, et 1 mstallation de leur bibliothèque, de leur médaillier et du musée terminée, que la Révolution du 4 septembre éclata... mais cet ouragan qui vint fondre sur notre malheureux pays, en môme temps que la fortune trahissait nos armées vaincues, avait déjà été précédé de bien mauvais jours. Des journaux immondes, prêchant éhontément Y athéisme et la haine de la religion, avaient soulevé les plus mauvaises passions, depuis quel-
que temps, dans les couches sociales les plus infimes. Leur appel avait été entendu, et plusieurs jours avant la douloureuse nuit du 4 septembre 4 870, des bandes sorties on ne sait d'où, mais dirigées par des individus aujourd'hui bien connus y étaient venues se faire la main devant la maison des PP. Jésuites. Des vitres furent brisées, des insultes et des menaces avaient été proférées contre les religieux, et lautorité était demeurée impuissante devant ces manifestations réitérées et odieuses... Mais, dès que la Révolution fut victorieuse et eut arboré le drapeau rouge sur le dôme de T Hôtel-de-ville, comme pour manifester le régime hideux qu'elle se proposait d'imposer à notre malheureuse ville, — elle ne connut plus de frein. Le 6 sep* tembre, vers deux heures après midi, une bande se présenta, cette fois, en armes ^ devant la maison. Sur la menace d'en enfoncer les portes, un religieux s'avança pour lui parler, — - mais la bande, se disant envoyée par le Comité de salut jmbliCy se rua dans Tintérieur et parcourut tout rétablissement. Plusieurs religieux, ayant tenté de fuir, furent arrêtés et consignés sous un hangar, où un poste (4) armé
(1) Le pcavoir qui s^était imposé à la ville et la terrorisait, pour donner an semblant de légalité i ses actes d'odieux arbitrage, faisait exécuter les pillages et les arrestations par la garde nationale. On réquisitionnait quelques gardes nationaux, mais on avait soin d'y mêler plusieurs individus sortis on ne sait d'où, confidents secrets des intentions mauvaises du Comité de salut public, lequel obéissait aussi à un autre pouvoir occulte. De cette manière, on trompait la population bonnête, qui croyait naïvement que la garde nationale exécutait des ordres régulierSi — et les gardes nationaux, trompés aussi par celte ignoble ruse, participaient, malgré eux, aux actes les plus coupables. C'est ainsi qu'on a fait piller les maisons des Carmes» des Jésuites et des Frères, à Caluire ; et, c^est par ce mélange d'honnêtes gens et d'hommes sinistres, qu'on a fait arrêter et emprisonner les magistrats et les notables, le 5 septembre.
les garda à vue, jusqu'à dix heures du soir, en les acca« blant des injures les plus grossières et des menaces les plus sauvages. D'autres religieux furent aussi gardés à vue dans kurs chambres, et, à onze heures et demie de la nuit, ces mêmes émissaires du Comité de salut public emmenèorent huit religieux à THôtel-de-ville. Après un simulacre d'iaterrogatoire, on les traîna ensuite au bureau de la police de la rue Luizeme, dans une pièce basse, humidey remplie de malfaiteurs. La moitié du plafond de cette chambre manquait, et Teau de la pluie inondait les malheureux religieux. Le lendemain, ils étaient transférés à la prison Saint-Joseph^ où on les fit attendre au Greffe jusqu'à midi. Us n avaient pas mangé depuis vingt^uatre heures et mouraient de soif. — On leur apporta une cruche d'eau, mais pas même un peu de pain; puis, on les ferma, chacun, dans une cellule.
Que fit alors la Justice ?. . . il est douloureux de le dire . . . Ce ne fut qu^au bout de vingt jours que les portes de la prison s'ouvrirent devant ces prêtres respectables, qui les
C'est ainsi encore que la garde nationale se fit nawemmi complice de Vodieuse arrestation du général Mazure, ordonnée par l'étrange adminislratenr qui tenait alors le pouvoir à Lyon. Qui ne se souvient, avec horreur, de cette nuit lugubre dans laquelle on fit trahir ce général par des soldats indignes, qui le livrèrent aux agents de ce proconsul, — et des cris sauvages poussés par ces individus, lorsqu'ils traînèrent ce malheureux général, exposé aux insultes d'une foule ivre de fureur et de rage, dans une voiture découverte, jusqu'à THôtelde-ville ? Quel odieux abus de pouvoir commettait ce dictateur i et il faut remonter jusqu'aux saturnales de la Révolution de 1793, pour retrouver des actes aussi coupables. — Cette arrestation sera une honte étemelle pour notre ville — et l'histoire dira les noms de tous ceux qui y participèrent.
franchirent sans avoir été jugés, sans même avoir iU erUen' dus,.. Disons le mot... on avait eu peur de les traduire devant des magistrats réguliers^ qui n'eussent pu que les absoudre et condamner leurs geôliers ! ! !
Mais qu'était devenue leur maison pendant leur odieuse séquestration ? je puise encore ces détails dans les procédures criminelles édifiées . . . , si tardivemeni et si insu/fisam^ ment, contre tous ces malfaiteurs.
La foule, je l'ai déjà dit, avait envahi toute la maison, vers deux heures et demie, le 6 septembre, et voici com« ment un témoin, entendu dans im procès célèbre, a rapporté les actes de pillage commis par ces bandes. « Si on ff avait voulu fouiller la maison de toutes manières, depuis (( la cave jusqu'au grenier, on n'aurait pas plus fait ; tout « était abtmé, tout dévasté; nous n'avons plus trouvé dans ff nos chambres rien de tout ce qui nous appartenait; « j'avais une collection de dessins de grands mattres^etàe « gravures de priXy qui pouvait avoir près de quarante K mille pièces, et qui était connue de tous les artistes, de » tous les amateurs de Lyon. Tout cela fut, partie jn/M, « partie gâté, partie déchiré; notre médaillier, qui com- « prenait tous les empereurs romains en or, et les consuls, m et beaucoup d'autres médailles en or, toutes]nous ont été « enlevées, sauf une petite qui a été trouvée dans le lit « de l'un des gardiens (I). Tout le mobilier, jusqu'aux « afsiettes, tout a disparu, tout a été piUé. >
(1) Le ponvoir, après avoir fait piller la maison des Jésuites, y éublit un fordièii de son choix... et digne de ceaxqni Tavaient préposé i la garde de cette maison, si odieusement saccagée. Ce fonctionnaire installa son lit dans le musée même des médailles, et disposant ainsi, librement, de toutes les collections» il les vola. . • de concert arec
Un autre témoin a dit aussi : « Lorsque je fus chargé « de la garde de rétablissement, après l'expulsion de ses (( maitres, les scellés, qui avaient été apposés, étaient « levés et brisés partout ; toutes les portes ouvertes. L'or- « févrerie de l'église était dans une chapelle, et quand « j'arrivai, j*ai trouvé les gardes nationaux, affublés des ic ornements sacerdotaux^ buvant dans les calices. Les a portes de la cave avaient été ouvertes ; il y avait plus de c( deux cents bouteilles vides dans le corps-^e-garde. Je « rendis compte de ce que j'avais vu, et UL.ChaHemel-Lacour c( donna l'ordre de faire apporter à THôtel-de-Ville toute Cl l'orfèvrerie. Je revins avec une voiture, pour effectuer a le transport, et je constatai que les pierreries d'un grand a ostensoir avaient été enlevées. On fouilla les gardes natio- « naux, et elles furent trouvées sur Vun d^eux^ je les lui fis a rendre et murer les portes de la cave, et réunis dans un « local tout ce que je pus encore trouver de certaine « valeur. La porte du musée était fermée, mais un panneau « enfoncé et les vitrines ouvertes : dans le salon des médail^ a les y les ferrures étaient forcées. Les hommes de la « deuxième légion ont démuré, plus tard, la porte de la « cave , l'un des gardiens nommés avant moi a volé des
d'antres individus. Quand la justice songea... enfin... sons la pression de l'opinion publique, exaspérée de l'impunité des voleurs et des pillards, à mettre son action en mouvement, ces voleurs ont fait les aveux les plus complets. Quand un historien voudra écrire, un jour, l'histoire des saturnales de la révolution du 4 septembre, il trouvera dans les procédures criminelles les documents les plus précieux sur les hommes et les choses de cette triste époque, qui restera une éternelle tache dans les annales de notre ville. C'est à ces procédures que j'ai emprunté tous les détails que je donne ici. Ils sont donc de la ^viB parfaite exaeiiiude.
(X reliques, une tabatière en or, et 4 25 francs à l'un de ses « collègues; on avait brisé aussi une porte de la bibliothè- « que qui donne sur le toit, pour le passage des coua vreurs ; des en&nts s'introduisaient par cette porte et <( se sauvaient ensuite par les toits ; les livres de la biblio- « thèque étaient épars sur le sol ; la moitié d*une impor^ « tante collection ^^autographes sur vélin, portant la « signature des rois de France, a été volée; plusieurs « livres ont été retrouvés, depuis lors, ou engagés au « Mont-de-Piété, ou vendus à des bouquinistes. Je trou- « vai aussi des médailles en or dans le lit d'un individu « qui avait été préposé par la Mairie à la garde de la mai" m son. — n fiEiisait emporter les médailles par des ouvriers « charbonniers. »
Ces actes de brutalité et d'odieuses déprédations sont demeurés, pourtant, longtemps sans répression!!! On sait pourquoi. Je n'en dirai pas davantage, on me comprend. — Les tardives recherches de la justice n'ont pas pu &ire retrouver le magnifique médaillier des PP. Jésuites : c'est pour eux une perte matérielle de plus de 60,000 francs, et la science ne se consolera pas, non plus, de la dispersion ou, peut-être même, de la fonte de cette rare collection. Le dommage causé à la bibliothèque, par les voleurs, est heureusement moins considérable ; on a retrouvé un certain nombre d ouvrages enlevés. Trois de ces voleurs ont été condamnés depuis lors, mais en décembre \ 873 seulement , à des peines de six mois à un an d'emprisonnement. Mais ceux qui leur ont proche la haine de Dieu et de la religion, qui ont soulevé et entraîné les masses, par leurs discours incendiaires dans les clubs, ont-ils reçu un châtiment? Les meneurs sont toujours prudents... ils compromettent des nûlliers de malheureux, qu'ils égarent et trompent, et les abandonnent ensuite
lâchement ; mais Tun des déprédateurs des PP. Jésuites, un jeune homme, a su, le jour de son jugement, dire tout haut à la justice ses regrets de s'être laissé affilier aux sociétés occultes, qui l'ont perdu — et dévoiler ^ en môme temps, des secrets terribles que tout le monde, malheureument, ne connaît pas... Depuis lors, les PP. Jésuites ont demandé aux tribunaux la juste réparation du dommage que leur avait causé le Comité de salut public, et que l'administration préfectorale avait laissé commettre... Par pudeiir et par honte, ceux qui avaient participé de près ou de loin aux actes du 4 septembre auraient dû s'effacer et laisser la justice prononcer, sans contester Tincontestable droit des plaignants. . . mais ils ont eu le triste courage de soulever chicane sur chicane, de s'étonner presque de ce que les Jésuites aient eu l'audace de dire qu'ils avaient été piUés, voléSy saccagés et maltraités de la manière la plus odieuse^ comme si un jésuite était hors la loi et n'était pas un citoyen comme un autre, ayant également droit à la protection de la Loi et de la Justice ! ! ! Mais, pour les révolutionnaires, il n y a d'autre loi que celle de leurs caprices et de leurs haines — et quel affreux avenir serait réservé à notre pauvre France, déjà si mutilée par eux, si elle venait encore à retomber entre leurs mains ? • . .
Bibliothèque des PP. Maristes.
Cette belle bibliothèque est de formation toute récente, comme Tordre religieux qui Ta créée, a En 4814, dit M. D. Mejnis, dans son Histoire du culte de la sainte Vierge à Lyon, p. 422, dans la cellule d'un directeur du Grand - Séminaire , quelques jeunes lévites qui se
destinaient au sacerdoce eurent la pensée de former une Société de prêtres, sous la protection spéciale de la sainte Vierge. Plusieurs années s'écoulèrent avant qu'ils pussent réaliser leur dessein : mais, en 1836, cette société naissante reçut du souverain pontife une approbation provisoire qui devint ensuite définitive. Aujourd'hui les Maristes, répandus dans un grand nombre de localités* gardiens de plusieurs pèlerinages, ont pris rang dans la famille des ordres monastiques les plus étendus. »
« Les Maristes, ajoute M. Paul Sain1>-01ive, dans sa remarquable étude sur le quartier des grands Capucins (p. 203), se destinent surtout à l'éducation de la jeunesse, et ils possèdent une assez grande quantité de collèges d enseignement secondaire, à Saint-Cbamond, Riom, Montluçon, Senlis, La-Seyne-sur-Mer, près Toulon. Ils sont cbargés aussi de plusieurs séminaires et ils ont établi un collège dans la Louisiane et un autre à Jefferson. A Dublin, ils ont fondé une école et une Université catholique, et ils entretiennent de nombreux missionnaires danslaCalédonie. »
Cet ordre religieux eut, en \ 838, la pensée de fonder aussi une importante maison à Lyon et il choisit pour sa demeure un vaste hôtel bien connu à Lyon sous le nom de Pilata. M. Paul Saint-Olive, qui se plait à exhumer de la poussière du temps les restes de notre vieux Lyon et à le reconstituer avec la patience d'un savant bénédictin, a décrit ainsi cet hôtel si plein de souvenirs divers (t).
(1) L'entrée principale de la maison Pilata est au pied de la montée Sainl-Barthéleray ; rentrée secondaire de cet hôtel est à la montée des Grands Capucins au n* 19, un peu avant ta montée des Anges. De ce côté, l'hôtel repose sur un mur très-élevé dans lequel est percée une
A côté de rhôtel ou du château de MUan et séparé seulement par la ruelle de Moniafelon (1) se trouve un grand bfttiment, n° 4, et dont la porte sert d'entrée principale à la maison Pilaia^ ou Puylata, Piluata^ et conduit aux étages su])érieurs par un escalier de \ 63 marches. Cette propriété a conservé le nom de Pilata qui en a été autrefois en possession, après voir appartenu à Ottavio Met. La famille Mei était originaire de Florence et figurait déjà, à Lyon, au XVI* siècle. Antonio Mei acquit le bâtiment, en 4634, et l'augmenta en 1673. Ottavio Mei était un amateur d'antiquités que Louis XIV, à son passage à Lyon, voulut visiter. Il inventa un procédé pour le lustrage des soies qui Tenrichit prodigieusement, mais son gendre Guillaume Pilata dissipa bientôt, après la mort de son beau-père, cette g^rande fortune et fit faillite. L'entrée principale de la maison Pilata se trouve au n^ 4 de la montée Saint- Barthélémy et n'est séparée de Thôtel de Milan (2] que par la ruelle Monta f élan. Qaaxià on a traversé la cour qui sépare les deux corps de logis du n° 4, on rencontre un vaste escalier intérieur, et après ime ascension de 407 marches, on se trouve au centre d'un petit quadrilatère voûté et
porte ; un petit escalier conduit sar une terrasse ornée de forts balostres dans le style da xvii' siècle.
