HIC JACENT ET ABSCNT
HIC LOaUUNTUR ET ABSUNT (1).
Pierre Gacon, négociant et homme de lettres, échevin, en 1714, de l'Académie de Lyon, né le 18 juillet 1664, mort le 25 avril 1749, avait légué aux Âugustins une suite nombreuse d'ouvrages, au retour de ses voyages en Hollande et en Angleterre, a Le P. Janin, né vers 1716, dit M. Delandine,.8i savant antiquaire, si respectable par ses vertus, avait donné à la bibliothèque des Augustins le meilleur ordre. Arrêté pendant la Terreur, jeté sur la paille dans la chambre de rHMel-de-VilJe qu'occupa le Tribunal de Commerce, combien de fois j'y admirai sa vaste mémoire, les faits intéressants qu'il y avait retenus, sa douce résignation, sa touchante simplicité! Il avait plus de 80 ans, et il parlait de littérature avec le feu de la jeunesse. Sa gaîté était inaltérable, et cependant il attendait la mort! Elle arriva. Interrogé la veille et condamné, il causait avec calme d'un médaillon de Diaduménien qu'il avait trouvé, lorsque ses bourreaux vinrent le saisir et interrompre pour toujours ses intéressants entretiens Sa tête, blanchie parles ans, roula sur l'échafaud
le 15 mars 1794 (2).»
4° La Bibliothèque du séminaire Saint'- Jrénée, Cette maison, d'après André Clapasson, devait son établisse-
(1) Ici, les hommes survivent à eux-mêmes, ici, ils se taisent et ils sont présents, ici ; ils parlent et ils sont absents.
(2) Le couvent des Augustins *& été supprimé en 1790. L'école de la Martinière occupe aujourd'hui une partie de ses bâtiments, ef l'église est devenue Téglise paroissiale du quariier, sous le vocablo de Notre-Dame-Saint*Vincent.
ment à Camille de Neuville (0, archevêque de Lyon, qui, désirant pourvoir son diocèse de bons ecclésiastiques, fit venir des prêtres de la communauté de Saint-Sulpice, de Paris, pour les diriger. Ce prélat contribua pour une somme de 15,000 livres aux frais de construction des bâtiments.
La bibliothèque de ce séminaire avait été bien composée par les savants qui en prirent soin. Elle avait reçu divers legs en livres du chamarier de Saint-Paul, Jérôme Chalon, qui, en 1770, lui donna tous ceux qu'il avait rassemblés, et de M. de Vangimois (2). D'après d'anciens documents, cette bibliothèque fiit très-précieuse 4ès son origine ; mais. plusieurs livres en avaient disparu dans les derniers temps. C'est en vain que M. Delandine dit y avoir cherché le Dictionnaire des auteurs anonymes et pseudonymes, composé parBonardi, savant docteur de Sorbonne et envoyé par lui, en manuscrit, au séminaire où il avait été élevé.
5"^ La Bibliothèque des Carmes ne fut fondée qu'en 4 630, par le don que lui fit de ses livres Robert Berthelot, évêque de Damas, su&agant de l'archevêché de Lyon et religieux du monastère. Ce fut lui qui' assista saint François de Sales dans ses derniers moments, et devint le conseil et l'ami de l'archevêque Albert de Bellièvre (3).La maison des carmes existait cependant déjà depuis de longues années
(1) Camille de Neufville de Villeroy, archevêque de Lyon, né à Rome le 32 août 1606, mort à Lyon le 3 juin 1693, fut aussi lieutenant général au gouvernement du Lyonnais, Forez et Beaujolais. (Lyonn. dign.demém,, p. 315.)
(2) Fyot de Vangimois (Claude), supérieur du séminaire de Saint- Irénée, auteur d'ouvrages ascétiques, né à Dijon, )e 31 août 1689, mort vers le milieu du siècle suivant. (Idem, p. 118.)
(3) Albert de Bellièvre, de la célèbre famille de ce nom. nommé
En 1291, le doyen Guy leur avait permis d avoir un couvent à Lyon, et, en 1303, Tarchevôque Louis de Villars (1) leur assigna pour demeure le lieu où se voyait encore, en 1789, leur monastère, près de la place des Terreaux.
6° La Bibliothèque de Picpus^ de la GuiHoiière. Ce monastère des Pères du tiersH^rdre de Saint-François, nommés Piepus, était situé au milieu du faubourg de la Guillotière; son église avait pour patron saint Louis. La bibliothèque renfermait les deux globes de deux mètres de diamètre qui se voient encore à la bibliothèque de la ville M. Delandine avance que Henri Marchand, connu sous le nom de P. Grégoire, les traça et les construisit. M. Pericaud leur donne pour auteurs ce môme P. Grégoire, et un autre religieux , le P. Bonaventure , qui les aurait achevés en 1 701 . Henry Marchand était associé de TÂcadémie de Lyon ; mais sa modestie ne liiî permit pas d'a|»ister à ses réunions. Il mourut à Marseille le 1 *' janvier 4750.