(1) Le nom de cette ruelle s'écrit de diverses manières : Montafalon, Moniafuhfif Mantafelon^ Matafelon.
(2) L'hôtel ou château de Milan occupe Tangle de la montée Saint-Barthélémy. On croit qu'il fut construit par un des nombreux commerçants de Milan qui sont venus se fixer à Lyon pour y faire le commerce, puis il passa à la famille Gelas; un Claude Gelas fut échevin, en 1552; son fils Guillaume épousa Jeanne de Villars; cette famille avait son hôtel à la montée des Chazeaux, autrefois 7tre-c«l. Un de ses membres fut évêque d'Àgen, mort en 1630.
éclairé par une lucarne polygonale recouverte d'une grille en fer. A droite, on aperçoit une porte toujours fermée, mais que Ton a eu la complaisance' de m'ouvrir; elle sert d'entrée à une longue et étroite nef voûtée, occupée maintenant par une collection de minéralogie et d'histoire naturelle rapportée de nos lointaines colonies. Ces restes pourraient bien être un souvenir de la chapelle Saint-Barthélémy postérieure à la Recluserie, simple oratoire dressé à cOté de la cellule du saint reclus. Au-dessus de cette chapelle se trouve une terrasse sans arbres comprise dans le ténement dit de Saint-Barthélémy. La partie de rhOtel Pilata construite» en 4673, par OttavioMei, est d'un style monumental et donne une assez belle idée du sentiment artistique de son constructeur.. Ottavio Mei étant décédé en 4690, Guillaume Pilata, son gendre, entra en possession de son remarquable hôtel, dont Spm a dit : a On va voir par curiosité la maison de M. Mei qui « est italien d'origine. Elle est située dans une très-belle « vue & la montée des Capucins, et il y a dedans un a nombre infini de tableaux et de paysages de bons « maîtres (4). »
(1) En agrandissant sa maison, Ottavio Mei y ajonla la chapelle Saint-Barthélémy, en conformité d'une ordonnance de rarchevéque Camille de Neuville Villeroi qoi antorisa cette vente. Les marchands Inquois faisaient leurs assemblées et leurs dévotions dans cette chapelle ; cet usage s'étant perdu, cette chapelle ne s'ouvrit plus que la veille du jour de la saint Barthélémy où les chanoines et le Chapitre de Saint- Paul venaient y dire les premières vêpres et le lendemain la grand'messe. La chapelle était même tellement délabrée qu*un jour, pendant la grand*messe, une tribune s'écroula et blessa quelques personnes, même des prêtres et des clercs. Par suite de la démolition de la chapelle, le service fut transféré dans Téglise du troisième
Mais Gruillaume Pilata était ruiné; l'an de ses créanciers, Riverieux, banquier, fit saisir son hôtel qu'il acheta 45,210 livres, en louis d'or, le 30 janvier 1705. Riverieux avait deux fils, Tun négociant distingué et qui resta négociant a pour Thonneur du commerce, pour le a bonheur de sa famille et pour le soulagement des pau- » vres »; l'autre fut président et lieutenant criminel, puis prévôt des marchands. Mais Estienne Riverieux ne conserva pas longtemps son acquisition, et le 21 novembre 4714, elle fut achetée par les firëres Fillion , marchands associés ; mais la fortune ne leur sourit pas non plus. On les expropria à leur tour, et l'hôtel fut adjugé au prix de 48,500 livres à Marc Chabry, sculpteur et architecte, né à Barbantane, en 4660, mort à Lyon le 4 août 4727 (4).
monastère de Sainte-Uranle. Cette église, démolie aussi à son tour, se trouvait sur l'emplacement occupé maintenant par la maison n* 6. (Le quartier des Grands Capucins, par M. Paul Saint-Olive.)
Dans le cabinet d'antiquités d'Ottavio Mei se trouvait le célèbre bouclier en argent trouvé dans les sables du Rhône près le pont Saint-Esprit. « A la mort de Mei, son gendre envoya ce bouclier au P. La Chaize qui le fit acheter pour le cabinet du roi, en 1697. » (Spon, note de M. Monfalcon.)
(1) Chabry est auteur : 1* de la sculpture et de la peinture du maître-autel de Saint-Antoine ;
2« Du bas-relief placé au-dessus de Feutrée de THôtel-de-ville représentant Louis XIV ;
3* De deux statues d'Hercule et de la sainte Vierge ;
4P D'une figure d'hiver payée 6.000 1. par le maréchal Villeroy ;
&> D'un christ en buis, payé 2,000 1. par H. Bargues, négociant.
L'église de la Trinité (du collège) et de la seconde congrégation renferme aussi beaucoup de ses ouvrages.
Son fils Marc a fait la chaire des Carmes-Deschaussés ainsi que les quatre évangélistes et les deux apôtres saint Pierre et saint Paul de cette église, des statues de cette église, des statues de l'église des
Dix ans après son décès, sa famille céda sa propriété à Pierre Poizai au prix de 35,000 livres, puis elle passa à un sieur Sauvetoir qui fut aussi exproprié et enfin, le 8 décembre 1762, la famille Loriet s'en rendit adjudicataire ainsi que de ses dépendances ; toutefois elle eut à soutenir de nombreux procès avec des voisins et avec les Dames Ursulines; ces procès, suspendus pendant la Terreur, furent enfin terminés le 14 septembre 1795.
La famille Lortet resta en possession paisible de son hôtel (2) ; pendant la Révolution un certain nombre de proscrits trouvèrent un refuge dans les pièces souterraines, à Tabri des persécutions de cette douloureuse époque.
Mais, avant son entrée en jouissance, Thôtel Pilata avait eu, en 1779, de singuliers locataires. Les francs-maçons s'y étaient installés et y avaient formé la Loge Pilaia. Un journal de cette époque, le Portefeuille lyonnais, dit
Chartreux et les bassins de la place Bellecour. (PerDetti, t. H, p. 136.)
(2) Le docteur Lortet, dernier propriétaire de la maison Pilata, membre de TÂcadémie de Lyon, décédé le 22 mars 1868, était une des notoriétés de notre ville. Il a laissé deux fils non moins distingués : Tun, professeur à la Faculté de médecine et directeur du Muséum d'histoire naturelle au Palais-des-Arts, s'est fait connaître déjà par des écrits très-remarquables, et par la savante et belle organisation du riche Musée confié à sa garde et dont il a fait, avec le concours de M. Ernest Chantre, l'un des plus beaux dépôts de la France. Ses travaux scientifiques et son courageux dévouement dans la guerre à la cruelle campagne de l'Est lui ont valu la distinction de chevalier de la Légion d'honneur. H. Chantre, qui a publié des travaux très-«stimés et pris part aux périls et aux rudes fatigues de la guerre, a été aussi l'objet de justes et flatteuses distinctions. Le frère de M. Lortet est l'un de nos peintres paysagistes les plus remarquables.
M. Sainlr-Olive» donna <c une fête dans laquelle on fit « figuJCer les célébrités du paganisme et du judaïsme qui « s'y introduisirent d'une manière miraculeuse. »
Une partie des bâtiments avait été disposée pour recevoir cette Loge maçonique; nul lieu ne convenait mieux pour ces réunions mystérieuses; on arrivait par un escalier obscur dans la salle où se tenaient les assemblées. Tout à côté était le vestibule du Temple ; on y voit encore aujourd'hui les sièges de bois attenants aux murs,et divisés, en dessous, en petits placards destinés à recevoir les insignes maçoniques.
Le tempk avait trois portes d'entrée , aujourd'hui murées^ mais dont les saillies sont restées en évidence. Près de la porte septentrionale s'ouvrait un cabinet noir où Ton introduisait les récipiendaires, les yeux bandés. Tout à coup le sol se dérobait sous leurs pas et les laissait tomber au rez-de-chaussée dans un autre cabinet dont les murs portaient, tracés en linéaments noirs, des figures de dragons et de serpents. La lumière était ménagée de telle sorte que, de prime abord, les candidats émus de leur chute pouvaient se croire entourés d'une multitude d'animaux hideux et effi*ayants. S'ils manifestaient quelque peur, on les jugeait indignes d'être admis, et alors un des maçons désignés par le sort, les conduisait hors la maison, toujours les yeux bandés, — et après leur avoir fait parcourir plusieurs rues, les remettait en liberté.
Deux colonnes torses surmontées d'un fronton ornaient la principale entrée du temple, dont il ne reste plus aujourd'hui aucun vestige. Il ne formait qu'une seule pièce éclairée par un ciel-ouvert. Des nécessités d'habitation l'ont fait diviser en deux étages.
En 4 834 , la franc-maçonnerie était représentée dans
la maison Pilata par la loge Union et Confiance. Cette loge
passa un bail de neuf années avec les propriétaires, mais le 28 avril 1 838, ce bail fîit résilié et la maison fut achetée par les Pères Maristes qui l'occupent encore aujourd'hui et l'ont agrandie. Dans Tacte de résiliation il est fiût mention expresse des objets mobiliers qui devaient être laissés par les locataires et de ceux qu'ils auraient le droit d'emporter : parmi ces derniers, figurent quatre tableaux qui ornaient les quatre faces intérieures du temple. M. Saint- Olive pense que les deux grandes toiles provenant de la maison Pilata et données au Musée proviennent de cette maison, cependant on croit qu'elles furent données par M. le docteur Lortet père. Ces toiles, représentant des paysages d'un très-beau style, mais d'un travail un peu décoratif, sont roulées et déposées dans les combles du Palais-des-Arts, ainsi qu'une soiooantaine (Tautres tableaux pour lesquels l'espace manque... ou qu'on ne sait pas trouver (1).
(1) La franc-maçonnerie a encore aujourd'hui plusieurs loges à Lyon; mais plus d'une de ces loges oubliant ses statuts primitifs s'occupe plus de politique que d'assistance fraternelle et, ainsi s'explique l'arrivée aux fonctions élevées et... bien payées de plus
d'un personnage que son obscurité et son insuflisance auraient laissé
dans l'oubli ainsi s'expliquent aussi bien des faits que l'histoire
enregistre avec soin et qu'elle dira et dévoilera entièrement. A chacun selon ses œuvres !!! Elle dira aussi ce que sont ces associations ténébreuses dans notre ville qui minent la société aveugle trop confiante... et sans courage... qui ne veut même pas voir les dangers qu'elle court, parce que cela troublerait sa quiétude... et elle dirai de même, que plus d'une feuille politique qui se dit conservatrice^ ne trouve jamais un mot d'énergique réprobation et de protestation contre ces affiliations quand la justice a su les découvrir et frapper leurs adeptes. Ces feuilles se disent, en elles-mêmes, comme tant d'autres : On ne sait ce qui peut arriver. Oh! la peur... l'ignoble
Les Pères Maristes, en prenant possession, voulurent aussi y établir une bibliothèque à leur usage. Quelques années plus tard, les Pères Choleton, Colin et Girard» prêtres de la Société de Marie, achetèrent à M. Etienne Pages, doyen de la Faculté de théologie de Lyon, par acte notarié, tous les livres dont se composait sa belle bibliothèque et dont le nombre dépassait douze mille ; il consentit néanmoins à en rester dépositaire jusqu'à ce que les Pères Maristes eussent un. local convenable pour les installer dans leur maison. Mais la mort vint bientôt frapper le vénérable doyen et obligea les acquéreurs à faire enlever cette volumineuse collection. On la transporta d'abord à la Favorite, près de Saint-Irénée, où était établi le noviciat de la Société de Marie. Cette propriété ayant été vendue, on dut confiner la bibliothèque dans un petit bâtiment parallèle à celui qu'habitent les Pères, mais où assurément elle est trop à l'étroit, car la maison Pilata, malgré son apparence grandiose, forme un corps de logis simple, à peine suffisant, même après le récent agrandissement, pour l'habitation des Pères et des Frères. Ils espèrent, toutefois, dans un avenir plus ou moins prochain, consacrer un local plus convenable à leur bibliothèque.
Grâce à l'exquise obligeance de M. le Supérieur actuel, j'ai eu la satis&ction de visiter dernièrement toute la maison et la bibliothèque ; on s'y croit en Italie, sur Tune des sept collines de Rome ; ses terrasses superposées, ses vignes en festons, ses ombrages sous lesquels jaillissent les eaux limpides venant de la montagne dans de longs aqueducs voûtés, la vue immense dont on y jouit, tout
peur!! Quand rennemi est aax portes, tout citoyen doit être sur les murs. Caveant cives!
concourt à faire croire au visiteur qu'il est transporté tout à eoup dans l'une de ces belles maisons religieuses de Borne que la révolution romaine ferme maintenant au mépris de tous les traités.
La bibliothèque, quoique dans un local trop étroit, est convenablement installée; tout y est en ordre; chaque ouvrage est à sa place dans les grandes divisions suivantes : théologie, jurisprudence, sciences et arts, histoire naturelle, mathématiques, belles-lettres, histoire, sans parler des subdivisions dont le nombre s'élève à cent quatrevingt-quinze, n s'y trouve plusieurs ouvrages d'autant plus précieux qu'ils sont plus rares, et parmi eux quelques incunables ; mais la partie la plus riche est celle qui traite de l'histoire naturelle. La bibliothèque Pages renfermant surtout des ouvrages anciens, les Pères Maristes se proposent de lui donner une place à part quand leurs ressources leur permettront de consacrer une suite de salles spacieuses à une bibliothèque générale.
Outre la bibUothèque Pages, ces religieux possèdent une autre bibliothèque, mais composée, en grande partie, d'ouvrages modernes.
Bibliotlièqaes de MM. Raadin et Rostaln.
J'ai déjà parlé de ces deux belles collections à la page 297 ci-dessus. La notice qui les concerne, publiée dans la Revue du Lyonnais du mois de juillet, a été l'objet d'une note de M. A. Steyert, que je suis heureux de reproduire ici in extenso, pour compléter mon article sur MM. Bostain et Randin, et montrer que si je commets des erreurs dans mon étude sur les bibliothèques de Lyon, ces erreurs sont bien involontaires, et que je tiens à les réparer. Je ne peux donc que remercier M. Steyert.
c Dans rintéreseante étude qu'il publie sur les bibliothèques lyonnaises, M« Léopold Niepce s'est étendu longuement et avec juste r^son sur celle de M, Bandin. Mais, pour parler de cet excellent homme, il a dû s'en rapporter aux assertions alléguées dans la notice dont M. Glaudin, libraire, a fait précéder le catalogue collectif des bibliothèques Bandin et Bostain. Or cette notice n'est guère exacte, et il n'y a pas lieu de s'en étonner, car il s'agissait bien moins de révéler le caractère et le mérite réel de ces deux collectionneurs, que de foire valoir, par les effets d'une rhétorique spéciale, la valeur des ouvrages disséminés dans le catalogue et dont on voulait tirer, sous le marteau du commissaire-priseur, les plus fructueux bénéfices.
a n y a surtout, dans la notice de M. Glaudin, une antithèse soigneusement relevée par M. Niepce, et qui ne saurait 6tre acceptée, a M. Bandin, y est-il dit, plus favo- « risé de la fortune, se passionnait pour les livres rares et a recherchés ; M. Bostain, plus limité dans ses ressources a pécuniaires, se contentait de livres moins connus, mais a peut-être plus utiles, dans lesquels il retrouvait tou- « jours quelque particularité littéraire ignorée. »
a n serait assurément aussi difficile qu'indiscret de chercher h établir une évaluation comparée de la fortune de chacun de ces deux collectionneurs, mais cependant on peut croire que la disproportion était loin d'ôtre telle que le libraire-expert a cru devoir la signaler , sans y attacher évidemment une portée bien sérieuse. M. Bandin, livré à un commerce qui n'a pas à calculer sur les chances de la spéculation, mais seulement sur l'activité et le labeur de celui qui l'exerce, M. Bandin ne devait pas ôtre plus ^iche que M. Bostain, ancien notaire, qui avait les habitudes d'une économie qu'on appellerait aujourd'hui de la lési-
nerie.En tout caSiil avait des charges dont son collègue était dégagé. C'était gr&ce à la modestie de ses goûts en toute autre chose, qu^il a pu se procurer le luxe d'une telle bibliothèque, sans compromettre ses intérêts immédiats. Quant à M. Bostain, c*était par système, par goût, qu'il recherchait de préférence les bouquins inconnus, qu'il se procurait à yU prix. A une époque où les livres rares et précieux n'étaient pas, comme aujourd'hui, la proie des ignorants qui les enlèvent de par le droit de l'argent , à cette époque, M. Rostain avait su recueillir sa bonne part de livres de prix. Mais lorsqu'était venu Tftge de la spéculation, et quoiqu'il eût pu entrer dans la lice des enchères, il avait préféré, ayant à la fois du temps et de l'argent, dépenser son temps et ménager sa bourse. En outre, il avait des connaissances, et c'était aussi pour lui affaire d'amouivpropre que de se tenir (et son ami, M. Pericaud, n'agissait pas autrement,) séparé du vulgaire des bibliomanes. Découvrir un livre de valeur sur la planche à Perdereau, c'était pour lui une vraie gloire, un triomphe d'amour-propre, une jouissance bien audessus du plaisir grossier de Tamateur, qui, par une écrasante surenchère, enlève à un compétiteur vaincu quelque bijou bibliographique.
« Pour moi, qui le rencontrais presque chaque jour sur le quai de l'Hôpital, affirontant la poussière des bouquins à 25 ou 50 centimes, je ne me souviens pas de l'avoir vu faire une empiète sérieuse dans l'intérieur d'une boutique, et il n'était pas nécessaire d'être bien profond observateur pour reconnaître à sa physionomie narquoise, comme à l'ensemble quelque peu volontairement sordide de sa personne, que cette manière de rechercher les livres était chez lui non pas une nécessité mais un système.
« La même comparaison entre MM. Randin et Rostain,
serait à un autre point de vue, défavorable au premier en réservant exclusivement au second le mérite d'aimer les livres pour le profit intellectuel qu'ils procurent. Cette appréciation serait absolument &usse. M. Bandin, il est vraij n'avait pas eu, comme M. Bostain, les avantages d'une instruction libérale, mais ce fait même fournit l'occasion de constater que son goût pour les livres n'était pas une manie : il n'y avait aucun livre latin ni en langue étrangère dans sa bibliothèque, parce qu'il voulait lire les livres qu'il achetait.
4( Je puis parler avec quelque assurance de M. Randin, parce que je l'ai connu intimement. Je l'avais rencontré alors que je débutais timidement, et sa bonhomie si bienveillante, sa cordialité si sincère, m'avaient bien vite familiarisé avec lui ; mais lorsque j'entrepris le travail difficile, je puis dire, maintenant, téméraire, d'annoter VHistoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez de La Mure, dont M. Chantelauze avait été autorisé à publier le manuscrit, dès ce moment je conquis, sans réserves, les sympathies de M. Randin, qui avait pour sa patrie, le Forez, une affection sans bornes. Je fiis amené, en même temps, à reconnaître qu'il avait non-seulement en bibUographie, mais môme en histoire provinciale, des connaissances plus sérieuses que l'on ne pouvait le supposer d'abord. Il me communiqua plus d'une observation et plus d'un renseignement, dont j'eus l'occasion de tirer bon parti.
« M. Randin n'était donc pas un bibliomane, mais im bibliophile dans le vrai sens du mot, tout aussi bien que M. Rostain, et si la mort ne l'avait pas prévenu, il aurait, lui aussi, laissé un titre Uttéraire. Il avait entrepris de rééditer la Gazette françoise de Marcellin Allard ; il possédait déjà très-bien son sujet, avait réuni tous les élé-
ments de cette publication, lorsqu'une fin prématurée est venue lui enlever cette satîfi&ction, en m6me temps qu'elle a privé les amateurs de notre vieille littérature d'une nouvelle source de lumières et de jouissances.
<x Du reste, pour comprendre comment M. Bandin aimait les livres, il faut savoir comment ce goût lui était venu et comment il s'était développé. Ce goût était inné chez lui, et c'était & Paris qu'il avait eu l'occasion de commencer à le satisfaire ; il était alors tout jeune et simple apprenti confiseur, et consacrait déjà ses moindres instants de loisir et toutes ses économies à acheter des livres sur les quais, guidé simplement par son instinct et son amour de la lecture. Cependant, parmi les clients de la maison où il était employé se trouvait un homme illustre, le célèbre Boyer-CoUard, qui était également un amateur éclairé. Le jeune apprenti était souvent chargé de porter chez les clients les bonbons et les sucreries. Un jour qu'il se présentait chez Royer-GoUard, il arriva qu'au lieu de le faire attendre dans le vestibule, on l'introduisit dans la bibliothèque; une des vitrines était ouverte, et l'instinct du bibliophile l'emportant sur le sentiment du devoir professionnel, le jeune Randinse débarrassa de ses piëees montées, et se jeta avec transport sur les richesses étalées à ses yeux. Le célèbre homme d'Etat vint à entrer dans ce moment et resta singuhèrement surpris en voyant le garçon confiseur absorbé dans la lecture d'un vieil ouvrage du XVI® siècle ; mais il fut bien plus étonné encore, lorsque, au premier mot qu'il lui adressa h ce propos, il reconnut, dans cet étrange amateur, des connaissances littéraires et bibUographiques beaucoup plus étendues que, non-seulement la profession, mais aussi la jeunesse lui permettait d'en attendre de l'apprenti. Aussi Royer-CoUard fut-dl si émerveillé qu'il n'hésita pas & inviter ce collègue d'un non-
veau genre en bibliographie à venir le voir quelquefois les dimanches. H se fit un plaisir de lui ouvrir sa bibliothèque et de l'aider de ses connaissances. C'est aussi grâce à cette illustre relation que M. Bandin eut l'occasion de voir et de connaître plusieurs des célèbres bibliophiles de Paris.
« n est facile de comprendre quels progrès il dut faire dans un pareil milieu ; aussi, quand il partit pour aller s'installer à Saint-Etienne, Tex-apprenti confiseur emportait avec lui trois maUes pleines de livres précieux, qui aujourd'hui suffiraient à constituer une bibliothèque d'une valeur exceptionnelle, et que cependant il avait formée à l'aide des seules économies qu'il avait pu réaliser dans sa modeste profession.
a Ainsi donc, M. Bandin n'avait pas réuni sa collection par le moyen de ressources pécuniaires considérables, mais par son intelligence, son goût et des connaissances sérieuses. Il ne cherchait pas non plus les livres en bibliomane, mais plutôt en amateur de l'histoire dupasse et de la saine httérature. Il lisait tous les livres qu'il achetait, et sa bibliothèque représentait ses goûts littéraires, tout aussi bien que ses sympathies politiques et ses convictions religieuses. Le catalogue de la vente ne permet pas de faire cette appréciation: outre qu'il renferme en une seule énumération deux bibliothèques bien différentes, il contient aussi quelques ouvrages qui ne provenaient ni de Tune ni de l'autre des deux collections. Bon nombre de livres de la bibliothèque Randin n'ont pas figuré non plus dans la vente ; je puis citer ainsi : ÏAdoles^ cence clémentine ; trois exemplaires de la Gazette françoise^ de Marcellin Allard, réunis pour servir à la réimpression projetée ; un Racine elzévir ; près de trois cents pièces de théâtre des éditions originales de Racine, Molière,
Corneille ; les fables de Lafontaine, avec les gravures de Chauveau, et dans une reliure maroquin de l'époque ; en livres modernes^ quelques éditions de Didot, imprimées sur vélin, et environ cent cinquante volumes de beaux ouvrages illustrés, publiés vers 4840.
a Ces souvenirs, donnés à cet excellent homme, m'entraînent à signaler quelques omissions peu importantes, mais que je dois pour ainsi dire à la mémoire de quelques amateurs et lettrés mentionnés par M. Niepce.
« Je ne puis, par exemple, m'empècher d'ajouter à l'énumération des livres édités par M. Yéméniz, le titre d'un ouvrage de peu d'importance en lui-m6me, mais qui témoigne que le célèbre bibliophile ne bornait pas son amour pour les livres à recueillir les raretés, à faire réimprimer des manuscrits précieux, ou à publier les œuvres d'écrivains émérites, mais qu'il allait jusqu'à mettre en lumière les écrits des débutants. C'est à ce titre, en effet, seulement, qu'il fit imprimer en 4857, chez M. Louis Perrin, un Aperçu sur les variations du costume militaire ^ dont j'étais le très-modeste et très-obscur auteur ; c'est à la libéralité de M. Yéméniz et à la recommandation de M. Paul AUut que j'ai dû d'avoir eu mon premier livre imprimé, et, quoique ce livre ne soit qu'une brochure, c'est pour moi un devoir de rappeler la bienveillance de ces deux hommes éminents.
« A propos de M. Allut, qui, heureusement poursuit le cours d'une vigoureuse et longue carrière, son avoir littéraire dépasse de beaucoup les deux ouvrages cités par M. Niepce. Je ne parlerai pas de ses écrits politiques, ni même d'un récit impartial et très-énergiquement écrit des Insurrections de Lyon, mais, en se bornant aux ouvrages d'érudition, on ne saurait omettre V Inventaire des titres recueillis par Guichenon. Ce catalogue publié avec
M. Téméniz a fait conuaître aux érudîts lyonnais le précieux dépôt des manuscrits de Guichenon, enfouis si mal i propos à la bibliothèque de TEcole de médecine de Montpellier par le caprice et l'arbitraire d'un médecin devenu homme politique et en faveur sous la monarchie de juillet. Il faut citer encore: les Tard-Venus et la Bataille de Briguais ; la réimpression de Y Entrée de madame de la Guiche, suivie de la généalogie de la famille la Guiche; une Notice sur Aloysia Sigœa; une Histoire de l'Abbaye de Saint-André de Vienne et plusieurs autres réimpressions que M. Paul Allut a enrichies de notes ou de préfaces.
a M. ÂUut a fait partie de cette pléiade d'hommes recommandâmes autant par la noblesse de leur caractère que par leur talent et qui, rentrés dans la vie privée à la suite de la révolution de 1830, ne voulurent pas rester inutiles et servirent le pays de leur plume et de leur savoir, £Etute de pouvoir le servir de leurs bras et de leur épée ; officier de la garde royale, il permuta pour prendre part à l'expédition d'Alger, et c'est après avoir contribué à léguer à la France sa dernière conquête qu'il remit ses épaulettes, pour ne pas trahir le drapeau qui venait de flotter sur la citadelle, jusqu'alors imprenable. C'est à l'initiative, aux conseils et aux encouragements de M. Paul Allut, comme de MM. de Boissieu, de La Carelle, d'Assier de Valenches, Morel de Voleine, de Charpin, de Terrebasse, que notre célèbre imprimeur, M. Louis Perrin, dut la possibilité d'entreprendre la renaissance typographique qui Ta illustré et dans laquelle Paris, lui-môme, a dû suivre l'impulsion qu'il avait donnée.
« Les titres littéraires de M. Allut et ses droits à la mémoire des bibliophiles sont donc nombreux et de plus d'un genre. Il en était de môme de M. Chastel, que M. Léopold Niepce ne mentionne que conmie magistrat et an-
cien notaire ; il était aussi de ces hommes dont M. Louis Perrin prisait les avis et recherchait les conseils. H a de plus écrit quelques ouvrages dont les titres m'échappent ; l'un d'eux, demeuré manuscrit, vient d'ôtre publié tout récemment. Mais ce qui était surtout remarquable chez M. Chastel, c'était son étonnante mémoire et la prodigieuse étendue de ses connaissances en bibUographie. n était un répertoire vivant, on pouvait l'interroger sur le premier ouvrage venu, il en citait immédiatement toutes les éditions, énumérant leurs qualités et leurs défauts, signalant les particularités qui les distinguent, indiquant les annotations, les commentaires, tout enfin, jusqu'au prix et au degré de rareté; il connaissait également les noms véritables des auteurs anonymes et pseudonymes, et signalait souvent les erreurs des ouvrages spéciaux écrits sur ce sujet. Comme M. Pericaud, comme M. de Terrebasse, comme presque tous les hommes qui savent beaucoup, M. Chastel était volontiers caustique ; il aimait à relever les bévues des faiseurs et des savants de pacotille ; mais par compensation il témoignait une bienveillance toute cordiale aux chercheurs qu'inspirait un véritable zèle pour les sciences historiques, et, sans tenir compte de leur plus ou moins de savoir, il leur prêtait, de même aussi que MM. Pericaud et da Terrebasse et avec une complaisance sans borne, l'aide de son inépuisable érudition. »
M. Steyert, dans le reste de sa note, a bien voulu aussi relever des erreurs que j'avais commises dans ma notice sur le couvent des Chartreux, et je les ai réparées dans le tirage à part que j'en ai fait.
A l'avenir, je recevrai avec non moins de gratitude de M. Steyert et de tout autre personne les observations que Ton voudra bien encore me faire ; car mon étude sur les Bibliothèques de Lyon est loin d'être terminée, et
dans tm semblable travail il est facile d'être incomplet^ ou mal renseigné^ ou de se tromper : Errare humanum esL
Bibliothèque des Frères de la Doctrine
chrétienne.
Jamais» depuis les beaux jours de TEglise primitive, la religion n'avait paru avec plus d'éclat que sous le règne de Louis XIV . Elle voyait alors dans les rangs du sacerdoce les hommes les plus sincèrement dévoués à ses intérêts. M. Olier dotait l'Eglise de France de l'établissement des séminaires, et laissait après lui des disciples, héritiers de son zèle apostolique. Saint Vincent de Paul expirait au miheu des bénédictions des peuples, confiant ses immenses travaux à une double fieunille chargée de les perpétuer.