7^ La Bibliothèque des Minimes, Ces religieux devaient leur établissement à Théodore de Vichy de Chamron, doyen de Téglise cathédrale, qui acheta, en 1550, la place Où se voyait leur monastère, et les institua ensuite ses héritiers. Le P. Simon Guichard, minime, surnommé le marteau des hérétiques, prêcha à Lyon avec tant de succès, au XVT« siècle, que ce fut à sa considération que fut fondé le couvent des Minimes de Lyon, en 1551 . Cette
par Henri IV, archevêque de Lyon, en 1599, se démit de son siège en 1604 et moamt en 1621. /Zyonn. dign, demém», p. 31.)
(1) Louis de Villars, archevêque de Lyon, mort le 4 juillet 1306, C'est sous son épiscopat que le pape Clément V fut couronné à Lyon, le 11 novembre 1305. tldem, p. 312.)
maison reçut de Rome, pour sa bibliothèque, quelques traités précieux sur les mathématiques, des PP. Le Seur et Jacquier, des principes de philosophie naturelle, et le traité le plus complet qui eût paru sur le calcul intégral. 8*^ La Bibliothèque des Dominicains ou Jacobins ('i ) . Ce dernier nom ne leur était donné qu'en France, parce que leur premier étabUssement se fit à Paris dans l'ancien prieuré de Saint- Jacques du Parloir des Bourgeois. Le Consulat les appela à Lyon dès la naissance de leur ordre, sur le bruit du mérite de leurs prédications, et leur donna l'anoienne chapelle de Notre-Dame de Confort. L'église fut construite vers la fin du xvi* siècle, aux firais des nombreux Florentins venus à Lyon pour y faire le commerce : de ce nombre étaient les Orlandini, les Gadagne, qui y
(1) Le couvent des Jacobins a été entièrement détrait après la Révolution. On éleva sur son emplacement l'hôtel de la Préfecture du Rhône, démoli à son tour, lorsque, d'après la loi de 185?, les pouvoirs du préfet et da maire furent réunis dans la même main, et le siège de la Préfectare transporté à THôtel-de-Ville. La placo qui régnait devant l'ancienne Préfecture portait alors le nom de place Confort, du nom de la chapelle de Notre-Dame de Confort, qui s'y voyait, et précédemment place âes Jacobins, du nom du couvent des PP. Jacêbins. Sous le deuxième empire, cette place prit celui de V Impératrice; mais ce nom choquant affreusement le Conseil élu après le 4 septembre > celui-ci lui rendit officiellement le nom de Jacobins, croyant raviver un souvenir douloureux de la Révolution et honorer les êtres ignobles appelés alors Jacobins, tandis qu'il a remis, bien involontairement, en mémoire le souvenir de pieux et grands orateurs chrétiens. Le même Conseil élu, aussi ignorant qu'incapable, donna, à la même époque, une autre preuve de ses connaissances en histoire, il enleva aussi à la place du Consulat son nom, qui loi avait été donné en souvenir de Tancienne magistrature municipale lyonnaise, appelée le Consulat, pour ]\n donner je ne sais quel nom digne de ces élus du peuple souverain.
eurent leur sépulture ; Jacques de Bourbon et son fils, Guillaume Durand, évoque de Mende ; le cardinal Hugues de Saint-Cher, auteur des Concordances de la Bible; Jacques Deleschamps et beaucoup d'autres personnages réposèrent aussi dans les caveaux de cette église, remplie de monuments, mais brisés par la Révolution (1).
(1 ) Il va sans dire que tous ces monuments ont été brisés par la Révolution, qui, toujours et partout, brise tout ce qu'elle touche, ne respectant pas même la mort. On ne saurait croire combien d'objets de grand prix ont été anéantis ainsi à Lyon, et que de noms ont été aussi voués à l'oubli par la destruction des tombeaux qui ornaient autrefois nos églises! car nos pères, on le sait, aimaient à se reposer dans la mort, près de Tautel de leur patron vénéré ; ils étaient heureux de dormir leur dernier sommeil dans les églises où ils avaient tant de fois prié Dieu ; il leur semblait que là leur repos leur était plus calme et le réveil plus heureux. L'histoire et Tart monumental ne perdaient rien à ce pieux usage. De vaines appréhensions et un misérable sentiment de mensongère égalité l'ont fait disparaître, et on entasse ai^ourd'hui nos morts et leurs monuments dans des cimetières qui empoisonnent et infîectent Lyon, et dans ce pête-mêle, on a peine à retrouver la tombe sur laquelle on veut jeter une fleur, ou dire une prière pour celui qn*on a aimé et vénéré. Mais que deviennent ces monuments? Car que ne souffrent-ils pas déjà du climat destructeur de Lyon ! Supposons-les répartis dans nos églises, dans des chapelles qu'ils embelliraient. Où donc serait le mal ? Cette histoire, écrite sur le marbre, le bronze ou la pierre, se lirait par la foule qui n'a pas encore oublié le chemin de Téglise. Cette histoire serait pour elle un perpétuel enseignement ; elle retiendrait le nom de plus d'un homme bienfaiteur du pauvre, utile à son pays et la gloire de sa ville, mais qu*à défaut de signe apparent et visible, on oublie peu à peu ; ce serait comme un livre d'histoire ouvert à tous et d'un exemple d^ haute moralité. La mère, après avoir appris à son enfant à dire ses premières prières, lui montrerait ensuite la tombe de celui qui a sa être, après Dieu, la providence du pauvre, qui a soulagé sa misère, qui a fondé Técole où Tenfant du peuple reçoit le pain de l'instruction. Et ces monuments que la piété, plus que la vanité élèverait
La bibliothèque des Dominicains avait eu pour fondateur le savant Santés Pagninus, ou Pagnini Santé, dominicain, orientaliste célèbre , Luquois de naissance, mort à Lyon, le 14 août 4536. Sixte de Sienne dit avoir vu dans cette bibliothèque un manuscrit grec du quatrième livre des Machabées.