La Ciongrégation de TOratoire fondée par le cardinal de Bérulle jetait le plus vif éclat; celle des Missions étrangères envoyait ses enfants jusqu'aux extrémités du monde. L'abbé de Rancé réformait la Trappe, et TOrdre de Saint-Benoît se renouvelait tout entier. Les femmes les plus illustres rivalisaient de zèle pour ouvrir des asiles assurés au malheur ou au repentir, et créer des institutions qui portaient toutes avec elles un caractère de grandeur qui n'appartenait qu'à ce siècle. Saint-Cyr s'élevait sous la direction de M°^* de Maintenon, avec une magnificence vraiment royale. Les filles spirituelles du P. Barré se vouaient à l'éducation de la jeunesse, sous le nom d'Institut des Ecoles chrétiennes et charitables. Les duchesses d'Aiguillon et de Mantoue versaient des aumônes sur toutes les misères. W^* PoUalion et de Miramion instituaient des communautés destinées au soulagement des pauvres abandonnés.
La seconde moitié du xvn* siècle fut aussi, à Lyon, une époque heureuse pour la religion. Alors Camille de Neufvdlle-Villeroy, issu de la célèbre maison de ce nom, qui a rempli une si grande place dans notre histoire lyonnaise, occupait le siège de Tarchevêché. Cet éminent pontife, aussi habile administrateur qu'ami des arts et des lettres , éleva lui-môme ou laissa élever un grand nombre d'établissements ecclésiastiques d'une incontestable utilité. Ai-je besoin de les citer? Qui ne sait ce que furent le Séminaire pour la propagation de la foi, ou la Communauté des nouvelles catholiques, créé en 4659, à la montée Saint-Barthélémy, — La Maison des Mission^ naires de Saint-Joseph, réunis en corps, en 4662, — Le Séminaire de Saint-Charles ou du Petit-Carreau, en 4671 , — Les Pénitents de la Croix ou de la Passion, en 4682, — et les Lazaristes ou Prêtres de Saint-Lazare, fondés en 4 668 ? Cette dernière institution était l'œuvre môme de saint Vincent de Paul, et avait été organisée par lui, en 4625, sous le nom de Prêtres de la Mission, mais elle avait retenu le nom àe Lazaristes, parce qu'elle avait été étabUe, d'abord, dans une maison qui avait appartenu i Tordre militaire et religieux de Saint-Lazare. Les prôtres de la Mission se consacraient & donner des missions dans les pays étrangers, pour y propager le christianisme, et se livraient à Téducation des jeunes clercs. Aujourd'hui encore, les Lazaristes se chargent de l'enseignement ecclésiastique dans plusieurs de nos diocèses.
Ce fut à ce moment aussi que se forma l'Institut des Frères de la Doctrine chrétienne, consacré à renseignement des enfants pauvres. Le pape Benoit XIII, en donnant son approbation au nouvel Institut, révélait au monde catholique la pensée du fondateur. « Il considère chrétiennement, dit ce pape, le nombre infini de désordres
que cause Tignorancei origine de tous les maux, surtout parmi ceux qui, accablés de misère, ou pratiquant pour vivre des arts mécaniques, n'ont aucune connaissance, non-seulement des belles lettres, faute de pouvoir s'y appliquer, mais, ce qu'il y a de plus fâcheux, ignorent le plus souvent les éléments de la religion chrétienne, y^ Le fondateur de cet Institut, le plus important et le plus respectable des temps modernes, et que les populations devraient bénir ^ fut, on le sait, Jean-Baptiste de la Salle, prêtre, docteur en théologie, ancien chanoine de la cathédrale de Beims, mort & Saint-Yon, le M avril 4749, et appartenant à Tune des plus illustres familles du Béarn (4). M. Droz, membre de TÂcadémie française, a dit de M. de La Salle et de son œuvre : « Une foule de personnes ignorent que les Frères de la Doctrine chrétienne sont les disciples d'un des hommes les plus remarquables que l'Europe ait vus naître. L'abbé de La Salle est, & mes yeux, le type du grand homme modeste. L'utilité de son but, l'enchaînement des idées, la persévérance de son dévouement, tout concourt & le rendre un des plus dignes modèles & présenter aux amis de l'humanité. Convaincu que, pour plaire à Dieu, il faut être utile aux hommes, le vertueux de La Salle examina comment il pourrait acquitter sa dette ici-bas. Il reconnut bientôt qu'un des plus grands services à rendre à la société serait d'améliorer les mœurs des classes pauvres. Il jugea que, pour y parvenir, il fallait rassembler les enfants dans les écoles,
(1) La famille de La SaUe est originaire des environs d'Orthez, dans le Béarn. En 1483, sous le règne de Charles VIII, elle s'établit à Soissons, et de là à Reims. (Voir la généalogie de cette famille dans la Vie du vénérable J.-B. de La Salle, fondateur de Vlnstitut des frères, par l'abbé Salran, chanoine de Touloase« 1852.)
et les préparer, par rinstruction, & devenir des chrétiens,
des ouvriers, des pères de fiunille Tel fut cet ami de
rhumanité, dont la statue devrait être érigée par la France reconnaissante. »
M. Gense, ami intime de cet homme éminent, disait aussi un jour à ses jeunes disciples : « Si vous ne montez ni à. l'autel ni en chaire ; si vous n entrez pas dans le tribunal de la pénitence, ni dans le baptistère, si votre ministère est le moins brillant, il n'y en a guère de plus utile. En enseignant la doctrine chrétienne, vous faites la fonction d apôtres. Saint Vincent de Paul a déclaré lui même que le ciel l'avait envoyé pour enseigner la doctrine chrétienne »
Malgré le juste renom dont s'était entouré cet Institut, dès sa fondation, Lyon n'eut pas cependant d'établissement des Frères avant la Révolution de 1789. Lyon n'en avait pas senti le besoin ; il était alors déjà si bien doté à' Ecoles des pauvres qu^on appelait aussi les petites écoles {\). Un saint prêtre avait été également leur fondateur. Charles Demia (2), vice-promoteur de l'archevêchéi
(1) L'histoire de renseignement et des petites écoles à Lyon n'a pas encore été écrite et n'est nullement connue. Je me suis donc proposé de l'écrire, et déjà j'ai réuni un grand nombre de matériaux. Dans cet ouvrage, je parlerai aussi de la désorganisation de nos écoles en 1870 et des étranges instituteurs et institutrices à qui on confia alors l'instruction des enfants dans des écoles d'où Dieu avait été chassé Je raconterai aussi avec des détails qu'on ignore encore, la fameuse fête des écoles, cette ignoble saturnale où des centaines d'enfants tombaient et se roulaient ivres
(2) On peut dire, à la gloire de Lyon, que c'est l'abbé Ch. Demia qui a inspiré, par ses Remontrances au Consulat lyonfiais, à l'abbé de La Salle la pensée de la fondation de son Institut. On lit, en effet; dans la Vie de ce dernier, publiée à Rouen, en 1874, par un frère
sous Tautorité de Camille de Neufvîlle-Vîllepoy, archevêque de Lyon, né à Bourg, le 2 octobre 4636, et mort à Lyon, le 23 octobre 4689, avait fondé, en 4674, derrière l'église Saint-Nizier, près de la rue Gentil, une maison appelée le Séminaire de Saint-Charles ou du Petit-Carreau, dans le cul-de-sac Saint-Charles. « On y recevait des ecclésiastiques pauvres, lesquels, tout en faisant les petites écoles de la ville, faisaient, en môme temps, leur séminaire, pour être admis ensuite dans les ordres sacrés. » Le roi Louis XTV avait donné toute son approbation à cette œuvre, et, par lettres patentes, il avait félicité même l'archevêque « des soins particuliers qu'il prenait pour bien faire instruire les enfents ». Les enlants étaient répartis dans des écoles établies dans tous les quartiers de la ville. Des prêtres du séminaire Saint- Charles donnaient l'enseignement dans les écoles des garçons, — celles des petites filles étaient tenues par des religieuses dites de Saint-Charles. En 4742, d'après
des écoles chrétiennes, le passage suivant : « C'est en 1666 que le zélé Gh. Demia se faisait l'éloquent interprète des vœux formés par tous les hommes de bien en faveur de rinstruction chrétienne des enfants. Ses Remoniranceé furent propagées à Rouen et à Reims, par les soms du R. P. Barré, de M. Roland, chanoine de Reims, et de Feret, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. L'abbé do La Salle les lut, les foûta et conçut, dès lors, pour l'instruction des enfants pauvres les premières ardeurs de ce zèle admirable dont, encore aujourd'hui, la France éprouve les effets. »
Dans ses Remontra/Mes au Consulat, Gh. Demia disait aussi avec une grande justesse : « Les pauvres n'ayant pas le moyen d'élever leurs enfants, ils les laissent dans Tignorance de leurs obligations ; le soin qu'ils ont de vivre fait qu'ils oublient celui de leur faire apprendre à bien vivre, et eux-mêmes ayant été mal élevés, ils ne peuvent communiquer une bonne éducation qu'ils n'ont pas reçue. »
VAlmanaeh de Lyon^ on comptait huit écoles pour les garçons et neuf pour les filles. Ces écoles étaient situées, entre autres, dans des maisons, propriété de l'œuvre, dites de Musiqvs des anges, place des Cordeliers, du Grand'Saint'Louis, rue Saint-Marcel, ou bien de la Rue Noire, au faubourg de Vaise, au faubourg Saint-Irénée, à la Croix-Bousse, dans la maison dite de V Enfance, dans la rue Grenette, dans la rue de Flandres, à la Guillotiëre et au quartier Saint-Claude.
Ces écoles étaient administrées, au temporel, par un bureau laïque, et au spirituel, par le séminaire de Saint- Charles. Le Consulat, toujours bien inspiré, n'avait pas manqué de prendre l'institution naissante sous sa protection, et beaucoup de Lyonnais Tavaient comblée de leurs largesses. Le Consulat avait créé à son profit une rente de 660 Uvres, au capital de 33,000 livres, augmentée plus tard de 600 Uvres. Le prieuré du Mont- Verdun y avait été uni ensuite. Parmi les bienfaiteurs, on citait M. Barrieu de la Maisonnette, la dame veuve Gueston, noble Nicolas Livet, Pierre Florent, Gabrielle Madier, Joseph Favre et sa femme, et les frères Hubert, Suisses d'origine , qui avaient aussi fondé des écoles dites du Travail. Marie-Marguerite Moulin avait légué une rente de 20 livres a à employer annuellement pour régaler, en carnaval, les sœurs qui servaient les écoles des filles pauvres de la paroisse Saint-Pierre et Saint-Satuiv nin, et le surplus, pour donner une demi-livre de pain par jour, pendant les trois mois d'hyver, aux plus pauvres de Técole. » (Arch. de la ville.)
Des écoles semblables à celles de Lyon avaient été fondées aussi, par Tœuvre de M. Demia, dans le Beaujolais, la Bresse, le Bugey, la Comté et les Bombes. Il y en avait aussi dans le Forez, et les archevêques Camille et
Paul de Neuf vîUe-Vîlleroy et François de Chateauneuf les avaient confiées à des religieuses dites de Sainte-Fran^ çoise et de la Charité. L'inspection de ces écoles était remise à des prêtres chargés de présenter ensuite des rapports dans lesquels ils signalaient les abus à corriger et les améliorations à y introduire. — Ainsi, un jour, ces inspecteurs avaient dû se plaindre au bureau de Lyon « qu'à Saint-Etienne-de-Fusan, on feisait l'école en chemise et en bonnet de nuit, — qu'on y entendait des paroles malséantes, — qu'on châtiait les enfants avec fureur et sans modération ; » mais les maîtres de ces écoles rurales étaient des laies (1). Il n'avait donc pas été nécessaire avant la Eévolution de 1 789 de créer à Lyon des écoles tenues par les disciples de l'abbé de La Salle, quoique son Institut, par son admirable organisation, fût bien supérieur à celui de Tabbé Demia. Mais, quand les fureurs de la Révolution furent domptées par la main puissante et glorieuse du premier consul Bonaparte, et que la religipn put rentrer dans ses églises dévastées et souillées, Lyon devint le second berceau de l'Institut des Frères, par le dévouement et le zèle d'un ancien Frère qui, dès \ 801 , s'associa à un jeune laïque pour faire l'école aux enfants pauvres.
La première école s'ouvrit dans la rue Saint-Romain ; elle fut des plus modestes, et le cardinal Fesch (2) , en
' (1) Voir mon ouvrage les Archives de Lyon, 1875, p. 656. (2] Le cardinal Fesch dota aussi Lyon d'un autre établissement religieux non moins important, celui de la Société des prêtres de Saînt-Irénée, plus connu sous le nom des Chartreux, parce que cet institut est placé dans Tancien monastère des Chartreux, à la Croix- Rousse. Dans les pages précédentes, j'ai été heureux de dire les immenses services rendus aux sciences théologiques par cette utile as-
montant sur le siège du Primat des Gaules, l'entoura aussitôt de toute sa sollicitude. Il avait déjà pu voir, à Rome, le bien immense que les écoles des Frères avaient réalisé dans la jeunesse romaine; il voulut, à tout prix, en fonder dans son important diocèse et surtout dans sa ville archiépiscopale.
n s'adressa donc au souverain pontife, afin d'obtenir que le Frère Frumence, alors . vicaire général de la congrégation, fût autorisé à résider en France. Ce fut la seule condition qu'exigea le Premier Consul qui accueillit avec faveur la demande de son oncle, sur le rapport bienveillant que lui en fit Portalis. L'autorisation est datée du 1 1 frimaire an XII, signée par Bonaparte et contresignée par le secrétaire d'Etat Hugues, B. Maret (<).
A l'origine, le cardinal Fesch se borna à placer au Petit Collège (2) le frère Frumence, qu'il avait amené de Rome dans sa propre voiture. Cette maison, située non loin du palais archiépiscopal, lui permettait, par sa proximité, de s'y rendre à tout instant, et par ses fréquentes visites il témoignait hautement qu'il prenait cette grande et belle œuvre sous son illustre patronage. H pourvut, en effet, aux premiers frais de son établissement, et paya de ses deniers, la pension de ses premiers novices.
sociation, dirigée aujourd'hui par M. Tabbé Besgeorge, et faire l'éloge de rinstitution ou pensionnat des Chartreux, situé dans le même clos et si habilement administré par M. Tabbé Hyvrier.
(1) La Congrégation des Frères des écoles chrétiennes a été reconnue par un décret du 17 mars 1808.
(2) U maison dite du Petit Collège avait été fondée en 1628 par Gabrielle de Gadagne, veuve de Melchior Mitte de Chevrières, marquis de Saint-Chamond, lieutenant du roi à Lyon, né en 1613, morte en 1697. (Voir plus haut, page 63.)
Un grand nombre d'anciens Frères se réunirent successivement dans cette maison qui eut l'insigne honneur de se voir bénie par Ke VII, lorsqu'il alla sacrer le moderne Charlemagne. Le vicaire général fut surtout l'objet d'une sympathie toute spéciale de la part de l'illustre voyageur, et il donna au Frère Frumence les plus grands encouragements pour son œuvre si féconde en beaux résultats.
Le Petit Collège fut longtemps la maison principale de rinstîtut, la résidence du vicaire, le noviciat et le séjour des Frères qui se rendaient déjà dans différents quartiers de la ville où des écoles avaient été ouvertes.
Le Frère Frumence, nommé par Pie VI, en remplacement du Frère Agathon, emprisonné sous la Terreur, gouverna rinstitut jusqu'en 1810, époque à laquelle fut convoqué le douzième chapitre général qui élut le Frère Gerbaud supérieur général. Le Petit Collège devint aussi la résidence des supérieurs jusqu'au 28 janvier 1821 ; à dater de ce jour, elle fîit transférée à Paris.
Les Freres.de Lyon étant bientôt trop à l'étroit dans le Petit Collège, et les novices s'y trouvant fort mal, faute de jardin, l'Institut fit Tacquisition de la propriété des Lazaristes (1), montée Saint-Barthélémy, primitivement destinée à un noviciat. Cette institution se trouva forcément transformée en un pensionnat qui grandit assez rapidement pour que, au bout de quelques années, elle pût
(1) La Rérolntion avait oublié de saccager la maison des Lazaristes et l'avait vendae comme bien national. Elle passa entre les mains d'une demoiselle Jaricot, et devint, pendant quelque temps, un monastère de la Visitation. Mais ces religieuses ne trouvant pas dans cette propriété leurs convenances, la quittèrent et la cédèrent aux Frères de la doctrine chrétienne.
abriter plus de 500 élèves. Le voisinage du noviciat ne fut dès lors plus possible, et on se décida à la fin de 1846, à créer un vaste local, à Caluire, et dont je parlerai plus loin. La maison des Lazaristes étant aussi peu centrale, on dut créer, en même temps, diverses maisons secondaires dans la ville. C'est alors qu'on éleva des écoles de Saint- Martin-d'Ainay, rue Sainte-Hélène ; de Saint-Poly carpe, rue Ponteau, et d'autres écoles à la Croix-Boasse, à la Guillotiëre, & Vaise, à Saint-Just, aux Brotteaux, à la Mulatière.
Les anciens bâtiments des Lazaristes étant devenus insuffisants, on y ajouta des constructions importantes, surtout en avant, à droite et à gauche, au chevet de Téglise. On peut regretter que les Frères, s'inspirant d'une économie trop grande, ou manquant peut-être de ressources suffisantes, n'aient pas donné alors à leurs constructions des dispositions plus conformes à celles que peut comporter un établissement où plus de 600 personnes doivent habiter. Mais, plus tard, il y a cinq ou six ans, ils complétèrent leurs services par l'édification d'une vaste salle de réunions, avec de grands dortoirs au-dessus. M. Charvet, architecte et professeur à TEcole nationale des Beaux-Arts de Lyon, a élevé ce beau bâtiment avec un remarquable talent. Vu de la ville, il présente un aspect vraiment monumental, embellit la verdoyante colline de Fourvières et réalise ainsi de la manière la plus heureuse le programme des Frères. Je ne parlerai pas de l'excellente acoustique si bien réussie de la grande salle, ni de ses belles proportions. Mais sa position au sommet de montées rapides et dans Tintérieur de l'enclos d'une maison habitée par des religieux ne permet malheureusement pas d'y accéder facilement. La salle de réunions, bâtie par M. Charvet, eût été une précieuse ressource
pour toates les assemblées nombreuses, si fréquentes dans notre ville (1).
Les Frères de la Doctrine chrétienne, en amplifiant leur maison, n'ont pas manqué d'y créer aussi une Bibliothèque ; mais elle ne saurait être comparée à celles qu'on trouve habituellement dans un grand établissement
(1) On ne comprend vraiment pas que dans nne cité comme Lyon» où se donnent, entre antres, de si nombreux concerts, il n'existe pas, comme dans tofites les villes de l'étranger, des salons spéciaux pour ces sortes de réunions. Quand elles ont lieu, maintenant, on est obligé d'emprunter le vestibule du Palais-de -Justice, les salles de la Bourse ou d'autres locaux tout aussi incommodes.
Naguère encore, ces réunions se tenaient au Palais Saint-Pierre, dans l'ancien réfectoire de ce monastère qu'on a appelé longtemps la Salle de la Bourse. Cette salle, qui forme l'un des plus beaux types de la décoration monumentale du xvu* siècle, était naguère encore dans un état de malpropreté repoussant. Mais M. le comte Ducros, préfet du Rhône, a ordonné sa restauration, qui a été exécutée sous l'habile direction de M. Hirsch, architecte en chef de la ville, avec un remarquable talent par M. Détanger, peintre, et par l'un de nos bons statuaires. M. le préfet s'était proposé de réunir dans cette salle et dans les trois autres salles adjacentes les plus beaux marbres antiques que la direction des Musées laisse pourrir sous les portiques du Palais. Mais pour complaire à certaines individualités, et par des manœuvres que je signalerai plus tard, on est parvenu à obtenir du Conseil municipal circonvenu un vote par lequel cette salle doit être le Panthéon des grands hommes lyonnais. Cette destination est si contraire au bon sens et au sentiment de Vart que chacun espère que l'étrange mesure décidée par le Conseil municipal ne recevra pas d'exécution... sinon tout Lyon protesterait hautement. — Mais en attendant, cette magnifique salle restera fermée et sans emploi ; les autres salles qui ressemblent à des cavernes, ne seront pas restaurées, — et, ce qui est pis encore, nos beaux marbres antiques empilés^ (f une m>alpropreté révoltante, sans étiquettes et sans livret achèveront de pourrir sous les portiques.
comme le leur. Hommes pratiques par excellence, et sans rien donner jamais au luxe que prohibe leur règle, ils ont préféré posséder beaucoup de livres, à l'état permanent d'usage, au lieu de les centraliser dans un même dépôt. En cela, sagement inspirés, ils ont, comme en toute chose, sacrifié moins à l'apparence et davantage aux besoins bien entendus. En conséquence, il existe dans leur maison plusieurs bibliothèques installées à proximité de chaque service, et riches surtout en livres d'un usage presque journalier : bibliothèque religieuse pour le personnel dirigeant; bibliothèque de sciences naturelles à proximité des collections ; bibliothèque de sciences mathématiques; bibliothèque pour les élèves, etc. Chacun peut, de cette manière, profiter des livres les plus usuels, renouvelés, chaque année, au fur et à mesure des publications récentes, sans céder à Tentraînement d'avoir des livres rares et précieux, et par conséquent souvent inutiles dans un Institut comme celui des Frères.
Mais si les livres sont ainsi épars partout, presque dans toutes les chambres^ le Musée qui demande des soins tout particuliers et une grande unité de direction, est centralisé, sans préjudice de quelques collections détachées pour l'enseignement. Beaucoup de villes de troisième ordre pourraient envier le musée des Frères et môme en ôtrefières (<).
Fondé depuis environ quinze ans, il fut formé dans le but de faciliter l'enseignement de l'histoire naturelle. Depuis lors, il s'est singulièrement accru et les collections qu'il renferme ne se rapportent pas exclusivement à cetie
(1) La maison des Frères de Lyon est confiée aujourd'hui à l'habile direction du Frère Jean-Imbert.
branche de Tinstruction; il en est quelques-unes qui sont utiles au point de vue de Tliistoire et de Tarchéologie.
La zoologie présente environ 3,000 échantillons. La géologie^ environ 2,000 et la minéralogie autant. On y remarque aussi 1 1 i modèles en bois pour la cristallogra-' phie. Le médaillier est riche d'environ 3,000 médailles, et l'on remarque également une collection très-intéressante d'objets d'art, d'antiquités ou de curiosités, appartenant à tous les pays, enfin une cinquantaine de tableaux dont plusieurs ne sont pas sans mérite.
Outre leur maison de Lyon, les Frères, je l'ai déjà dit, en ont élevé une autre à Caluire. En \ 845 et \ 846, les frères Dugave Guillaume et Mathieu Bransict y achetèrent (4 ) une importante propriété pour y établir une maison de noviciat et de retraite pour les frères arrivés à l'âge des infirmités. Cette propriété était respectable entre toutes, d'abord par la manière dont elle avait été acquise : c'était le fruit du travail, le fruit de la sobriété, le fruit des bonnes mœurs, et si le principe de légitime association peut donner quelque part des résultats, ceux qu'il avait procurés vis-à^vis des Frères doivent servir d'exemple et de modèle auxhommes vraiment intelligents ethonnètes(2). Et cependant» dès le jour où éclatia l'odieuse révolution de
(4) La propriété fat acquise de M. Gognet, ancien négociant, par actes du 11 janyier, 25 join 1845 et 5 mars 1846, au prix de 111,500 fr. Plus tard on y construisit de vastes bâtiments qui valent au moins 500,000 fr.
(2) Plaidoyer de M* Brac de la Perrière, avocat des Frères, dans leur procès devant le tribunal civil de Lyon. Pour être toujours très-exact dans le récit que je donne ici du pillage de cette maison des Frères, je ferai de nombreux emprunts à cette belle plaidoirie et aux pièces du procès.
4870, cette sainte maison va devenir Tobjet des ignobles convoitises de la part des libres-penseurs de la commune de Caluîre et ses maîtres seront victimes des plus affireux traitements. Quelle lamentable page à ajouter à Thistoire de Lyon! j'ai honte de récrire...
Peu de jours après la déclaration de la fatale guerre dans laquelle devait succomber Tantique gloire de la France, le Supérieur général des Frères, le vénérable Frère Pliilippe,avait mis & la disposition du ministre de la guerre toutes ses maisons, sans exception, tous les locaux occupés par les écoles et tout le personnel de ses Frères.
A Lyon, le pensionnat des Frères de la Doctrine chrétienne de la montée Saint-Barthélémy, n'avait pas attendu non plus un ordre de Tétrange pouvoir qui s'était installé révolutionnairement à l'Hôtel-de-Ville et dont les actes ont été si désastreux pour Lyon. Spontanément, le Frère Jean-Imbert avait organisé une ambulance daus son pensionnat et où successivement 696 soldats, malades ou blessés, ont reçu des soins avec cette sollicitude et ce dévoùment que la charité chrétienne sait inspirer. Cette ambulance fut la première à Lyon ; les Frères ne pouvaient donner un plus noble exemple.
De son côté, le Frère-Directeur de la maison de Caluire avait offert au Comité de secours pour les blessés tout son vaste établissement de Caluire, avec la literie et le personnel nécessaires pour les soins à prodiguer aux blessés. Mais déjà avant ce jour, môme avant le i septembre, des attaques d'une violence extrême et d'une mauvaise foi non moins grande, avaient été lancées par une feuille immonde, V Excommunié y se disant l'organe de la libre-pensée. Le 16 juillet, ce journal infâme avait osé accuser les Frères qu'il qualifiait i'ignorantins « de torturer les enfants, d'assouvir sur eux des passions immondes,
d'engendrer des êtres d'une immoralité scandaleuse, de former des esdaves ou des bandits, d'avoir la haine de lliomme et de la société...» Il demandait la suppression des Frères au nom de la morale publique et de la dignité humaine. « Immense, disait-il, sera notre bonheur, le jour où nous entendrons enfin crouler les écoles noires, et où nous verrons leurs débris dispersés au loin. » Cet appel fut entendu, et le 27 septembre, le trop célèbre Comité de salut public, installé révolutionnairement à THôtel-de- Ville de Lyon, à l'ombre du drapeau rouge, et, au mépris de toutes les lois, décida la suppression violente et arbitraire des écoles des Frères dans toute la viUe. Le même jour, le conseil municipal de Caluire, feignant d'ignorer que déjà depuis un mois toutes les maisons des Frères et tous les Frères même avaient été mis à la disposition du ministre de la guerre, décida que la maison de Caluire sera convertie en ambulance, en caserne et qu*un piquet de gardes nationaux la fera évacuer. C'était aussi odieux qu'illégal. Le conseil s'était réuni sans autorisation, et il ne lui appartenait nullement de faire des réquisitions au nom de l'Etat pour les besoins de la guerre... et cependant... il s'est rencontré quelques jours après im préfet... qui osa approuver cette étrange délibération... qui prêta une assistance sérieuse, qui dolîna une apparente régularisation à l'attentat qui va être commis et qui enlève tout scrupule et toute hésitation aux spoliateurs (1 ) . L'exécu-
(]) Plaidoirie de M* Brac de la Perrière pour les Frères.
Dès le 14 septembre, les citoyens Ghepié, Ghaverot et Perret annoncèrent par une affiche « que l'enseignement donné par les congrégations religieuses est contraire V esprit républicain » ; et, ai» mépris de toutes les lois, et fermèrent toutes les écoles religieuses.
tion a lieu le 28 septembre. Il y avait dans rétablissement 98 novices, 5i frères, des vieillards, des malades^ en tout 4 52 personnes. Le Frère-Directeur est tellement troublé par les menaces et les insultes dont il est l'objet de la part des francs-tireurs que le Conseil municipal installe dans la maison, qu'il succombe quelques semaines après... Le 1*' octobre suivant, les novices, qui étaient restés dans leur maison, sont expulsés, la propriété est déclarée propriété communale, mais il y reste encore des Frères malades et des vieillards infirmes. Leur présence est un embarras pour les spoliateurs qui n ont qu'un but, celui de se partager le bien des Frères. Le 8 octobre, le préfet Challemel- Lacour, qui n'a rien à refuser aux libres-penseurs de Caluire, approuve T arrêté d'expulsion de tous ceux qui restent encore dans la maison. Deux agents de cet ignoble
Le citoyen Challemel-Lacour, qui n'ignore pa$ les lois sur renseignement public, venant à la rescousse, ose, à son tour, faire publier le 5 octobre suivant, un arrêté par lequel il décréta, de son autorité privée, c que les Frères de la Doctrine chrétienne, les membres des congrégations religieuses» les élèves des séminaires non exonérés par la loi de 1832 seraient incorporés dans la garde nationale et soumis à tous les décrets relatifs à la défense du pays. » Le citoyen Challemel-Lacour savait cependant que tous les Frères s'étaient mis spontannément à la disposition du ministre de la guerre depuis pins d'un mois, et que leur dévouement et leur courage sur nos sanglants champs de bataille avait étonné nos généraux mêmes, mais il fallait flatter les passions populaires quelque viles qu'elles fussent, et le préfet s'abaissa jusqu'à signer cet étrange arrêté.