9° Bibliothèque des missionnaires de SainP-Joseph. François de Canillac, jésuite, passe pour être le fondateur de cette maison. En 4619, il lui consacra la part de sa fortune, qu'il s'était réservée, et les libéralités qu'il avait obtenues de Louis XIII et du cardinal de Richelieu. Pierre de Clapisson, président des Trésoriers de France, et Marguerite d'TJlin, sa femme , érigèrent Téglise à leurs frais. A côté de cette église, démolie par la Révolution, se trouvait la maison des Retraites, devenue une caserne de gendarmerie, et plus loin était le bâtiment des congréganistes, qui n'existe plus. La bibliothèque était des plus riches, quoique relativement moderne.
4 0® Bibliothèque des Carmes-Déchaussés, Cette maison est due au marquis de Nérestang, grand-maître de Tordre du Mont-Carmel. En 4618, il donna aux religieux de cet ordre les terrains sur lesquels ils élevèrent leur monastère, et qui portait le nom de Grand-Thunes. L'église était ornée de tableaux remarquables et sa bibliothèque d'une grande valeur. La Révolution a confisqué ce monastère et oublié de le détruire ; mais les hommes du 4 septembre n'ont pas manqué de le saccager et de le piller ;
dans nos églises, ne distingueraient-ils pas non plus ceux qui, dans leur vie, ont cru que Thomme était Fœuvre d*un Dieu grand et juste, l'ont aimé et servi, de ces esprits forts, gui, se ravalant à la brute, ont dit, moins par conviction que par orgueil, qu'ils ne sont qu'une vile matière et la descendance d'un singe ! Ceux-là ont bien raison d'aller se faire enfouir dans quelque charnier solitaire.
ils ont môme violé les tombes des ancieus religieux, et cette odieuse dévastatation vient de coûter à la ville 59,729 fr. et à rStat 32,423 fr. U va sans dire que la nouvelle bibliothèque fondée par le P. Hermann, lorsqu'il racheta et restaura le couvent, il y a vingt ans, fut volée en partie par le citoyen préposé à la garde de la maison (4).
44^ Bibliothèque des Récollets Cette maison ne datait que de 4623. Marie de Médicis obtint pour ces religieux la permission de transporter à Lyon la maison qu'ils avaient commencée à Saint -Genis. Ils occupèrent Thôtel de Jacques de la Porte, conseiller au Parlement de Dombes, nommé Belle-Grôve, et construisirent une église remarquable par son architecture et ses tableaux (2) .
L'archevêque Camille de Neuf ville -Villeroy possédait aussi une belle bibliothèque et la légua aux Jésuites par son testament mystique, du 34 décembre 4690, « pour « l'estime qu'il a toujours eue pour leur compagnie, d
Enfin il existait aussi à Lyon au collège de la Trinité, aujourd'hui le Lycée, une bibliothèque des plus importantes, placée dans un splendide local ; nous en parlerons plus loin.
(1) C'est ce monastère que j'ai indiqué à M. le Préfet du Rhône comme pouvant être acheté par la ville pour servir de dépôt à nos archives municipales et départementales, exposées h tant de dangers par leur présence dans les combles de TUôtel-de- Ville. La ville pourrait, en même temps, y créer un musée historique lyonnais, à l'instar de rhôtel CarnaTalet de Paris.
(2) (Voir André Clapasson, page 188.)
En Tan IV, MM. Tabard et Brun estimèrent la valeur de la bibliothèque des Lazaristes, avec ses tablettes, à 20,000 francs en numéraire, et celle des Carmes-Déchaussés à 126,000 francs en numéraire. La boiserie avec les tablettes de cette dernière était très-belle ; celle des Capucins n'était pas aussi précieuse que celle des Carmes, mais elle l'était plus que celle des Lazaristes. (Fonds Coste, n^ 1,494.)