Les écoles des Frères furent fermées malgré les plus énergiques protestations des pères de famille. Les instituteurs laïques qui les remplacèrent reçurent un traitement de 1,500 à 4,800 francs, tandis qu'un frère était rétribué seulement de 600 à 650 francs, on ruinait la ville, mais on avait tant d'afEunés à contenter. La curée était si bonne 1!!
brigandage, malgré les supplications des Frères, arrachent de son lit le Frère Savigny, âgé de 79 ans, si malade qu'il avait déjà reçu les derniers sacrements... Trois jours après, il meurt ; les émotions et les violences dont il avait été l'objet Tavaient tué. Les autres malades sont mis dans des voitures et on les traîne à Thospice de la Charité oii la charité fît taire les scrupules administratifs et traiter
avec égards ces malheureux qui n avaient plus d'asile
A partir de ce moment, la maison est envahie par les spoliateurs qui, bien entendu, n'y organisent ni ambulance ni caserne; le rédacteur de V Excommunié s'y installe, et un pillage en règle autorisé par le préfet Challemel- Lacour commence... Malgré une décision de la justice (1) les provisions sont vendues, ce qui n'est pas vendu est pillé et volé, les terrains sont affermés... la spoliation est complète, Denis Brack, Fauteur des ignobles injures lancées par VExcommunié contre les Frères, est satisfait, mais il glisse sur la pente du crime. Le 20 décembre suivant, le commandant Arnaud est assassiné à la Croix- Kousse et Denis Brack impliqué dans ce crime prend la fuite, mais la maison des Frères reste au pouvoir des truands de Caluire, comme les qualifie l'avocat de Challemel-Lacour, et ne leur est rendue que le 27 mars 1874, par ordre du ministre de la guerre.
Tels sont les douloureux événements qui se sont accom-
(1) Le 22 octobre 1870, une ordonnance rendre par M. Giraud, vice-président du tribunal, décide qu'il sera sursis à la vente des denrées et des objets mobiliers... Mais qu'est-ce qu'un ordre delà justice pour ces pillards? et M. Gballemel-Lacour, qui fait aussi litière des décisions judiciaires» passe outre et n'hésite pas à autoriser ce qui vient d'être défendu par une autorité devant laquelle chacun est tenu de s'incliner
plis dans la maison des Frères de Caluire, de ces Frères si dévoués pour les enfants du peuple d'où ils sortent euxmêmes, qui s'étaient offerts, eux-mômes, à soigner nos blessés, à suivre nos soldats sur les champs de bataiUe, pendant que les républicains se cachaient pour ne pas aflfronter le feu... et jouir des gras traitements qu'ils s^étaient adjugés dans la curée de Vempire.
Et pendant cette douloureuse époque où. toutes les lois étaient violées à plaisir, où pour la satisfaction de leurs haines et de lears passions, les hommes du pouvoir blessaient toutes les consciences^ insultaient ce qu'il y avait de plus respectable, ameutaient toutes les convoitises des afiamés contre la religion et la propriété, que faisaient les Frères des autres villes?
Pour le dire, j*emprunte la plume de M. le duc de Noailles chargé de faire, le 8 août 1872, le rapport des prix de vertu distribués chaque année par Tlnstitut de France.
a Dès le 1 5 août, les Frères s* étaient mis à la disposition du ministre de la guerre pour prodiguer partout leurs soins aux malades et aux blessés, le ministre usa de lear bonne volonté, mais d'eux-mêmes ils se mirent à Tœuvre. Qs établirent à leur compte une grande ambulance, rue Oudinot, ils fournirent un personnel dévoué aux ambulances organisées par la grande Société de secours dans les gares des chemins de fer, pour l'arrivée des convois des blessés et ils y établirent un service de même natare pour un grand nombre d'ambulances particulières.
a Les Frères acceptèrent avec enthousiasme. Es fournirent cinq à six cents des leurs qui furent constamment et gratuitement occupés à ces services. Les jours de bataille^ ils étaient plus nombreux.
« n faut ajouter que leurs écoles ne furent jamais fermées, ni leurs classes interrompues pendant toute la
darée du siège. Ha su£Srent à tout, à renseignement scolaire, aux ambulances intérieures et aux combats. Qs se dédoublaient, chaque frère marchait à son tour; un jour il faisait la classe, l'autre jour il allait au feu. Ils étaient en concurrence entre eux pour partir. Le jour où frère Néihelme fut tué à la bataille du Bourget, ce n'était pas à lui de marcher.
it C'est ainsi qu'ils eurent constamment leurs places et sur les remparts et dans les batailles qui se Uvrërent à Champigny, au Bourget, à Buzenval, à Montretout.
<c Ces jours là, on les voyait de grand matin , par un froid rigoureux, traverser Paris au nombre de trois ou quatre cents, salués par la population, le frère Philippe en tête ; malgré ses 80 ans, il les envoyait au combat là où il ne pouvait les suivre. Quant aux Frères, ils affrontaient le feu, comme s'ils n'avaient fait que cela toute leur vie, admirables par leur discipline et leur ardeur. C'est ce que tout le monde a proclamé. Ils étaient réunis par escouade de dix, un médecin avec eux, et ils marchaient comme un régiment. Arrivés au combat, les reins ceints d'une corde et s'avançant deux par deux avec un brancard, ils se répandaient, courant toujours du côté du feu, relevant les blessés, les portant avec soin jusqu'au médecin et aux voitures d'ambulances. « Mes frères, leur criait, un jour, un de nos généraux, l'humanité et la charité n'exigent pas qu'on aUle si loin. » Un autre chef descend de cheval et embrasse l'un d'eux sous le feu du canon, en lui disant : « Voua êtes admirables, vous et les vôtres. »
« C'est qu'en effet, dans le plus fort de la mêlée, ils couraient à nos blessés, sous les balles et la mitraille, m^és cordialement avec nos soldats qui les regardaient comme des camarades. Puis, le lendemain des batailles, ils ensevelissaient les morts. Eux^-mêmes eurent à pleurer
deux des leurs qui furent tués, plusieurs furent blessés, dix-huit périrent de maladies contractées près des blessés et des malades.
a Mais ce ne fut pas Paris seul qui fut témoin de ce dévouement que la charité chrétienne inspire. Dès l'origine de la guerre, ils sollicitèrent dans toutes les provinces les emplois les plus pénibles et les plus dangereux. lia demandèrent à faire partie de l'année du Rhin. Leurs maisons devinrent des casernes ; ils organisèrent partout de nombreuses ambulances pour nos blessés.
<r De même qu'à Paris, les Frères parurent sur tous les champs de bataille de province, & Dijon, h Alençon, à Pouilly, à Pontarlier, partout où l'on se battît; que de iaits il y aurait & citer! que d'épisodes à raconter !
« n y aurait à dire aussi le courage des Frères sous la Commune qui vint si tôt couvrir d'un voile lugubre ce qui aurait dû être la glorieuse fin d'une guerre malheureuse, n 7 aurait & les montrer recueillant, même & Belleville ou à Lonchamps, les blessés des insurgés ; mais bientôt persécutés, chassés par eus, arrêtés avec leurs élèves dans leur maison d'Issy et ailleurs, conduits & Mazas, ils allaient y périr ; quand ils s'échappèrent , l'un d'eux, le frère Justin, fut tué en sortant.
n Ce que j'ai dit, ajoute M. le duc de Noailles, suffit à justifier le choix que nous avons fait de cet Institut des Frères des Ecoles chrétiennes pour lui décerner le prix si honorable de la ville de Boston. Les Frères sont presque tous enfants du peuple, et tous dévoués à l'éducation et au bien du peuple. Que toute justice leur soit rendue ! L'Académie sera heureuse de la leur rendre, et ce prix qu'elle va leur décerner sera comme la croix d'honneur atUncliêi' nu drapeau d'un régiment, o
Les Fr^^^^■5 de Lyon, ai odieusement traités et dépouillés
avaient éprouvé un préjudice évalué par les experts à 404,734 fr. 55 c. Il leur appartenait de demander la réparation civile des spoliations dont ils avaient été victimes, et ils le firent. Ils pouvaient môme exercer une action criminelle... à défaut de l'autorité judiciaire d'alors, qui, par des moti& qu'il n'est pas besoin d'indiquer, se garda bien de mettre son action en mouvement ...
Après trois ans seulement, les Frères ont obtenu la satis&ction si légitime qu'ils étaient en droit d'exiger, et par un arrêt de la Cour, en date du 22 juillet dernier, en suite de longs et solennels débats, les spoliateurs ont été condamnés à leur payer le montant intégral de toutes les pertes matérielles qu'ils avaient éprouvées. Le cidevant préfet Challemel-Làcour, malgré les spirituels efforts de M. Laurier, son avocat, et malgré les inconvenantes démarches d'un imprudent ami, s*est vu condamner, par le môme arrêt, à payer, pour sa part, aux Frères une somme de trente^six mille huit cent soixante-seize francs^ et aux intérêts de cette somme depuis le M décembre 4874...
Cet arrêt a soulagé la conscience publique... La justice
a enfin atteint, au moins civilement^ tous ces individus
assez bas tombés pour commettre ou laisser commettre
les attentats odieux accomplis contre la personne et la
propriété des Frères, pourtant si dignes de vénération.
Du reste, M. Laurier, lui-même, Tami et lavocat du
préfet ChaUemel-Lacour, a été forcé de le proclamer bien
haut : « Le respect qu'inspirent les Frères, a dit M. Laurier,
dans sa première plaidoirie, ce respect est universel. Leur
existence répond au respect de la conscience d'une grande
masse de la population. Ils ont tout pour eux : la loi et le
naorr. Là où il y a une masse profondément catholique,
on ne peut pas, à moins d'être un terrible fou, empêcher
Vinsiructiùn catholique d'exister... Je veux qu'on respecte la propriété des Frères, parce que ce sont de braves gens, des gens respectables... » Et avec quelle énergie, M. Laurier s'est vu contraint de flétrir l'ôtre immonde, le provocateur du pillage et des traitements barbares infligés aux Frères ! ! a Denis Brack, a-t-ii dit, est un homme qui a navigué toute sa vie entre la boue et le sang^ que Ton commence par trouver un escroc et que l'on finit par trouver un assassin. Son journal V Excommunié est le journal d'un scélérat et on n a pas le droit, quand on appartient à un parti honorable, on n'a pas le droit de ne pas écraser ces vipères-4à. » Et enfin M. Laurier ne s'est-il pas vu contraint par sa conscience d'appeler aussi les étranges administrateurs de Caluire une bande de truands !! alors que les Frères avaient comblé cette commune de leurs bienfaits.
Ces mômes honunes sont pourtant encore aujourd'hui, pour la plupart, les représentants légaux de leur village et le suffrage universel, la plus stupide et la plus dangereuse des institutions actuelles, ne maintient-il pas, non plus, aiUeurs au pouvoir tant d'autres individus sortis de Todieuse révolution du 4 septembre, mais le pays opprimé devient enfin plus clairvoyant, il commence à les juger d'après leurs œuvres et a hftte de sortir de ce douloureux et honteux servage.
Bibliothèque de M. le Président Baudrier.
Il est des &milles privilégiées où le goût des lettres, des sciences ou des arts est inné et se transmet, comme l'héritage paternel, de générations en générations. Dans
ces mêmes maisons, il est de tradition, tout en remplissant de grandes fonctions, de consacrer à Tétude des belleslettres et à la coUection de leurs chefs-d'œuvres toutes les heures que ne demandent pas les travaux de la vie judiciaire ou ceux de la vie publique dans les Conseils de la ville ; car, on y sait que donner les loisirs de sa charge à des études Uttéraires, c'est orner et élever son esprit, développer ses facultés diverses, agrandir le cercle de ses connaissances, sans négliger, pour cela, les devoirs du Palais. Les Bouhier, les de Brosse, les Saumaise du Parlement de Bourgogne, et bien d'autres membres de ces grandes compagnies, ont honoré autant la magistrature par leur talent d'écrivain et leur goût pour les beaux livres que par la science du jurisconsulte.
Telle a été et telle est encore aujourd'hui la famille Baudrier. Depuis longues années, tout en se vouant avec un rare mérite au g^ave sacerdoce de la Justice, elle a aimé les lettres et a réuni avec un goût éclairé et sévère les plus beaux livres, les plus belles éditions, les reliures les plus riches. Elle a formé ainsi, lentement et avec le plus judicieux discernement, une bibliothèque, et non un cabinet. Elle a voulu fonder un monument utile, et non pas un musée de pures curiosités^ qui n'est souvent que l'œuvre des bibliomanes.
M. Maret, aïeul maternel de M. Baudrier, actuellement Président à la Cour d'appel de Lyon, a posé la première pierre de ce monument. Procureur impérial à Lyon à une époque où, après la tourmente révolutionnaire qui avait dispersé nos anciennes bibliothèques, on recueillait tant d'épaves de ce grand et douloureux naufrage, il put acquérir facilement beaucoup de grands ouvrages ; car aucune ville n'était peut-être aussi bien fournie de livres que Lyon. « C'était le bon temps ;.... Lyon la riche, comme
rappelait Pétrus Borel, était riche en livres rares ; chacun en profita pour se former une bibliothèque. » C'est dans cette mine féconde que puisaient aussi alors Tabbé Marduel, ancien vicaire de Saiut-Roch, prieur de Saint-Nizier, qui a cédé une si riche collection aux PP. Jésuites, Tabbé Maret, qui a formé la belle bibliothèque actuelle des PP. Maristes, Yéméniz, Coste, Breghot du Lut et tant d'autres collectionneurs. M. Maret, originaire du Roan* nais, a occupé le siège important de procureur impérial de Lyon, pendant cinq années environ, de 48M à1815, après avoir été vice-président du Tribunal civil de cette ville.
En 4 830, M. Baudrier père entrait aussi dans la magistrature lyonnaise, à laquelle il avait préludé en tenant au barreau un rang honorable pendant plus de vingt ans. Homme instruit et d*une indépendance de caractère tempérée par la plus affable bienveillance, le suffrage de ses concitoyens Tappela à siéger au conseil général et à présider l'administration des Hospices. Mais ces travaux accumulés s*ajoutant aux labeurs incessants de la présidence du Tribunal civil amenèrent sa fin prématurée. Ses amis le perdirent au mois de mai 1837, dans la cinquantedeuxième année de son âge.
M. Baudrier père, en formant sa bibliothèque de livres nécessaires à ses travaux de magistrat, y joignit un bon nombre d'ouvrages anciens relatifs à l'histoire des provinces, devenus aujourd'hui d'un prix excessif. EUe était déjà remarquable lorsque la mort l'en sépara.
Son fils, M. le Président Baudrier, reçut de son père sa belle collection de livres qu'il ne dispersa pas, comme le font tant d'autres héritiers qui ont hâte de battre monnaie avec les successions de leurs parents. La bibliothèque de M. Baudrier père ne pouvait pas échoir à de meilleures
mains. M. Baudrier fils a les goûts distingués de son père. Dès sa jeunesse il n*a cessé d'enrichir sa collection, en la complétant par l'adjonction d'éditions rares recueillies suivant la nature des études par lesquelles il a successivement occupé les rares loisirs que lui a laissés une laborieuse carrière. Uniquement préoccupé de la pensée de fonder une chose u/ife, il a toujours recherché les livres revêtus de leur costume primitif, il a, depuis plus de trente ans qu'il poursuit cette pensée, su aussi s'épargner le remords d'avoir jamais sacrifié une reliure portant le moindre cachet de son époque. En homme judicieux, et bien différent en cela, heureusement, de ces amateurs qui tiennent plus aux maroquins lustrés et dorés signés par un de nos grands relieurs modernes qu'à d'irréprochables échantillons de Thabileté de leurs devanciers, il a laissé à chacun de ses Hvres son caractère, sa forme et son aspect primitifs ; aussi sa bibliothèque n'offre pas, au premier abord, les séductions que présentent à l'œil tant d'autres collections, comme celles de Mgr le duc d'Aumale, de M. Ambroise-Firmin Didot, ou les anciennes bibliothèques Yéméniz, Coste et d'autres. Mais lorsqu'on prend, une à une, chacune des perles de cet écrin, de ces diamants dont plusieurs sont encore dans leur gangue, comme on admire le goût éclairé qui a présidé à la réunion de ces trésors ! Ce n'est pas l'œuvre d'un amateur, d'un riche collectionneur, d'un bibliomane qui a voulu avoir un cabinet, au prix de l'or. On voit bientôt que c'est l'œuvre d'un savant, d'un bibliophile judicieux et éclairé, ce qui ne se rencontre pas souvent de nos jours.
La bibliothèque de M. Baudrier se compose d'environ 8,000 volumes. Abondamment pourvue de livres de droit ancien et féodal, elle présente le cercle à peu près complet des historiens de Lyon et de nos provinces environnantes.
Elle est riche en ouvrages héraldiques et généalogiques, et en vieilles impressions lyonnaises des sv* et XYi* siècles. Beaucoup de livres ont appartenu, soit & des personnages célèbres, soit & des bibliophiles renommés, et se reconnaissent à leurs armes. Ainsi, parmi les premiers, ou remarque les écussons d'Anne d'Autriche, du président Jeaunin, de Colbert, de Bossuet, de Vauban, de La Tour d'Auvergne, de Harlay, de Loménie de Brienne, de la duchesse de Pompadour, de la comtesse du Barry, etc.
Au nombre des seconds, les annea de l'historien de Thou, dans ses différentes formes, du président Menars, du comte d'Hoyra, du duc d'Aumont; les insignes de Peyresc, de Longepierre, de M"" de Chamillard, de la duchesse de Choiseuf, de la belle et spirituelle comtesse de Verrue, qui, comme on le sait, pour plus de sûreté, fi son paradis en ce monde, etc., etc.
Les anciennes bibliothèques lyonnaises sont représentées par de nombreux sceaux ; tels sont ceux des de Sève, du Peyrat, Calhernic du Soleil, de Tournon, de Groher, du Soleil, deLeugey, deVilleroy, Clapîsson, Mazenod, etc.
Les éditions lyonnaises des xv* et svi' siècles s'y pressent en foule. Bornons-nous à citer des Heures de Noire- Dame, gothiques imprimées, eu H99, par Boninus de Boniniis ; la première édition imprimée du Boman de la flose.due aux presses de Guillaume Leroy, sans date, mais qu'on sait avoir vu le jour en 1486 ou 1487 ; le Propriétaire, en français ; le Fasciculus temporum, en français, sortant tous deux des presses de Mathieu Huas, etc., etc.
Pour le XVI' siècle, le Platine, en français, la Mer des histoires, un bel exemplaire « du Roman de la Rose, translaté de ryme en prose, par Molinet; » V Arismétkique,
Ali Estienne de la Roche, dict Villefranche, natif de I.\ un sur le Rosne; u la première édition de la traduction
complète de la Bible en français, dite de P. Bailly» imprimée par J.-D. Saccon, en 4521 ; ÏOEconomia Domus Domini, à l'usage de Saint-Etienne, de Toulouse, contenant des sern|ons en patois languedocien ; un Psautier y àTusage de Lyon, avec chant noté; le Calendrier des bergers, plein de curieuses figures ; les Heures de Rouville ; la grande Bible de Gryphe^ réputée longtemps la plus belle, magnifique exemplaire d'un livre devenu fort rare ; je citerai encore, bien qu'il appartienne à une époque plus moderne, les Fleurs armoriales de Lyon, par Chaussonnet. Ce volume mérite une mention particulière. Lorsqu'à la fin du dernier siècle, la municipalité révolutionnaire lyon* naise remplaça l'administration sous laquelle notre viUe avait grandi libre, cette municipalité chercha, comme il est d'usage en pareil cas, à la dénigrer, et fit publier une petite brochure intitulée : le Livre rouge de la municipalité de Lyon, dans lequel elle reprochait au Consulat sa prodi^ galité; entre autres exemples de folles et inutiles dépenses, elle énumère une somme de cent livres, payée à Chaussonnet (4 ), pour le livre des Fleurs armoriales, destiné à
(1) J'aurai à parler plus loin de Chaussonnet, quand je décrirai nos archives municipales. Pierre-François Chaussonnet était armo* rialiste ordinaire du Consulat ; de même que notre ancienne magistrature municipale a eu ses peintres of^els^ depuis 1623 jusqu'à la Révolution, à commencer par Horace Le Blanc pour finir par Pierre Cogell. Les peintres officiels étaient chargés de faire les portraits en |>ieci des préyôts des marchands ei ceux des échevins, ou bien swr velin. Les premiers ornaient le salon dit des Portraits ; les seconds étaient placés dans des albums couyerts de velours violet (couleur du Consulat), avec fermoir en argent ciselé. Les portraits à l'huile, œuvres de nos plus grands maîtres, ont été hrûUs solennellement, en 1792, swr V autel de la patrie, aux Brotteaux, par ces vertueux républicains
être offert en présent au conseiller d'Etat de la MicWdière, ancien prévfit des marchands de Paris. C'est ce même exemplaire que possède M. le Président Baudrier.
J'aurais & citer bien d'autres volumes, tant parmi ceux qui sont d'origine lyonnaise, que parmi ceux qui sont dus à d'autres presses. Notons cependant quelques manxtaerits, trois ou quatre Heures h vignettes du xv° siècle ; une Vie de Jésus-Christ, avec de curieuses figures venant de la bibliothèque de la Valliàre, et ensuite de celle de M~ la duchesse de Berry ; une traduction du traité de Smeetute, par Laurent de Prème, du commencement du xvi* siècle, ajoutons que le manuscrit qui a servi à l'impression de ■& seconde partie des intéressants Mémoires sur la souvertinelé de Bombes récemment publiés par M. Guigue (1), Borlait de cette bibliothèque.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que l'on peut dire de cette belle bibhothèque ce que Grolier avait écrit sur la sienne : Grolerii Lugdunensts et amieorutn, elle s'ouvre à tous les amis des lettres et des belles choses; ils y trouvent nonseulement le plaisir bien grand des yeux, mais le savoir
qui s'indigDuent de ce que la ville eût payé 100 liTres à Chaasaonnet SCS Fteurt armorialtt. Let tableaux détroits par ces patriotes vaadraienl injoard'hui des milttofu de (ranct, et c'était des monumttttt hùtoriqMt f /
Jusqu'en 1779, le Consulat remettait t chacun de ses prévAts des marchands on des échevins nue simple carie artnoriale contenant seulement teura nome et blasons, tandis qu'i partir de cette époque, le livre des Fkun armonalei contenait les noms, blasons el époques de nomination depuia 1595, et ceux des consetllen-échevina depuis Chartes TIII.
(1) H. Guigne, le saTant archiviste da département de l'Ain, auteur de publications très-importantes, aujourd'hui conservatenr des srchî- \«» hiïtoriques de la ville de Lyon.
de l'heureux propriétaire, joint à une exquise obligeance, laquelle met à la disposition de chacun ces trésors si bien amassés. Et ayec quelle satisfaction n'y voi1r-on pas, non plus, le catalogue si complet que M. le Président Baudrier dresse de tous ses livres à mesure de leur entrée ? c'est plus qu'un inventaire, f c'est une histoire de la bibliographie, un recueil de notes aussi nombreuses que savantes. Si je ne craignais pas d'abuser de Thospitalité si délicate que j'ai trouvée sous ce toit, je dirais quelques mots d'une autre collection qu'on y rencontre. Parlerai-je de ces magnifiques porcelaines du Japon et de la Chine, et de ces faïences si rares et si belles que la maîtresse de maison sait réunir avec tant de goût et de patientes recherches ? Mais le savoir et le goût sont si rares que Ton est heureux d'en parler quand on les rencontre ; on voudra bien me pardonner, si j'ai été indiscret.
Bibliothèque de M. Louis Bresson» architecte.
C'est encore une bonne fortune pour moi de parler de cette belle collection formée avec un goût si sûr et si intelligent. Ses portes m'en ont été aussi ouvertes avec le plus gracieux empressement par son heureux propriétaire et c'a été fête pour moi de voir et de toucher ses trésors.
Cette bibliothèque date déjà de loin ; commencée en 1820, par M. Bresson père, architecte, elle reçut d'importants accroissements de 4820 à 1830. Elle s'enrichit principalement d'ouvrages modernes sur l'architecture et les arts en général. A cette dernière époque, on y comptait déjà 600 volumes.
M. Louis Bresson y architecte distingué, comme son
père, et membre de l'Académie de Lyon, a conservé pieusement le legs paternel. Il n'a cessé, surtout depuis 1852, de compléter sa bibliothèque en ouvrages tous remarquables par leur beauté, leur prix et par leur nombre. Cette riche collection est ainsi devenue l'une des plus remarquables bibliothèques lyonnaises.
Elle comprend aujourd'hui plus de 2,000 oavragea, presque tcus in-folio ou in-quarto, sur les arts, en général, et plus spécialement sur l'architecture et les arts qui en dépendent. A ce point de vue, elle n'offire donc pas on intérêt purement local.
Ou y trouve, en grande partie, les principaux ouvrages modernes sur les monuments antiques de l'Egypte, de la Grèce et de l'Italie, sur ceuxdumoyen-&ge et de larentùssance, en Italie et en France, — plusieurs éditions de Vitruve, — les traités, mémoires, dictionnaires, monographies et recueils publiés par les architectes les plus renommés depuis la renaissance jusqu'à n03 jours.
Les ouvrages relatifs & la décoration, et qu'il est si difficile maintenant de rencontrer dans le commerce, y sont nombreux, tant en feuilles ou planches qn'en volumes. Ainsi, l'œuvre d'Androuet Du Cerceau est presque complète. M. Bresscn y a joint une pièce tmique, c'est un dessin à la plume, tracé par le célèbre artiste, et représentant un lit du xvi* siècle, lequel est conservé aujourd'hui au musée de Cluny.Le catalogue des objets d'art de cette riche collection ne dit pas par quel artiste il a été exécuté, mais on peut maintenant attribuer la paternité du modèle à Du Cerceau, et le croquis, & la plume, que possède M. Bresscn autorise à croire que c'est un avantprojet qui a subi quelques changements dans l'exécution.
Voii-î les titres des principaux ouvrages imprimés de Du t'ercenu, qui figurent dans la collection de U. Bresaon :
4il
Les plus excellents Bastiments de France, 4507, 2 vol. in-fol.
Le Livre des arcs de triomphe, t vol. in-fol, 4 549.
'Le Livre des petits temples, in fol. , 4 550.
Les Livres des maisons de ville et de campagne^ 2 vol. in-foL, 4559 et 4582.
Le Livre des cheminées, lucarnes, puits, fontaines et sépultures, in-foL, 4564.
Le Livre des édifices antiques, in-fol., 4584.
Et les ouvrages relatifs à la décoration du même maître, notamment :
Les Grandes et Petites Arabesques, la plus grande partie ( cinquante sur' soixante-huit ) des vases , cartouches et gaines, et enfin le très-rare Livre des meubles.
En outre, de nombreux ouvrages sur Thistoire de Tart, la peinture, la sculpture et la gravure, et sur les peintres, les architectes, sculpteurs et graveurs, font partie 4o cette remarquable bibliothèque, qui comprend aussi, entre autres'ouvrages de grande valeur :
La 2^ édition des Chroniques de Froissard, d*Ânthoine Verard, 4 vol. in-fol. gothique. Paris, vers 4500.
Le Songe de Poliphile, édition française de 4554, in-fol.
V Architecture de Dietteslin ; Nuremberg, 4598, 4 vol. in-fol.
La Fidèle Ouverture de Vart du serrurier, de Mathurin Jousse, in-fol. ; Laflèche, 4627.
V Œuvre de Jean Lepautre, relative à la décoration ^ presque complète (plus de 4 ,200 planches , en majeure partie du premier état).
L'Architecture française, de Jean Marot, in-fol.
L'Architecture française, de J.-F. Blondel, 4752 à 4756, 4 vol. in-fol.
Les Châteaux de France, de Pérelle, in-fol. oblong.
Le Livre d^ architecture, de Boffiraud, 4 vol. in-fol., 4765.
V Œuvre de Piranesi, 20 vol. grand in-foL
Au point de vue lyonnais, la bibliothèque de M. Bresson renferme tous les ouvrages d'histoire générale ; mais elle est surtout riche en vues, plans et estampes. Sous ce rapport, elle est môme bien plus complète que la collection Coste, aujourd'hui réunie (depuis < 855) à la bibliothèque du Lycée.
M. Bresson vient encore d'enrichir sa bibliothèque de quelques-uns des manuscrits de Claude Brossette (<), l'auteur de V Eloge historique de la ville de Lyon et du Commentaire des Œuvres de Boileau (2).
Brossette avait beaucoup écrit. A sa mort, le 47 juin 1743, plusieurs manuscrits, dont quelques-uns étaient prêts pour l'impression, restèrent entre les mains de ses héritiers, qui cherchèrent à en tirer le parti le plus avantageux. Conmie ils songèrent plus à leur intérêt qu'à la réputation de Brossette, ils ne firent rien pour assurer la conservation des travaux du savant Lyonnais. Cizeron Rival (François-Auguste) a donné, p. 260 de ses Récréations littéraires (Lyon, 1765), la liste des ouvrages de Brossette. Sur 23 articles, 46 sont désignés comme manuscrits. Le Recueil que vient d'acquérir M. Bresson forme un
(1) Brosselte (Claude), siear de Varennes, né à Teizé, en Lyonnais, le 8 novembre 1671, avocat à Lyon, ami et correspondant de Boileaa, qui lui fit présent de son buste en marbre, exécuté par N. Delacolonge, fut un des fondateurs de TÂcadémie de Lyon, en 1700, et bibliothécaire de la ville, en 1733 ; il mourut le 11 mai ou le 3 juin 1743. (Lyonn. dign, de mémoire, p. 50.)
(2) Les 16 manuscrits de Brossette, réunis en un volume, se trouvaient dans la bibliothèque de M"* veuve d'Anthouars, que M. Bresson a acquise avec sa propriété située à Ecully, près Lyon.
gros volume. Il renferme les travaux dont voici la liste :
1 Bolœana, ou pensées diverses de M. Boileau, tirées de
ses conversations, de ses lettres, etc. Manuscrit.
2 Eloge de M. le maréchal de Villeroy, lu à l'assemblée
publique de T Académie de Lyon, le mardi 28 novembre 1730. Manuscrit.
3 Du grand ou du sublime dans la Magistrature, dis-
cours prononcé à Lyon, à Touverture des audiences, le lundi 13 novembre 1718. Manuscrit.
4 De l'Emulation, discours fait en novembre 1718.
Manuscrit.
5 Discours sur le Mérite, achevé le 27 octobre 1726.'
Manuscrit.
6 Lettre au R. P. Tournemine, de la Compagnie de
Jésus, du mois d'octobre 1729. Manuscrite.
7 Défense d'un passage de M. Despréaux sur les tragé-
dies grecques, discours lu à l'Académie des Belles- Lettres de Lyon, tenue le lundi 5 janvier 1717, en présence de Mgr François-Paul de Neuville-Villeroy, archevêque de Lyon, protecteur de T Académie. Manuscrit.
8 Lettre à M. de la Monnoye, de T Académie françoise,
du 20 janvier 1718. Manuscrite.
9 Lettre à M. Dongois, greffier en chef du Parlement, du
6 avril 1713. Manuscrite.
10 Discours de Sénèque à Néron, traduit du quatorzième
Livre des Annales de Tacite, lu à TAcadémie de Lyon, le 23 février 1734.
1 1 Des Jeux séculaires, discours lu à l'Académie de Lyon,
le lundi 15 mars 1717, en présence de Monseigneur l'Archevêque. Manuscrit.
12 Discours sur l'établissement de l'Académie de Lyon, lu
dans cette même Académie, en présence de M. le duc
de Villerdy, son protecteur, le jour qu'il y fit son
entrée, mardi 8 février <735. Manuscrit. 43 Avertissement pour le livre du Poète sans Fard
(Gacon). Imprimé.
1 4 Du droit de crédit» discours lu & T Académie de Lyon,
le 18 juillet <730. Manuscrit.
4 5 Réflexions sur le poôme de Lucrèce de rerum naturaf
lues à TÂcadémie de Lyon, le mardi 24 avril 1736.
Manuscrites.
16 Institutiones Justiniani, in Tabulas synopticas redac-
tœ, etc., 1691. Manuscrit.
On voit que les Eclaircissements sur les ceuvres de J.-P, Poquelin de Molière, donnés par Cizeron Rival, ne figurent pas dans ce Recueil. Le sort de ce manuscrit, qui avait coûté à Brossette de nombreuses années de travail, est resté un mystère. M. Brouchoud, avocat à Lyon, a publié, au sujet de ce manuscrit, des détails des plus intéressants dans son remarquable ouvrage sur « Les origines du Théâtre de Lyon, mystères, farces et tragédies, troupes ambulantes; Molière avec fac-similé, notes et documents ; Lyon, Scheuring, 1865. » Il voudra bien me permettre de détacher et de reproduire ici quelques lignes de son étude sur cet important manuscrit dont la perte est si regrettable, a Boileau-Despréaux, dit M. Brouchoud, le maréchal de Villeroy et le comédien Baron, qui avaient particulièrement connu Molière, s'étant liés, plus tard, avec Brossette , lui avaient livré sur la personne et sur les œuvres de Molière de nombreux renseignements biographiques et littéraires. Brossette ne négligea pas de les recueillir. Son intention était de les publier d'après le plan de son Commentaire sur les œuvres de Boxleau. Il n'a pas eu le temps de réaliser ce projet, et son manuscrit n a pas été retrouvé parmi ses papiers. Six mois après sa mort,
en 4749 (4), Tédîteur des Lettres de J.-B. Rousseau annonçait qu'on ignorait dans quelles mains il avait passé ; on n'en a jamais su davantage. A-t-il été détruit, ou peut-on espérer de le découvrir ?
n Sans doute, ajoute M. Brouchoud (p. 80), nous ne pouvons répondre que par des conjectures; mais, si timides qu'elles soient, il n'est pas sans intérêt de connaître sur quelles raisons nous paraît fondée leur regrettable vraisemblance. Claude Brossette est mort le 17 juin 4743; en 4738, il avait été frappé d'une paralysie incomplète qui lui laissa un engourdissement dans la jambe et dans le bras, du côté droit. Pendant les cinq dernières années de sa vie, il put à peine marcher et écrire. Cependant, il poursuivit, jusqu'à sa dernière heure, ses travaux littéraires. Un secrétaire écrivait sous sa dictée, et le 47 avril 4740, il conseillait & son ami J.-B. Rousseau, atteint de la môme infirmité, d'employer le môme moyen pour annoter ses Remarques sur Molière, qu'il voulait lui communiquer avant de les livrer à l'impression.
« On peut croire, en effet, que Brossette eut le temps de mettre la dernière main à ce travail. Et si nous consultons sa correspondance, nous devons bien plus regretter la perte de ce manuscrit, car il y travailla de longues années, n
n est aussi dans la bibliothèque de M. Bresson un manuscrit et un portefeuille dont la publication serait bien désirable, n y a déjà un certain nombre d'années, M. le comte
(1) Toutes les dates de sa mort publiées jusqu'à ce jour sont inexactes. Brossette demeurait dans la paroisse de Sainte-Croix ; il y a été inhumé le 18 juin 1743, et Tabbé Coquier, son amit qui Ta remplacé, quatre mois après, à l'Académie, dit formellement qu'il est mort le 17 juin. (Note de &f. Brouchoud.)
de Murard de Saint-Romain, propriétaire du splendide château de Bresse-sur-Grosne (Saône-et-Loire) , ayant eu la louable pensée de restaurer cette belle résidence, préféra, entre tous, M. Bresson, pour diriger cette grande œuvre. Pendant de nombreuses années, M. Bresson s y est appliqué avec le soin, le goût et T intelligence qu'il sait mettre à conduire à bonne fin tous ses travaux, — et aujourd'hui, le château de Bresse, auquel se rattachent tant de souvenirs, est redevenu Tune des plus remarquables habitations que le xni^ siècle et les siècles suivants nous ont léguées et que la Révolution a oublié de détruire. M. Bresson a, non^seulement, remis en état le donjon, le château et ses vastes dépendances, mais il a fait de Tancienne église de la paroisse, devenue la chapelle du château, un véritable bijou d'architecture romane. En outre, il a dû ajouter au château primitif une vaste galerie dans laquelle il a su déployer toutes les splendeurs de la Renaissance. Tous les plans de ces travaux sont entre les mains de M. Bresson et forment un magnifique album que j'ai été heureux de compulser pour écrire mon ouvrage sur le canton dont Bresse-sur-Grosne fait partie; mais l'œuvre de M. Bresson ne saurait rester à l'état de mantiscrit ; ce serait une perte pour les hommes d'étude et de science qui aiment à savoir ce qu'étaient ces grandes résidences féodales, & y retrouver les goûts, la pensée et la vie intime de leurs puissants possesseurs, jusque dans leurs moindres détails. Aussi, j'ai cru devoir prier M. le vicomte de'Murard, qui réside actuellement & Bresse-sur-Grosne, de faire publier la Monographie de son dhâteau et de reproduire toutes les vues et les plans dressés par M. Bresson. M. le vicomte de Murard, qui sait, comme son père, faire un si noble usage de son opulente fortune, prendra peut-dtre en considération mon instante
prière. H s'agit nonniealement de sauyer de la destruction ou d'un long enfouissement une œuvre capitale, mais d'ajouter une grande et belle page à la noble histoire de la Bourgogne^ écrite par M. Bresson.
BlbUothèqae de M. de L**«.
H. de L***, dont je n'écrirai pas le nom en entier, puisqu'il a voulu garder l'anonyme, est du nombre de ces amateurs qui ont le courage de se séparer de leurs livres de leur vivant; mais ce courage se comprend. Il est un moment dans la vie où, après avoir vécu avec tant de charmes au milieu de ces vrais amis^ les infirmités, la vieillesse, la limite d'âge dans certaines fonctions et un changement de résidence nous contraignent et nous forcent à cette cruelle séparation. On voudrait les garder — mais on ne le peut pas. — On aimerait à les feuilleter, à les palper encore, mais la main affidblie n'en a plus la force; nos yeux demi-éteints ne voient plus, sans fatigue, ces pages aux caractères parfois microscopiques qu'on lisait avec tant de délices, — et il est aussi une heure suprême dans notre existence où chacun aime à se recueillir et k se préparer, dans la prière et la méditation, au grand et dernier voyage qu'il est de notre commune destinée de fedre. M. de L*** a donc vendu aussi ses livres, et il en possédait plus de sept cents. Savant lui-même et haut placé dans renseignement public, il avait formé sa collection avec un goût éclairé. Elle comprenait la théologie et la controverse j la jurisprudence y la philosophie et V économie politique, Y histoire naturelle ^ la botanique, la médecine , le magnitisme^ les mathématiques et les jeux, môme la science
culinaire S'il ne la cultivait paslui-mdme, il savait offiir
à ses amis une hospitalité plantureuse et délicate. Brillât- Savarin se serait plu à sa table et aurait feuilleté peutêtre avec sensualité des traités comme ceux-ci : <• Science du bienr^ivre, ou Monographie de la cuisine, suivie de mille recettes et d'un calendrier culinaire; — 2° Manuel des amphy trions et de la politesse gourmande ; — 3® l'Alnianach de Gourmands^ calendrier nutritifs servant de guide pour faire excellente chère, avec figure curieuse, »
Dans la section de la Théologie se trouvaient de magnifiques Bibles. Je citerai ; 4 ® la Biblia cum pleno apparatu summariorum concordantiarum et quadraduplicis repertorii. MDIV , petit in-folio gothique ; 2** Biblia picturis illustrata, brèves in eadem annotationes. MDXI, ornée de 21 9 figures ; 3° Biblia ad vetustissima exemplaria, nunc recens castigata, Anvers, 1570, avec belles gravures sur bois de Virgilius Solis. — L'Imitation de Jésus-Christ, en vers, par Corneille, édition originale. — Les dix comman^ déments de la Loy de Dieu, translatés d'hébrieu en françois et exposez par Jehan Reymond Malin, natif de Romans, en Dauphiné. Genève, 1561 , 52 pages en parchemin.— Guillaume de la Perrière, tolosain, les Considérations des quatre mondes^ à scavoir est : divin, angélique, céleste,sensible, comprinses en quatre centuries de quatrains, contenant la cresme de philosophie. Lyon,Macé Bon-^ homme, 1552, avec encadrements variés à toutes les pages, gravés sur bois, avec une riche reliure à compartiments dorés, dans le genre Grolier.
La série des beaux-arts comprenait la peinture, la sculpture, Tarchitecture, des albums de gravures, des livres à figures, des estampes ; dans cette série se remarquait, entre autres, « le Livre extraordinaire de Varchitecture, auquel sont dé^nontrées 30 portes rustiques meslées de divers ordres et 20 autres d'œuvre délicate en diverses
espèces. » Lyon, Jean de Tournes, 1551, gr. in-fol. — Je ne parlerai pas de la série des belles-lettres ; un savant comme M. de L*** ne pouvait avoir que d'excellentes
œuvres et de choix ; il avait réuni de môme les meilleurs poètes français anciens et modernes, une quantité de romans, contes, fables et proverbes et beaucoup de poésies patoises. Dans la partie consacrée à Thistoire de France se rencontraient beaucoup de docxmients sur la Révolution, tristes pages de l'histoire de nos discordes, mais que l'on ne peut exclure de nos Bibliothèques. Parmi les pamphlets de cette série se trouve « la Physiologie de la Poire^ (Louis Philippe), par Louis Benoît, jardinier. Paris, 1832 in-8, » orné de vignettes curieuses. Le nom véritable de l'auteur de ce singulier pamplet est Peytel, le môme qui fut exécuté à Bourg pour avoir assassiné sa femme.. M. de L*** s'était attaché aussi à réunir beaucoup de documents sur le Lyonnais, le Forez, le Beaujolais et les Dombes; on dit môme qu'il a commencé à écrire une histoire littéraire de Lyon. Puisse-t-il donner suite à cette bonne pensée! ,
Je ne saurais citer tous les ouvrages que M . de L*** avait réunis sur le Lyonnais. Parmi les curiosités lyonnaises figurait (c la Maison de Ville de Lyon^ par Jean Ghastain » (description en vers de THôtel-de-Ville). Lyon, chez Jean Champion et Christophle Fourmy, 1655, in-4 de i ff. Cette plaquette est des plus rares; M. Coste n'a pas pu avoir la satisfaction de la posséder, et il va sans dire que nos Bibliothèques publiques ne l'ont pas non
plus Cette rareté s'est vendue au poids de Tor, et la
Bibliothèque du Lycée, faute de ressources suffisantes, n'a pas pu l'acquérir à la vente de M. de L***.
La série de l'archéologie, de la numismatique, des anti* quités et de la noblesse, n'avait pas été négligée non plus
par M. de L"*^^^. — Numismate distingué lui-même, il avait formé un riche médaillier qu'il a cédé à la Tille, il y a quelques années; — cette partie, au moins, des trésors de son cabinet n'est pas perdue pour nous : — mais combien de ses livres les étrangers n'ont-ils pas emporté avec eux ! ! !
Blbliothèqae de M. Récamier.
Ce nom rappelle aux Lyonnais un souvenir cher à plus d'un titre, celui d'une femme, reine par la beauté, un ange par la douceur, et que n'enivrèrent ni les splendeurs d'une grande fortune, ni les hommages respectueux de la société la plus brillante de l'univers, et que ne put abattre ladversité, quand elle vint, sur ses derniers ans, ârapper à sa porte, dans sa retraite à TAbbaye-aux-Bois.
Ce nom est aussi celui de deux Lyonnais distingués dans la science.
M. Etienne Récamier, dont je vais décrire maintenant les collections, est issu de ces hommes de mérite. Son aïeul était notaire et son grand-oncle administrateur des hospices de Lyon, avant la Révolution. M. J.-Cl. Récamier se destina à la médecine ; Bichat fut son ami et son condisciple. Ses succès furent rapides et considérables ; il devint, tour à tour, professeur à la Faculté de médecine de Paris et au collège de France, médecin consultant du roi. La mort Fa enlevé & sa famille et à la science, en 4 852 ; il laissa une bibliothèque scientifique et littéraire de douze mille volumes, outre trois mille ouvrages relatiâ à la médecine et & l'enseignement de cette science. Cette belle et riche bibliothèque ne pouvait tomber en de meilleures mains. Son fils aîné, M. Etienne Récamier, avocat